LE SERMON SUR LA MONTAGNE, DIXIÈME DISCOURS Matthieu 7,1-12 : John Wesley

08:09Ministere MotsdeDieu

Ne jugez point afin que vous ne soyez point jugés ; car on vous jugera du même jugement que vous aurez jugé, et on vous mesurera de la même mesure que vous aurez mesuré les autres. Et pourquoi regardes-tu une paille qui est dans l'oeil de ton frère, tandis que tu ne vois pas une poutre qui est dans ton oeil ? On comment dis-tu à ton frère : permets que j'ôte cette paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite ! ôte premièrement de ton oeil la poutre et alors tu penseras à ôter ta paille de l'oeil de ton frère. Ne donnez point les choses saintes aux chiens, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent à leurs pieds et que se tournant ils ne vous déchirent. Demandez et on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; heurtez et on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui heurte. Et qui sera même l'homme d'entre vous qui donne une pierre à son fils s'il lui demande du pain ? Et s'il lui demande du poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez bien donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il des biens à ceux qui les lui demandent ? Toutes les choses que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur aussi de même ; car c'est là la loi et les prophètes. (Mat 7 : 1-12.) Dans ce qui précède, le Seigneur a terminé ce qui a rapport à son sujet principal ; — après avoir présenté le tableau de la vraie religion débarrassé de toutes ces gloses par lesquelles les hommes anéantissent la Parole de Dieu, il a posé les règles de cette intention pure que nous devons conserver dans toutes nos actions. Maintenant il indique les principaux obstacles de cette religion, puis il conclut le tout par une application convenable. Au chapitre cinq, notre grand docteur a pleinement décrit la religion intérieure sous ses divers aspects. Il a mis devant nous ces dispositions d'âme qui constituent le vrai christianisme, les caractères de cette sainteté sans laquelle personne ne verra le Seigneur, les affections qui, provenant de la foi en Jésus-Christ, leur vraie source, sont intrinsèquement, essentiellement bonnes et agréables à Dieu. Au chapitre six, il a montré comment toutes nos actions, même les plus indifférentes par leur nature propre, peuvent être, à leur tour, sanctifiées par une pure et sainte intention, et que sans cette intention tout ce qu'on peut faire est sans valeur devant Dieu, tandis que les actes extérieurs quelconques qu'on lui consacre par elle sont d'un grand prix à ses yeux. Dans le chapitre sept, dont nous commençons la méditation, il indique d'abord les obstacles les plus communs et les plus funestes qu'on rencontre sur le chemin de la sainteté ; puis il nous exhorte par divers motifs à les surmonter et à assurer le prix de notre glorieuse vocation. Le premier obstacle contre lequel il nous met en garde est l'esprit de jugement. « Ne jugez point afin que vous ne soyez point jugés ! Ne jugez point les hommes, afin que vous ne soyez point jugés par le Seigneur et que vous n'attiriez pas sa vengeance sur vos têtes. Car du jugement dont vous jugez vous serez jugés, et on vous mesurera de la mesure dont vous aurez mesuré les autres » ; — règle simple et équitable d'où le Seigneur vous permet de déduire comment il procèdera avec vous au grand jour du jugement. Il n'y a pas de condition dans la vie ni de degré de foi où cet avertissement ne soit nécessaire à tout enfant de Dieu, — depuis la première heure de notre conversion à l'Evangile, jusqu'à ce que nous soyons rendus parfaits dans l'amour. Car il ne se peut qu'il n'y ait toujours des occasions de juger ; les tentations à cet égard sont innombrables, et plusieurs d'entre elles sont si bien déguisées que nous tombons dans le péché, avant même de soupçonner aucun danger. Et qui pourra dire les maux qui résultent de ces jugements, toujours pour celui qui les porte et fréquemment pour ceux qui en sont l'objet ? Car le premier se fait tort à lui-même et s'expose au jugement de Dieu, et