LE RENONCEMENT A SOI-MEME Luc 9,23 : John Wesley

03:29Ministere MotsdeDieu

Et il disait à tous : si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix et qu'il me suive (Lu 9 : 23). Beaucoup de personnes ont supposé que le conseil donné dans notre texte s'appliquait surtout, sinon exclusivement, aux apôtres, peut-être encore aux chrétiens des premiers siècles ou bien en général à ceux qui sont persécutés. Mais c'est là une erreur sérieuse. Car si, dans ce passage, notre Seigneur s'adressait tout spécialement à ses apôtres et aux autres disciples qui le suivaient « pendant les jours de sa chair, (Heb 5 : 7) » il parlait aussi par leur intermédiaire à nous tous, à l'humanité entière, sans aucune exception, sans distinction aucune. Il est tout simplement évident et incontestable que le devoir ici prescrit ne regardait pas seulement les apôtres ou les premiers chrétiens. Il n'incombe ni à une classe d'hommes particulière, ni à une époque spéciale, ni à un certain pays. De sa nature il est absolument universel : il s'applique à tous les temps, à toutes les personnes, voire même à toutes les choses, et pas seulement au manger et au boire ou à d'autres objets se rapportant aux sens. La signification de cette parole, la voici : Si quelqu'un, quels que soient son rang, sa, position, sa situation, sa nationalité ou le siècle dans lequel il vit, veut réellement venir après moi, qu'il renonce à soi-même en toutes choses, qu'il se charge de sa croix, quelle qu'en soit la nature, qu'il s'en charge chaque jour, et qu'il me suive. Ce n'est pas une chose de petite importance que de renoncer à nous-mêmes, que de nous charger de notre croix, en acceptant ce devoir dans toute l'étendue du mot. Ce n'est pas seulement une chose désirable, comme certains détails accessoires de la religion. Non : c'est absolument nécessaire, c'est indispensable, soit pour devenir, soit pour demeurer disciple de Jésus. Il le faut absolument, c'est essentiel pour que nous venions après Lui, pour que nous Le suivions ; à tel point que, dans la mesure où nous ne pratiquons pas ce devoir ; nous ne sommes pas ses disciples. Si nous ne renonçons pas sans cesse à, nous-mêmes, c'est d'autres maîtres que nous apprenons ; ce n'est pas de Lui. Si nous ne nous chargeons pas de notre croix chaque jour, ce n'est pas Lui que nous suivons : c'est le monde, c'est le prince de ce monde, c'est notre cœur charnel. Si nous ne marchons pas dans le chemin de la croix, nous ne suivons pas Jésus, nous ne marchons pas sur ses traces : nous Lui tournons le dos, ou tout au moins nous nous écartons de Lui. C'est pour cela que tant de serviteurs de Jésus-Christ, dans tous les temps et dans tous les pays, et surtout depuis que l'Eglise a été réformée à l'endroit des innovations et des abus qui s'y étaient glissés, ont écrit et parlé aussi fréquemment sur cet important devoir, et l'ont fait dans leurs entretiens particuliers comme dans leurs discours publics. C'est aussi ce qui les a décidés à répandre dans le monde, beaucoup de traités relatifs à ce sujet. Quelques-uns ont été publiés spécialement pour notre peuple. Ces hommes pieux avaient appris, dans les oracles divins et par leur propre expérience, combien il est impossible que nous ne renoncions pas à notre divin Maître que nous ne le reniions pas (En anglais, comme d'ailleurs dans le grec du Nouveau Testament, le même mot signifie renoncer et renier. Renoncer avait autrefois le sens de renier, et la version de Saci l'emploie ainsi. —Trad.), si nous ne voulons pas renoncer à nous-mêmes ; combien il est inutile d'entreprendre de suivre le divin Crucifié, à moins que nous ne nous chargions chaque jour de notre propre croix. Mais ce que nous venons de dire ne conduit-il pas à se demander si, après tout ce qui a été dit et écrit sur le sujet en question, il y a lieu d'en parler ou d'en écrire davantage ? A cet égard, je dirai d'abord que bien des gens, même parmi ceux qui craignent Dieu, n'ont pas eu l'occasion d'entendre ce qui a été dit ou de lire ce qui a, été écrit relativement