LES DONS SPIRITUELS (Donald GEE) CHAPITRE 9, 10, 11, 12 et FIN

12:43Ministere MotsdeDieu

CHAPITRE IX Comment obtenir les dons spirituels. Qu'on ne se méprenne pas : les dons du Saint-Esprit ne peuvent pas être obtenus par un effort de l'homme ; quoi que nous puissions dire dans le présent chapitre, ils seront toujours DES DONS. Qu'on n'oublie pas non plus, en étudiant ce chapitre, tout ce qui a été dit dans le précédent. Ce sont des dons au sens le plus réel et le plus ordinaire du mot ; le mot grec qui les désigne (charismata) vient de la même racine que le mot que nous traduisons par grâce, faveur, bonté ; c'est le même mot qui revient dans l'expression : le DON de la vie éternelle. (Romains 6:23). Rien ici ne suggère l'idée d'acquisition, ou celle de mérite ; il s'agit de présents faits par amour, comme les présents d'Eliézer à Rébecca (Genèse 24:53). Cette image convient bien ici : tout comme ces dons d'un fiancé à sa fiancée, les dons de l'Esprit ne sont pour l'épouse du Christ qu'un gage, en attendant la plénitude de ses richesses, dont l'Eglise jouira plus tard. Combien précieux de pareils dons pour le croyant Le point de départ. On demande si souvent : « Comment puis-je obtenir les dons ? » que nous prendrons la question telle qu'on la pose ; nous essaierons d'y répondre en étudiant les Ecritures. Au point de départ, saisissons bien ce qu'implique la notion de dons de l'Esprit. Cela veut dire qu'ils sont en rapport direct avec le Saint-Esprit ; le Nouveau Testament ne nous les présente jamais chez des hommes qui ne seraient pas, et convertis à Jésus-Christ, et remplis du Saint-Esprit. Ils jaillissent de l'expérience personnelle du baptême de Pentecôte (Actes 2:4), ils sont la suite normale et une manifestation de cette expérience. Si nous suivons le Nouveau Testament, nous comprendrons qu'il y a une relation intime et essentielle entre le baptême du Saint-Esprit et les dons spirituels ; le baptême et les dons font partie de l'expérience chrétienne normale et authentique. La prière pour recevoir de nouveaux dons. Quand le croyant a reçu un don, il peut et doit en désirer certains autres. Ainsi il est dit à celui qui a le don des langues de prier pour avoir le don d'interprétation (I Cor. 14:13). Des expressions plus fortes encore se lisent ici : « Aspirez au don de prophétie. » (14:39). Il est donc clair que le Seigneur veut que nous possédions des dons spirituels, et que nous en désirions, parmi ceux que nous ne possédons pas encore. Un tel désir lui est parfaitement agréable. Ne pas désirer les dons spirituels, c'est mépriser une grâce, et c'est désobéir à la Parole. On n'a pas le droit de s'excuser en disant, comme plusieurs le font, qu'on recherche l'amour, le plus grand des dons : car l'amour n'est pas le moins du monde un don spirituel, c'est un fruit de l'Esprit. Il nous est dit très distinctement de rechercher l'amour, et d'ASPIRER aussi aux dons spirituels. (I Cor. 14:1). Les deux choses ne se séparent pas, ni ne s'opposent ; elles résument à elles deux toute l'ambition du chrétien. Le point de vue divin. Dieu est parfaitement souverain dans l'attribution des dons. Le Saint-Esprit les répartit « COMME IL VEUT. » (I Cor. 12:11). Notez encore les expressions : « comme il a voulu » (v. 18) et « DIEU a établi » (v. 28). Il n'y a donc place pour aucun sentiment de jalousie quand il s'agit des dons spirituels ; ils diffèrent « selon la grâce qui nous a été accordée (Romains 12:6) » ; ceux qui possèdent les dons les meilleurs ou les plus apparents ne doivent pas s'enorgueillir, mais revêtir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que DIEU a départie à chacun. » (v. 3). A lui seul la gloire. S'il n'y a pas place pour l'orgueil, il y a place pour l'adoration ; car sur toute manifestation d'un vrai don de l'Esprit on pourrait écrire : « C'est ici le doigt de Dieu » ; la faiblesse et l'imperfection naturelles de l'homme n'en font que mieux ressortir la grâce souveraine du Donateur. Il y a, notons-le maintenant, un moment où les hommes peuvent devenir les instruments, par lesquels s'exprime la souveraineté divine. C'est ce que montre le cas de Timothée ; deux fois Paul parle de son don spirituel comme ayant été conféré par l'imposition des mains (I Tim. 4:14 et II Tim. 1:6). Il rappelle à Timothée les circonstances solennelles dans lesquelles les anciens lui imposèrent les mains ; Paul était probablement du nombre, et il s'agit sans doute de sa consécration au ministère avant le départ de Lystre (Actes 16). On voit aussi que l'un des anciens dût recevoir une prophétie révélant par l'Esprit la nature du don qui était conféré au jeune homme. Il n'y a là rien de contraire à la souveraineté de Dieu dans l'attribution des dons spirituels ; au contraire cela s'accorde avec l'ensemble de la Révélation, qui nous montre que le Tout-Puissant consent à travailler par le moyen des hommes, et en collaboration avec eux. Ne croyez jamais que par l'imposition des mains, les hommes ont en leur pouvoir, et au gré de leur volonté, l'attribution des dons. Ce rite si beau et si approprié n'a d'efficacité que dans la mesure où ceux qui le pratiquent sont dans la volonté de Dieu et remplis du Saint-Esprit. Mais ce rite est parfaitement conforme à l'Ecriture, et nous faisons bien de nous y soumettre, en nous adressant à des frères vraiment pieux lorsque nous recherchons des bénédictions ou des dons spirituels. Ayons confiance : le Seigneur fera honneur aux méthodes qu'il a lui-même instituées. Le point de vue humain. Dieu est souverain dans l'attribution des dons spirituels. Cette souveraineté s'exprime par la remise directe des dons sans intervention humaine, ou bien par leur remise au moyen de l'imposition des mains. Nous voulons chercher maintenant s'il y a, de la part de l'homme, telle action ou telle attitude qui puisse concourir à la réalisation du plan de Dieu, ou au contraire l'entraver. Nous suggérons ce qui suit. a) UNE VIE CONSACRÉE. Par là nous entendons une soumission absolue à la volonté de Dieu, telle qu'elle s'affirme souverainement dans les paroles : « Comme il le veut. » Je dois être prêt à recevoir n'importe quel don, selon ce que le Seigneur le veut pour moi. Il est tout naturel, par exemple, de désirer les dons de guérison ; et nous avons souvent rencontré des croyants qui ne veulent absolument pas avoir le don des langues. En réalité il faut avoir une attitude de complète soumission. Dieu seul sait quel don chaque croyant est à même d'exercer pour la gloire de son nom ; et Dieu seul sait quel don est le mieux adapté à la situation spirituelle de chacun de ses enfants. Il est aisé de voir qu'il y a des dons qui feraient beaucoup de mal à l'individu et à l'Eglise, s'ils étaient donnés là où il n'y a pas un degré avancé de sanctification. Inversement la pratique même de certains dons peut contribuer à la sanctification du caractère ; ainsi la guérison peut développer la compassion, le discernement des esprits peut porter à la vigilance, le parler en langues peut rabaisser