LES DESSEINS DE SATAN 2 Corinthiens 2,11 : John Wesley

12:32Ministere MotsdeDieu

Nous n'ignorons pas ses desseins. 2Co 2 : 11 (Le mot grec employé ici par saint Paul est rendu dans nos versions françaises par desseins : il signifie pensées, intentions, inventions. Ce dernier sens se rapproche beaucoup de la traduction anglaise (devices) sur laquelle est fondé le sermon de J. Wesley. Trad.) Les inventions que, dans son habileté, le dieu de ce monde emploie pour essayer de faire périr les enfants de Dieu, ou tout au moins de tourmenter ceux qu'il ne peut faire périr, de les embarrasser et de les retarder dans la course qui leur a été proposée, ces inventions sont aussi innombrables que les étoiles du ciel ou les sables de la mer. Mais je ne me propose de parler ici que d'une seule de ces inventions, laquelle, toutefois, revêt diverses formes dans l'application, et qui tend à « diviser contre lui-même (Mat 12 : 25 : 26) » l'Evangile, à en démolir une portion en se servant pour cela de l'autre. Le royaume intérieur des cieux, celui qui est établi dans le cœur de tous ceux qui se repentent et croient à l'Evangile, « consiste en justice, paix et joie par le Saint-Esprit (Ro 14 : 17) ». Le plus petit « enfant en Christ (1Co 3 : 1) », sait par expérience que nous jouissons de ces biens dès l'instant où nous croyons en Jésus. Mais ce ne sont là que les prémices de son Esprit ; ce n'est pas encore la moisson. Et, quoique ces bénédictions soient plus grandes qu'on ne saurait le penser, nous espérons voir de plus grandes choses encore. Nous comptons arriver à aimer le Seigneur notre Dieu, non seulement comme nous le faisons actuellement, d'une affection sincère, quoique faible, mais bien « de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée et de toute notre force (Mr 12 : 30) ». Nous attendons de Dieu la grâce d' « être toujours joyeux, de prier sans cesse, et de rendre grâces en toutes choses ; car c'est la volonté de Dieu en Jésus-Christ à notre égard (1Th 5 : 16-18) » Nous comptons être rendus « parfaits dans l'amour (1Jn 4 : 18) » dans « l'amour qui bannit toute crainte accompagnée de peine » et tout désir qui ne tend pas à glorifier celui que nous aimons, qui ne tend pas à l'aimer et à le servir de plus en plus. Nous nous attendons à éprouver un tel accroissement de la connaissance et de l'amour de notre Dieu Sauveur que nous pourrons « marcher dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière (1Jn 1 : 7) ». Nous croyons qu'il nous sera donné d' « avoir les mêmes sentiments que Jésus-Christ a eus (Phi 2 : 5) », d'aimer tous les hommes assez pour être prêts à « donner notre vie (Jea 15 : 13 ; 1Jn 3 : 168) » pour eux, assez pour être par cet amour délivrés de la colère et de l'orgueil, et de toute autre disposition malveillante. Nous comptons être « purifiés de toutes nos idoles (Eze 36 : 25) », et « de toute souillure de la chair et de l'esprit (2Co 7 : 1) », être nettoyés de toutes nos impuretés tant intérieures qu'extérieures, enfin être « purifiés comme lui aussi est pur (1Jn 3 : 3) ». Nous comptons sur la promesse de celui qui ne peut mentir, qu'un jour viendra certainement où, par toutes nos paroles comme par toutes nos actions, nous ferons sa sainte volonté sur la terre comme elle est faite dans le ciel ; où « nos discours seront toujours accompagnés de grâce et assaisonnés de sel, de manière que nous sachions répondre à chacun comme il faut (Col 4 : 6) ; » où, « soit que nous mangions, ou que nous buvions, on que nous fassions quelque autre chose, nous ferons tout pour la gloire de Dieu (1Co 10 : 31) ; » où, enfin, « soit par nos paroles, soit par nos actions, nous ferons tout au nom du Seigneur Jésus, rendant grâces par lui à Dieu notre Père (Col 3 : 17). Eh bien, l'invention capitale de Satan consiste à détruire l'œuvre que Dieu a déjà faite dans notre âme, ou du moins à en retarder le développement, par l'attente même où nous sommes d'une œuvre plus grande. Je me propose donc en ce moment, d'abord, de signaler les divers moyens qu'il emploie pour atteindre ce but ; ensuite, d'indiquer comment nous pouvons repousser ces traits enflammés du Malin, et même nous élever plus haut à l'aide de ce qu'il avait préparé pour nous faire tomber. I Je dois donc, tout d'abord, signaler les divers moyens employés par Satan pour essayer de ruiner l'œuvre que Dieu a déjà faite dans notre âme, ou tout au moins d'en retarder le développement par le fait même de notre attente d'une œuvre plus grande. En premier lieu, il s'efforce de rabattre la joie que nous avons dans le Seigneur en nous invitant à considérer combien nous sommes par nous-mêmes vils, pécheurs et indignes, et qu'il faut que nous soyons bien autrement changés que nous ne le sommes, sans quoi nous ne saurions voir le Seigneur. Si nous étions assurés que, jusqu'à l'heure de la mort, nous devons demeurer ce que nous sommes, peut-être trouverions-nous dans cette nécessité une sorte de consolation, si faible qu'elle fût. Mais nous savons que nous ne sommes pas condamnés à rester dans cet état ; nous sommes certains qu'un plus grand changement doit se produire et que, si le péché n'est pas entièrement anéanti dès cette vie, nous ne pourrons voir Dieu dans sa gloire. Notre adversaire rusé en profite pour rabattre la joie que pourrait nous causer ce que nous avons déjà obtenu, en nous rappelant dans un but pervers tout ce que nous ne possédons pas et la nécessité absolue de le posséder. Il arrive donc que nous ne pouvons pas être joyeux à cause de ce que nous avons, parce qu'il y a bien davantage que nous n'avons pas. Nous ne pouvons plus savourer comme il faut la bonté de Dieu qui a fait pour nous de si grandes choses, parce qu'il en reste de beaucoup plus grandes qu'il n'a pas encore faites. Il arrive même que plus Dieu produit en nous une profonde conviction de notre manque de sainteté actuel, plus nous avons dans le cœur un ardent désir de cette sainteté complète qu'il a promise, et plus aussi nous sommes tentés de faire peu de cas des dons accordés par le Seigneur, et de ne pas apprécier à sa juste valeur ce que nous avons déjà reçu, à cause de ce que nous n'avons pas reçu. Mais si Satan peut gagner ce point de rabattre notre joie, il s'attaquera bientôt à notre paix. Il nous suggérera des pensées comme celles-ci : « Es-tu en état de voir Dieu ? Il a les yeux trop purs pour voir le mal (Hab 1 : 13). Comment donc oserais-tu t'imaginer qu'il te contemple avec approbation ? Dieu est saint : tu es impur. Quelle union y a-t-il entre la lumière et les ténèbres ? (2Co 6 : 14) Comment serait-il possible que, souillé comme tu l'es, tu possédasses la faveur de Dieu ? Sans doute tu aperçois le but, le prix de ta céleste vocation ; mais ne vois-tu pas qu'il est bien loin de toi ? Et comment peux-tu croire que tous tes péchés sont effacés ? Ne faut-il pas, avant cela, que tu sois plus prés de Dieu, que tu lui ressembles davantage ? » C'est ainsi qu'il s'efforcera, non seulement d'ébranler votre paix, mais d'en renverser même les fondements, de vous ramener par degrés et insensiblement à votre point de départ, c'est-à-dire à chercher la justification par vos œuvres ou par votre propre justice, à chercher en vous-mêmes ce qui vous fera agréer par Dieu ou tout au moins quelque chose d'indispensable pour que vous soyez agréés. Et si nous tenons bon, si nous disons : « Personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé, qui est Jésus Christ (1Co 2 : 11) ; » je suis « justifié gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ (Ro 3 : 23) ; » Satan nous répliquera sans se lasser : « Mais on connaît. l'arbre par ses fruits. Portes-tu les fruits de la justification ? As-tu les mêmes sentiments que Jésus-Christ a eus ? Es-tu mort au péché et, vivant pour la justice ? As-tu été rendu conforme à Christ dans sa mort et connais-tu le pouvoir de sa résurrection ? » Alors, comparant en nous-mêmes les faibles résultats obtenus avec l'ampleur des promesses, nous serons tout près d'arriver à ces tristes conclusions : « Bien certainement Dieu ne m'a pas dit que tous mes péchés m'étaient pardonnés ! Bien certainement je n'ai pas