les autres sont souvent découragés et arrêtés dans leur course, si même ils ne sont pas entièrement scandalisés et rejetés dans le chemin de la perdition ! Oui, lorsque cette « racine d'amertume monte en haut » combien souvent n'arrive-t-il pas que « plusieurs en sont infectés » que la voie de la vérité en reçoit elle-même du blâme et que le beau nom que nous portons est exposé au blasphème ! Toutefois, il paraît que c'est moins aux enfants de Dieu qu'aux enfants du monde que le Seigneur adresse cet avertissement. Ceux-ci entendent nécessairement parler de gens qui suivent la religion que nous avons décrite, qui s'efforcent d'être humbles, sérieux, doux, miséricordieux et purs de cœur, qui désirent et attendent ardemment une plus grande mesure de ces grâces, en faisant du bien à tous et souffrant avec patience toute sorte de mal. Quiconque a atteint seulement ce degré ne saurait, en effet, être caché, pas plus qu'une ville située sur une montagne. D'où vient que « voyant leurs bonnes œuvres » ils ne glorifient pas leur Père qui est dans les cieux ? Quelle excuse ont-ils pour ne pas marcher sur leurs traces ? pour ne pas suivre leur exemple et être leurs imitateurs comme ils le sont eux-mêmes de Christ ? Ils n'ont pas d'excuse, mais, pour en trouver une, ils condamnent ceux qu'ils devraient imiter. Ils passent leur temps à découvrir les fautes de leur prochain au lieu d'amender les leurs. Trop occupés à voir si les autres s'écartent du chemin, ils ne songent pas à y entrer eux-mêmes ; ou tout au moins ne s'y engagent-ils bien avant et ne dépassent-ils jamais une forme de piété pauvre et sans vie. C'est surtout à ceux-là que le Seigneur dit : « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère » — les infirmités, les erreurs, l'imprudence, la faiblesse des enfants de Dieu, — « et tu ne vois pas la poutre qui est dans ton oeil ? » — Tu ne considères pas la coupable impénitence, l'orgueil satanique, la propre volonté maudite, l'amour idolâtre du monde, qui sont en toi et qui font de ta vie entière une abomination devant Dieu ; et surtout avec quelle indifférence et quelle nonchalante insouciance tu danses sur l'abîme ouvert ! Comment donc peux-tu dire à ton frère : Permets que j'ôte de ton oeil la paille — l'excès de zèle pour Dieu, les exagérations du renoncement, le trop de négligence pour les choses du monde, le désir de ne faire nuit et jour que prier ou entendre les paroles de la vie éternelle ! « Et voici, tu as dans ton oeil une poutre » — non pas seulement une paille comme l'un d'eux ! « Hypocrite ! » qui affectes de prendre soin des autres, tandis que tu ne prends aucun soin de ton âme, qui fais parade de zèle pour Dieu, tandis qu'en réalité tu ne l'aimes ni ne le crains ! « Ote d'abord la poutre de ton oeil » Ôte la poutre de l'impénitence ! Connais-toi toi-même ! Reconnais-toi pécheur ! Vois que tu n'as au dedans que méchanceté et corruption abominable, et que la colère de Dieu repose sur toi ! — Ote la poutre de l'orgueil, abhorre-toi toi-même, prosterne-toi comme dans la poudre et la cendre ; sois toujours plus petit, plus bas, plus vil à tes propres yeux. — Ote la poutre de ta propre volonté ; apprends pourquoi il est dit : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même ». Renonce à toi-même et charge-toi chaque jour de ta croix. Dis du fond de ton âme : « Je suis descendu du ciel » — (oui, esprit immortel ! cela est vrai, que tu le saches eu ne le saches pas) ! « Je suis descendu du ciel pour faire non ma volonté, mais celle de mon Père qui m'a envoyé ». Ote la poutre de l'amour du monde ! « N'aime point le monde ni les choses qui sont dans le monde ! « Sois crucifié au monde et que le monde te soit crucifié. Use du monde, mais jouis de Dieu. Cherche tout ton bonheur en lui ! — Ote surtout la grande poutre — la nonchalante, l'insouciante indifférence ! Considère profondément qu'une seule chose est nécessaire — cette seule chose à laquelle tu n'as guère jamais pensé ! Sache et vois que tu n'es qu'un pauvre et misérable ver, tremblant sur le bord du grand abîme ! Qu'es-tu