LE SERMON SUR LA MONTAGNE, HUITIÈME DISCOURS Matthieu 6,19-23 : John Wesley

07:53Ministere MotsdeDieu

« Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les vers et la rouille gâtent tout, et où les larrons percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où les vers ni la rouille ne gâtent rien et où les larrons ne percent ni ne dérobent point ; car où est votre trésor, là sera aussi votre cœur ». « L'oeil est la lumière du corps. Si donc ton oeil est sain, tout ton corps sera éclairé ; mais si ton oeil est mauvais, tout ton corps sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi n'est que ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres ! » (Mat 6 : 19-23.) Des actions qu'on appelle ordinairement religieuses et qui font réellement partie de la vraie religion quand elles découlent d'une intention pure et sainte, et que la manière de les accomplir y répond, notre Seigneur passe aux actions de la vie commune et montre que la même pureté d'intention n'est pas moins indispensablement requise dans nos affaires ordinaires que dans nos aumônes, nos jeûnes et nos prières. Il est évident que la même pureté d'intention qui rend nos aumônes et nos dévotions agréables à Dieu, n'est pas moins nécessaire pour faire de notre travail et de nos occupations un service qui lui plaise. Si un homme s'attache au travail pour s'acquérir un rang et des richesses dans le monde, il ne sert point Dieu et n'a pas plus de titres à sa récompense que celui qui fait l'aumône pour être vu ou qui prie pour être entendu des hommes. Car des vues terrestres et vaines ne sont pas plus de mise dans nos emplois divers que dans nos aumônes ou nos dévotions. Ces vues ne sont pas mauvaises seulement quand elles se mêlent à nos bonnes œuvres, à nos actes religieux ; elles ont la même nature quand elles entrent pour quelque chose dans notre activité ordinaire. S'il était permis de les poursuivre dans nos soins temporels, il serait permis de les poursuivre dans nos dévotions. Mais comme nos aumônes et nos dévotions ne sont un service légitime que lorsqu'elles procèdent d'une pure intention, notre travail terrestre n'appartient au service de Dieu que s'il est dirigé par la même piété de cœur. C'est ce que le Seigneur déclare de la manière la plus vivante dans ces fortes et riches expressions, sur l'explication, la démonstration et le développement desquelles roule tout ce chapitre. « L'oeil est la lumière du corps. Si donc ton oeil est sain, tout ton corps sera éclairé ; mais si ton oeil est mauvais, tout ton corps sera ténébreux ». L'oeil signifie ici l'intention : ce que l'oeil est pour le corps, l'intention l'est pour l'âme. Comme l'un guide tous les mouvements du corps, l'autre guide tous les mouvements de l'âme. Cet oeil de l'âme est appelé sain, ou mieux encore simple, s'il n'a en vue qu'une chose, si nous nous proposons uniquement de « connaître Dieu et Jésus-Christ qu'il a envoyé », de le connaître de cœur comme d'intelligence, en l'aimant comme il nous a aimés, de lui plaire en toutes choses, de le servir comme nous l'aimons, savoir de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre âme et de toute notre force, et de prendre, en tout et par-dessus tout, notre plaisir en lui seul, dans le temps et dans l'éternité. Si ton cœur a cette simplicité, cette pureté, « tout ton corps sera éclairé » ; — « tout ton corps », — tout ce qui est guidé par l'intention comme le corps l'est par l'oeil : tout ce que tu es, tout ce que tu fais, tes désirs, ton caractère, tes affections, tes pensées, tes paroles, tes actes. Tout cela sera éclairé, lumineux, plein d'une vraie, d'une divine lumière. — Ceci se rapporte d'abord à la connaissance. « C'est par sa lumière que nous voyons clair ». « Celui qui a dit au commencement que la lumière sortît des ténèbres, répandra sa lumière dans vos cœurs » ; « il éclairera les yeux de votre entendement » par la connaissance de la gloire de Dieu. Son Esprit vous révèlera « les choses profondes de Dieu ». L'onction du saint « vous donnera l'intelligence et vous fera connaître « la sagesse dans le secret de votre cœur ». « Oui, cette onction même que vous recevez de Lui demeurera en vous » « et vous enseignera toutes choses. Combien ceci est confirmé par l'expérience ! Même après que Dieu a ouvert les yeux de notre entendement, si nous cherchons autre chose que Lui, combien notre cœur devient aussitôt ténébreux ! De nouveaux nuages s'amassent sur lui ; les doutes et les craintes l'entourent encore. Nous sommes ballottés çà et là, incertains de ce que nous devons faire ou du sentier qu'il nous faut prendre. Mais si nous ne désirons et ne cherchons que Dieu seul, les nuages, les doutes s'évanouissent. Nous « qui étions autrefois ténèbres, nous sommes lumière dans le Seigneur ». La nuit brille maintenant comme le jour, et nous expérimentons que « le sentier du juste est une lumière resplendissante ». Dieu nous montre le chemin où nous devons marcher et dresser le sentier devant nos pas. Ces paroles se rapportent, en second lieu, à la sainteté. Si tu cherches Dieu en tout, tu le trouveras en tout, comme la source de toute sainteté te revêtant continuellement de sa ressemblance, « de justice, de miséricorde, de fidélité ». Si tu ne regardes qu'à Jésus, tu seras rempli « des sentiments qui étaient en Jésus ». Ton âme sera renouvelée, jour par jour, « à l'image de Celui qui l'a créée ». Si tu ne le quittes point des yeux de ton âme, si tu demeures ferme comme voyant Celui qui est invisible », ne cherchant « rien d'autre au ciel ou sur la terre », alors « contemplant la gloire du Seigneur », tu seras « transformé en la même image, comme par l'Esprit du Seigneur ». Et sur ce point aussi l'expérience montre chaque jour que c'est ainsi que nous sommes « sauvés par grâce, par la foi ». C'est la foi qui ouvre les yeux de notre âme pour voir l'éclat de la gloire de l'amour de Dieu ; et pour autant qu'ils ne cessent de contempler ainsi fixement « Dieu manifesté en Christ, réconciliant le monde avec soi », nous sommes de plus en plus remplis de l'amour de Dieu et du prochain, « de douceur, de bonté, de patience », de tous les fruits de sainteté qui sont par Jésus-Christ à la gloire de Dieu le Père. Ces paroles se rapportent en troisième lieu au bonheur, aussi bien qu'à la connaissance et à la sainteté. « Il est vrai que la lumière est douce et qu'il est agréable aux yeux de voir le soleil » ; mais combien plus de voir continuellement les rayons du « soleil de justice ! » Et « s'il y a quelque consolation en Christ, quelque soulagement dans l'amour », s'il y a « une paix qui passe toute intelligence », une « joie dans l'espérance de la gloire de Dieu », tout cela appartient à celui dont l'oeil est simple. — Ainsi « tout son corps est lumineux ». Il marche dans la lumière comme Dieu lui-même est dans la lumière », « toujours joyeux, priant sans cesse, rendant grâce en toutes choses », et trouvant sa joie dans tout ce qui est la volonté de Dieu en Jésus-Christ à son égard. « Mais si ton oeil est mauvais, tout ton corps sera ténébreux ». — « Si ton oeil est mauvais », — il n'y a pas de moyen terme entre un oeil sain et un oeil mauvais. Si l'oeil n'est pas sain (ou simple), il est mauvais. Si notre intention, dans tout ce que nous faisons, n'est pas uniquement pour Dieu, si nous cherchons encore autre chose, alors « notre esprit est souillé ainsi que notre conscience ». Notre oeil est donc mauvais si, en quoi que ce soit, nous nous proposons autre chose que Dieu, autre chose que de connaître et d'aimer Dieu, de lui plaire et de le servir en toutes choses ; autre chose que de posséder Dieu, d'être heureux en lui dès maintenant et à toujours. Si ton oeil ne regarde pas uniquement à Dieu, « tout ton corps sera rempli de ténèbres ». Le voile, alors, demeure sur ton cœur. Ton esprit sera toujours plus aveuglé par « le Dieu de ce siècle », pour ne pas voir « la lumière du glorieux Evangile de Christ ». Tu seras plein d'ignorance et d'erreurs sur les choses de Dieu, sans pouvoir ni les recevoir, ni les discerner. Et si même tu as quelque désir de servir Dieu, tu seras plein d'incertitude sur la manière de le servir, trouvant partout des doutes et des difficultés et ne sachant comment en sortir. Que dis-je, si ton oeil n'est pas simple, si tu poursuis quelque but terrestre, tu seras plein d'impiété et d'injustice, toutes tes affections, tous tes désirs et tes sentiments étant déréglés, ténébreux, profanes et vains. Et ta conversation sera mauvaise aussi bien que ton cœur, n'étant pas « assaisonnée de sel », ni capable « de communiquer la grâce à ceux qui t'écoutent », mais vaine, inutile, corrompue et propre seulement à « contrister le Saint-Esprit » de Dieu. « La désolation et la ruine sont dans tes voies », car « tu ne connais pas le chemin de la paix ». Il n'y a point de paix, de paix solide pour ceux « qui ne connaissent point Dieu ». Il n'y a pas de contentement vrai ni durable pour qui ne le cherche pas de tout son cœur. Poursuivant un bien périssable, quel qu'il soit, tu n'en retires « que la vanité », et de plus « le tourment d'esprit », non seulement dans la recherche, mais dans la jouissance même. Tu poursuis, en effet, une ombre vaine, et c'est vainement que tu te tourmentes. Tu marches dans des « ténèbres qu'on peut toucher avec la main ». Dors toujours, mais tu ne pourras goûter de repos. Les rêves de la vie peuvent tourmenter, tu le sais bien ; mais ils ne peuvent donner la paix. Il n'y a, dans ce monde et dans le monde à venir, de paix qu'en Dieu seul, le centre des esprits. « Si la lumière qui est en toi n'est que ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres ! » Si l'intention, dont la pureté devait éclairer l'âme entière, la remplir de connaissance, d'amour, de paix, et qui répond à ce but quand elle est simple et ne regarde qu'à Dieu, si cette intention n'est que ténèbres, si, regardant à autre chose qu'à Dieu, au lieu de répandre la lumière sur l'âme, elle la couvre de ténèbres, d'ignorance et d'erreur, de péché et de misère, — combien seront grandes ces ténèbres ! C'est la fumée qui monte du puits de l'abîme ! c'est la nuit absolue qui règne, dans le plus profond abîme, dans « la région de l'ombre de la mort ! » « C'est pourquoi ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les vers et la rouille gâtent tout, et où les larrons percent et dérobent ». Si vous le faites, il est clair que votre oeil est mauvais ; il ne regarde pas uniquement à Dieu. Pour l'observation de la plupart des commandements de Dieu, soit