à ce devoir. Et puis, s'ils avaient lu une bonne partie de ce qui a été écrit sur cette matière, peut-être n'y auraient-ils pas gagné grand'chose ; car beaucoup de ceux qui ont composé ces ouvrages, dont quelques uns font de gros volumes, semblent n'avoir guère compris leur sujet : Ou bien ils n'avaient pas saisi complètement la nature même de ce devoir, et, dans ce cas, ils ne pouvaient l'expliquer à d'autres ; ou bien ils en ignoraient toute la portée ; ils ne voyaient pas « combien ce commandement est d'une grande étendue (Ps 119 : 96) ». ou bien peut-être encore n'en sentaient-ils pas la nécessité absolue, le caractère indispensable. Il en est qui parlent de cela, d'une façon si obscure, si embarrassée, si enchevêtrée, si mystique ; qu'on dirait qu'ils ont voulu le cacher au commun de l'humanité au lieu d'en instruire la masse des lecteurs. D'autres parlent admirablement bien, avec beaucoup de force et de clarté, de la nécessité du renoncement à soi-même ; mais ils s'en tiennent à des généralités, ils n'en viennent pas aux cas particuliers, et ainsi ne rendent presque aucun service au gros de l'humanité, aux gens de capacité moyenne et d'instruction ordinaire. Il s'en trouve aussi qui entrent bien dans les détails, mais c'est pour résoudre des cas exceptionnels qui ne sauraient intéresser le grand nombre, puisqu'ils se présentent rarement, si toutefois ils se présentent dans la vie ordinaire : par exemple l'emprisonnement ou les tortures, ou bien l'abandon absolu, littéral, de nos maisons et de nos terres, de nos maris ou de nos femmes, de nos enfants, de notre vie elle-même, toutes choses auxquelles nous ne sommes pas appelés et auxquelles nous ne serions exposés que si Dieu permettait le retour des temps de persécution. En somme, je ne connais aucun écrivain anglais qui ait exposé la nature du renoncement là soi-même d'une manière claire et simple, qui soit au niveau des intelligences ordinaires et qui embrasse les petits détails de la vie journalière. Un discours sur ce sujet est donc nécessaire, d'autant plus nécessaire que, dans toutes les phases de la vie spirituelle, bien qu'il se présente une grande variété de circonstances qui empêchent que nous recevions la grâce de Dieu ou que nous croissions dans cette grâce, elles s'expliquent toutes par l'une ou l'autre de ces deux causes : ou bien nous ne renonçons pas à nous-mêmes, ou bien nous ne nous chargeons pas de notre croix. Afin de combler cette lacune en quelque mesure, je vais m'efforcer de montrer : premièrement, ce que c'est que de renoncer à soi-même et de se charger de sa croix ; secondement, que si un homme n'est pas complètement disciple de Jésus-Christ, cela tient à ce qu'il n'accomplit pas son devoir. I Je veux, d'abord, essayer d'expliquer ce que c'est que de « renoncer à soi-même et se charger de sa croix ». Ce point doit, plus que tout autre, être examiné, et bien éclairci, attendu qu'il soulève plus que tout autre l'opposition d'ennemis nombreux et puissants. La nature humaine tout entière proteste contre cet enseignement, comme par un instinct de conservation personnelle : le monde, de même, tous ceux qui sont conduits non par la grâce, mais par leur propre nature, ne veulent point en entendre parler. Il va sans dire que le grand adversaire de nos âmes, qui connaît parfaitement l'importance de cet enseignement, ne peut manquer de faire tout son possible pour le renverser. Ce n'est pas tout : ceux-mêmes qui ont, en quelque mesure, secoué le joug du diable et qui, dans ces derniers temps par exemple, ont vu s'accomplir dans leur âme une œuvre sérieuse de la grâce divine, même ceux-là n'éprouvent aucune sympathie pour cette doctrine capitale du christianisme que, pourtant, leur divin Maître a si fortement accentuée. Il y en a dont l'ignorance à cet égard est si profonde, si absolue, qu'il semblerait que la Bible ne dit pas un mot de ces choses. D'autres sont encore plus éloignés du but, puisque sans s'en douter ils ont conçu des préventions très arrêtées contre cette doctrine. Ces