l'orgueil intellectuel. b) LA PRIÈRE. La souveraineté de Dieu n'enlève à la prière ni sa raison d'être ni sa puissance ; et, en ce qui concerne les dons spirituels, la Parole exhorte le croyant à les demander par la prière. Il est parfaitement légitime de désirer ardemment certains dons, pourvu que l'on garde une attitude de soumission. Un tel désir nous est même recommandé en des termes très forts : « Aspirez aux dons spirituels », (I Cor. 14:1), c’est-à-dire : ayez une forte ambition... Aucune expression ne saurait être plus énergique. « Portez-vous de tout cœur au don de prophétie ». (I Cor. 14:39). « Celui qui parle en langues doit prier pour avoir le don d'interpréter » (I Cor. 14:13). Toutes ces expressions montrent qu'il ne s'agit pas de rester assis les bras croisés, pour attendre vaguement ce qui pourrait se présenter. II faut qu'il y ait un désir réel et profond qui vienne s'unir à la souveraineté divine. Ne refusons pas de nourrir dans notre vie chrétienne une ambition réellement sainte : c'est Dieu lui-même qui l'implante dans l'âme par sa grâce. Dieu ne se joue jamais d'un cœur sincère ; le désir même qu'il inspire est déjà comme une promesse qu'il réalisera pleinement un jour, comme et où il voudra. c) LA FOI. C'est la condition qu'on a tendance à ne pas comprendre quand on cherche, ou que l'on pratique les dons spirituels. Notre expérience nous porterait à dire que ce qui empêche, plus que tout le reste, les croyants de pratiquer les dons spirituels, c'est l'incrédulité. Remarquez cependant le passage Romains 12 :3-6. Paul dit que la pratique d'un don vient de la foi, et dépend de la mesure de la foi. En toutes choses, le Seigneur fait de ma foi la condition de la communication en moi de sa vie et de sa puissance divines. Rien ne disqualifie autant l'homme pour le service du Maître que l'incrédulité. Ce n'est pas la prière qui sauve le malade, c'est la prière de la foi (Jacques, 5). Nul incident n'illustre mieux ce principe que Matthieu 14:28-30 : Pierre marchant sur les eaux. Les yeux fixés sur Jésus, il avançait ; quand il les détourna, il commença d'enfoncer. Ainsi en est-il pour les dons spirituels : si l'on fixe les yeux de l'esprit sur le Seigneur, on les pratique librement ; qu'on détourne les yeux, l'échec est là. Quelle erreur de croire que dans l'exercice des dons spirituels, le croyant est contraint par le Saint-Esprit, en dépit de sa volonté ! Il n'en est jamais ainsi quand c'est Dieu qui inspire les paroles ou les actes. Il ne touche jamais à la liberté de la volonté humaine. La manifestation de l'Esprit peut être par nous « éteinte » ; inversement on peut céder si promptement et si intelligemment aux influences du Saint-Esprit qu'on assistera à la manifestation immédiate et très belle de n'importe quel don. Tel doit être notre but, et il montrera Dieu et l'homme s'unissant en un seul, non pas un esclave manoeuvré par un maître. Les dons spirituels en sommeil. Les dons spirituels peuvent résider dans le croyant, et cependant rester comme en sommeil, sans se manifester. Timothée courait ce danger. Paul l'exhorte à ne pas négliger le don qui était en lui (I Timothée 4:14) ; une autrefois il lui donne un ordre encore plus précis : « réveille » ou « ranime » le don (II Tim. 1:6). Ces passages donnent à penser que beaucoup de croyants n'ont pas tant à prier pour recevoir des dons, qu'à veiller à la pratique de ceux qu'ils possèdent déjà. Dans ce cas, il ne sert à rien de rejeter la responsabilité sur le Seigneur, comme s'il n'avait pas accordé le don, ou comme s'iI l'avait retiré. C'est au croyant qu'il appartient de ranimer le don qui est en lui, chaque fois que le Saint-Esprit vient le visiter, et cherche à remettre en opération la manifestation trop négligée de sa présence. Avec quelle fermeté les conseils que Paul donne à Timothée mettent-ils en lumière la responsabilité de l'homme dans la pratique des dons de l'Esprit. Tout se passe comme si Dieu s'était réservé la souveraineté dans l'attribution des dons, et avait ensuite laissé l'homme souverain pour ce qui concerne la liberté et l'utilité de leur manifestation. Tout l'enseignement de I Cor. 14 présuppose le même principe. Si le croyant acquiert la conviction qu'il n'est pas libre de se servir du don qu'il a reçu dans le passé, le remède est évidemment à chercher dans la repentance, dans un retour à la plénitude de la communion par le Saint-Esprit, et dans un effort de volonté pour ranimer le don négligé. Si on ne le fait pas, on s'appauvrit soi-même, on appauvrit l'Eglise, on voile pour sa part la gloire de Dieu. Rien n'est plus important dans le rétablissement d'un christianisme conforme au Nouveau Testament que la réapparition de tous les dons surnaturels du Saint-Esprit. Les restaurer en partie seulement, c'est se condamner à une constante faiblesse, nous dirons presque que c'est courir un danger. L'Eglise doit prier sans cesse et désirer ardemment la manifestation de tous les dons sans exception, et ceux des dons qui ont déjà été reçus doivent être jalousement conservés en pleine activité. Une croyance théorique ou doctrinale ne peut pas tenir lieu d'une opération réelle. Il faut que nous ayons LES DONS eux-mêmes. Grâces à Dieu, la souveraineté divine s'accorde avec la bienveillance divine. Le Nouveau Testament nous fournit d'amples raisons de croire que le Seigneur est disposé à accorder TOUS les dons de son Esprit, comme au commencement, les distribuant à chacun en particulier comme il le veut. « Seigneur, nous croyons ! ». -------------------------------------------------------------------------------- CHAPITRE X Les abus causes et remèdes. C'est un beau rêve que celui des personnes qui s'imaginent qu'avec les dons spirituels, tout est parfait, sans danger d'excès ou d'erreur. Il faut avoir lu le Nouveau Testament avec bien peu de soin pour entretenir une pareille idée. Malheureusement, elle peut avoir des conséquences sérieuses. Ceux qui ont des préjugés contre les dons, se hâtent d'étiqueter « contrefaçon » la plus légère erreur, et en profitent pour tout condamner. Ceux qui se réjouissent des dons, prétendent se soustraire à l'enseignement et à la correction ; ils considèrent leurs expériences comme infaillibles. Le Nouveau Testament parle d'imperfections. Le Nouveau Testament révèle sans aucun doute possible que l'exercice des dons spirituels peut être imparfait. C'est parce que les Corinthiens employaient mal certains dons de l’Esprit que Paul traita la question dans les Chapitres 12, 13 et 14 de sa première épître. Remarquez bien qu'il ne met jamais en doute l'authenticité de leurs dons. Pas une ligne ne suggère la pensée qu'ils eussent, comme beaucoup nous en accusent aujourd'hui, des « contrefaçons » provenant des esprits malins. Les trois chapitres supposent d'un bout à l'autre que les corinthiens avaient des dons authentiques, mais s'en servaient mal. Il est donc établi sans contestation possible non seulement qu'il peut en être ainsi, mais que ce fut effectivement le cas dans l'Eglise