LE FAUX ENTHOUSIASME Actes des Apôtres 26,24 : John Wesley

12:17Ministere MotsdeDieu

Festus dit à haute voix : Tu as perdu le sens, Paul ! (Act 26 : 24). C'est ainsi que parlent les hommes du monde qui ne connaissent point Dieu, au sujet de tous ceux qui sont de la religion de Paul, au sujet de quiconque est son imitateur, comme il l'a été de Christ. Il est vrai qu'il y a une sorte de religion, que l'on décore même du nom de christianisme, laquelle n'expose en aucune façon ses partisans à passer pour fous, et qui est, dit-on ; conciliable avec le sens commun ; elle consiste en un ensemble de formes et de pratiques extérieures, accomplies de la façon la plus décente et la plus régulière. Ajoutez-y de l'orthodoxie, un système de croyances irréprochables et une close suffisante de moralité païenne, et vous ne vous exposerez pas à vous entendre dire que trop de religion vous a rendu fou. Mais si votre religion est celle du cœur, si vous vous avisez de parler « de justice, de paix et de joie par le Saint-Esprit (Ro 14 : 17) », oh ! alors on ne tardera pas à prononcer sur vous ce verdict : « Tu as perdu le sens ! » Et, en vous traitant de la sorte, les hommes du monde n'entendent pas simplement vous faire un mauvais compliment. Ce qu'ils disent, ils le pensent. Ils n'affirment pas seulement, mais ils croient sérieusement qu'un homme a perdu le sens, quand il prétend que « l'amour de Dieu a été répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui a été donné (Ro 5 : 5) ; » et que Dieu l'a rendu capable de se réjouir en Christ « d'une joie ineffable et glorieuse (1Pi 1 : 8) ». Dès qu'un homme en est arrivé à vivre pour Dieu ; dès qu'il est mort à toutes les choses, d'ici-bas ; dès qu'il voit continuellement celui qui est invisible, et marche désormais par la foi et non par la vue, sa situation est claire, et sans hésitation on dira de lui : Trop de religion l'a rendu fou ! Il est bien évident que ce que le monde appelle folie, c'est justement ce souverain mépris de toutes les choses temporelles, cette suite persévérante des choses éternelles, cette divine persuasion des choses invisibles, cette joie que donne à l'âme sa réconciliation avec Dieu, cet amour de Dieu qui la rend heureuse et sainte, et ce témoignage que le Saint-Esprit, rend à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu ; en un mot, tout ce qui constitue l'esprit, la vie et la puissance de la religion de Jésus-Christ. On veut bien reconnaître toutefois qu'en toute autre matière, le chrétien agit et parle comme un homme de sens rassis. Il est raisonnable pour tout le reste ; sur ce point seulement il a un grain de folie. On déclare donc que la folie qui le tient est d'une espèce très particulière ; aussi lui donne-t-on un nom particulier ; on l'appelle de l'enthousiasme (Ce mot a souvent en anglais une signification analogue à celle du mot fanatisme, et c'est dans ce sens spécial que Wesley l'emploie dans ce sermon. Nous avons dû conserver habituellement ce mot dans notre traduction, bien qu'en français il ne soit guère employé en mauvaise part. (Trad.) ). C'est là un terme très fréquemment employé de nos jours, et qui est constamment sur les lèvres de certains hommes, On peut toutefois affirmer qu'il est rarement compris, même par ceux qui s'en servent le plus. Il pourra donc être utile aux hommes sérieux, qui désirent comprendre ce qu'ils disent ou ce qu'ils entendent, que j'essaie d'expliquer le sens de ce terme et de montrer ce qu'est l'enthousiasme. En le faisant, j'apporterai peut-être quelque soulagement à ceux qui sont injustement accusés, et je pourrai être de quelque utilité à ceux qui mériteraient cette accusation, comme aussi à d'autres qui seraient en damer de ce côté-là, s'ils n'étaient avertis. Quant au terme lui-même, on accorde généralement qu'il est d'origine grecque. Mais on n'a pas encore établi clairement d'où vient le mot grec