obtenu la rémission de mes fautes. Car quelle part ai-je dans l'héritage des saints ? » Mais c'est surtout au moment de la maladie et de la souffrance que Satan y insistera de toutes ses forces : « Celui qui ne peut mentir n'a-t-il pas dit : Sans la sanctification, personne ne verra le Seigneur ? (Heb 12 : 14) Et toi, tu n'es pas saint ! tu le sais bien, car tu n'ignores pas que la sainteté, c'est une ressemblance parfaite avec Dieu. Et combien tu es au-dessous de cela : à peine l'entrevois-tu ! Tune peux pas y arriver. Ainsi tous tes efforts ont été vains. Tout ce que tu as enduré, tu l'as enduré pour néant. Tu as dépensé tes forces inutilement. Tu es encore dans tes péchés, et tu y périras finalement ! » Et c'est de cette façon que, si vous ne tenez pas vos regards invariablement fixés sur celui qui a porté vos péchés, Satan vous ramènera sous le joug de cette « crainte de la mort », par laquelle si longtemps vous fûtes « assujettis à la servitude (Heb 2 : 15) ». C'est ainsi qu'il diminuera, s'il ne les détruit pas entièrement, la paix aussi bien que la joie que vous aviez dans le Seigneur. Mais le chef-d'œuvre de sa ruse est encore à venir. Non content de battre en brèche votre paix et votre joie, il portera ses efforts encore plus loin, jusqu'à assaillir votre justice elle-même. Il tâchera d'ébranler et, s'il le peut, de ruiner la sainteté que vous avez déjà obtenue, et cela en profitant de cette espérance même que vous avez de recevoir davantage, de posséder un jour l'image parfaite du Seigneur. Le procédé qu'il emploie pour atteindre son but a été partiellement indiqué dans les remarques qui précèdent. Car, tout d'abord ; lorsqu'il s'attaque à votre joie dans le Seigneur, il s'attaque du même coup à votre sainteté, attendu que la joie du Saint-Esprit contribue admirablement à entretenir toutes les dispositions saintes ; attendu qu'elle est un instrument précieux entre les mains de Dieu pour avancer son œuvre dans l'âme croyante. Celle joie aide puissamment à pratiquer la sanctification tant extérieure qu'intérieure. Elle affermit nos mains pour que nous poursuivions « les œuvres de notre foi et les travaux de notre charité (1Th 1 : 3) », pour que nous combattions courageusement. « dans le bon combat de la foi, remportant la vie éternelle (1Ti 6 : 12) ». Dieu a expressément voulu que celle joie fit contrepoids à nos souffrances du dedans et du dehors, et que, par son moyen ; fussent « fortifiés, les mains qui sont affaiblies et les genoux qui sont relâchés (Heb 12 : 12) ». Conséquemment tout ce qui tend à diminuer notre joie dans le Seigneur, met obstacle dans la même mesure à notre sanctification. Et c'est de cette manière que Satan, en ébranlant notre joie, entrave aussi notre sanctification. Les mêmes effets se produiront s'il réussit, de quelque façon que ce soit, à détruire ou à ébranler notre paix. Car la paix de Dieu est, elle aussi, un moyen précieux d'imprimer plus parfaitement l'image de Dieu en nous. Rien peut-être ne contribue plus au développement de la sainteté que cette tranquillité d'esprit permanente, cette sérénité d'une âme qui s'appuie sur Dieu, ce repos si calme qu'on trouve dans le sang de Jésus. Privés de cela, nous ne pouvons guère croître en grâce et dans la connaissance vitale de notre Seigneur Jésus-Christ. Car toute crainte, sauf pourtant la crainte filiale et pleine de tendresse, glace et engourdit l'âme. Elle arrête le jeu de tous les ressorts de la vie spirituelle ; elle suspend les battements du cœur dans son élan vers Dieu. Le doute embourbe l'âme en quelque sorte, et elle reste là attachée à l'ornière. Nos progrès dans la sainteté sont donc entravés dans la mesure où nous sommes sous l'empire de l'un ou l'autre de ces sentiments. En même temps qu'il s'efforce de trouver, dans notre conviction de la nécessité de l'amour parfait, un moyen d'ébranler notre paix par des doutes et des craintes, notre habile adversaire tache d'affaiblir ou même de détruire notre foi. C'est qu'en effet notre foi et notre paix sont étroitement liées, si étroitement qu'elles