primitive. Quelles sont les causes de ces abus ? Ils ne proviennent pas de l'Esprit de Dieu. Ils ne sont pas dans la nature des dons, lesquels proviennent directement du Seigneur et participent à sa perfection. Nous sommes obligés de reconnaître, et c'est exactement ce que l'Ecriture enseigne, que les imperfections dans l'usage des dons proviennent des « vases de terre », à travers lesquels ils se manifestent. C'est aussi une erreur pernicieuse de croire que le baptême du Saint-Esprit rend impossible tout péché subséquent, ou bien qu'il devrait en être ainsi, et que ceux qui possèdent et emploient des dons de l'Esprit le font en vertu de la parfaite sainteté qu'ils auraient acquise. Le fait est que, d'après le Nouveau Testament, plusieurs personnes très imparfaites ont possédé de merveilleux et authentiques dons du Saint-Esprit. Il faudrait citer les apôtres eux-mêmes si l'on cherchait des exemples de ce fait. La sainteté est indispensable à une manifestation des dons utile pour l'édification d'autrui, et nous ne voulons donner aucune prime au manque de sainteté ; mais ce que nous voulons établir, c'est qu'il est possible que des dons authentiques de l'Esprit soient mal employés, à cause de l'imperfection du croyant à qui ils ont été accordés. Exemples de quelques abus. Nous aurons à revenir à la question de principe ; mais, avant cela, cherchons des exemples d'abus constatés à Corinthe. Tout d'abord, le plus visible, on parlait trop en langues dans les réunions (I Cor. 14:23, 27, etc.) En second lieu on parlait en langues dans l'assemblée sans interpréter (v. 5, 9, etc.). Troisièmement, il semble que ceux qui exerçaient le don de prophétie prétendaient à une autorité infaillible, se croyaient autorisés à perdre la maîtrise d'eux‑mêmes et à se placer au-dessus du gouvernement de l'Eglise. Paul remédie à ces abus en donnant des ordres précis pour chaque cas. Ainsi, deux ou trois ou plus devaient parler en langues dans une seule et même réunion (v . 27) ;le parler en langues, à haute voix et en public, était interdit s'il n'y avait pas d'interprétation, et l'interprétation devait se faire avec ordre (v. 27, 28). L'apôtre rappelle sévèrement aux prophètes que leurs messages pouvaient et devaient être soumis au jugement des autres, que l'inspiration ne leur enlevait point la maîtrise d'eux-mêmes, et ne les autorisait point à mépriser l'autorité (v.. 29-32). N'allons pas croire que seuls ces dons soient susceptibles d'abus, ou que les abus mentionnés à leur sujet soient les seuls possibles. Par exemple il y a tout lieu de croire que l'église de Thessalonique allait à l'extrême opposé, et qu'elle supprimait ou méprisait l'inspiration (I Thess. 5:19-21). D'autres textes indiquent que la parole de connaissance risque d'enfler d'orgueil le croyant qui la reçoit (I Cor. 8:1 et 13:2) ; même le don de foi pouvait ne servir pratiquement à rien (I Cor. 13:2) faute d'amour. Avec un peu d'imagination, on se représente sans peine ce qui peut gâter les dons de guérison, et même tous les autres dons, et les détourner du but que Dieu leur assigne. La règle d'or. La pratique des dons spirituels est soumise à une règle d'or, I Cor. 14:26 : « QUE TOUT SE FASSE POUR L'ÉDIFICATION ». Il y a aussi un principe « d'or », seul capable de les rendre utiles, c'est le principe de l'amour, si clairement posé par I Cor. 13, chapitre, il faut s'en souvenir, qui a été écrit à propos des dons spirituels. Il suffirait de s'en tenir à cette règle, et à ce principe, pour éviter toute erreur possible dans l'emploi des dons de l'Esprit. Ainsi les gens de Corinthe n'auraient pas songé, à parler en langues plus que de raison, ou sans interprétation au cours des réunions, s'ils s'étaient préoccupés avant tout du profit spirituel du plus grand nombre. Il est vrai, Paul l'admet, que chacun s'édifiait soi-même (v. 4) ; mais l'amour veut que les autres aient part à l'édification (v. 17) ; de plus l'amour ne cherchera jamais son édification au risque de scandaliser les autres (v. 24). Qu'on nous permette une anecdote ; nous avons écrit cette étude à bord d'un transatlantique, et il nous est arrivé de remarquer que certaines personnes se mettaient au piano à n'importe quel moment, pour leur plaisir personnel, sans se préoccuper en aucune manière des désirs ou du bien-être des autres. D'autres, au contraire, ne perdaient jamais de vue ces considérations de convenance, ni la pensée du plaisir de tous les passagers. Un grand nombre d'abus, en matière de dons spirituels, proviennent purement et simplement de l'égoïsme, et ceci s'applique peut-être tout particulièrement au don des langues. Dans les réunions publiques et dans les assemblées d'église, celui qui a un don doit toujours penser avec amour aux autres, et il doit toujours se préoccuper du résultat, utile ou non, que peut avoir pour eux la manifestation du don. Il ne doit pas se comporter comme s'il était seul avec Dieu. Cette pensée est à la racine du dernier commandement de l'apôtre « Que tout se fasse avec bienséance et avec ordre » (v. 40) : non point l'ordre qui règne au cimetière, mais l'ordre d'un corps vivant, qui accomplit ses fonctions d'une manière aisée et utile pour tous. L'inspiration n'enlève jamais la maîtrise de soi. L'erreur des prophètes de Corinthe était beaucoup plus grave que celle des inspirés qui parlaient en langues ; elle pouvait avoir des conséquences beaucoup plus sérieuses ; c'est l'erreur même qui a fait avorter la plupart des mouvements d'inspiration. Sans reprendre ce qui a déjà été dit, rappelons que cette erreur revient, en son centre, à mettre sur le même plan l'inspiration des dons et l'inspiration infaillible des Ecritures. Mais, laissant de côté pour le moment cet aspect de la question, remarquons encore que les inspirés, quand ils parlaient, perdaient la maîtrise d'eux-mêmes, ne se croyaient plus responsables de leurs actes, et par suite prétendaient se soustraire à toute autorité dans l'assemblée. Cela est une grande erreur. Les malheureux qui sont possédés des démons peuvent être réduits à des états de frénésie ou de stupeur ; mais le Saint-Esprit n'agira jamais qu'avec la coopération de la volonté active et intelligente du croyant. Paul le suppose tout au long du Chapitre 14 de I Corinthiens. A quoi servirait-il de dire aux gens de garder le silence (v. 28), ou de se taire (v. 30), si le Saint-Esprit les privait de toute maîtrise d'eux-mêmes ; que signifierait une préférence comme celle qu'avoue Paul (j'aime mieux dire... v. 19) si l'Esprit de Dieu l'avait privé de tout choix en la matière ? Quand on reproche à certaines personnes les excès de leur conduite en matière de dons spirituels, elles s'excusent, en disant que « l'Esprit les a obligées » ou qu' « elles ne pouvaient s'empêcher de...». Ces excuses n'ont aucune valeur, elles trahissent seulement un grand manque de compréhension chez celui qui les présente. Le Saint-Esprit n'est pas divisé contre lui-même. Il est absurde de penser que Dieu agirait contre sa propre volonté, et que l'Esprit, après