encore ? Un pécheur né pour mourir, une feuille qu'emporte le vent, une vapeur prête à s'évanouir, qui paraît un instant pour perdre dans l'air et pour disparaître ! Considère cela, et puis tu penseras à ôter la paille de l'oeil de ton frère, et puis, si le soin de ton âme t'en laisse le loisir, tu songeras à corriger ton frère ! Mais quel est proprement le sens de cette parole « Ne jugez point » ; et de quelle sorte de jugement est-il ici question ? Ce n'est pas la médisance, quoique les deux choses marchent souvent ensemble. Médire, c'est faire quelque mauvais rapport sur un absent, tandis que pour juger il est indifférent que la personne soit absente ou présente. Et même il n'est pas nécessaire de parler, il suffit de penser le mal. Mais penser mal de quelqu'un n'est pas toujours juger. Si je vois un homme voler ou tuer, ou si je l'entends blasphémer le nom de Dieu, je ne puis pas ne pas mal penser de ce voleur ou de ce meurtrier ou de ce blasphémateur ; mais ce n'est pas juger dans le mauvais sens du mot ; il n'y a là ni péché ni rien d'incompatible avec une vraie affection. Mais avoir sur le prochain des pensées contraires à la charité, voilà ce que le Seigneur appelle ici juger, et nous pouvons commettre ce péché de diverses manières. Nous pouvons juger notre frère digne de blâme lorsqu'il ne l'est point. Nous pouvons le charger (ne serait-ce que dans notre esprit) de choses dont il n'est pas coupable, de paroles qu'il n'a point dites, de faits qu'il n'a point commis. Ou nous pouvons juger sa manière d'agir mauvaise, lorsqu'en réalité elle ne l'est point, ou même lorsqu'il n'y a rien à reprendre, ni dans ce qu'il fait ni dans la manière dont il le fait ; nous pouvons encore le condamner en lui supposant une mauvaise intention, pendant que Celui qui sonde les cœurs ne voit en lui que droiture et sincérité. Mais ce n'est pas seulement en condamnant l'innocent, que nous pouvons pécher par un jugement mauvais, c'est encore en condamnant le coupable plus sévèrement qu'il ne mérite. Cette sorte de jugement blesse la charité aussi bien que la justice, et rien ne peut nous en préserver, si ce n'est le plus haut degré d'affection pour le prochain. Sans cela, lorsqu'un homme est trouvé en faute, nous le supposons volontiers plus coupable qu'il ne l'est réellement. Nous rabaissons ses bonnes qualités. Il nous est même difficile de lui en reconnaître encore aucune. Tout cela indique, d'une manière évidente, l'absence de cette « charité qui ne soupçonne point le mal », qui jamais ne tire de prémisses quelconques une conclusion injuste ou malveillante. De ce qu'un homme est une fois tombé dans un péché grossier, la charité ne conclut pas qu'il s'en rende habituellement coupable, ou de ce qu'il en avait autrefois l'habitude, elle se garde de conclure qu'il l'ait encore ; bien moins conclut-elle de sa culpabilité sur ce point à sa culpabilité à d'autres égards. Ce ne sont là que raisonnements malicieux qui appartiennent à cette coupable manière de juger contre laquelle le Seigneur nous met ici en garde, et que nous avons le plus grand intérêt à éviter si nous aimons Dieu et notre propre âme. Mais ne pas condamner l'innocent et ne pas charger le coupable plus qu'il ne mérite, ce n'est pas encore être hors de tout piège, car il est encore une troisième sorte de jugements illicites, c'est de condamner qui que ce soit sans preuve suffisante. Que les faits que vous supposez soient aussi vrais qu'il vous plaira, cela ne vous excuse pas. Car ils ne devraient pas être supposés, mais prouvés, et jusqu'à ce qu'ils le fussent, vous devriez vous abstenir de juger. Je dis jusqu'à ce qu'ils le fussent, car quelque forte preuve qu'en puisse en donner, nous n'avons pas d'excuse, à moins que cette preuve n'ait été produite avant notre jugement et comparée aux témoignages contraires. Encore ne serions-nous pas excusables de porter une sentence définitive avant d'avoir entendu l'accusé parler pour sa défense. Les Juifs eux-mêmes auraient pu nous donner cette simple leçon de justice, pour ne pas dire de miséricorde et d'amour