préventions, ils les doivent en partie à des chrétiens de nom, d'apparence, gens qui parlent bien, qui ont une bonne tenue, qui ont tout de la piété sauf la force, qui possèdent de la religion tout, excepté son esprit ; en partie aussi, à certains chrétiens qui ont autrefois, comme ils ne le font plus maintenant, « goûté les jouissances à venir (Heb 6 : 5) ». — Mais, direz-vous, y a-t-il vraiment des chrétiens qui ne pratiquent pas le renoncement à eux-mêmes et ne le recommandent pas aux autres ? » Ce serait bien mal connaître le genre humain que de poser ainsi la question. Il y a, en effet, des quantités de gens qui se contentent de ne pas attaquer cette doctrine en face. N'allons pas plus loin que Londres. Voyez la masse des adeptes de la prédestination que Dieu, dans sa grande miséricorde, a fait récemment passer de leurs ténèbres naturelles à la lumière de la foi. Sont-ils des modèles de renoncement à soi même ? Combien peu d'entre eux font même profession de pratiquer tant soit peu ce devoir ! Combien peu d'entre peu l'inculquent à d'autres ou sont heureux qu'on le leur inculque ! N'est-il pas vrai plutôt qu'ils représentent de la façon la plus défavorable le renoncement à soi-même, comme si c'était « le salut par les œuvres », et « chercher à établir sa propre justice ? (Ro 10 : 3) » Et avec quel empressement les antinomiens de toute nuance depuis le morave doucereux jusqu'à l'exalté bruyant et profane, font écho à cette clameur et y joignent leur sotte et folle accusation de légalisme (Attachement exagéré à la loi) et de « prêcher la loi ». Ainsi on est toujours exposé à être détourné de cette importante doctrine de l'Evangile, soit par les sophismes, soit par les bravades, soit par le ridicule, armes qu'emploient tour à tour les faux docteurs et les faux frères qui se sont plus ou moins écartés de « la simplicité qui est en Christ (2Co 11 : 3) ; » ou bien il faut qu'on soit bien affermi sur ce point. Que nos prières les plus ferventes précèdent donc, accompagnent et suivent ce que vous allez lire, de sorte que cela soit écrit dans vos cœurs « du doigt de Dieu » (Ex 31 : 18) lui-même et de façon à n'en être jamais effacé ! Mais qu'est-ce que le renoncement à soi-même, ? En quoi devons-nous renoncer à nous-mêmes ? D'où vient la nécessite de ce renoncement ? Voici ma réponse. La volonté de Dieu est la règle suprême et immuable de tout être intelligent, et elle est tout aussi obligatoire pour les anges du ciel, sans exception, que pour tous les hommes qui sont sur cette terre. Il ne saurait en être autrement ; car telle est la conséquence ; naturelle et nécessaire des rapports qui unissent la créature à son créateur. Mais si la volonté de Dieu doit être notre règle de conduite en toutes choses, dans les petites comme dans les grandes, il s'ensuit incontestablement que nous ne devons plus, dans aucun cas, faire notre volonté propre. Du même coup nous apercevons ici quelle est la vraie nature du renoncement à soi-même et quelles sont ses bases et sa raison d'être. Quant à sa nature, c'est de renoncer à faire notre propre volonté, de refuser même de la faire, et cela parce que nous sommes convaincus que c'est la volonté de Dieu qui doit être pour nous l'unique règle de conduite. La raison d'être de ce devoir se trouve dans le fait que nous sommes des créatures de Dieu : << C'est Lui qui nous a formés ; ce n'est pas nous qui nous sommes faits (Ps 100 : 3) ». Ce motif pour renoncer à soi-même doit être également valable, qu'il s'agisse des anges du ciel ou de l'homme innocent et saint, tel enfin qu'il sortit des mains de son créateur. Mais nous trouvons une raison de plus pour accepter ce devoir, dans la situation où se trouve l'humanité depuis sa chute. Actuellement nous pouvons dire tous : « Voilà, j'ai été formé dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché (Ps 51 : 7). Toutes les facultés, toutes les forces vives de notre nature sont entièrement dépravées. Notre volonté, corrompue elle aussi, emploie tout son ressort uniquement en vue de satisfaire nos