avoir commandé que tout se fasse avec ordre, obligerait les croyants au désordre ! Etudions avec soin la grande oeuvre du Saint-Esprit ; nous constatons qu'elle consiste en la sanctification du croyant, à qui il révèle le Christ ; et il convainc l'incroyant de péché en lui révélant également le Christ. L'Esprit de Dieu serait divisé contre lui-même si l'exercice des dons attirait l'attention sur le croyant plutôt que sur le Seigneur. Le Saint-Esprit ne peut provoquer des sentiments de peur ou de dégoût, en particulier dans le cœur d'un assistant qui commence d'avoir la conviction de son péché. Quand des incroyants sont présents, ceux qui exercent les dons spirituels doivent plus que jamais prendre garde d'être réellement animés par l'Esprit de Dieu. Le Saint-Esprit n'est pas non plus divisé contre lui-même en ce qui concerne l'autorité dans les assemblées. Si une réunion est entre les mains d'hommes que Dieu a appelés et qualifiés (en principe il doit en être ainsi pour toute réunion), Dieu fera connaître sa volonté par les hommes qu'il a désignés à l'avance, et il ne répandra pas un esprit d'anarchie ou de révolte, quelque tentant que cela puisse être pour les personnes remuantes. Dieu respecte l'autorité qu'il a lui-même instituée, même si les hommes cherchent parfois à la renverser ; et l'homme qui occupe une charge doit toujours être respecté à cause de sa charge, même si l'on peut constater en lui à certains moments les imperfections inévitables en tout ce qui est humain. Nous ne cherchons pas à défendre les ordonnances charnelles que certains hommes établissent pour enlever à l'Esprit sa suprématie : mais, même quand il a affaire à de tels hommes, le croyant réellement dirigé par l'Esprit de Dieu restera bienveillant et courtois ; et il se retirera (comme Paul autrefois se retirait des synagogues) si vraiment le témoignage de l'Esprit est étouffé à dessein. La grossièreté et le fanatisme n'ont jamais rendu aucun service à la cause de la vérité ; il ne faut pas confondre avec ces dernières, la déclaration calme et courageuse qui peut être requise parfois au sujet des croyances dont nous sommes absolument sûrs. Le vrai remède aux abus des dons spirituels. Le seul vrai remède, c'est la croissance dans la grâce. Nous pensons à une pancarte que nous avons vue un jour dans les jardins d'une ville d'eaux aristocratique du sud de l'Angleterre : « Les ladies et les gentlemen (1) ne voudront certainement pas, et les autres personnes ne doivent pas, cueillir les fleurs ». Le Seigneur veut que nous soyons tous, dans le domaine spirituel, des ladies et des gentlemen. (1° C'est-à-dire les dames et les messieurs bien élevés. (Trad.) Il peut y avoir une première période où le croyant est semblable à un enfant ; il doit apprendre le bon usage des dons spirituels en obéissant à ceux qui ont autorité, qu'il comprenne ou non les raisons de leurs injonctions. Mais s'il y a une vraie croissance dans la grâce, ce stade est vite dépassé, et les dons seront employés comme il faut, instinctivement, pour ainsi dire. Paul exprime ainsi cette pensée : « Frères, ne soyez pas -des enfants sous le rapport du jugement ; ...à l'égard du jugement (sous-entendu : en ce qui concerne les dons spirituels), soyez des hommes faits (I Cor. 14:20). Je ne veux pas que vous soyez dans l'ignorance (1Co 12:1) ». Par conséquent, si la première chose à avoir pour bien se servir des dons spirituels, c'est un cœur qui soit bon, parce que rempli de l'amour divin, la seconde chose nécessaire est un esprit qui soit intelligent, parce qu'éclairé par la lumière divine. Toutefois l'intelligence requise pour les dons spirituels et leur emploi, que Paul recommande si fortement, est fondée après tout sur ce qu'on peut appeler un bon sens sanctifié : c'est ce qui ressort de sa brusque question : « Ne diront-ils pas que vous êtes fous ? » (I Cor. 14:23), et des comparaisons familières qu'il tire des instruments de musique (v. 7-11). Pour comprendre comment se servir correctement même d'un don aussi mystérieux que le parler en langues, point n'est besoin d'une révélation spéciale, ni même d'une étude bien poussée des Ecritures ; il suffit d'appliquer des principes tout ordinaires de convenances et de tact ! La question se ramène en fin de compte à cette considération toute simple. Pour conclure, souvenons-nous que les instructions données à l'église de Corinthe, tout en étant destinées par Dieu à l'Eglise de tous les siècles, ont pour origine les désordres qui s'étaient produits dans un endroit déterminé. Ils ne correspondent pas à l'état normal d'une église ou d'un croyant spirituellement sains. L'esprit de l'homme est à la racine de ces désordres, quand il veut s'affirmer au lieu de s'effacer. Le seul remède se trouve auprès de la Croix, et sur la Croix. La pratique des dons spirituels est portée à son point de perfection quand le Saint-Esprit est vraiment le maître de l'être entier, esprit, âme et corps. Le chrétien peut alors dire avec le cantique : « Pour moi, être libre, c'est me soumettre à ta volonté », et les assistants sont forcés de reconnaître qu'il est réellement « rempli du Saint-Esprit ». Tout ce qui arrivera, en de telles conditions, sera de bon aloi. -------------------------------------------------------------------------------- CHAPITRE XI Examen de quelques difficultés. L'expérience nous a montré que, lorsque les croyants possèdent des dons spirituels, il se présente certaines difficultés. Nous nous proposons de les examiner loyalement dans le présent chapitre. Que le lecteur nous accorde son indulgence ! Il est légitime que tous ne soient pas ici du même avis. Nous voulons traiter ces matières selon la mesure de lumière que Dieu nous a accordée. Certes, nous essaierons de répondre à chaque question par le moyen des Ecritures ; l'autorité de la Parole de Dieu est notre recours suprême. Mettez la Bible de côté, inventez des théories : si plausibles qu'elles soient vous vous égarerez. Obéir aux Ecritures n'est jamais un esclavage ; et l'on n'a pas de vraie liberté quand on le rejette. L'expérience chrétienne, et l'histoire de l'Eglise illustrent ce principe d'une manière convaincante : « la Loi et au Témoignage ! ». La plupart des difficultés pratiques qui naissent à l'usage des dons spirituels concernent les dons de prophétie, des langues, ou d'interprétation ; c'est une matière qui paraît tellement étrange à la plupart des chrétiens de nos jours. C'est avec regret que nous le constatons. Dieu veuille hâter le jour où nous serons aussi familiers avec ces choses que l'étaient les chrétiens du premier siècle. Les questions que l'on nous pose le plus fréquemment sont les suivantes : 1. — I Cor. 12:30 : « Tous parlent-ils en langues ? ». Comment conciliez-vous avec ce verset la doctrine selon laquelle tout croyant parle en langues quand il reçoit le baptême du Saint-Esprit ? (1). Il n'est pas conforme à l'Ecriture de dire que tous les chrétiens remplis de l'Esprit doivent posséder le DON des langues. Paul enseigne clairement