lui-même, Quelques-uns ont essayé de le faire dériver des mots, en Dieu, en disant que tout enthousiasme se rapporte à Dieu (C'est l'étymologie adoptée aujourd'hui par les lexicographes. (Trad.). Mais cette étymologie est forcée ; la ressemblance est faible entre le mot dérivé et ceux d'où l'on tente de le faire dériver. D'autres le tirent de : en sacrifice, pour cette raison que c'était au moment des sacrifices que certains enthousiastes des temps anciens étaient le plus violemment affectés. C'est peut-être un mot factice, inventé d'après le bruit que faisaient ceux qui étaient affectés de la sorte. Il est assez probable qu'une raison pour laquelle, ce mot étrange a été conservé dans tant de langues, c'est que les hommes n'en saisissaient guère mieux le sens que la dérivation. Ils adoptèrent d'autant plus facilement le terme grec qu'ils le comprenaient moins. S'ils ne le traduisirent pas, c'est qu'ils auraient eu la plus grande peine à rendre dans d'autres langues un mot dont. le sens était obscur et incertain et auquel ne s'attachait aucune idée bien précise. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il soit pris de nos jours dans des acceptions si diverses, et que, en passant d'une personne à une autre, il signifie des choses tout à fait contradictoires. Les uns, l'entendant dans un sens favorable, y voient une impulsion ou une impression divine, supérieure à toutes les facultés naturelles et qui amène, pour un temps, la suspension totale ou partielle de la raison et des sens physiques. Dans ce sens, les prophètes et les apôtres de jadis auraient été de vrais enthousiastes, puisque, à certains moments, ils étaient tellement remplis de l'Esprit et tellement placés sous son influence, que l'exercice de leur raison, de leurs sens et de leurs facultés naturelles était suspendu et que, sous l'action absolue du pouvoir divin, ils ne parlaient plus que « poussés parle Saint-Esprit (2Pi 1 : 21) ». D'autres entendent ce mot dans un sens indifférent, je veux dire dans un sens qui n'implique moralement ni bien ni mal. C'est ainsi qu'ils parlent de l'enthousiasme des poètes, d'Homère et de Virgile, par exemple. Un éminent écrivain de notre temps a été jusqu'à dire qu'aucun homme ne peut exceller dans sa profession, quelle qu'elle soit, sans avoir dans le tempérament une forte teinte d'enthousiasme. Ce qu'ils paraissent entendre par enthousiasme, c'est une vigueur peu commune de pensée, une ferveur particulière d'esprit, une vivacité et une force qui ne se trouvent pas dans les hommes ordinaires, et qui élèvent l'âme à des choses plus grandes et plus hautes que celles où la froide raison peut atteindre. Mais aucune de ces acceptions n'est celle dans laquelle le mot enthousiasme est le plus ordinairement employé. La plupart des hommes s'accordent au moins en ceci que l'enthousiasme est quelque chose de mauvais ; et c'est tout particulièrement la pensée de ceux qui flétrissent de ce nom la religion du cœur. Dans les pages suivantes, je le prendrai donc dans cette acception, et je l'envisagerai comme un malheur, sinon comme une faute. Pour ce qui est de la nature de l'enthousiasme, c'est évidemment un désordre de l'esprit, et un désordre tel qu'il nuit grandement à l'exercice de la raison. Parfois même il la supplante complètement ; il n'obscurcit pas seulement les yeux de l'entendement, il les ferme. On peut donc le considérer comme une sorte de folie, et non simplement comme étant de la sottise. Un sot est, à proprement parler, un homme qui tire de fausses conclusions de prémisses vraies, tandis qu'un fou est celui qui tire des conclusions justes de prémisses fausses. Ainsi fait l'enthousiaste. Supposez ses prémisses vraies, et vous êtes forcé d'admettre ses conclusions. Mais justement il se trompe en posant des prémisses fausses. Il s'imagine qu'il est ce qu'il n'est pas ; et son point de départ étant faux, plus il avance et