penchants mauvais. D'un autre côté, Dieu veut que nous luttions contre cette dépravation, que nous la surmontions, non seulement sur tel ou tel point et à tel ou tel moment, mais en tout et toujours. Voilà donc un motif de plus pour renoncer continuellement et en tout à nous-mêmes. Mais éclaircissons encore mieux ces principes. La volonté de Dieu est comme un chemin qui mène droit à Lui. La volonté humaine, qui à l'origine était parallèle à celle de Dieu, est devenue comme un chemin tout à fait distinct et dont la direction n'est pas seulement différente, mais totalement opposée, à prendre les choses telles qu'elles sont maintenant ; de fait, c'est un chemin qui éloigne de Dieu. Pour marcher dans l'une de ces deux voies, il faut nécessairement sortir de l'autre ; car nous ne pouvons les suivre toutes les deux en même temps. L'homme dont le cœur est lâche et dont les mains sont faibles, pourra bien marcher dans deux chemins différents, suivant tantôt l'un, tantôt l'autre ; mais il ne saurait marcher en même temps dans les deux ; il ne peut au même moment faire sa propre volonté et se conformer à celle de Dieu. Il faut donc qu'il choisisse, qu'il renonce à la volonté divine pour accomplir la sienne, ou bien qu'il renonce à lui-même pour obéir à la volonté de Dieu. Il est vrai que, sur le moment, il est bien plus agréable de faire notre propre volonté et d'accorder successivement à notre nature déchue toutes les satisfactions qu'elle réclame. Mais, chaque fois que nous agissons ainsi, nous confirmons d'autant le dérèglement de notre volonté ; et, en satisfaisant les mauvais penchants de notre nature, nous ne faisons qu'en augmenter la dépravation. C'est ainsi qu'en prenant certains aliments qui plaisent à notre palais, il nous arrive souvent d'empirer une maladie : un de nos goûts est satisfait, mais le mal s'est accru ; nous nous sommes accordé un plaisir ; mais il faudra le payer de notre vie. En résumé, renoncer à nous-mêmes, c'est renoncer à notre volonté toutes les fois qu'elle ne coïncide pas avec celle de Dieu, et quel que soit le plaisir que nous aurions à faire la nôtre. C'est donc renoncer à toute jouissance qui ne vient pas de Dieu et ne ramène pas à Lui : ce qui revient à dire que nous refuserons de quitter le chemin où nous sommes appelés à marcher, même s'il s'agit d'entrer dans un sentier attrayant et bordé de fleurs ; nous refuserons de prendre ce que nous savons être un poison mortel, bien que le goût en soit agréable. Quiconque voudra suivre Jésus-Christ, voudra être un de ses vrais disciples, devra non seulement renoncer à lui-même, mais aussi se charger de sa propre croix. Une croix, c'est tout ce qui est en opposition avec notre volonté, tout ce qui déplaît à notre nature déchue. Ainsi, nous charger de notre croix est quelque chose de plus que renoncer à nous-mêmes ; c'est monter d'un degré, c'est un effort plus pénible pour la chair et le sang ; car il est plus facile de renoncer à un plaisir que d'endurer une souffrance. Mais si nous voulons « poursuivre constamment la course qui nous est proposée (Heb 12 : 1) », et marcher selon la volonté de Dieu, nous rencontrerons souvent une croix en travers de notre chemin, c'est-à-dire quelque chose qui non seulement n'est pas agréable, mais est même très fâcheux, quelque chose qui contrarie notre volonté et déplaît à notre nature. Que faire alors ? Il n'y a qu'à choisir : ou bien nous charger de notre croix, ou bien nous détourner du chemin de Dieu, « du saint commandement qui nous a été donné (2Pi 2 : 21) », peut-être même nous arrêter tout à fait et reculer pour nous perdre éternellement. Pour arriver à nous guérir du péché, de ce mal pernicieux que tout homme apporte avec lui en venant au monde, il faudra souvent que nous arrachions un oeil droit, que nous coupions une main droite, ce qui veut dire que la chose à faire est fort pénible, ou bien que c'est la façon de l'accomplir qui est douloureuse. C'est peut-être le sacrifice d'un caprice vain ou d'une affection déréglée, ou bien l'abandon de ce qui