intérieurs, soit extérieurs, nous trouvons peu de différence entre les païens d'Afrique et d'Amérique, et le plus grand nombre des chrétiens de nom. Les chrétiens, à peu d'exceptions près, les gardent aussi bien que les païens. Ainsi la généralité des Anglais, soi-disant chrétiens, sont aussi sobres et aussi tempérants que la généralité des païens du cap de Bonne-Espérance, et les chrétiens des Pays-Bas ou de France sont aussi humbles ou aussi chastes que les Iroquois ou que les Chactas. (Wesley a publié ces discours en 1747— Edit.) A considérer les masses, soit en Europe, soit en Amérique, il n'est pas aisé de dire de quel côté est la supériorité. En tout cas, l'Américain n'a pas de beaucoup l'avantage. Mais pour le commandement dont il s'agit ici, nous ne pouvons en dire autant. Ici le païen a décidément la prééminence. Il ne désire, il ne recherche en fait de nourriture ou de vêtement que ce qu'il y a de plus simple, et il ne le recherche que jour par jour, ne réservant, n'amassant rien, si ce n'est peut-être assez de grain pour vivre d'une saison à l'autre. Ainsi donc, sans le connaître, les païens observent constamment et ponctuellement ce commandement ; ils ne s'amassent pas de trésors sur la terre, ni de pourpre ou de fin lin, ni d'or ou d'argent, « que les vers ou la rouille gâtent, que les larrons percent et dérobent ». Mais les chrétiens, comment observent-ils ce qu'ils professent de recevoir comme commandement du Dieu Très-Haut ? Ils ne l'observent pas du tout, ils ne l'observent à aucun degré, ils ne l'observent pas plus que si jamais pareil commandement n'eût été donné aux hommes. Même les bons chrétiens, comme on les appelle, et qui se tiennent eux-mêmes pour tels, ne le jugent digne d'aucune attention, et, pour le compte qu'ils en tiennent, autant vaudrait qu'il fût encore caché dans l'original grec. Dans quelle ville chrétienne trouve-t-on un homme sur cinq cents qui se fasse le moindre scrupule d'amasser autant de trésors qu'il peut, d'accroître ses biens autant qu'il en est capable ? On trouve, il est vrai, qui ne voudrait pas le faire illégalement ou même injustement, qui ne voudrait ni voler, ni dérober, ni peut-être user de fraude, ou même tirer profit de l'ignorance ou de la nécessité du prochain. Mais il ne s'agit point de cela ; et ce n'est point de la transgression de ce commandement, mais de la manière de le transgresser que ces personnes se font scrupule. Ce n'est pas d'amasser des biens sur la terre, mais de les amasser d'une manière déshonnête. Ce qui les révolte, ce n'est pas de désobéir à Christ, mais de faire brèche à leur moralité païenne. En sorte que ces honnêtes gens n'obéissent pas plus en ceci qu'un voleur de grand chemin ou qu'un larron. Que dis-je ? Ils n'ont jamais eu le dessein d'obéir. La chose ne leur est jamais venue à l'esprit. — Car, dès leur jeunesse, leurs parents, leurs maîtres et amis chrétiens les élevèrent sans leur donner à cet égard aucune instruction, si ce n'est peut-être celle de violer ce commandement le plus tôt et le plus possible, et de continuer à le violer jusqu'à la fin de leur vie. Il n'y a pas au monde un exemple d'infatuation spirituelle plus étonnant que celui-là. La plupart de ces gens lisent la Bible, plusieurs même chaque dimanche. Ils ont lu ou entendu cent fois ces paroles, sans jamais soupçonner qu'ils soient plus condamnés par elles que par celles qui défendent aux parents de sacrifier leurs fils et leurs filles à Moloc. Oh ! que Dieu veuille, de sa voix, de sa puissante voix, parler à ces malheureux qui s'abusent eux-mêmes ; qu'ils puissent enfin « se réveiller des piéges du diable », et que « les écailles tombent de leurs yeux ! » Désirez-vous savoir ce que c'est que « d'amasser des trésors sur la terre ? » C'est ce qu'il importe de bien établir. Et d'abord distinguons ce que ce commandement ne défend pas, afin de pouvoir clairement discerner ce qu'il défend. 1° Ce commandement ne nous défend pas de nous procurer ce qui est « honorable devant tous les hommes », ce par quoi nous pouvons « rendre à chacun ce qui lui est dû », et répondre à ce qu'on peut justement exiger de nous. Loin de là, Dieu lui-même nous exhorte à « ne devoir rien à personne ». Nous devons donc, dans notre vocation, montrer toute l'activité nécessaire pour ne devoir rien à personne ; c'est une loi toute simple de la justice commune que notre Seigneur « n'est pas venu détruire, mais accomplir ». 2° Il ne nous défend pas non plus de pourvoir aux nécessités de notre corps par une quantité suffisante de bonne et simple nourriture et par des vêtements convenables. C'est même notre devoir de nous procurer cela selon les moyens que Dieu nous donne, afin que nous mangions notre propre pain et que nous ne soyons à charge à personne. 3° Ce commandement ne nous défend pas de pourvoir aux besoins de nos enfants et des personnes de notre maison. C'est plutôt notre devoir, d'après les principes mêmes de la moralité païenne. Chacun doit procurer à sa femme et à ses enfants les choses nécessaires à la vie, et les mettre en état de se procurer eux-mêmes ces choses quand il ne sera plus dans ce monde. Je dis ces choses, — non pas des délicatesses, ni des superfluités, — mais les choses qu'exigent les simples besoins de la vie, et cela par leur travail assidu ; car nul homme n'est tenu de procurer à d'autres plus qu'à lui-même de quoi vivre dans l'oisiveté et le luxe. Mais celui qui, dans ces limites, refuse de prendre soin des siens (ou des veuves de sa propre maison, dont saint Paul parle particulièrement dans le passage auquel je fais allusion), « il a » pratiquement « renié la foi, et il est pire qu'un infidèle ». 