plus il s'égare. Tout enthousiaste est donc, à bien, parler, un fou. Seulement sa folie n'est pas ordinaire, elle est religieuse. Je ne veux pas dire par là qu'elle constitue un des éléments de la religion ; bien au contraire. La religion est le fait d'un esprit sain ; et conséquemment est en opposition directe avec toute espèce de folie. Mais je veux dire que cette sorte de folie a la religion pour objet, et qu'elle se meut dans cette sphère. Aussi l'enthousiaste parle-t-il généralement de religion ; de Dieu et des choses de Dieu, mais il en parle de telle façon que tout chrétien raisonnable peut discerner le désordre qui règne dans son esprit. L'enthousiasme, en général, peut être décrit ainsi : une folie religieuse résultant d'une prétendue influence ou inspiration divine, ou tout au moins une folie qui attribue à Dieu ce qui ne doit pas lui être attribué, ou qui attend de lui ce qu'on ne doit pas en attendre. Il y a d'innombrables espèces d'enthousiasmes. Afin qu'on puisse plus aisément s'y reconnaître et les éviter, j'essaierai de grouper sous quelques chefs généraux, celles qui sont les plus communes, et par conséquent les plus dangereuses. La première espèce d'enthousiasme que je mentionnerai est celui des gens qui imaginent qu'ils possèdent la grâce qu'ils n'ont pas. Quelques-uns croient, sans raison, avoir la rédemption par Christ, « savoir la rémission de leurs péchés (Eph 1 : 7) ». Ce sont ceux qui « n'ont pas de racine en eux-mêmes (Mat 13 : 5,6,20,21) », ni repentance profonde, ni vraie conviction. « Ils reçoivent d'abord la parole avec joie », mais comme « elle n'entre pas profondément dans la terre », qu'il n'y a pas d'œuvre profonde dans leur cœur, la semence « lève aussitôt », il s'accomplit un changement superficiel immédiat, qui, combiné avec leur joie légère, avec l'orgueil de leur cœur qui n'a pas été brisé et avec leur amour désordonné d'eux-mêmes, les persuade aisément qu'ils ont « goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir (Heb 6 : 5) ». C'est là une sorte de folie, qui provient de ce qu'on s'imagine avoir reçu une grâce que l'on n'a pas reçue, en se décevant ainsi soi-même. Pure folie en effet que celle-là ! Le raisonnement serait bon, si les prémisses n'étaient pas fausses ; mais comme elles ne sont que le fruit de l'imagination, tout ce qui s'appuie sur elles s'écroule pitoyablement. Toutes les rêveries de ces pauvres gens partent de cette supposition qu'ils ont la foi en Christ. S'ils l'ont, ils sont « sacrificateurs et rois (1Pi 2 : 9) », possesseurs « d'un royaume qui ne peut être ébranlé (Heb 12 : 28) ». Mais comme ils n'ont pas en réalité cette foi, tout ce qu'ils prétendent en tirer est aussi vide de vérité et de sens que les prétentions d'un fou ordinaire qui, se croyant roi, parle et agit en conséquence. Il y a bien d'autres enthousiastes de cette sorte. Tel est, par exemple, cet orgueilleux zélote, fanatique, non de la religion, mais des opinions et, des formes de cultes auxquelles il donne ce nom. Celui-là aussi s'imagine qu'il est un croyant, voire même un champion de la foi qui a été donnée aux saints. Aussi, toute sa conduite s'appuie sur cette vaine imagination. Sa manière de faire aurait quelque raison si sa supposition était juste ; mais il n'est que trop évident qu'elle est l'effet d'un esprit et d'un cœur mal équilibrés. Mais les plus nombreux parmi les enthousiastes de cette catégorie, ce sont ceux qui imaginent qu'ils sont chrétiens, tandis qu'ils ne le sont pas. Ils abondent, non seulement dans toutes les parties de notre pays, mais à peu près sur tout les points de la terre habitée. Si les oracles de Dieu sont vrais, il est clair et incontestable que ces gens-là ne sont pas chrétiens. Les chrétiens sont saints : eux ne le sont pas. Les chrétiens aiment Dieu : eux aiment le monde. Les chrétiens sont humbles : eux sont orgueilleux. Les chrétiens sont doux : eux