dans I Cor. 12 que les uns ont un don, les autres un autre. Toutefois, l'Esprit peut produire, à l'occasion, chez un croyant baptisé de feu, une manifestation de n'importe quel genre, sans que celle-ci constitue un don permanent et reconnu comme tel. Ainsi Paul dit : « Vous pouvez tous prophétiser successivement » (14:31) cependant tous ne sont pas prophètes au sens officiel de Ephésiens 4:11. Tous les croyants peuvent se mettre au bénéfice de la parole : « Ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris » (Marc 16:18) ; cependant tous n'ont pas les dons de guérison. Il en est de même du don des langues. De toute évidence, tous parlèrent en langues le jour de la Pentecôte (Actes 2:4) ; dans la maison de Corneille, TOUS parlèrent en langues lorsque l'Esprit descendit (Actes 10:44-46). Il ne s'agit pas ici du DON des langues, conféré d'une manière permanente à certains membres du corps de Christ (I Cor. 12:10, 30), mais d'une manifestation de l'Esprit qui laissait ainsi connaître qu'il était descendu sur ces croyants. Dans I Cor. 12:30, ne l'oublions pas, l'apôtre ne traite pas de l'expérience initiale du Baptême de l'Esprit, mais des dons conférés d'une manière permanente. La règle donnée dans I Cor. 14:27 ne s'applique certainement pas dans les circonstances que relatent Actes 2:4, 10:44 et 19:6. (1) La réponse à cette première question est la traduction d'un texte inédit, que M. Donald Gee se propose de substituer dans les éditions anglaises ultérieures, à celui qu'on trouve dans la 2°édition. 2.— I Cor. 14:27 : « Que deux ou trois au plus parlent ». S'agit-il du nombre de ceux qui peuvent parler ? ou du nombre de messages ? ou du nombre de parties qu'on peut distinguer dans un seul message en langues ? Le contexte montre clairement qu'il s'agit du nombre de ceux qui peuvent parler dans une seule et même réunion. Dans la fin du verset, il est dit : « Qu'un seul interprète » (évidemment une seule PERSONNE) ; au v. 29, on lit : « pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent » (c'est-à-dire deux ou trois PERSONNES). Donc il est clair que « deux ou trois, et chacun à son tour », s'applique à des personnes ; sains quoi, on ne comprend plus ce passage. Cette interprétation du verset 27 est aussi en accord avec le sens général du chapitre ; évidemment l'apôtre ne veut pas que l'on parle beaucoup en langues dans les réunions publiques de l'église. Toute autre explication, quelque savante et sincère qu'elle soit, provient, nous le craignons, du désir de favoriser l'excès du parler en langues. Il est plus sûr de s'en tenir à l'Ecriture ; nous reconnaissons cependant que des réunions ont pu être puissantes et bénies bien qu'il y ait eu plus de trois messages en, langues. Peut-être le Seigneur insiste-t-il sur cette manifestation particulière de l'Esprit parce que nous sommes dans les derniers jours ? (I Cor. 14:21). Peut-être les messages donnés, en langues auraient-ils dû être donnés plutôt par prophétie pour celle-ci l'apôtre ne pose pas de limite (I Cor. 14:31). L'inspiration des messages viendrait vraiment du Seigneur, mais l'homme n'emploierait pas le don qu'il faut pour l'exprimer. Paul montre qu'il est possible de choisir le don que l'on emploiera dans telle circonstance donnée; (I Cor. 14:19). Les croyants feront bien de prêter attention à l'injonction du v. 39 : « Aspirez au don de prophétie ». Nous ne croyons pas qu'il faille faire de la règle « trois au plus » un esclavage ; mais nous croyons d'autre part qu'il est dangereux de s'écarter des principes enseignés dans ce chapitre. Il est toujours plus sûr d'être scripturaire. 3. — Est-il permis d'interrompre un prédicateur par un message en langues ? Il y a des prédicateurs du mouvement de Pentecôte qui émaillent leurs sermons de messages en langues qu'ils interprètent au fur et à mesure, avec beaucoup de puissance et d'onction. Cela est scripturaire (I Cor. 14:5), et il en est résulté souvent, à notre connaissance, de grandes bénédictions. En fait ces prédicateurs sont inspirés tout le temps qu'ils parlent, et la plus grande partie de leur prédication est une manifestation du don de prophétie. Nous comprenons qu'un membre de l'assemblée interrompe un tel prédicateur (d'après I Cor. 14:30) ; mais, sauf de rares exceptions, les interruptions ne sont pas de saison quand celui qui prêche possède la parole de sagesse ou la parole de connaissance. Une interruption en langues risque de briser l'élan du message, au détriment de l'orateur et des auditeurs. Ceux qui interrompent le prédicateur rempli de l'Esprit, le font parce qu'ils reçoivent un « témoignage intérieur » qui accueille la Parole. Ce témoignage n'est pas une raison suffisante pour interrompre. Loin de là. Ils craignent à tort d'éteindre l'Esprit en se taisant. Mais ils seraient plus utiles, s'ils s'employaient, sous l'action de l'Esprit qui agit en eux, à maintenir dans la réunion le sens de la puissance et de la présence de Dieu. La vapeur qui est dans la locomotive n'a pas pour but principal de faire fonctionner le sifflet, mais de faire avancer le convoi. « Que tout se fasse avec bienséance et avec ordre » (I Cor. 14:40) : ce principe s'applique ici. On ne peut pas prétendre que celui qui se met à interrompre un prédicateur réellement inspiré, obéit à cette règle. Nous avons remarqué, en pareil cas, que, une fois le message interprété, il ne dit rien de plus que ce que le prédicateur aurait dit lui-même dans le cours de son sermon, et il n'y a aucune raison de penser que les messages en langues soient plus inspirés que ceux qui Proviennent des autres dons. Parfois ils font plus d'impression ; c'est pourquoi, à certains moments, ils sont parfaitement à leur place. Le seul exemple que présente le Nouveau Testament d'une interruption en langues, est celle qui se produisit au cours de la prédication de Pierre chez Corneille (Actes 10:44). Il ne s'agit pas ici du don des langues, pratiqué dans l'Eglise. Les auditeurs recevaient le baptême du Saint-Esprit, avec un signe : ils se mirent à parler en langues pour la première fois de leur vie. Le jour de la Pentecôte, le parler en langues prit fin avant la prédication de Pierre, et rien n'indique que ce dernier fût interrompu. Dans les grandes réunions publiques, spécialement dans les réunions d'évangélisation, seuls des croyants très avancés peuvent se servir d'un don spirituel, quel qu'il soit. Le chapitre 14 de I Corinthiens montre quelles précautions toutes particulières doivent être prises quand des incroyants sont présents. 