fraternel. « Notre loi, disait Nicodème, condamne-t-elle quelqu'un sans l'avoir entendu (Jea 7 : 51) ». Et Festus, quoique païen, put répondre aux chefs des Juifs qui pressaient la condamnation de Paul : « Ce n'est pas la coutume des Romains de livrer qui que ce soit pour le faire mourir, avant que celui qui est accusé ait ses accusateurs présents, et qu'il ait la liberté de se justifier du crime dont on l'accuse (Act 25 : 16) ». En effet, nous tomberions difficilement dans ce péché de juger, si nous observions seulement la règle qu'un autre de ces Romains (le philosophe Sénèque) affirme avoir prise pour base de sa propre conduite. « Je suis si loin, dit-il, de croire légèrement le témoignage du premier venu ou de qui que ce soit contre un homme, que je n'admets ni facilement ni immédiatement le témoignage d'un homme contre lui-même. Je lui laisse toujours le temps de réfléchir, et lui en donne plusieurs fois le conseil ». Va, chrétien, et fais de même ! de peur que les païens « ne s'élèvent contre toi au jour du jugement ! » Mais combien nos jugements seraient plus rares, ou combien nous en reviendrions plus facilement si nous voulions marcher d'après la règle claire et expresse posée par le Seigneur lui-même ! « Si ton frère a péché contre toi » ou si tu apprends ou crois qu'il l'a fait, « va et reprends-le entre toi et lui seul » voilà la première chose à faire ; « s'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. Mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que tout soit, confirmé sur la parole de deux ou de trois témoins. Que s'il ne daigne pas les écouter, dis-le à l'Eglise » soit aux anciens, soit à la congrégation entière ! Cela fait, n'y pense plus ; tu as rempli ton devoir, remets le reste à Dieu. Mais je suppose que, par la grâce de Dieu, tu aies ôté la poutre de ton oeil et que tu sois maintenant capable de discerner la paille ou la poutre qui se trouve dans l'oeil de ton frère, prends garde néanmoins, on voulant le guérir, de te nuire à toi-même. Prends garde de donner « les choses saintes aux chiens ». N'attribue légèrement ce titre à personne, mais s'il en est qui évidemment le méritent, alors « ne jetez pas vos perles devant les pourceaux ». Craignez d'avoir ce zèle qui est sans connaissance ; car là est un autre obstacle pour ceux qui désirent être « parfaits, comme leur Père céleste est parfait ». En effet, ayant ce désir, ils ne peuvent que souhaiter à tous les hommes la même grâce. Or, lorsque nous avons part nous-mêmes « au don céleste », à cette foi qui est « la démonstration des choses qu'on ne voit point », nous nous étonnons que d'autres puissent ne pas voir ce que nous voyons si clairement, et nous croyons facile d'ouvrir les yeux de tous ceux avec qui nous avons quelque relation. Nous voilà donc attaquant sans plus tarder tous ceux que nous rencontrons, pour les contraindre à voir, bon gré mal gré ; et les suites fâcheuses d'un zèle si mal dirigé, nuisent souvent à nos propres âmes. C'est pour nous garder d'user ainsi notre force pour néant, que le Seigneur ajoute cet avertissement nécessaire à tous, mais surtout nécessaire aux nouveaux convertis qui brûlent du premier amour : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et que se tournant, ils ne vous déchirent ». « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens ». Gardez-vous de croire qui que ce soit digne de ce nom, jusqu'à ce que vous en ayez des preuves incontestables auxquelles vous ne puissiez résister. Mais s'il est clairement et irréfutablement prouvé que tels et tels sont des hommes impies et méchants, non seulement étrangers à Dieu, mais ennemis de Dieu, de toute justice et de toute vraie sainteté : alors « ne livrez pas la chose sainte », comme il est dit emphatiquement dans le texte à de telles gens. Les doctrines particulières de l'Evangile, ces doctrines saintes, cachées dans les âges précédents, mais révélées maintenant pour nous en Jésus-Christ par le Saint-Esprit, ne doivent pas être prostituées à ces gens qui ne savent pas même s'il y a un Saint-Esprit. Non, sans