sont irritables, les chrétiens ont l'esprit qui était en Christ : eux en sont éloignés autant que possible. Conséquemment ils ne sont pas plus des chrétiens qu'ils ne sont des archanges. Pourtant ils prétendent à ce titre, et voici quelques-unes des raisons qu'ils invoquent à l'appui : on les a toujours désignés ainsi ; ils ont été baptisés, il y a de longues années ; ils professent les opinions chrétiennes, ou, comme on dit, la foi chrétienne et catholique ; ils pratiquent les rites religieux que pratiquaient leurs pères avant eux ; ils mènent, comme leurs voisins, ce que l'on appelle une bonne vie chrétienne. Et qui osera prétendre que ces gens-là ne sont pas chrétiens ? quoique, il est vrai, ils n'aient pas une parcelle de vraie foi en Christ ou de véritable sainteté intérieure, quoiqu'ils n'aient jamais goûté l'amour de Dieu et n'aient pas été « faits participants du Saint-Esprit (Heb 6 : 4) ». Ah ! pauvres victimes de l'illusion ! Non, vous n'êtes pas chrétiens ! Vous n'êtes que des enthousiastes à la plus haute puissance ! Médecins, guérissez-vous vous-mêmes ! Mais d'abord apprenez à connaître votre maladie. Votre vie tout entière est dominée par ce mauvais enthousiasme et faussée par cette illusion qui vous fait croire que vous avez reçu la grâce de Dieu, laquelle vous n'avez pas reçue. Par suite de cette erreur fondamentale, vous errez chaque jour davantage, usurpant, tant dans vos paroles que dans vos actes, un caractère qui ne vous appartient à aucun degré. De là, dans toute votre conduite, une inconséquence palpable et flagrante, un bizarre mélange de paganisme réel et de christianisme imaginaire. Toutefois, comme les majorités sont de votre côté, vous réussirez toujours à obtenir de la multitude ce verdict : que vous êtes les seuls chrétiens de bon sens, et : que tous ceux qui ne sont pas tels que vous sont des fous. Mais cela ne change en rien la vraie nature des choses. Au point de vue de Dieu et de ses saints anges, et aussi au point de vue de tous les vrais enfants de Dieu qui sont sur la terre, c'est vous qui êtes des insensés et de pauvres enthousiastes ! En voulez-vous la preuve ? Ne marchez-vous pas au milieu d'ombres vaines, une ombre de religion, une ombre de bonheur ? Ne vous agitez-vous pas en vain au sujet d'infortunes aussi imaginaires que votre bonheur ou votre religion ? Ne vous croyez-vous pas grands et bons, très expérimentés et très sages ? Jusques à quand dureront vos illusions ? Peut-être jusqu'à ce que la mort vienne vous ramener assez à la raison pour vous faire déplorer à jamais voir folie. Une seconde espèce d'enthousiastes sont ceux qui imaginent avoir reçu de Dieu des dons qu'ils n'ont pas reçus. Il en est qui se sont mis dans l'esprit qu'ils ont reçu le don de faire des miracles, de guérir les malades par la parole ou par l'attouchement, de rendre la vue aux aveugles, voire même de ressusciter les morts ; un cas de ce genre s'est récemment produit parmi nous. D'autres ont entrepris de prophétiser, d'annoncer les choses à venir avec certitude et précision. Lorsque les faits viennent démentir leurs prédictions, l'expérience accomplit ce que la raison n'avait pu faire et se charge de les ramener au bon sens. A cette même classe appartiennent ceux qui s'imaginent à tort que leurs prédications ou leurs prières sont inspirées par l'Esprit de Dieu. Je sais bien que sans lui nous ne pouvons rien faire, spécialement dans notre ministère public ; que toutes nos prédications sont vaines, si elles ne sont pas accompagnées de la puissance d'en haut, et qu'il en est de même de nos prières, si « l'Esprit ne nous aide dans nos infirmités (Ro 8 : 26) ». Je sais que si nous prêchons et prions sans l'Esprit, tout notre travail est stérile ; et je crois que tout ce qui se fait de bon ici-bas est l'œuvre de celui qui accomplit toutes choses en tous. Mais ceci ne change rien au cas qui est devant nous. S'il