4. — Peut-on parler en langues dans une réunion en plein air ? « Les langues sont un signe pour les incroyants » (I Cor. 14:22) ; on a constaté des résultats merveilleux dans des réunions en plein air où la langue parlée par un inspiré a été reconnue par un auditeur. On nous a cité aussi des cas où des prédicateurs ont pu soudain parler en une langue inconnue d'eux jusqu'alors. Ces faits nous paraissent être plutôt des miracles que des manifestations ordinaires du don des langues. Jamais le Nouveau Testament ne montre le don des langues servant à la prédication. Le jour de la Pentecôte, le parler en langues eut lieu dans la Chambre Haute, et il cessa avant le début de la prédication (Actes 2:14). Tous les textes tendent à montrer que le don des langues a deux applications essentielles : a) la communion personnelle avec Dieu, I Cor. 14:2 ; b) l'édification de l'Eglise, quand il y a interprétation (v. 5). Donc à moins que le don ne soit transformé par l'Esprit en un signe (I Cor. 14:22), en règle générale, il n'a pas de place dans les réunions en plein air ou les réunions d'appel. Cette conclusion est, de plus, conforme au bon sens. 5. — Peut-on, dans une réunion, prier en langues ? S'agit-il d'une longue prière en une langue inconnue, les textes sont formels ; il faut répondre : non (I Cor. 14:14-17). Il n'en serait pas de même toutefois pour une exclamation soudaine, jaillissant d'une plénitude de l'Esprit qui dépasse les facultés ordinaires d'expression. Il n'en serait pas de même non plus pour de petites réunions semi privées. L'apôtre a en vue les réunions où « les hommes du peuple » sont présents. 6. — Comment intervenir quand des abus sont constatés ? On donnera à l'église assemblée les enseignements appropriés (I Cor. 12:1); on aura des conversations particulières avec ceux qui ont erré ; on aura recours à la prière, et celui qui dirige l'assemblée devra garder un contact si vivant avec Dieu qu'il saura faire prévaloir une atmosphère de victoire ; enfin ceux qu'on reconnaît comme chefs devront donner l'exemple d'un bon emploi des dons spirituels. Il ne faut recourir qu'en dernier ressort à une réprimande publique ; encore faut-il qu'il y ait urgence. Il faut ici le plus grand tact. On attriste et l'on éteint facilement l'Esprit ; une assemblée locale, ou une réunion plus générale (1) .peuvent facilement être paralysées par des réprimandes qui ne sont pas absolument selon l'Esprit. Il faut, pour s'occuper de ces choses, des hommes d'expérience, ayant de l'habileté et de la sagesse. Quelquefois un peu de désordre accompagnant l'action du Seigneur vaut mieux que l'ordre du cimetière et de la mort. (1) L'auteur pense aux grandes assemblées qui se concentrent périodiquement en des points donnés, et qui sont courantes en Angleterre sous le nom de « conventions ». (Trad.). 7. — L'interprétation doit elle ressembler exactement au message en langues ? Oui, en règle générale. Nous croyons à la réalité du don d'interprétation des langues, qui peut être contrôlé par n'importe quel assistant ayant une connaissance naturelle de la langue parlée. Il y a certains dialectes barbares qui disposent de très peu de sons, du moins au jugement d'une oreille non accoutumée Il arrive donc que l'interprétation présente une plus grande richesse de sons que le message en langue. II ne faut pas oublier que l'interprétation est un don de l'Esprit ; elle n'est pas comparable en tous points à la traduction naturelle d'une langue étrangère. La révélation peut être donnée d'une façon plus complète à l'interprète ; dans ce cas le message de l'interprète pourra être plus plein et plus riche de toute manière, également plus long. 8. — Faut-il chercher les directions divines par le moyen du don de prophétie ? Non, car ce serait revenir en arrière vers l'Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament, nous ne voyons pas un seul cas où les individus ou les églises aient cherché les directions divines, une révélation de la volonté d'En-haut en recourant à un prophète ou au don de prophétie. Cela est décisif. Il arrive que le Seigneur décide de dévoiler l'avenir, ou de faire connaître sa volonté par une prophétie (exemple, Actes .11:28 ; 21:11) ; mais il n'y a rien là qui permette d'échafauder un système de direction divine par le moyen des prophètes. Jamais les prophètes du Nouveau Testament n'ont demandé ces révélations ; elles ont été données spontanément. Si l'on interroge le Seigneur par l'intermédiaire des prophètes, on prive les croyants du privilège qui est le leur, dans l'économie présente, où les fils de Dieu sont personnellement conduits par l'Esprit de Dieu (Rom. 8:14). Point n'est besoin d'un prêtre ni d'un prophète entre le chrétien et Dieu. Nous soumettre à un tel système, ce serait vendre notre droit d'aînesse. Dieu nous en préserve ! Il est déplorable que de tels systèmes soient imposés aux personnes ignorantes, à qui on les présente comme des révélations plus complètes, etc. Toutes ces erreurs sont vite reconnues à la lumière de la Parole de Dieu. Nous rejetons donc complètement les pratiques par lesquelles on chercherait auprès des prophètes des directions soi-disant divines, spécialement si on les incorpore dans un système de gouvernement ecclésiastique. Cependant nous devons laisser à Dieu toute liberté de nous guider comme il le veut ; et il n'y a pas de raison pour que la lumière ne vienne pas, de temps à autre, par le moyen des dons de l'Esprit. Il faut « éprouver » soigneusement les directions de cette nature (I Thess. 5:19-21), et les contrôler avant d'agir, par les autres moyens que nous avons de connaître la volonté divine. Faute de ces précautions, plusieurs ont commis de graves erreurs. Il est aisé de surajouter à un message authentique du Seigneur, une conclusion erronée qui ne vient que de nous-mêmes. 9. — Y a-t-il une différence entre le don de prophétie et la charge de prophète ? L'esprit de prophétie peut, de temps à autre, saisir une assemblée entière (Apoc. 19:10 ; I Cor. 14:24, 31), et tout croyant rempli de l'Esprit peut à l'occasion prophétiser (c'est-à-dire donner un message inspiré). Mais tous sont-ils prophètes ? (I Cor. 12:29). Certainement non. Les prophètes constituaient un groupe défini (I Cor. 14:29-32) ; ils pratiquaient régulièrement le don spirituel de prophétie dans les assemblées (Rom 12:6 ; I. Cor. 12:10). On parle des prophètes dans les passages suivants : Actes 11:28 ; 13:1 ; 15:32 ; 21:10. L'Eglise attachait un grand prix à leurs messages inspirés ; c'est pourquoi nous voyons la charge de prophète mentionnée tout de suite après celle d'apôtre (I Cor. 12:28, Ephés. 