doute, que les ambassadeurs de Christ puissent se dispenser de les déclarer dans la grande assemblée, là où se trouvent probablement quelques-uns de ces gens ; il faut que nous parlions, soit que les hommes écoutent, soit qu'ils n'en fassent rien ; mais pour le commun des chrétiens, le cas est différent. Ils ne sont pas revêtus de ce redoutable caractère et ne sont en aucune manière sous l'obligation de faire entendre à tout prix ces grandes et glorieuses vérités à ceux qui contredisent, qui blasphèment et qui ont contre elles une inimitié enracinée. Ils ont plutôt le devoir d'en agir tout autrement et de ne leur donner que ce qu'ils peuvent supporter. N'engagez donc pas avec eux d'entretien sur le pardon des péchés et le don du Saint-Esprit ; mais parlez-leur dans leur langue et d'après les principes qu'ils peuvent comprendre. A l'honorable, raisonnable et injuste épicurien, parlez « de la justice, de la tempérance et du jugement à venir ». Ce sera probablement le meilleur moyen de faire trembler Félix. Réservez de plus profonds sujets à des capacités plus hautes. Et « ne jetez pas non plus vos perles devant les pourceaux ». Ne consentez qu'à contre-cœur à parler sur qui que ce soit un pareil jugement. Mais si le fait est clair, irrécusable et hors de toute contestation, si les pourceaux ne cherchent pas à se déguiser, s'ils « se glorifient de ce qui fait leur confusion », si loin de prétendre à la pureté du cœur ou de la vie, ils commettent avec empressement toutes sortes d'impuretés, alors « ne jetez pas vos perles devant eux ». Ne leur parlez pas de ces mystères du royaume des cieux « que l'oeil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus », et que par conséquent ils ne peuvent en aucune manière comprendre ». Ne leur dites rien « des grandes et précieuses promesses » que Dieu nous a données dans le Fils de son amour. Songeraient-ils à être « faits participants de la nature divine », eux qui ne désirent pas même « échapper à la corruption qui règne dans le monde par la convoitise ? » Autant les pourceaux ont de sens et de goût pour les perles, autant ils en ont pour les choses profondes de Dieu, eux qui sont plongés dans la fange de ce monde, dans les plaisirs, les souhaits et les soucis de la terre. Oh ! ne jetez pas devant eux ces perles, « de peur qu'ils ne les foulent aux pieds », de peur qu'ils ne fassent un souverain mépris de ce qu'ils ne peuvent comprendre, et ne médisent des choses qu'ils ne connaissent point. Il est même probable qu'il s'ensuivrait encore d'autres inconvénients. Et qu'y aurait-il d'étrange si, conformément à leur nature, ils se retournaient pour vous déchirer, s'ils vous rendaient le mal pour le bien, la malédiction pour la bénédiction, et la haine en échange de votre bonne volonté ? Telle est l'inimitié de l'âme charnelle contre Dieu et contre tout ce qui est de Dieu. Tel est le traitement que vous devez attendre d'eux si vous leur faites l'outrage impardonnable de chercher à sauver leurs âmes de la mort et à les arracher comme des tisons du feu ! Ne désespérez pourtant pas entièrement même de ceux qui, pour le présent, « se retournent et vous déchirent ». Car si tous vos arguments et toutes vos représentations manquent leur effet, il reste encore un remède, un remède dont l'efficace se montre souvent là où échouent tous les autres, la prière ! C'est pourquoi, dans tous vos besoins ou vos désirs pour les autres ou pour vous-mêmes : « Demandez et on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; heurtez et on vous ouvrira ». Ceci répond à un troisième grand obstacle que nous rencontrons sur le chemin de la sanctification. « Vous n'avez pas parce que vous ne demandez pas ! » Oh ! combien vous pourriez être à cette heure doux et débonnaires, humbles de cœur et pleins d'amour pour Dieu et pour les hommes, si seulement vous l'aviez demandé, si vous aviez persisté à le demander instamment ? Mais maintenant encore « demandez, et il vous sera donné ». « Demandez » de pouvoir ressentir et pratiquer parfaitement cette religion dont le modèle est ici décrit dans