existe une influence réelle de l'Esprit de Dieu, il y en a aussi de purement imaginaires, et bien des gens s'y trompent. Tels supposent qu'ils se trouvent sous cette influence, alors qu'ils sont bien loin d'y être. D'autres supposent y être à un degré où ils n'y sont pas réellement. Je crains qu'il ne faille mettre dans ce nombre tous ceux qui imaginent que Dieu leur dicte les paroles qu'ils prononcent, et qui, conséquemment, croient qu'il est impossible qu'ils se trompent, soit pour le fond, soit pour la forme. On sait quel nombre prodigieux d'enthousiastes de cette sorte a produit notre siècle, et parmi ceux-là il s'en trouve qui parlent d'une manière plus autoritaire que ne l'ont jamais fait saint Paul ou les autres apôtres. Cette même espèce de fanatisme se trouve fréquemment, quoique à un moindre degré, chez des hommes non revêtus d'un caractère public. Ils peuvent aussi s'imaginer à tort qu'ils sont placés sous l'influence et sous la direction de l'Esprit. Je reconnais que « si un homme n'a pas l'Esprit de Christ, il n'est pas à lui (Ro 8 : 9) ; » et que c'est toujours par le secours de cet Esprit que nous pensons bien, que nous parlons bien, que nous agissons bien. Mais que de gens lui imputent des choses, ou en attendent de lui, sans avoir pour le faire aucune base ni rationnelle ni scripturaire ! Tels sont ceux qui s'imaginent qu'ils peuvent ou doivent recevoir des directions particulières de Dieu, non seulement dans des affaires importantes, mais dans des choses sans importance et dans les plus petites circonstances de la vie. C'est là oublier que Dieu nous a donné notre raison pour guide dans ces choses, sans exclure jamais toutefois l'assistance secrète de son Esprit. Ce sont encore des enthousiastes du même ordre, ceux qui s'attendent à être dirigés de Dieu, soit pour les choses spirituelles, soit pour la vie commune, d'une manière qu'ils appellent extraordinaire ; je veux dire au moyen de visions et de songes, par de fortes impressions ou par de soudaines impulsions de leur esprit. Je ne nie pas que Dieu ait autrefois manifesté sa volonté de cette manière, ou qu'il puisse encore le faire ; je crois même qu'il le fait dans quelques cas très rares. Mais que de fois les hommes se trompent à cet égard ! Combien souvent l'orgueil ou une imagination échauffée les pousse à attribuer à Dieu des impulsions ou des impressions, des rêves ou des visions absolument indignes de lui ! C'est là du pur fanatisme, aussi de la religion que de la vérité et, du bon sens. Quelqu'un demandera peut-être : « Ne devons-nous donc pas en toutes choses chercher à connaître quelle est la volonté de Dieu ? et ne devons-nous pas faire de cette volonté la règle de notre conduite ? » Sans aucun doute. Mais comment un chrétien sensé cherchera-t-il à discerner la volonté de Dieu ? Non en attendant des rêves surnaturels ou des visions peur la lui manifester ; pas davantage en attendant des impressions particulières ou des impulsions soudaines dans son esprit ; mais en consultant les oracles de Dieu. « A la loi et au témoignage (Esa 8 : 20) ! » C'est là la méthode ordinaire de « connaître la volonté de Dieu, qui est bonne, agréable et parfaite (Ro 12 : 2) », — « Mais, demande-t-on, comment connaîtrai-je quelle est la volonté de Dieu, dans tel et tel cas particulier, en une chose de nature indifférente, et sur laquelle l'Ecriture ne se prononce pas ? » Je réponds : Les Ecritures vous donnent elles-mêmes une règle générale applicable à tous les cas particuliers : « La volonté de Dieu, c'est notre sanctification (1Th 4 : 3) ». C'est sa volonté que nous soyons saints intérieurement et extérieurement ; que nous soyons bons, que nous fassions le bien, en toute manière et au degré le plus élevé dont nous sommes capables. Nous sommes ici sur un terrain solide. Cette règle est aussi claire que la lumière du soleil. Nous n'avons donc, pour connaître quelle