en était l'objet, abandon sans lequel cette passion ne saurait être vaincue. Dans le premier cas, l'extirpation de ce désir insensé, de cette affection folle, quand ils ont jeté de profondes racines en nous, est souvent comme une épée aiguë qui « atteint jusqu'au fond de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles (Heb 4 : 12) ». C'est alors que l'Eternel s'assied dans notre âme comme celui qui l'affine par le feu et en consume toute l'écume. C'est bien là une croix ; car c'est essentiellement douloureux, et il est dans la nature même des choses qu'il en soit ainsi. L'âme ne peut pas se déchirer ou passer par la fournaise sans souffrir. Dans le second cas, il est évident que le procédé employé pour guérir une âme du péché, pour la débarrasser d'un vain caprice ou d'une affection déréglée, peut être souvent fort pénible ; mais cela ne vient pas tant du moyen employé que de la nature même de la maladie. Quand, par exemple, notre Seigneur dit au jeune homme riche : « Va ; vends tout ce que tu as, et le donne aux pauvres (Mr 10 : 21) » (et il lui commanda cela parce qu'il savait que c'était l'unique moyen de le guérir de son avarice), la seule pensée de ce sacrifice lui causa tant de douleur qu' « il s'en alla tout triste (Mr 10 : 22) », préférant abandonner l'espérance du ciel plutôt que ses biens terrestres. Ce fut là le fardeau qu'il ne voulut pas soulever, la croix dont il ne voulut pas se charger. D'ans l'un ou l'autre cas, il faudra très certainement que celui qui veut suivre Jésus se charge de sa croix chaque jour. Se charger de sa croix n'est pas tout à fait la même chose que porter sa croix. A proprement parler, nous portons notre croix lorsque nous endurons avec patience et résignation une chose qui nous est imposée sans que nous ayons été consultés. Mais pour que nous nous chargions de notre croix, il faut que nous souffrions volontairement ce que nous pourrions éviter de souffrir ; c'est choisir librement la volonté de Dieu, bien qu'elle soit opposée à la nôtre ; c'est choisir ce qui est pénible, et le choisir parce que c'est là la volonté de notre Créateur qui est à la fois sage et bon. C'est ainsi qu'il convient que tout disciple de Christ prenne et porte sa croix. Dans un certain sens, sans doute, elle n'est pas seulement la sienne ; elle est commune à lui et à beaucoup d'autres, puisqu' « aucune tentation ne vous survient qui ne soit une tentation humaine » , (1Co 10 : 13), c'est-à-dire commune aux hommes, inhérente et adaptée à la nature humaine ordinaire et à ses rapports avec le monde où nous vivons. Mais, dans un autre sens et en tenant compte de tous les détails, c'est bien la sienne que cette croix ; elle lui est particulière ; Dieu la lui a préparée et la lui donne comme un gage de son amour. Et s'il la reçoit comme telle ; si, après avoir employé, pour en alléger le poids, les moyens qu'autorise la sagesse chrétienne, il demeure comme l'argile entre les mains du potier, il éprouvera que Dieu a tout réglé et arrangé en vue de son bien, tant la nature de cette épreuve que sa mesure et son intensité, sa durée et toutes les autres circonstances accessoires. Il doit nous être facile de nous représenter notre bon Sauveur agissant en tout cela comme le médecin de nos âmes, agissant ainsi non pour son plaisir, mais « pour notre profit, afin de nous rendre participants de sa sainteté (Heb 12 : 10) ». Si, en sondant nos blessures, il nous fait souffrir, ce ne peut être qu'en vue de nous guérir. Il ampute ce qui est gangrené et perdu, afin de conserver ce qui est bien portant. Et puisque nous acceptons volontiers la perte d'un membre, plutôt que de laisser périr le corps entier, combien ne devrions-nous pas préférer couper notre main droite, figurativement parlant, plutôt que d'exposer notre âme à être jetée tout entière en enfer ! Voilà donc bien nettement devant nous la vraie nature et la raison d'être de ce devoir : nous charger de notre croix. Cela ne signifie pas qu'il faut nous macérer, comme disent quelques-uns, nous déchirer la