toute sa beauté, et « il vous sera donné » d'être « saints comme il est saint », dans votre cœur et dans toute votre conduite. « Cherchez » de la manière qu'il ordonne lui-même, en « sondant les Ecritures », en écoutant, en méditant sa parole, dans le jeûne et la participation à ta sainte Cène, et certainement « vous trouverez : » vous trouverez cette « perle de grand prix », cette foi « qui surmonte le monde », cette foi que le monde ne peut donner, cet amour qui est « les arrhes de votre héritage ». « Heurtez », persévérez dans la prière et dans tous les autres moyens voulus par le Seigneur ; ne vous laissez ni décourager, ni abattre, persistez à demander « une marque de sa faveur », n'acceptez pas de refus, et ne « le laissez point aller qu'il ne vous ait béni » ; et « on vous ouvrira » la porte de la grâce, la porte de la sainteté, la porte des cieux. Par compassion pour la dureté de notre cœur si lent à croire de telles promesses, le Seigneur daigne encore les répéter et les confirmer : « Car », dit-il, « quiconque demande, reçoit » ; en sorte qu'il n'est point nécessaire que personne soit privé de la bénédiction, « Et quiconque cherche, trouve », trouve l'amour et la ressemblance de Dieu ; « et à celui qui heurte », à quiconque heurte, la porte de justice sera ouverte. Il n'y a donc lieu pour personne de se décourager, comme si l'on pouvait demander, chercher, heurter en vain. Ayez seulement toujours à cœur de prier, de chercher, de heurter sans perdre courage, et la promesse est dès lors assurée. Elle est ferme comme les colonnes des cieux ; que dis-je, bien plus ferme : car « le ciel et la terre passeront », dit le Seigneur, « mais mes paroles ne passeront point ». Mais notre Sauveur va achever de nous ôter tout prétexte d'incrédulité, en faisant appel aux sentiments de nos propres cœurs. « Quel est l'homme d'entre vous », dit-il, « qui donne une pierre à son fils, s'il lui demande du pain ? » L'affection naturelle permet-elle de refuser la juste requête de celui qu'on aime ? « Ou s'il lui demande du poisson, lui donnera-t-il un serpent ? » Au lieu de choses bonnes, lui donnera-t-il des choses nuisibles ? Vous pouvez donc tirer de vos propres sentiments et de votre propre conduite la pleine assurance, non seulement qu'aucun effet fâcheux ne peut résulter pour vous de vos prières, mais que plutôt elles auront pour effet la pleine satisfaction de tous vos besoins. « Car, si vous, qui êtes méchants, savez bien donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus votre Père qui est dans les cieux », qui est la bonté pure, essentielle, sans mélange, « donnera-t-il de bonnes choses (ou, comme il est dit ailleurs, son Saint-Esprit) à ceux qui les lui demandent ». Dans le Saint-Esprit sont comprises toutes les bonnes choses, toute sagesse, toute paix, toute joie, tout amour, tous les trésors de sainteté et de félicité, tout « ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment ». Mais, pour que vos prières aient tout leur poids auprès de Dieu, songez à être envers tous les hommes dans des sentiments de charité. Car autrement vous en recueilleriez plutôt une malédiction qu'une bénédiction. Ceci vous indique un autre obstacle qu'il vous faut avoir soin d'enlever au plus tôt. Affermissez-vous dans l'amour pour tous vos frères et pour tous les hommes. Et ne les aimez pas « des lèvres et en paroles seulement, mais en effet et en vérité ». « C'est pourquoi, tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le-leur pareillement, car c'est là la loi et les prophètes ». C'est ici cette « loi royale », cette règle d'or de la miséricorde et de la justice, que même un empereur païen fit écrire au-dessus de la porte de son palais ; cette règle que plusieurs croient être gravée naturellement dans le cœur de tout homme venant au monde. Toujours est-il certain qu'elle se recommande d'elle-même à la conscience et à la raison de quiconque l'entend prononcer, en sorte que nul ne peut sciemment y contrevenir sans se sentir aussitôt condamné par son propre cœur « C'est ici la loi et les prophètes ». Tout