4:11). Leur droit à une charge dans l'Eglise était de même nature que celui des autres personnes en charge : il avait pour fondement un ministère spécial donné par Dieu et reconnu par tous. En ce sens Dieu a établi ( I Cor. 12:28) les différentes charges dans l'Eglise. Aujourd'hui nous n'avons pas l'habitude de donner le nom de prophètes à ceux qui se servent régulièrement du don de prophétie dans leur ministère ; aussi quelques personnes pensent-elles que nous n'avons plus de prophètes. C'est une erreur. Ce n'est pas le titre qui crée la charge et l'établit dans l'Eglise : c'est le ministère reçu de Dieu ; peu importent les noms donnés au ministre. La charge ne consiste pas dans le nom, mais dans la puissance. Il n'est pas conforme à l'Ecriture d'appeler certaines personnes « prophètes établis » et de les distinguer des autres, qui cependant exercent régulièrement le même ministère dans les assemblées. Tous sont également « établis » et tous sont prophètes, du moment qu'ils exercent un ministère utile, de la part du Seigneur. La charge de « prophète établi » n'a aucun fondement dans le Nouveau Testament ; nous craignons que la création de telles charges ne provienne parfois d'une forme subtile de cléricalisme et du désir de dominer sur l'Eglise de Dieu. C'est le principe du papisme, et nous croyons devoir lui résister de toute notre force. D'autres questions encore se posent, partout où Dieu répand son Esprit, comme une pluie de l'arrière-saison. Nous ne pouvons pas nous y étendre davantage ici. Beaucoup de questions se sont du reste trouvées résolues en passant, au cours de ces études. La règle d'or, la règle unique, est d'examiner chaque problème à la lumière de la Parole écrite de Dieu, et de se soumettre à son verdict. Quelque attrayante que puisse paraître au premier abord une dérogation aux règles scripturaires, elle ne peut être que terriblement dangereuse. Pour aller de progrès en progrès, il faut garder sa fidèle Parole. Nous croyons que la Bible contient toute la lumière nécessaire à l'Eglise de tous les siècles, sur tous les sujets possibles ; si telle solution n'est pas directement énoncée, du moins elle se déduira des principes généraux de la Bible. Nous appliquons en particulier ces affirmations sans hésiter, en ce qui concerne les dons spirituels. -------------------------------------------------------------------------------- CHAPITRE XII Conclusion. Nous voulons, pour conclure, présenter quelques considérations qui, avec la grâce de Dieu, nous permettront de comprendre la question d'une manière plus parfaite et de pénétrer plus complètement dans la volonté divine. Nous proposons trois sortes de considérations : un regard tourné vers le dedans (point de vue analytique) ; un regard en haut (point de vue de la piété) ; un regard au dehors (point de vue pratique). 1. — Un regard au dedans (point de vue analytique) Ici nous essayons de sonder les dons eux-mêmes, avec le respect qui s'impose dès que l'on tente d'analyser les opérations de l'Esprit de Dieu. Prenons garde à la manière dont nous regardons dans l'Arche Sainte ; néanmoins une telle étude a sa raison d'être ; elle est même indispensable, à notre sens, pour ceux qui sont appelés à être docteurs ou conducteurs d'âmes. Cette étude n'est pas sans dangers. Il faut se souvenir que, pour le moment, « nous connaissons en partie » seulement, et nous devons nous comporter avec humilité à l'égard des mystères de Dieu. Le point essentiel dans l'analyse des dons est l'INSPIRATION. Si l’on enlevait ce trait d’un tableau des dons de l’Esprit, on les affaiblirait au delà de toute mesure au point de les rendre méconnaissables. Tous les fondamentalistes (Autre nom des protestants orthodoxes, par opposition aux modernistes, dans les pays anglo-saxons.) admettent d'une manière à peu près unanime l'élément surnaturel, c'est-à-dire l'élément d'inspiration, des dons spirituels de l'Eglise primitive, au moins en ce qui concerne les guérisons, les miracles, la prophétie, ou les langues. La logique exige, croyons-nous, que l'on étende, comme nous l'avons fait, cet élément surnaturel à la totalité des dons. C'est la seule manière d'interpréter ce qu'en dit le Nouveau Testament, la seule qui rende justice aux dons. Il faut maintenir jalousement cette conception de l'inspiration, sans quoi tout exercice des dons spirituels perdra vite son efficacité et sa puissance. La notion d'inspiration doit être clairement définie, et avec mesure, afin qu'elle ne devienne pas la source du fanatisme le plus extravagant. Qu'est-ce que l'inspiration ? La plupart d'entre nous ne peuvent donner qu'une définition vague. On parle souvent d'inspiration en poésie, en musique, en peinture, etc. Le dictionnaire définit un état d'inspiration « un état où l'on subit l'instruction ou l'influence d'une puissance supérieure. » Cela implique que l'on est conduit par quelque puissance extérieure à sa propre personnalité. Malheureusement, de nos jours, dans le peuple, on se tourne beaucoup vers le spiritisme pour trouver une telle inspiration : inspiration conforme à la définition du dictionnaire sans doute, mais la puissance supérieure qui est à l'oeuvre, est, nous le craignons, démoniaque. Le préjugé et la crainte ne doivent pas cependant nous empêcher de voir qu'il est possible que les croyants remplis du Saint-Esprit soient authentiquement inspirés, et conduits par l'Esprit de Dieu, conformément aux Ecritures. La Bible, parlant de cette inspiration, dit que « les saints hommes de Dieu ont parlé, (poussés par le Saint-Esprit. » (II Pierre 1:21). Nous ne prétendons pas, hâtons-nous de le dire, qu'il puisse y avoir de nos jours une inspiration infaillible ; nous croyons que, sous ce rapport, l'inspiration a cessé depuis l'achèvement du canon. Mais nous croyons que l'inspiration doit continuer à travers toute l'économie présente, en l'entendant au sens où les dons spirituels de l'Eglise primitive étaient inspirés. Nous avons déjà dit que ces dons n'étaient pas regardés, même alors, comme infaillibles, et c'est une erreur de croire qu'aux temps apostoliques ils auraient été placés au même rang que les Ecritures. Une fois reconnu en principe que deux personnalités sont à l'oeuvre dans l'inspiration qui se manifeste par le moyen des dons, la personnalité du croyant, et celle du Saint-Esprit, on peut comprendre beaucoup plus clairement les textes qui les concernent, et résoudre beaucoup plus facilement les problèmes pratiques qu'ils soulèvent. Presque toutes les difficultés viennent de ce que l'on n'a pas reconnu ou admis ce principe. Quelques-uns n'ont voulu voir que le côté divin, et se sont imaginés que la personnalité humaine était anéantie durant l'exercice des dons spirituels : ils se trouvent très embarrassés par les instructions de I Cor. 14, qui supposent que le croyant dispose du don à volonté. Dès qu'une imperfection apparaît, dès que la personnalité de l'individu entre en jeu, ils ne voient plus que le côté humain, et prétendent rejeter le tout. Cela n'a pas plus de bon sens que l'attitude opposée qui veut faire passer toute extravagance comme venant de l'Esprit de Dieu. L'exercice idéal du don spirituel a lieu quand le croyant est tout entier dirigé par le Saint-Esprit. Dans ces conditions le don est « selon l'Esprit » ; il glorifie Dieu et accomplit sa volonté. L'idéal n'est pas toujours atteint, et par conséquent l'inspiration peut varier en degré, à la fois selon les individus, et pour un même individu, selon les moments. C'est ce que suppose la doctrine de I Cor. 14, et c'est pour cela qu'il nous est dit d'éprouver toutes choses et de retenir ce qui est bon. (I Thess. 