doivent subsister ou périr ensemble. Tant que la foi persiste, nous conservons la paix : notre cœur demeure ferme aussi longtemps qu'il croit au Seigneur. Mais si nous lâchons notre foi, notre confiance filiale en ce Dieu qui aime et qui pardonne, c'en est fait de notre paix ; car le fondement même en est renversé. Ce fondement est celui de notre sainteté aussi bien que celui de notre paix. Aussi tout ce qui l'ébranle ébranle en nous la base de notre sainteté. Sans cette foi, en effet, sans le sentiment constant que « Christ m'a aimé et s'est donné pour moi (Gal 2 : 20) », sans cette conviction permanente que Dieu, pour l'amour de Christ, est apaisé envers moi pécheur, il est impossible que j'aime Dieu. « Nous l'aimons parce qu'il nous a aimés le premier (1Jn 4 : 19) », et nous l'aimons d'autant plus que nous avons une conviction plus forte et plus nette du fait qu'il nous a aimés et nous a reçus en son Fils. Mais si nous n'aimons pas Dieu, nous ne pouvons aimer notre prochain comme nous-mêmes, et nous ne pouvons, conséquemment, posséder les dispositions convenables soit vis-à-vis de Dieu, soit vis-à-vis des hommes. Donc, tout ce qui affaiblit notre foi doit nécessairement au même degré entraver notre sanctification. Et c'est là le moyen le plus sûr et aussi le plus prompt de ruiner toute sainteté ; car cela n'agit pas seulement sur quelque trait du caractère chrétien, cela n'affecte pas seulement quelque grâce ou quelque fruit de l'Esprit : c'est un procédé qui, s'il peut réussir, déracinera en nous l'œuvre divine tout entière. Il n'est donc pas étonnant que ce soit sur ce point que le prince des ténèbres de ce monde déploie toute sa puissance. C'est ce que notre expérience nous confirme. Il est, en effet, plus facile d'imaginer que de décrire la violence incroyable des tentations qui assaillent à cet égard ceux qui ont faim et soif de justice. Quand une clarté vive et puissante vient leur montrer, d'un côté, combien leur cœur est désespérément mauvais, et, de l'autre ; à quelle sainteté sans tache ils sont appelés en Jésus-Christ ; d'un côté, la profondeur de leur dépravation et leur éloignement absolu de Dieu, de l'autre, la hauteur de la gloire du Seigneur, de cette image du Saint des saints selon laquelle ils doivent être renouvelés : alors il arrive bien souvent que tout courage les abandonne et qu'ils seraient prêts à s'écrier : « C'est impossible pour Dieu lui-même ! » Ils semblent alors sur le point de renoncer à leur foi et à leur espérance, d'abandonner cette confiance à l'aide de laquelle ils pourront tout surmonter et tout faire par Christ qui les fortifie, cette confiance par laquelle, « après avoir fait la volonté de Dieu, ils remporteront l'effet de sa promesse (Heb 10 : 35,36) ». S'ils « conservent jusqu'à la fin ce qui les soutient dès le commencement (Heb 3 : 14) », ils remporteront certainement l'effet de la promesse de Dieu qui embrasse et le Temps et l'Éternité. Mais voici un autre piège tendu devant nos pas. Tandis que nous soupirons ardemment après la réalisation de cette promesse en ce qui touche à la vie présente, après « la liberté glorieuse des enfants de Dieu (Ro 8 : 21) », il peut se faire que, sans nous en apercevoir, nous arrivions à négliger de penser à « la gloire à venir qui doit être manifestée (Ro 8 : 18) ». Il se peut que nos regards se détournent insensiblement de cette couronne que le juste Juge a promis de donner au grand jour « à tous ceux qui auront aimé son avènement (2Ti 4 : 8) ; » et que nous cessions de contempler l'héritage incorruptible qui nous est réservé dans les cieux. Cela aussi serait au détriment de nos âmes et mettrait obstacle à notre sanctification. Car nous avons besoin, pour être soutenus en courant la course qui nous est proposée, de ne jamais perdre de vue le but. Ce fut ainsi encouragé et « parce qu'il avait en vue la rémunération » que Moïse autrefois « choisit, d'être affligé avec le peuple de Dieu plutôt que de jouir pour un peu de temps des délices du péché, regardant l'opprobre de Christ comme des richesses plus grandes que