4° Enfin, ce commandement ne nous défend pas d'amasser ce qui nous est nécessaire, d'époque en époque, pour poursuivre nos affaires temporelles et pour les étendre autant que le demandent les divers buts ci-dessus mentionnés, savoir : de ne devoir rien à personne, de nous procurer les nécessités de la vie, d'entretenir nos enfants pendant notre vie et de les mettre en état de s'entretenir eux-mêmes quand nous serons retournés à Dieu. D'après cela nous pouvons discerner clairement (à moins que nous ne voulions pas le discerner) quelle est la défense qui nous est faite ici. C'est de nous procurer de propos délibéré plus de biens terrestres qu'il ne nous en faut pour les buts mentionnés. Tel est le sens positif et absolu du texte ; il n'en peut avoir d'autre. La règle est donc certaine pour tous, et quiconque ne devant rien à personne, ayant le vêtement et la nourriture pour sa famille, et de quoi faire marcher ses affaires, quiconque, dis-je, étant déjà dans cette position, cherche encore une plus grande part des biens de la terre, — il renie ouvertement et habituellement le Seigneur qui l'a racheté ; il a pratiquement renié la foi, il est pire qu'un infidèle. Ecoutez ceci, vous tous qui vivez dans le monde et qui aimez ce monde ou vous vivez ! peut-être êtes-vous en grande estime auprès des hommes, mais vous êtes « une abomination aux yeux de Dieu ! » Jusques à quand vos âmes seront-elles attachées à la poudre Jusques à quand vous chargerez-vous de cette argile épaisse ? Et quand ouvrirez-vous les yeux pour voir que les païens proprement dits sont plus près que vous du royaume des cieux ? Quand voudrez-vous choisir la bonne part qui ne peut vous être ôtée ? Quand voudrez-vous n'amasser des trésors que dans le ciel, rejetant, redoutant, abhorrant tout le reste ? Si vous cherchez à « amasser des trésors sur la terre », non seulement vous perdez votre temps et vous consumez votre force pour ce qui ne nourrit point, car quels fruits retirez-vous de vos succès ? mais vous êtes les meurtriers de votre propre âme. Vous avez éteint en elle la dernière étincelle de vie spirituelle, vous êtes morts en vivant ! Vous vivez comme homme, mais vous êtes morts comme chrétiens. Car « là où est votre trésor, là sera aussi votre cœur ». Votre cœur est enfoncé dans la poussière, votre âme est collée à la poudre ; vos affections sont attachées, non aux choses d'en haut, mais aux choses de la terre, à de vaines écorces qui peuvent empoisonner, mais vides de ce qui peut satisfaire un esprit créé pour Dieu et pour l'éternité ! Votre amour, votre joie, vos désirs n'appartiennent qu'à des choses qui « se détruisent par l'usage ». Vous avez rejeté le trésor des cieux, vous avez perdu Christ, vous avez gagné des richesses et l'enfer ! Oh ! « qu'il est difficile que ceux qui ont des richesses entrent dans le royaume de Dieu ! » Lorsque les disciples parurent étonnés de ces paroles, le Seigneur, bien loin de se rétracter, répéta en des termes encore plus forts cette imposante vérité : « Il est plus aisé qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille, qu'il ne l'est qu'un riche entre dans le royaume de Dieu ». Qu'il leur est difficile, à eux dont on applaudit toutes les paroles, de n'être pas « sages à leurs propres yeux ! » Qu'il leur est difficile de ne pas croire valoir mieux que la populace dégradée, pauvre et sans éducation ! Qu'il leur est difficile de ne pas chercher le bonheur dans leurs richesses ou dans les choses qui en dépendent, dans la satisfaction des « désirs de la chair, des désirs des yeux et de l'orgueil de la vie ! » O riches ! comment pourrez-vous échapper à la condamnation de l'enfer ? Avec Dieu seul « toutes choses deviennent possibles ! » Et si même vous ne réussissez pas dans vos tentatives, en êtes-vous plus avancés pour vos âmes ? « Ceux qui veulent devenir riches », — ceux qui font des efforts pour cela, qu'ils aient ou non du succès, — « tombent dans la tentation et dans le piége », — dans les piéges du diable, — « et en plusieurs désirs insensés et pernicieux », — des désirs où la raison n'a aucune part, et qui conviennent aux bêtes brutes plutôt qu'à des êtres immortels et raisonnables, — « qui plongent les hommes dans la ruine et dans la perdition », — dans des misères temporelles et éternelles. Ouvrons les yeux seulement, et nous en verrons tous les jours la triste preuve. Des hommes qui, désirant, voulant être riches, convoitant ce qui est « la racine de tous maux, se sont eux-mêmes embarrassés dans bien du tourment », anticipant ainsi sur l'enfer où ils se rendent ! Il faut remarquer la juste précision avec laquelle s'exprime l'apôtre. Il ne menace point absolument les riches, car un homme peut être riche sans que ce soit par sa faute, il peut l'être par une dispensation de la Providence indépendamment de son choix ; mais il s'adresse à ceux qui veulent devenir riches, qui le désirent et qui