chair, porter un cilice ou une ceinture de fer, ou toute autre chose qui est de nature à compromettre notre santé. Il est possible que Dieu tienne compte de l'intention de ceux qui font ces choses par pure ignorance. Mais notre devoir consiste à accepter la volonté de Dieu, bien qu'elle soit contraire à la nôtre ; à prendre un remède qui, s'il est amer, est salutaire ; à endurer volontiers des souffrances temporaires, quelle qu'en soit la nature, quelle qu'en soit la mesure, dès qu'elles sort nécessaires, soit absolument, soit accessoirement ; pour notre bonheur éternel. II Je veux démontrer, en second lieu, que si un homme ne suit pas entièrement Jésus, n'est pas même son disciple, cela vient toujours ou de ce qu'il ne renonce pas à lui-même ou de ce qu'il ne se charge pas de sa croix. Sans doute, cela pourrait aussi provenir dans certains cas de l'absence des moyens de grâce, de ce qu'on est privé d'une prédication vivante et puissante de la parole de Dieu, ou de la participation aux sacrements, ou de l'association avec des chrétiens. Mais là où ces secours ne font pas défaut, ce qui met le plus d'empêchement à ce que nous recevions la grâce de Dieu et grandissions dans cette grâce, c'est toujours le fait que nous ne renonçons pas à nous-mêmes et que nous ne nous chargeons pas de notre croix. Pour éclaircir ce point, prenons quelques exemples. Un homme a entendu cette parole « qui peut sauver son âme (Jas 1 : 21) ». Il approuve ce qu'il a entendu, il en reconnaît la vérité, il en est même un peu touché ; mais il reste « mort dans ses fautes et dans ses péchés (Eph 2 : 1) », indifférent et endormi. Pourquoi cela ? Parce qu'il ne veut pas rompre avec son péché favori, bien qu'il sache que c'est une abomination devant l'Eternel. Pendant qu'il écoutait la parole de Dieu, son âme était pleine de convoitise et de mauvais désirs ; et il n'a pas voulu s'en séparer. Aussi les impressions produites chez lui sont-elles sans profondeur et son cœur insensé s'endurcit ; il demeure endormi et indifférent, parce qu'il n'a pas voulu renoncer à lui-même. Mais supposons qu'il ait commencé à se réveiller, que ses yeux se soient entr'ouverts, pourquoi donc se referment-ils si vite ? Pourquoi retombe-t-il dans son sommeil de mort ? Parce qu'il a cédé de nouveau à son péché favori ; de nouveau, il a bu ce délicieux poison. Voilà pourquoi son âme ne reçoit point d'impressions profondes. Il retombe dans son engourdissement fatal, parce qu'il ne veut pas renoncer à Iui-même. Mais il n'en est pas ainsi dans tous les cas. Il y a beaucoup d'hommes qui, une fois réveillés, ne se rendorment plus. Les impressions qu'ils ont reçues ne s'effacent pas ; non seulement elles sont profondes, mais elles sont durables. Et pourtant, plusieurs d'entre eux ne trouvent pas ce qu'ils cherchaient. Ils pleurent et ne sont pas consolés. D'où vient cela ? De ce qu'ils « ne portent pas des fruits convenables à la repentance (Mat 3 : 8) », de ce qu'avec le secours de la grâce qu'ils ont reçue, ils n'ont pas « cessé de mal faire et appris à bien faire (Esa 1 : 16,17) ». Ils n'ont pas abandonné, le péché qui les enveloppe aisément, celui qui tient leur tempérament, à leur éducation ou à leur profession. Ou bien, peut-être, c'est qu'ils négligent de faire le bien qu'ils pourraient faire et qu'ils savent qu'ils devraient faire, et le négligent parce que cela entraînerait certains ennuis. Ils n'arrivent pas à la foi parce qu'ils ne veulent pas renoncer à eux-mêmes, parce qu'ils ne veulent pas se charger de leur croix. Mais voici un homme qui a « goûté le don céleste et les puissances du siècle à venir (Heb 6 : 4,5) », qui a vu « la lumière de la gloire de Dieu sur la face de Jésus Christ (2Co 4 : 6 — d'après la version anglaise) ; » « la paix de Dieu qui surpasse tonte intelligence (Phi 4 : 7) » a rempli son cœur et son esprit ; « l'amour de Dieu a été répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui a été donné (Ro 5 : 5) ». Et cependant il est devenu faible comme les autres hommes ; de nouveau ; il a pris goût