les trésors de l'Égypte Il est même dit de celui qui fut plus grand que Moïse, que, « à cause de la joie qui lui était proposée, il a souffert la croix, méprisant l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu (Heb 12 : 2) » Nous pouvons apprendre par cela qu'à plus forte raison nous avons besoin de regarder à la joie qui nous est proposée, afin que nous puissions porter la croix, quelle qu'elle soit, que nous imposera la sagesse divine, et marcher à la gloire par la sainteté. Tout en tendant à cette gloire aussi bien qu'à la glorieuse liberté qui y conduit, nous pouvons être exposés à tomber dans un autre piège du Diable, piège au moyen duquel il tâche d'enlacer les enfants de Dieu. C'est de prendre trop « souci du lendemain (Mat 6 : 34) » et d'oublier de mettre à profit « aujourd'hui (Heb 3 : 13) ». Nous pourrions vivre dans l'attente de l'amour parfait et ne pas mettre en œuvre l'amour déjà répandu dans nos cœurs. Il ne manque pas d'exemples de personnes qui ont de cette façon reçu un grand dommage. Elles étaient tellement préoccupées de ce qu'elles devaient recevoir plus tard, qu'elles en négligeaient absolument ce qu'elles avaient déjà reçu. Dans leur attente de recevoir cinq talents de plus, elles ont enterré leur unique talent, ou du moins elles ne l'ont pas fait valoir, comme elles auraient pu le faire, à la gloire de Dieu et pour le bien de leurs propres âmes. C'est ainsi que l'ennemi rusé de Dieu et des hommes s'efforce de rendre inutile le conseil de Dieu, en divisant l'Evangile contre lui-même, de façon à ce qu'une portion en renverse l'autre, le commencement de l'œuvre du Seigneur dans l'âme étant ruiné par l'attente même d'une œuvre plus parfaite. Nous venons de voir quelques-uns des moyens par lesquels il cherche à atteindre ce résultat : il tâche de tarir pour nous les sources de la sainteté. Mais il y arrive aussi par une méthode plus directe, c'est-à-dire en nous faisant trouver dans cette espérance bénie une occasion de nous laisser aller à des sentiments contraires à la sainteté. Par exemple, lorsque notre cœur a faim et soif de l'accomplissement de toutes « les grandes et précieuses promesses (2Pi 1 : 4) » quand nous soupirons après la plénitude de Dieu comme le cerf après les eaux courantes, quand notre âme, pleine d'ardents désirs, s'écrie « Pourquoi son char tarde-t-il à venir ? (Jug 5 : 28) » Satan ne laisse pas échapper cette occasion de nous provoquer au murmure contre Dieu. En pareil cas, il déploie toute son habileté, toutes ses ressources, pour nous amener, si possible, dans un moment de surprise, à nous plaindre de ce que le Seigneur diffère ainsi sa venue ; il tâchera de produire chez nous tout au moins un peu de mécontentement et d'impatience, peut-être de l'envie à l'égard de ceux que nous croyons avoir déjà obtenu le prix de leur céleste vocation. Il sait parfaitement qu'en donnant lieu à quelqu'un de ces mauvais sentiments, nous démolissons l'édifice que nous voudrions bâtir. Une telle manière de rechercher la sainteté parfaite fait que nous en sommes plus loin qu'auparavant. Il y a même grand danger que notre « dernière condition ne devienne pire que la première (2Pi 2 : 29) », comme pour ceux au sujet desquels l'apôtre écrivait ces paroles terribles : « Il leur eût mieux valu de n'avoir point connu la voie de la justice que de se détourner, après l'avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné (2Pi 2 : 21). Satan compte aussi obtenir de cette façon un autre avantage, qui est de mettre le bon chemin en mauvais renom. Il sait bien que fort peu de personnes peuvent (sans parler d'un trop grand nombre qui pourraient, mais ne veulent pas) distinguer entre l'abus éventuel d'une doctrine et sa tendance naturelle. Il profite de cela pour confondre perpétuellement les deux choses à propos de la doctrine de la perfection chrétienne, afin d'inspirer aux hommes qui ne se tiennent pas en garde, des préventions contre les précieuses promesses du Seigneur. Et combien souvent, combien généralement, j'allais dire combien invariablement il y réussit ! Car, où sont ceux qui, après avoir constaté quelques conséquences fâcheuses résultant accidentellement de cette doctrine, ne vont pas tout droit à cette conclusion que c'est là sa tendance naturelle, et ne s'empressent pas de dire « Voyez quels fruits cette doctrine porte ! » entendant par là que tels sont ses fruits naturels et nécessaires. Mais ce n'est pas cela : ce sont des fruits qui peuvent provenir accidentellement de l'abus d'une vérité importante et précieuse. Or, l'abus d'une doctrine biblique quelconque n'entraîne pas la suppression de son usage. L'infidélité de l'homme qui corrompt son droit chemin, n'anéantit pas non plus la promesse de Dieu. Oh non ! que Dieu soit reconnu véritable et tout homme menteur. La parole de l'Eternel subsistera. « Celui qui a fait les promesses est fidèle (Heb 10 : 23) », « et il le fera aussi (1Th 5 : 24) ». Ne nous laissons pas entraîner à « abandonner jamais les espérances de l'Evangile (Col 1 : 23) » Tâchons plutôt de découvrir comment on peut repousser ces traits enflammés du Malin et même faire de plus grands progrès au moyen des choses sur lesquelles Satan comptait pour nous faire tomber. Tel est le.second point que nous voulons examiner. lI Et d'abord, Satan vient-il essayer de rabattre votre joie qui est dans le Seigneur, en vous rappelant votre état de péché et en y ajoutant ceci que, sans une sainteté complète et parfaite, personne ne verra le Seigneur ! Vous pouvez lui renvoyer son projectile aussi longtemps que, par la grâce de Dieu, tout en sentant profondément votre indignité, vous vous réjouirez d'autant plus dans l'espérance ferme que vous serez délivrés de tout cela. Tant que vous retiendrez cette espérance, tout mauvais sentiment que vous éprouvez peut servir non à diminuer, mais à augmenter votre joie pleine d'humilité. Car vous pouvez dire : « Ceci, et cela encore, doit être anéanti par la présence du Seigneur. Comme la cire fond au feu, ainsi tout ce mal fondra devant sa face ». De cette façon, plus est grand le changement qui doit s'accomplir encore dans votre âme, et plus vous devez triompher en l'Eternel et vous réjouir dans le Dieu de votre salut, en celui qui a déjà fait pour vous de si grandes choses et qui en fera d'encore plus grandes. En second lieu, si Satan cherche à ébranler violemment votre paix par des insinuations comme celle-ci : « Dieu est saint ; toi tu ne l'es pas. Tu es à une distance infinie de cette sanctification sans laquelle tu ne peux voir Dieu. Comment donc pourrais-tu jouir de sa faveur ? Comment peux-tu te figurer que tu es justifié ? » prenez d'autant plus garde de vous tenir fermement attachés à ceci : « Ce n'est pas par des œuvres de justice que j'ai pu faire que je puis être trouvé en lui (Phi 3 : 9), être « reçu en son bien-aimé (Eph 1 : 6 — d'après la version anglaise.) », ayant, non ma propre justice pour cause absolue ou partielle de ma justification devant Dieu, mais la justice « qui vient de la foi en Christ, savoir la justice qui vient de Dieu par la foi (Phi 3 : 9) ». Oh ! que cette vérité soit comme un collier à votre cou ; écrivez-la sur les tables de vos cœurs ; portez-la comme un bracelet autour de votre bras, comme un fronteau entre vos yeux : « Je suis justifié gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ (Ro 3 : 23) » Appréciez et chérissez toujours plus cette précieuse vérité : « Vous êtes sauvés par grâce par la foi (Eph 2 : 8) ». Admirez de plus en plus la libéralité de la grâce de Dieu, en ce qu'il « a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais qu'il ait la vie éternelle (Jea 3 : 16) ». C'est ainsi que le sentiment, de votre misère d'un côté et d'un autre votre attente de la sainteté contribueront l'un et l'autre à affermir votre paix et à la rendre « comme un fleuve (Esa 48 : 18) ». Alors cette paix coulera avec un cours tranquille, malgré les montagnes de l'impiété, qui seront aplanies au jour où le Seigneur viendra prendre entière possession de votre cœur. Ni la maladie, ni la souffrance, ni l'approche de la mort ne pourront vous causer des doutes