le cherchent. Quelque dangereuses que soient les richesses, elles ne précipitent pas toujours les hommes dans la perdition ; mais le désir des richesses le fait. Ceux qui les poursuivent de propos délibéré, qu'ils réussissent où non à faire fortune en ce monde, perdent infailliblement leurs âmes. Ce sont eux qui, pour quelques pièces d'or et d'argent, vendent Celui qui les a rachetés. Ce sont eux qui entrent en « alliance avec la mort et l'enfer » ; et cette alliance subsiste, car ils se rendent tous les jours plus propres à partager l'héritage du diable et de ses anges. Oh ! qui avertira cette « race de vipères » de « fuir la colère qui est à venir ! » Non pas ceux qui sont couchés à leur porte ou rampent à leurs pieds, désirant se rassasier des miettes qui tombent de leur table ; non pas un de ceux qui courtisent leur faveur ou craignent leur courroux ; non pas un de ceux qui ont en vue les choses terrestres. Mais s'il y a sur la terre un chrétien, s'il y a un homme qui ait vaincu le monde, qui ne désire rien hors de Dieu, et ne craigne personne si ce n'est « Celui qui peut détruire l'âme et le corps dans la géhenne », — toi, homme de Dieu, parle, ne t'épargne point ! élève ta voix comme un cornet, crie à haute voix et montre à ces pécheurs honorables la condition désespérée où ils se trouvent ! Peut-être y en aura-t-il au moins un sur mille qui ait des oreilles pour entendre, qui se relève de la poussière ; qui rompe les chaînes qui l'attachaient au monde et qui finisse par amasser des trésors dans le ciel. Et s'il arrivait qu'une de ces âmes, réveillée par la puissance de Dieu, s'écriât : « Que faut-il que je fasse pour être sauvée ? » La réponse que fournissent les oracles de Dieu est claire, expresse et complète. Dieu ne te dit pas : « Vends ce que tu as ». Il est vrai que, dans un cas particulier, pour le jeune homme riche dont parle l'Évangile, Celui qui sonde le cœur des hommes, jugea nécessaire de donner cet ordre ; mais jamais il n'en a fait une règle générale pour tous les riches et pour toutes les générations. Voici ses directions générales : 1° « Ne t'élève point par orgueil ! » Dieu « n'a pas égard aux choses auxquelles l'homme a égard ». Il ne t'estimera point pour tes richesses, pour le faste de tes équipages, pour aucune qualité directement ou indirectement due à ton opulence. Tout cela n'est pour lui que de « l'ordure et du fumier ». Qu'il en soit de même pour toi. Garde-toi de te croire, pour toutes ces choses, plus sage ou meilleur d'un fétu. Sers-toi, pour te peser, d'une autre balance. Ne t'estime que selon le degré de foi et d'amour que Dieu t'a donné. Si tu as plus de connaissance de Dieu ou plus d'amour, pour ce motif seul, et non pour aucun autre, tu es plus sage, plus honorable que celui qui vit avec les chiens de ton troupeau. Mais si ce trésor-là te manque, tu es plus ignorant, plus vil, plus méprisable, je ne dirai pas que le dernier des serviteurs qu'abrite ton toit, mais que le mendiant couvert d'ulcères qui est couché à ta porte. 2° « Ne mets pas ta confiance dans l'instabilité des richesses ». N'en attends ni secours, ni bonheur. Et d'abord n'en attends pas de secours. Tu t'abuses misérablement si tu espères un tel service de l'argent ou de l'or. Ils ne peuvent pas plus te mettre au-dessus du monde qu'au-dessus du diable. Sache que le monde et le prince de ce monde se rient également de telles armes. Elles servent peu dans le jour de l'affliction, lors même qu'alors elles demeurent. Mais qui te dit qu'elles te demeureront ? Combien souvent elles prennent alors des ailes et s'envolent ? Mais, si elles restent, que peuvent-elles même dans les peines ordinaires de la vie ? « Le désir de tes yeux », la femme de ta jeunesse, ton fils, ton unique, l'ami « que tu aimais comme ton âme », t'est enlevé par un coup soudain. Tes richesses ranimeront-elles leur argile ? y rappelleront-elles leur âme ? ou pourront-elles te garantir toi-même de maladies, d'infirmités, de souffrances ? Ces maux ne visitent-ils que le pauvre ? Ah ! le berger de ton troupeau, l'ouvrier qui laboure ton champ, en souffre moins que toi. Il est moins souvent visité de ces hôtes incommodes, et, s'ils viennent cependant, ils se laissent plus aisément chasser de l'humble chaumière que des palais dont les cimes sont dans les nuages. Et dans le temps où les infirmités te châtient, où la maladie te consume, que peuvent pour toi tes trésors ? Les païens eux-mêmes auraient pu répondre : Ce que peut un tableau pour des yeux malades, Ou les sons de la harpe pour des oreilles souffrantes. Mais voici bien un autre tourment : il te faut mourir, il te faut descendre dans la poudre, retourner en la terre d'où tu as été pris et t'y confondre avec le vulgaire. Tu vas rendre ton corps à la terre d'où tu fus tiré et ton esprit à Dieu qui l'a donné. Et le temps marche, et les années s'écoulent d'un cours rapide, quoique silencieux. Peut-être es-tu près de la fin ; le midi de la vie est passé, les ombres du soir s'abaissent sur toi. Tu sens les sûres approches du dépérissement. Les sources de la vie s'épuisent avec rapidité. Que vont faire pour toi tes richesses ? T'adouciront-elles la mort, te feront-elles aimer cette heure solennelle ? Ah ! loin de là ! « O mort ! que tu es amère pour celui qui