est la volonté de Dieu dans un cas particulier, qu'à appliquer cette règle générale. Supposez, par exemple, qu'on propose à un homme raisonnable de se marier ou d'entreprendre une affaire. Pour savoir quelle est la volonté de Dieu, il se dira : « C'est la volonté de Dieu à mon égard que je sois aussi saint et que je fasse autant de bien que je le puis », et, partant de ce principe, il se demandera simplement : « Dans lequel de ces états puis-je être le plus saint et faire le plus de bien ? » Et à cette question il répondra en consultant la raison et l'expérience. L'expérience lui dira, quels avantages lui offre sa condition présente pour être saint et utile ; et, la raison lui montrera ce que lui apporterait en échange la situation qui lui est proposée. Il établira ainsi une comparaison et jugera quelle est la voie dans laquelle il pourra être le plus saint et le plus utile, et il pourra de la sorte déterminer, avec quelque certitude, quelle est la volonté de Dieu. Il va sans dire que nous supposons l'aide du Saint-Esprit, pendant tout le cours de cette recherche. Il n'est pas facile sans doute de dire de quelle manière cette aide nous est envoyée. Dieu peut nous remettre en mémoire diverses circonstances, mettre plus fortement en lumière certains faits, disposer insensiblement notre esprit à recevoir une conviction, et fixer cette conviction sur notre cœur. Et à un concours de circonstances de cette nature., il peut ajouter une paix intérieure si profonde et une mesure si grande de son amour, qu'il ne nous reste plus aucune possibilité de douter quelle est, dans ce cas particulier, sa volonté à notre égard. Telle est la manière simple, scripturaire et rationnelle de connaître ta volonté de Dieu dans un cas déterminé. Mais quand on considère combien peu cette méthode est suivie, et à quel débordement de fanatisme nous assistons de la part de ceux qui veulent connaître la volonté de Dieu par des méthodes contraires à l'Écriture et à la raison, on en vient à se demander s'il n'y aurait pas lieu d'user plus discrètement de cette expression. Bien des gens, qui disent vouloir chercher à connaître la volonté de Dieu, lorsqu'il s'agit des choses les plus triviales, se rendent coupables de la violation du troisième commandement ; ils prennent le nom de Dieu en vain et commettent à son égard une coupable irrévérence. Ne vaudrait-il pas mieux employer d'autres expressions, qui seraient moins sujettes à la critique ? Au lieu de dire, par exemple, dans tel cas particulier : « Je désire connaître la volonté de Dieu » ; ne vaudrait-il pas mieux dire : « Je désire connaître ce qui contribuera le mieux à me rendre plus saint et plus utile ? » Cette manière de parler est claire et inattaquable ; elle est d'accord avec les saintes Écritures, et écarte le danger de fanatisme. Une troisième et très commune espèce d'enthousiastes (que nous aurions peut-être pu rattacher à la première catégorie) comprend ceux qui veulent atteindre la fin sans se servir des moyens, et qui attendent une intervention directe de Dieu. Leur attente serait justifiée, si Dieu lui-même refusait les moyens. Dieu peut certainement, en un tel cas, exercer directement sa puissance, et il l'a fait quelquefois. Mais ceux qui attendent son intervention, et qui, lorsque les moyens extérieurs existent, refusent de s'en servir, ceux-là sont des fanatiques. Sur le même rang nous placerons ceux qui s'attendent à comprendre les Saintes Écritures sans les lire et sans les méditer, et en dédaignant les secours qui sont à leur portée et qui leur en feraient pénétrer le sens. Tels sont aussi ceux qui, de propos délibéré, prennent la parole dans une assemblée religieuse sans aucune préparation préalable. Je dis : de propos délibéré ; car il peut y avoir telle circonstance où l'on soit contraint, de parler sans préparation. Mais quiconque méprise ce moyen de parler utilement se montre en