ou de la crainte. Vous savez que, pour Dieu, un jour, une heure, un instant sont comme mille ans. Il ne saurait être arrêté par des limites de temps dans l'œuvre qu'il lui reste à accomplir dans votre âme. Le moment voulu par Dieu est, toujours le meilleur moment. Ne te mets donc en peine, de rien. Expose-lui seulement tes besoins, sans te laisser aller au doute ou à la crainte, avec des actions de grâces, puisque tu sais d'avance qu'il ne t'épargnera aucun bien. En troisième lieu, plus vous vous verrez tentés de jeter votre bouclier, d'abandonner votre foi, votre confiance en l'amour de Dieu, plus il vous faudra prendre garde de bien conserver « les choses auxquelles vous êtes parvenus (Phi 3 : 16 – d'après la version anglaise) », et plus vous devrez vous efforcer de « rallumer le don de Dieu qui est en vous (2Ti 1 : 6) ». Ne lâchez jamais cette foi qui peut dire : « J'ai un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste (1Jn 2 : 1) ; » « si je vis encore dans ce corps, je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est donné soi-même pour moi (Gal 2 : 20) ». Que ce soit là ta gloire et ta couronne de joie. Et prends garde « que personne ne prenne ta couronne (Apo 3 : 11) ». Retiens bien ceci : « Pour moi, je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'il demeurera le dernier sur la terre (Job 19 : 25) » et ceci : « J'ai maintenant la rédemption par son sang la rémission des péchés (Eph 1 : 7) ». Alors, rempli de toute sorte de paix et de joie en croyant, cours, dans cette paix et cette joie de la foi, cours vers le renouvellement de ton âme tout entière à l'image de celui qui te créa. Et, en attendant cela, crie continuellement à Dieu pour qu'il te fasse voir le prix de ta vocation céleste, non pas tel que Satan te le montre, sous une forme terrible et épouvantable, mais dans la beauté si réelle qui lui appartient ; non pas comme quelque chose qu'il te faut posséder sous peine d'aller en enfer, mais comme une grâce que tu peux recevoir et qui te conduira au Ciel. Considère-le comme le don le plus digne d'envie que Dieu ait en réserve dans les trésors de ses grandes miséricordes. Car si tu l'aperçois ainsi sous son vrai jour, tu auras toujours plus faim et soif de le posséder ; ton âme entière soupirera après Dieu et après cette glorieuse conformité à son image. Et, ayant obtenu par la grâce de Dieu une espérance ferme de ces bénédictions et une puissante consolation, ton cœur ne sera plus lassé ni languissant ; tu marcheras en avant jusqu'à ce que tu atteignes le but. Soutenu par cette force que donne la foi, cours aussi vers la gloire. A vrai dire, ces deux buts n'en font qu'un ; Dieu a, dès le commencement, uni ces trois choses pardon, sainteté, ciel. Et pourquoi l'homme les séparerait-il ? Gardons-nous en bien ! Ne brisons pas un seul anneau de cette chaîne d'or : « Dieu m'a pardonné pour l'amour de Christ ; il me transforme maintenant à son image ; bientôt il me rendra digne de lui et m'admettra en sa présence. Il m'a justifié par le sang de son Fils, et quand je serai pleinement sanctifié par son Esprit, je ne tarderai pas à monter à la nouvelle Jérusalem, à « la cité du Dieu vivant (Heb 12 : 22) ». Oui, dans peu de temps je parviendrai « à l'assemblée et à l'Eglise des premiers-nés..., à Dieu le juge de tous et à Jésus le médiateur de la nouvelle alliance (Heb 12 : 23) ». Bientôt les ombres vont se dissiper ; bientôt luira sur moi le jour l'Eternité ! Bientôt je boirai à ce « fleuve d'eau vive qui sort du trône de Dieu et de l'Agneau (Apo 22 : 1) ». Là tous « ses serviteurs le serviront ; ils verront sa face, et son nom sera écrit sur leurs fronts. Il n'y aura plus là de nuit, et ils n'auront point besoin de lampe ni de la lumière du soleil parce que le Seigneur Dieu les éclairera ; et ils règneront aux siècles des siècles (Apo 22 : 3,5) ». Quand vous aurez ainsi « goûté la bonne parole de Dieu, et les puissances du monde à venir (Heb 6 : 5) », vous ne pourrez plus murmurer contre le Seigneur de ce que vous n'êtes pas encore en état de participer à l'héritage