vit à l'aise dans ses possessions ! » et qu'il reçoit mal cette terrible sentence : « Cette nuit même ton âme te sera redemandée ! » Préviendront-elles ce coup fatal ou diffèreront-elles cette heure ? « Délivreront-elles votre âme en sorte qu'elle ne voie point la mort ? » Vous rendront-elles les années écoulées ? ajouteront-elles au temps qui vous est assigné, un mois, un jour, une heure, un moment ? Ou les biens dont vous aviez fait ici-bas votre portion vous suivront-ils au-delà de la fosse ? Non ; mais nu vous êtes entré dans le monde, et nu vous en sortirez. Et, comme dit encore le poète païen : Terres, maisons, tendre épouse, il faut tout laisser. Et d'entre tous les arbres que tu cultives, N'être accompagné que des tristes cyprès. Oh ! oui, si ce n'était qu'on ne remarque pas ces vérités parce qu'elles sont trop claires, trop claires pour être contestées, nul homme appelé à mourir ne pourrait attendre de secours de l'instabilité des richesses. N'en attendez pas non plus le bonheur. Car ici encore elles se montrent trompeuses quand on en fait l'épreuve. C'est ce que tout homme raisonnable peut déduire de ce qui précède. Car si l'or ou les avantages qui en découlent ne peuvent nous empêcher d'être misérables, il est bien évident qu'ils ne peuvent nous rendre heureux. Quel bonheur peuvent-ils apporter à celui qui, malgré tout, est obligé de s'écrier : La tristesse toujours vient hanter mes parois, Et sous mes toits dorés voltigent les soucis. De fait, l'expérience parle ici d'une manière si victorieuse, qu'elle rend tous les autres arguments inutiles. Qu'il nous suffise d'en appeler aux faits. Les riches et les grands sont-ils les seuls heureux, et leur mesure de bonheur est-elle en proportion de la mesure de leurs richesses ? Ont-ils même quelque bonheur ? j'allais dire ne sont-ils pas de tous les hommes les plus misérables ? Riches, dites une fois la vérité telle qu'elle est dans votre cœur, dites tous ensemble : Toujours, du sein de l'abondance, Un vide cruel dans nos cœurs Empoisonne la jouissance. Oui, et cet état durera jusqu'à ce que vos jours d'ennuyeuse vanité soient allés se perdre dans la nuit de la mort ! Il n'y a donc pas, sous le soleil, de plus grande folie que de s'attendre aux richesses pour être heureux. N'en êtes-vous pas convaincu ? Est-il possible que vous espériez encore trouver le bonheur dans l'argent ou dans ce qu'il procure ? Quoi ! de l'argent ou de l'or pourraient te rendre heureux ? Manger et boire, avoir des chevaux, des serviteurs, un appareil brillant, des distractions et des plaisirs (comme on les appelle), cela pourrait te rendre heureux ? Autant vaudrait dire que cela peut te rendre immortel ! Toutes ces choses ne sont qu'apparence et que mort. Ne les estime point. Confie-toi en Dieu, et tu seras tranquille « à l'ombre du Tout-Puissant ». Sa fidélité, sa vérité sera ton bouclier et ton écu. Sa délivrance est proche au temps de la détresse, et son secours ne peut tromper. Si tous tes amis viennent à te manquer, tu t'écrieras : L'Eternel vit ! béni soit mon puissant Sauveur ! Il se souviendra de toi quand tu seras couché sur ton lit privé de tout secours humain. Alors, dans l'impuissance de tout moyen terrestre, il « changera tout ton lit », il soulagera tes douleurs ; dans les flammes mêmes, les consolations de Dieu te feront chanter de joie. Et, lors même que cette maison terrestre sera prête à crouler et à tomber en poussière, il t'enseignera à dire : « O mort ! où est ton aiguillon, ô sépulcre ! où est ta victoire ? » Grâces à Dieu, qui « me donne la victoire » par Jésus-Christ mon « Seigneur ! » Oh ! attendez de Lui et bonheur et secours ! Toutes les sources du bonheur sent en Lui. : Attendez-vous à Celui, qui « nous donne toutes choses abondamment pour en jouir » ; qui, du trésor de ses libres miséricordes, nous les présente en quelque sorte de sa propre main, afin que, les recevant comme ses dons et comme un gage de son amour nous puissions en jouir. C'est son amour qui donne de la saveur à tout, qui met partout la vie et la douceur, et, réciproquement, tout nous élève à notre Créateur, et la terre entière est pour nous l'échelle des cieux. Il verse les « joies qui se trouvent à sa droite » dans tout ce qu'il donne à ses enfants, qui jouissent en tout et par dessus tout de la communion du Père en son Fils Jésus-Christ. 3° Ne cherche pas à devenir plus riche. « N'amasse point » pour toi-même des trésors sur la terre. C'est un commandement simple et positif, et tout aussi clair que « tu ne commettras point d'adultère ». Comment un homme riche pourrait-il donc s'enrichir encore sans renier le Seigneur qui l'a racheté ? Et même comment celui qui a le nécessaire de la vie pourrait-il sans péché chercher encore plus ? « Ne vous amassez pas de trésors sur la terre », dit le Seigneur. Si, nonobstant cela, vous voulez toujours amasser des biens « que les vers et la rouille gâtent et que les larrons percent et dérobent » ; si vous voulez « joindre maison à maison, et approcher un champ de l'autre », pourquoi vous donnez-vous le nom de chrétien ? Vous n'obéissez pas à Jésus-Christ, vous n'avez pas l'intention de lui obéir ; pourquoi donc vous réclamer de son nom ? « Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur », dit-il