cela un enthousiaste. On peut s'attendre que je mentionne ici, comme formant une quatrième catégorie d'enthousiastes, ceux qui attribuent à la Providence de Dieu des choses qui ne devraient pas lui être attribuées. Mais j'avoue que je ne connais pas moi-même quelles choses ne doivent pas être attribuées à la Providence, quelles choses demeurent en dehors ; du gouvernement divin et ne s'y rattachent pas, soit directement, soit indirectement. Je n'excepte que le péché ; et encore, dans les péchés des autres, je reconnais la Providence de Dieu envers moi. Je ne dis pas : la Providence générale ; car c'est là un grand mot qui ne signifie rien du tout. Et s'il existe une Providence particulière, elle doit s'étendre à tous les hommes et à toutes choses. Notre Seigneur l'entendait ainsi ; sans quoi il n'eût jamais dit : « Les cheveux même de votre tête sont tons comptés (Mat 10 : 30) ; » et encore : « Un passereau ne tombe pas à terre sans la permission de votre Père (Mat 10 : 29) ». Mais s'il en est ainsi, si Dieu préside universis tanquam singulis, et singulis tanquam universis, (sur les individus, comme sur les individus comme sur l'univers,) que reste-t-il (sauf nos propres pêchés) que nous puissions soustraire à la Providence de Dieu ? Je ne puis donc comprendre qu'on élève ici l'accusation de fanatisme. On me dira : « Vous vous considérez donc comme particulièrement favorisé du ciel ». Je réponds : Vous oubliez ce que nous venons de dire, que la Providence veille sur tous les hommes, aussi bien que sur chacun individuellement. Ne comprenez vous pas que l'homme qui croit cela considère tout homme comme autant favorisé d'eu haut, qu'il l'est lui-même ? Nous devons nous garder avec le plus grand soin contre toutes ces formes du faux enthousiasme et considérer les déplorables effets qu'il a souvent produits et qui en sont le résultat naturel. L'orgueil vient en première ligne ; c'est l'orgueil qui alimente sans cesse la source d'où il dérive ; et c'est lui qui nous sépare toujours plus de la faveur et de la vie de Dieu, c'est lui qui tari en nous les sources de la foi, de l'amour, de la justice et de la vraie sainteté, en nous séparant de la grâce qui les produit ; car « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles (Jas 4 : 6) ». En même temps que l'esprit de l'enthousiaste est dominé par l'orgueil, il devient absolument rebelle à la persuasion et même aux conseils. Il en résulte que quelles que soient les erreurs ou les fautes auxquelles il succombe, il n'y a guère lieu d'espérer son relèvement. On a souvent et justement remarqué que la raison doit avoir bien peu de poids pour celui qui s'imagine être conduit par un guide supérieur à elle, par la sagesse même de Dieu. A mesure donc que son orgueil grandit, l'enthousiaste devient toujours plus entêté et rétif aux avis d'autrui, toujours moins susceptible d'être convaincu ou persuadé, toujours plus attaché à son propre sens et à sa propre volonté, jusqu'à devenir absolument fermé à toute bonne influence. Ainsi cuirassé à la fois contre la grâce de Dieu et contre les avis et l'aide de ses semblables, il n'a plus d'autres guides que son propre cœur et que Satan, prince des orgueilleux. Il n'est pas étonnant qu'il s'enracine toujours plus dans son mépris pour les autres hommes, dans ses dispositions irritables et malveillantes, et qu'il manifeste des sentiments terrestres et diaboliques. Il ne faut pas non plus s'étonner des terribles effets qui, dans tous les temps, ont découlé de telles dispositions ; on peut dire que toute espèce de méchanceté ; toutes les œuvres de ténèbres ont été commises par des gens qui se nomment chrétiens et qui font ce que des païens rougiraient de faire. Telle est la nature, tels sont les tristes effets de ce monstre à plusieurs têtes, le faux enthousiasme. De cet examen nous pouvons maintenant déduire quelques simples conclusions pratiques. Et