des saints dans la lumière. Au lieu de vous plaindre de ce que vous n'êtes point encore pleinement délivrés, vous louerez Dieu de ce qu'il vous a délivrés au point où vous l'êtes. Vous bénirez le Seigneur pour ce qu'il a fait, et vous regarderez cela comme les arrhes de ce qu'il va faire. Vous ne vous impatienterez pas contre lui de ce que vous n'êtes pas encore transformés : vous le bénirez de ce que vous devez l'être, de ce que le salut, la délivrance de tout péché, est maintenant plus près de vous que lorsque vous avez cru (Ro 13 : 11). Au lieu de vous tourmenter inutilement de ce que le moment n'est pas encore tout à fait arrivé, vous l'attendrez paisiblement, calmement, sachant qu'il viendra et ne tardera point (Heb 10 : 37). Vous pouvez donc endurer bravement le présent, le fardeau du péché qui reste encore en vous, d'autant plus qu'il n'y doit pas toujours rester. Encore un peu de temps, et il disparaîtra entièrement. Sachez seulement attendre le moment du Seigneur ; fortifiez-vous et il consolera votre cœur ; mettez votre confiance en l'Éternel. Et si vous en rencontrez qui vous paraissent, autant que vous pouvez en juger (car Dieu seul sonde les cœurs), déjà en possession de ce qu'ils avaient espéré, déjà perfectionnés dans l'amour, loin d'être jaloux de la grâce que Dieu leur a accordée, réjouissez-vous-en et que votre cœur y trouve de la consolation. Glorifiez Dieu à leur sujet. « Quand un membre est honoré, tous les autres membres n'en ont-ils pas la joie ? (1Co 12 : 26) » Au lieu d'éprouver de l'envie ou de vous laisser aller à des pensées de méfiance à leur égard, bénissez Dieu pour cet encouragement. Réjouissez-vous de ce que Dieu vous donne là une nouvelle preuve de la fidélité avec laquelle il accomplit toutes ses promesses. Et faites d'autant plus d'efforts « pour parvenir à ce pourquoi Jésus Christ vous a pris à lui (Phi 3 : 12 – d'après la version anglaise » Pour qu'il en soit ainsi, rachetez le temps. Profitez du moment présent. Saisissez toutes les occasions d'avancer dans la grâce et de faire du bien. Que la pensée que vous pourrez recevoir plus de grâces demain, ne vous fasse pas négliger celles d'aujourd'hui. Vous avez actuellement un talent ; si vous espérez en obtenir cinq, raison de plus pour que vous fassiez valoir celui que vous avez. Plus vous comptez recevoir du Seigneur plus vous devez travailler pour lui dès maintenant. A chaque jour suffit sa grâce. Dieu répand sur vous ses bienfaits en ce moment ; en ce moment donc montrez-vous économe fidèle des grâces accordées par le Seigneur aujourd'hui. Quel que puisse être demain, il faut qu'aujourd'hui vous « apportiez tous vos soins à ajouter à votre foi le courage, la tempérance, la patience, l'amour fraternel (2Pi 1 : 5-7) », et la crainte de Dieu, jusqu'au jour où vous arriverez à l'amour pur et parfait. « Que ces choses soient en vous et qu'elles y abondent (2Pi 1 : 8) » dés aujourd'hui. Ne soyez aujourd'hui ni paresseux ni stérile. « Et, par ce moyen, l'entrée au royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera pleinement accordée ( (2Pi 1 : 11) ». En dernier lieu, si par le passé vous avez abusé de cette glorieuse espérance d'être un jour saint comme lui est saint, n'allez pas la rejeter loin de vous pour cela. Que l'abus cesse, et que l'usage soit maintenu. Oui, usez-en aujourd'hui pour la plus grande gloire de Dieu et pour le bien de votre propre âme. Dans une foi inébranlable, dans une parfaite sérénité d'âme, dans la pleine assurance que donne l'espérance, étant toujours joyeux à cause de ce que Dieu a déjà fait, marchez vers la perfection. Et ; croissant de jour en jour dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ, allant de force en force, dans la résignation, dans la patience, dans une humble reconnaissance pour ce que vous avez obtenu et pour ce que vous obtiendrez encore, courez. « la course qui vous est proposée, regardant à Jésus (Heb 12 : 1,2) », jusqu'à ce qu'enfin, par l'amour parfait, vous entriez dans sa gloire !

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