lui-même, « pendant que vous ne faites pas ce que je dis ? » Mais que faut-il faire de nos biens, demandez-vous, puisque nous en avons plus que nous ne saurions employer ? Faut-il donc les jeter ? Je réponds : Si vous les jetiez dans la mer, ou si vous tes livriez aux flammes, cela vaudrait mieux que l'usage que vous en faites maintenant. Vous ne sauriez trouver une pire manière de les perdre que de les amasser pour votre postérité ou de les dépenser pour vous-mêmes dans le luxe et la folie. De toutes les manières de jeter l'argent à la rue, ces deux-là sont les plus mauvaises, les plus contraires à l'Évangile de Christ et les plus fatales à votre propre âme. Quant à la dernière, écoutez ces excellentes réflexions d'un auteur : « Si nous dissipons notre argent, non seulement nous sommes coupables de dissiper un talent que Dieu nous a confié, mais nous nous faisons encore tort à nous mêmes, nous employons ce talent précieux contre nous-mêmes comme un puissant moyen de corruption ; car le mal dépenser, c'est le dépenser au service de quelque mauvaise disposition et pour la satisfaction de désirs vains et déraisonnables auxquels, comme chrétiens, nous sommes tenus de renoncer ». « Comme l'esprit et les talents qui, lorsqu'on en fait un vain usage, exposent ceux qui en sont doués à plus de folies, il en est de même de l'argent : non seulement on peut le dissiper vainement, mais, s'il n'est pas employé conformément à la raison et à la religion, il rend les gens plus insensés et plus extravagants dans leur conduite qu'ils n'eussent été s'ils n'en avaient eu. Si donc vous n'employez pas votre argent pour faire du bien à autrui, vous l'employez nécessairement pour vous faire du tort à vous-même. Vous faites comme celui qui refuserait à son ami malade le cordial qu'il ne peut prendre lui-même sans se rendre malade à son tour. Car telle est la condition du superflu, si vous le donnez à ceux qui ont besoin, c'est un cordial : si vous l'employez, sans besoin, pour vous-même, il ne fait que mettre la fièvre et la discorde dans votre âme ». « Employer les richesses sans utilité réelle et sans vrai besoin, c'est les employer à, notre grand dommage, en provoquant de vains désirs, en nourrissant nos mauvais penchants, en flattant nos passions et nous encourageant dans une folle disposition d'âme. Car le luxe dans le manger et dans le boire, le luxe des habits et des maisons, le faste des équipages, les gais divertissements et les plaisirs, tout cela met naturellement le désordre dans notre cœur. Tout cela nourrit la folie et la faiblesse de notre nature et ne fait qu'entretenir et favoriser ce qui ne devrait pas l'être. Tout cela contrarie cette sobriété, cette piété de cœur qui goûte les choses divines. Ce sont autant de fardeaux qui pèsent sur notre âme et qui nous rendent moins désireux et moins capables d'élever nos pensées vers les choses d'en haut ». « Dépenser ainsi l'argent, ce n'est donc pas seulement le perdre, mais c'est le dépenser dans un coupable but et pour de mauvais effets, pour mettre le désordre et la corruption dans nos cœurs, pour nous rendre incapables de suivre les doctrines sublimes de l'Évangile. Ce n'est rien moins que si nous le refusions aux pauvres pour en acheter du poison pour nous-mêmes ». Ceux qui amassent sans besoin réel ne sont pas moins coupables : « Si un homme avait en son pouvoir des mains, des yeux, des pieds à distribuer à ceux qui en manquent, et s'il les renfermait dans un coffre au lieu de les donner à ses frères aveugles ou estropiés, ne l'appellerions-nous pas méchant et cruel ? S'il s'amusait à en faire provision au lieu de s'acquérir par ses bienfaits un titre à d'éternelles récompenses, ne le tiendrions-nous pas pour un insensé ? » « Or, l'argent est en réalité comme des mains, des pieds et des yeux. Si nous l'enfermons dans des coffres, pendant que les pauvres et les malheureux en manquent pour vivre, nous ne sommes guère moins cruels que celui lui amasserait des mains et des yeux plutôt que de les distribuer à ceux qui en manquent. Si vous aimez mieux l'amasser que d'acquérir par grâce des titres à une récompense éternelle en le distribuant à propos, vous tombez dans la culpabilité et la folie de celui qui renfermerait des pieds, des mains et des yeux plutôt que de se faire bénir à jamais en les donnant à qui en a besoin ». N'est-ce pas aussi pour cela que les riches entreront si difficilement dans le royaume des cieux ? Ils sont pour la plupart sous la malédiction, sous une malédiction particulière de Dieu, en tant que, par la direction générale de leur vie, non contents de « piller Dieu », de dissiper et de prodiguer continuellement les biens de leur Seigneur, et de corrompre ainsi leur âme, ils volent encore les pauvres, les affamés, les misérables ; ils font tort à la veuve et à l'orphelin, et se rendent responsables de tous les besoins, de toutes les afflictions et les détresses qu'ils ne soulagent point quand ils pourraient le faire. Que dis-je ? Le sang de tous ceux qui périssent faute de ces biens, qu'ils amassent ou qu'ils prodiguent follement, ne crie-t-il pas de la terre contre eux ? Oh ! quel terrible compte n'auront-ils pas à rendre à Celui qui est « prêt à juger les vivants et les morts ! » 4° Apprenez en quatrième lieu la vraie manière