aux choses de la. terre, et il a plus d'inclination pour les visibles que pour les invisibles ; les yeux de son esprit se sont refermés, de telle sorte qu'il ne voit plus « Celui qui est. invisible (Heb 11 : 27) ; » son amour s'est refroidi, et la paix de Dieu ne remplit plus son cœur. Il n'y a là rien d'étonnant ; car il a de nouveau « donné lieu a diable (Eph 4 : 27) », et « attristé le Saint-Esprit de Dieu (Eph 4 : 30) ». Il est retourné à ses égarements, à quelque péché attrayant : s'il ne l'a pas fait visiblement, il l'a fait par le cœur. Il s'est laissé aller à l'orgueil, ou à la colère, ou à quelque convoitise, ou bien à sa volonté charnelle et à la rébellion. Peut-être a-t-il oublié de faire revivre le don de Dieu qui était en lui ; peut-être a-t-il ouvert la porte à l'indolence spirituelle et n'a pas voulu prendre la peine de « prier sans cesse, (1Th 5 : 17) » et de « veiller à cela avec persévérance (Eph 6 : 18) ». Et c'est ainsi qu'il a fait naufrage de la foi, pour n'avoir pas renoncé à lui-même et ne s'être pas chargé de sa croix de jour en jour. Mais peut-être n'a-t-il pas fait naufrage de la foi ; peut-être possède -t il en quelque, mesure cet Esprit d'adoption qui témoigne avec son esprit qu'il est enfant de Dieu. Quoi qu'il en soit ; il est certain qu'il ne « tend » plus « à la perfection (Heb 6 : 1) ; » il n'est pas, comme jadis, affamé et altéré de justice ; il ne soupire pas après une ressemblance entière avec Dieu, après une pleine jouissance de Dieu, comme le cerf après les eaux courantes. Il est bien plutôt las et découragé ; il semble suspendu entre la vie et la mort. Pourquoi se trouve-t-il dans cet état ? C'est parce qu'il a oublié cette parole du Seigneur : « Par ses œuvres sa foi fut rendue parfaite (Jas 2 : 22) ». Il ne s'applique plus diligemment à faire les œuvres de Dieu. Il n'est plus « persévérant dans la prière (Ro 12 : 12) », en particulier comme en public. Il néglige la sainte Cène, la prédication, la méditation, le jeûne, les entretiens religieux. S'il n'a pas abandonné, l'emploi de ces moyens de grâce, du moins il en use sans entrain. Peut-être s'est-il relâché dans les œuvres de charité comme dans celles de piété ; il n'exerce plus la libéralité selon son pouvoir, selon les ressources que Dieu lui donne. Il ne sert plus le Seigneur en faisant du bien aux hommes, de toutes manières et dans tous les sens, tant au corps qu'à l'âme. Mais pourquoi s'est-il relâché dans la prière ? Parce que, dans les moments de sécheresse spirituelle, il éprouvait de la difficulté et comme une souffrance à prier. Il néglige les services de prédication, parce qu'il aime à dormir, ou bien parce qu'il fait froid ou obscur, ou bien parce qu'il pleut. Pourquoi délaisse t-il les œuvres de charité ? Parce que, pour nourrir ceux qui ont faim ou vêtir ceux qui sont nus, il devrait diminuer ses dépenses de toilette, et se contenter d'une nourriture plus simple et de mets moins coûteux. Et puis, la visite des malades ou des prisonniers entraîne plusieurs désagréments. Il en est de même pour la plupart des devoirs spirituels imposés par la charité, par exemple lorsqu'il s'agit de reprendre quelqu'un : Cet homme. reprendrait bien son prochain ; mais un jour c'est la fausse honte, un autre,jour c'est la crainte qui l'arrête ; ne va-t-il pas s'exposer non seulement au mépris, mais à des ennuis bien plus graves encore ? Pour ces raisons-là et pour d'autres qui ne valent pas mieux, il s'abstient, partiellement ou totalement de pratiquer les œuvres de charité et de piété. Ainsi sa foi n'est pas rendue parfaite, et il ne croît pas dans la grâce, parce qu'il ne veut pas renoncer lui-même, ni se charger de sa croix. Nous concluons donc que c'est parce qu'un homme refuse de renoncer à lui-même et de se charger de sa croix, qu'il ne peut pas suivre fidèlement le Seigneur, qu'il n'est pas un disciple dévoué de Jésus. C'est à cause de cela que celui qui est mort dans ses péchés ne se réveille pas, bien que la trompette sonne ; c'est pour cela que celui qui avait commencé