ce qui est écrit dans la loi de Dieu donnée autrefois aux hommes, tous les préceptes donnés de Dieu à ses saints prophètes dès la création du monde, sont sommairement contenus dans cette courte instruction, et, bien comprise, elle embrasse aussi toute la religion que notre Seigneur est venu établir sur la terre. On peut la comprendre dans un sens positif et dans un sens négatif. Dans le sens négatif elle nous dit : « Ne faites pas aux hommes ce que vous ne voulez pas qu'ils vous fassent ». C'est une règle simple, toujours accessible et d'une application toujours facile. Dans tous les cas où vous avez affaire à votre prochain, mettez-vous d'abord à sa place. Supposez que vous êtes dans sa position et lui dans la vôtre ; vous apprendrez ainsi quels sont les sentiments, les pensées que vous devez réprimer, les paroles, les actes que vous devez éviter à son égard, puisque vous les auriez condamnés en lui. Dans le sens direct et positif, elle nous dit : Faites, de tout votre pouvoir, à tout enfant des hommes, tout ce que vous pourriez raisonnablement désirer de lui s'il était à votre place. Prenons, comme au hasard, un ou deux exemples. Notre conscience nous dit à tous bien clairement que nous n'aimons pas qu'on nous juge, qu'on pense légèrement et sans cause du mal de nous ; bien moins encore qu'on parle mal de nous, et qu'on publie nos fautes réelles et nos faiblesses. — Tirez de cela l'application : ne faites pas à d'autres ce que vous ne voulez pas qu'ils vous fassent, et dès lors il ne vous arrivera plus de juger votre prochain, de penser légèrement du mal de qui que ce soit, et bien moins encore de médire ou même de mentionner les fautes réelles d'une personne absente, à moins que vous ne soyez convaincu que l'intérêt d'autres âmes vous y oblige. Nous désirons que les hommes nous aiment et nous estiment, qu'ils pratiquent envers nous la justice, la miséricorde et la fidélité. Nous pouvons raisonnablement désirer qu'ils nous fassent tout le bien qu'ils peuvent nous faire sans se faire du tort à eux-mêmes, et pour les choses terrestres, nous pouvons même souhaiter (conformément à une règle bien connue) ; « que leur superflu cède à notre utilité, leur utilité à nos nécessités, et leurs nécessités à nos extrémités ». Eh bien donc ! marchons nous-mêmes d'après cette règle ; faisons à tous les hommes ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous. Aimons et honorons tous les hommes. Que la justice, la miséricorde et la fidélité gouvernent tous nos sentiments et toutes nos actions. Que notre superflu cède à l'utilité de notre prochain (et à qui restera-t-il alors du superflu ?), notre utilité à ses nécessités et nos nécessités à ses extrémités. C'est là de la vraie, de la pure morale. « Fais cela, et tu vivras ». Et « pour tous ceux qui marchent suivant cette règle, que la paix soit sur eux », car ils sont « l'Israël de Dieu ». Ajoutons maintenant que personne ne peut suivre cette règle (ni ne l'a fait depuis le commencement du monde), personne ne peut aimer son prochain comme lui-même, s'il n'a commencé par aimer Dieu ; et personne ne peut aimer Dieu s'il ne croit en Christ, s'il n'a la rédemption par son sang, et si le Saint-Esprit « ne rend témoignage avec son Esprit qu'il est enfant de Dieu ». La foi demeure donc la racine de tout, du salut présent comme du salut éternel ; et toujours nous devons dire à chaque pécheur : « Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé ». Tu seras sauvé maintenant, afin que tu sois sauvé à toujours, sauvé sur la terre, pour être sauvé dans le ciel, crois en lui, et ta foi sera « agissante par la charité ». Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, parce qu'il t'a aimé ; tu aimeras ton prochain comme toi-même ; et dès lors tu mettras ta gloire et ta joie à exercer et à accroître cet amour, non seulement en t'abstenant de ce qui y est contraire, de toute malveillance en pensées, en paroles ou en actions, mais encore en ayant pour tout homme la bonté que tu voudrais qu'il eût à ton égard.

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