d'employer votre superflu, par ces paroles du Seigneur qui font le pendant de celles qui précèdent : « Amassez-vous des trésors dans les cieux, où les vers ni la rouille ne gâtent rien, et où les larrons ne percent ni ne dérobent ». Place tes économies en un lieu plus sûr que tu ne peux trouver sur la terre. Mets tes fonds à la banque des cieux, et Dieu te les rendra au dernier jour. « Celui qui a pitié du pauvre, prête à l'Eternel, et il lui rendra son bienfait » ; ce qu'il dépense ainsi lui sera remboursé. « Porte-le-moi en compte », lui dit-il, « pour ne pas dire que tu te dois toi-même à moi ! » Donne au pauvre, avec un oeil simple et un cœur droit ; puis écris : « Pour tant donné à Dieu ». Car « en tant que vous l'avez fait au plus petit de mes frères », nous dit-il, « vous me l'avez fait à moi-même ». Tel est donc le devoir d'un économe sage et fidèle ; non de vendre ses maisons, ses terres, ou d'aliéner ses capitaux, quelle qu'en soit la valeur, à moins que des circonstances particulières ne l'exigent ; non de chercher à les accroître, pas plus que de les dissiper dans la vanité ; — mais de les consacrer sans réserve aux usages sages et raisonnables pour lesquels son Maître les a placés entre ses mains. Le sage économe, après avoir pourvu les siens de ce qui est nécessaire pour la vie et la piété, se fait « des amis » avec tout ce qui lui reste chaque année, « de ce Mammon d'injustice », —- « afin que quand il viendra à manquer, ils le reçoivent dans les tabernacles éternels » ; — afin que, dans la ruine de son tabernacle terrestre, ceux qui furent portés avant lui « dans le sein d'Abraham », après avoir mangé son pain et porté la laine de ses troupeaux, et loué Dieu pour ses consolations, viennent le saluer à son entrée dans le Paradis et dans la maison éternelle de Dieu dans les cieux ». Nous vous exhortons donc, en l'autorité de notre Seigneur et Maître, vous tous qui êtes « riches en ce monde », « à faire du bien », au point que votre vie soit une suite de bonnes œuvres. « Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » ; car « il agit » ainsi « continuellement ». Soyez miséricordieux : En quelle mesure ? Dans la mesure de votre pouvoir et selon toute la capacité que Dieu vous donne. Que ce soit là votre seule limite dans les bonnes œuvres au lieu des maximes précaires et des vaines coutumes du monde. Nous vous exhortons à être « riches en bonnes œuvres ». Vous avez abondamment : donnez abondamment. Et, comme vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement, en sorte que vous n'amassiez des trésors que dans les cieux. Soyez « prompts à donner » à chacun selon ses besoins. « Répandez, donnez aux pauvres » ; distribuez votre pain aux affamés. Revêtez ceux qui sont nus, recueillez l'étranger, portez ou envoyez des secours aux prisonniers, guérissez les malades, non par des miracles, mais par la bénédiction dont Dieu bénira vos soins empressés. Que la bénédiction de Celui qui allait périr de besoin vienne sur toi ! Défends l'opprimé, plaide la cause de l'orphelin et fais que le cœur de la veuve chante de joie. Nous vous exhortons an nom de notre Seigneur Jésus-Christ à être « prompts à donner » et à faire volontiers « part de vos biens » ; étant dans le même esprit. (malgré la différence de position extérieure) que ces croyants des premiers jours qui « persévéraient dans la communion », dans cette fraternité sainte et bénie, où « nul ne disait que rien lui appartînt en propre, mais où toutes choses leur étaient communes ». Soyez un économe, un fidèle et sage économe de Dieu et des pauvres, ne différant de ceux-ci qu'en ce que vos propres nécessités sont d'abord prélevées sur cette portion des biens de Dieu qui reste entre vos mains et qu'en ce que vous avez le « bonheur de donner ». Acquérez vous ainsi, non pour le temps présent, mais pour le siècle à venir, « un trésor placé sur un bon fondement, afin d'obtenir la vie éternelle ». Il est vrai que le grand fondement de toutes les bénédictions de Dieu, soit temporelles soit éternelles, c'est Jésus-Christ, notre Seigneur ; c'est sa justice, son sang, c'est ce qu'il a fait et souffert pour nous. Et, dans ce sens, nul ne peut poser d'autre fondement, non pas même un apôtre, pas même un ange du ciel. Mais, par ses mérites, tout ce que nous faisons en son nom est un fondement pour recevoir sa récompense, au jour où chacun recevra « sa propre récompense selon son propre travail ». Toi donc, travaille « non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle ». Fais donc, « tout ce que tu as maintenant moyen de faire, selon ton pouvoir ». Toi donc, saisis l'occasion avant qu'elle s'envole, assure, dans le temps, l'immense éternité ! « En persévérant à bien faire », « cherche l'honneur, la gloire et l'immortalité ». Dans la pratique constante et zélée de toutes sortes de bonnes œuvres, attends l'heure bienheureuse où le Seigneur dira : « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger et vous m'avez recueilli ; j'étais nu et vous m'avez vêtu ; j'étais malade et vous m'avez visité ; j'étais en prison et vous m'êtes venu voir. Venez, les bénis de mon Père, possédez en héritage le royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde ! »

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