d'abord, si l'enthousiasme est un terme peu compris, quoique fréquemment employé, évitez soigneusement d'employer un mot que vous comprenez mal. A cet égard, comme à tous les autres, apprenez à penser avant de parler. Rendez-vous bien comble de la signification de ce terme étrange, et ne l'employez qu'à bon escient. Prenez garde, en second lieu, d'appeler quelqu'un enthousiaste, simplement parce que tout le monde l'appelle ainsi. On n'est pas fondé, pour une pareille raison à appliquer à qui que ce soit une appellation malsonnante, et celle-là moins encore qu'aucune autre. Il n'est ni juste ni miséricordieux de porter sans preuve une aussi grave accusation contre quelqu'un. Mais si le faux enthousiasme est un si grand mal, prenez garde de n'en être atteint. Veillez et priez, pour ne pas succomber à une tentation qui menace ceux qui ont la crainte et l'amour de Dieu. Prenez garde de n'avoir pas de vous-même une plus haute opinion qu'il ne faut. Ne vous imaginez pas avoir atteint telle grâce de Dieu, à laquelle vous n'êtes pas en réalité parvenu. Vous pouvez avoir beaucoup de joie et une certaine mesure d'amour, et n'avoir pas encore une foi vivante. Demandez à Dieu qu'il ne permette pas que, aveugle comme vous l'êtes, vous sortiez du bon chemin ; que vous ne vous imaginiez pas être un croyant aussi longtemps que Christ ne s'est pas révélé en vous, et que son Esprit n'a pas témoigné à votre esprit que vous êtes enfant de Dieu. Ne soyez pas un enthousiaste persécuteur. Ne vous imaginez pas que Dieu vous a appelé (contrairement à l'Esprit qui était en Jésus) à faire périr les hommes, et non à les sauver. Ne songez pas à contraindre les hommes à entrer dans les voies de Dieu. Pensez pour vous-mêmes et laissez penser les autres. N'usez pas de contrainte en matière de religion. N'essayez pas de contraindre même les plus égarés, par d'autres moyens que la raison, la vérité et l'amour. Ne vous imaginez pas que vous êtes un chrétien, si vous ne l'êtes pas. N'usurpez pas ce nom vénérable, si vous n'y avez un titre clair et scripturaire, et surtout si vous n'avez pas l'Esprit qui était en Christ, en sorte que vous marchiez comme il a marché lui-même. Ne vous imaginez pas avoir reçu de Dieu des dons que vous n'avez pas reçus, Ne vous fiez pas aux visions ou aux songes, et pas davantage aux impressions soudaines ou aux fortes impulsions, de quelque nature qu'elles soient. Souvenez-vous que ce n'est pas ainsi que vous devez chercher à connaître la volonté de Dieu dans ou telle ou telle occasion particulière ; mais ayez recours tout simplement à l'Ecriture, en vous aidant de l'expérience et de la raison, et en réclamant le secours de l'Esprit de Dieu. N'employez pas à la légère le nom de Dieu : n'alléguez pas sa volonté à propos des plus futiles circonstances ; mais que vos paroles comme vos actions, soient empreintes de révérence et d'une crainte pieuse. Enfin, gardez-vous d'imaginer que vous pouvez obtenir la fin sans vous servir des moyens qui y conduisent. Dieu peut sans doute donner la fin sans les moyens ; mais vous n'avez aucune raison de penser qu'il veuille le faire. Servez-vous donc constamment et avec soin de tous les moyens qu'il a établis pour être les canaux ordinaires de sa grâce. Servez-vous de tous les moyens indiqués par la raison ou par l'Ecriture, pour obtenir ou pour augmenter en vous les dons de Dieu. Cherchez à croître journellement dans cette pure et sainte religion, que le monde appelle et appellera toujours de l'enthousiasme, mais qui, pour tous ceux qui sont délivrés du mauvais enthousiasme et du christianisme purement nominal, est « la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu (1Co 1 : 24) » , la glorieuse image du Très-haut « la justice et la paix (Ro 14 : 17) » , et une « source d'eau vive qui jaillit jusqu'en vie. éternelle (Jea 4 : 14) ».

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