à se réveiller n'a pourtant pas des convictions profondes et durables ; c'est pour cela que tel autre qui était sérieusement et profondément convaincu du péché, n'obtient pas le pardon ; c'est pour cela que d'autres qui avaient reçu ce don céleste, ne l'ont pas conservé et ont fait naufrage de la foi ; c'est pour cela, enfin, que quelques-uns, s'ils ne reculent pas pour se perdre, sont en tous cas las et découragés et ne courent plus « vers le but, vers le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ (Phi 3 : 14) ». III Combien ce que nous venons de dire montre clairement que ceux qui, soit directement, soit indirectement, en public ou en particulier, s'opposent à la doctrine du renoncement, à soi-même de la croix à porter chaque jour, ne connaissent ni les Ecritures ni la puissance de Dieu ! Il faut que ces hommes ignorent absolument cent textes de la Bible qui ont rapport à ce sujet, aussi bien que la portée générale des oracles divins. Il faut qu'ils ne sachent rien des expériences les plus vraies, les plus authentiques du chrétien, et de la façon dont le Saint-Esprit a de tout temps opéré, et opère encore à cette heure ; dans le cœur des hommes. Ils pourront, à la vérité, parler très haut, avec beaucoup d'assurance, comme cela, arrive naturellement là où il y a ignorance, parler comme s'ils étaient seuls à comprendre la Parole de Dieu et l'expérience chrétienne ; mais leurs discours sont, à tous égards, des paroles vaines : ils ont été pesés dans la balance et trouvés légers. Nous apprenons également par ce qui précède pourquoi tant d'individus, et même d'associations, qui jadis étaient autant de flambeaux allumés et brillants, ont maintenant perdu leur lumière, et leur chaleur. Ils n'ont peut-être pas haï et combattu ce précieux enseignement de l'Évangile, mais à coup sûr ils en ont fait peu de cas. Ils n'ont peut-être pas, comme quelqu'un, dit fièrement : Abnegationem omnem proculcamus, internecioni damus ; « nous foulons aux pieds tout renoncement et le vouons à la destruction ». Mais ils n'ont pas su voir toute l'importance de ce grand devoir, et ne se sont pas mis en peine de le pratiquer. Hanc mystici docent ; « les écrivains mystiques le prêchent », disait encore, ce même auteur, homme aussi pernicieux que grand ! Non ! lui répondons-nous ; ce sont les écrivains sacrés qui l'enseignent ; c'est Dieu lui-même qui le prêche à toute âme qui veut écouter sa, voix. Mais nous devons aussi conclure de ces vérités qu'il ne suffit point qu'un ministre de l'Évangile ne combatte pas cette doctrine du renoncement à soi même ou qu'il n'en dise rien. Il ne suffirait même pas qu'il se contentât de dire, quelques mots pour l'appuyer. Pour être net du sang de tous les hommes, il faut qu'il en parle fréquemment et amplement ; il faut qu'il en inculque la nécessité de la façon la plus nette et la plus énergique ; il faut qu'il y insiste : de toutes ses forces, auprès de tout le monde, en tout temps, en tout lieu, « commandement après commandement, commandement après commandement, ligne après ligne, ligne après ligne (Esa 28 : 10) ». Alors seulement il aura une conscience, sans reproche et « pourra se sauver lui-même avec ceux qui l'écoutent (1Ti 4 : 16) ». En dernier lieu, que chacun de vous fasse l'application de ces vérités à sa propre âme. Méditez-les quand vous êtes seuls ; pesez-les dans vos cœurs. Tâchez non seulement de les bien comprendre, mais de vous en souvenir jusqu'à la fin de votre vie. Implorez Celui qui est fort, afin qu'il vous fortifie, et que vous n'ayez pas plus tôt compris votre devoir qu'aussitôt vous l'accomplirez. Ne renvoyez pas à plus tard, mais mettez tout de suite en pratique. Oui, pratiquez ceci en toutes choses, dans les mille occasions que nous offrent les circonstances variées de notre existence. Pratiquez-le chaque jour, sans interruption, depuis le moment où vous avez mis la main à la charrue et jusqu'à ce que la fin arrive, jusqu'à l'heure où votre esprit retournera à Dieu !

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