5:19-21). Puisqu'il peut y avoir inspiration de nos jours, il faut aussi mettre en pratique le commandement apostolique : « Eprouvez les esprits. » (I Jean 4:1-6) ; on ne doit donc accepter aucun ministère agissant par inspiration sans appliquer les critères fournis par l'Ecriture. Les critères de l'Ecriture, disons-nous, et non ceux que dicteraient notre fantaisie, une tradition humaine, ou un préjugé. II. — Un regard en-haut (point de vue de la piété). Ici, nous faisons halte pour admirer, aimer et louer. Le but d'un don est toujours de nous conduire au Donateur. Les dons de l'Esprit sont toujours pour le croyant une occasion d'adorer ; ils lui rappellent constamment la présence de Dieu. Ils doivent donner même à l'incroyant, quand on les exerce d'une manière convenable, un sens si net de la présence de Dieu qu'il éveille la conviction du péché (Actes 2, I Cor. 14:25). Rien n'est plus navrant que de voir des chrétiens se mettre à jouer avec les dons spirituels, comme des enfants s'amusent avec leurs jouets, en jouissant, seulement pour eux-mêmes, en tirant une satisfaction et une gloire personnelles ; et puis, soudain, perdant la notion de leur grandeur, et les négligeant comme un enfant fait de ses jouets. Combien cela doit attrister le Saint-Esprit Ces dons glorieux sont des manifestations du SAINT-ESPRIT. C'est dire qu'ils proviennent de la divinité elle-même. Si nous les ramenons avec respect à leur source, nous trouvons qu'ils nous placent parmi les Attributs mêmes de Dieu. Quand nous nous élevons sur les cimes de la communion avec Dieu, nous commençons de découvrir que les neuf manifestations de l'Esprit mentionnées par Paul dans I Cor. 12:8-11, contiennent bien autre chose que des formes particulières de ministères dans les assemblées. Ils sont aussi des indications et des types (1), des exemples et des éléments, de ces voies éternelles de l'activité divine par lesquelles l'Esprit de Dieu a opéré à travers tous les siècles. En dernière analyse, ils révèlent LE SEIGNEUR dans toute sa puissance et sa sagesse infiniment variées. (1) Dans la langue théologique, un type (grec typos) est une image réelle (l'une vérité divine, c'est-à-dire un fait, un personnage. un objet qui, par leur nature même, correspondent à des réalités divines plus profondes. (Trad.). Les dons de guérison par exemple, ne sont qu'un ruisselet venant du grand fleuve de vie, la vie même du Dieu vivant en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être. Les dons de sagesse et de connaissance sont comme une clé qui nous ouvre un peu les immenses trésors de sagesse et de connaissance qui résident en Christ (Colossiens 2:3). Par le discernement des esprits nous participons à l'attribut glorieux et redoutable de la toute-science par lequel tout est nu et découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte, le Créateur tout-puissant qui seul voit parfaitement le commencement et la fin de toutes choses. Peut-être le plus précieux de tous les dons est-il celui qui révèle l'émotion de Dieu, le don de prophétie, don merveilleux par lequel l'âme de l'homme peut en quelque mesure être à l'unisson du coeur d'un Dieu infini, et laisser passer en elle quelque chose de la passion, des appels, de l'indignation ou de la tendresse de Notre Père. Un champ très vaste s'ouvre devant celui qui veut étudier avec piété les dons spirituels. Leur étude accroîtra grandement notre connaissance de celui dont il est dit que la vie éternelle, c'est de le connaître. LE BUT DES DONS EST DE NOUS CONDUIRE AU DONATEUR. III. — Un regard au-dehors (point de vue pratique). Pour finir, il faut jeter les regards alentour. L'analyse a son rôle à jouer, il est bon de regarder au-dedans, mais il y a quelque chose de malsain, spirituellement, à s'absorber dans les expériences chrétiennes. Bien qu'il soit vrai que les dons spirituels atteignent leur but le plus élevé quand ils apportent à l'âme une communion plus intime avec Dieu et une connaissance plus profonde du Tout-Puissant, toutefois nous ne devons pas nous enfermer dans un mysticisme stérile. Un monde immense entoure chacun de nous ; des millions d'hommes, nos frères, cherchent à trouver Dieu, si seulement ils pouvaient le trouver ! Hommes ayant faim et soif, hommes indifférents à tout ce qui est invisible et éternel, hommes aveuglés par le dieu de ce monde, hommes morts dans leurs transgressions et leurs péchés : et cependant hommes pour lesquels Christ est mort, et aimés de Notre Père. S'il nous a été donné dans ces études de définir avec une certaine exactitude la nature des dons de l'Esprit, alors quelles sont, à l'heure actuelle, leur place et leur valeur, dans le témoignage et le ministère, chrétiens ? Comment entrent-ils dans ce cadre plus vaste ? De telles questions requièrent toute l'attention des chefs du mouvement de Pentecôte, et de tous ceux qu'intéressent les dons spirituels. De vrais dons du Saint-Esprit ne peuvent rester simplement la « marotte » de quelques spécialistes religieux, ou la marque distinctive d'une nouvelle branche de l'Eglise. Il y a dans ces dons une puissance de Dieu, qui répond aux besoins de notre temps, et qui joue un rôle important dans l'accomplissement des plans divins. Comment définir les besoins de notre temps ? Des centaines de réponses, toutes également autorisées, nous assaillent ici. C'est avec une grande réserve que nous essaierons à notre tour de caractériser la situation actuelle du monde au point de vue spirituel. Une note qui nous frappe par son insistance, est la soif du réel. Peu de gens aujourd'hui vont aux offices par convenance ; mais un prédicateur qui a un message vivant réunit des foules aussi grandes que les prédicateurs d'autrefois. La diminution des auditoires dans les édifices religieux du monde entier indique d'une manière lamentable, non pas forcément que les gens ont perdu tout intérêt pour les choses spirituelles, mais que les églises ne répondent pas d'une manière satisfaisante aux besoins des âmes. Leur message manque, en quelque endroit, en quelque manière que ce soit, de réalité. Il y a là, semble-t-il, un point où les dons spirituels présents de nos jours, répondent à un grand besoin, et ont une grande tâche à accomplir. Une touche de surnaturel revêt la prédication de l'Evangile d'une intense réalité. Qu'il y ait là une puissance capable d'attirer l'attention et de saisir les foules, c'est ce que prouve le fait que les plus grandes salles de Grande-Bretagne suffisent à peine à contenir les foules qui se pressent pour écouter ce témoignage. Le fondamentaliste (1) le plus exigeant ne peut nier qu'il y a là quelque chose d'absolument scripturaire : la prédication de l'Evangile accompagnée de signes (2). Une confirmation indirecte du besoin qu'ont les âmes d'un témoignage rendu à la présence du surnaturel dans l'expérience chrétienne, est le développement si extraordinaire et si regrettable du spiritisme. Une des causes de son succès est qu'il fournit un élément, le surnaturel, qui manque aux églises. C'est un fait significatif que les spirites puissent prétendre que leurs expériences surnaturelles sont un réveil des dons spirituels de l'Eglise primitive. Nous repoussons, avec la plus grande force, cette prétention, qui nous paraît blasphématoire, mais nous n'en voyons que mieux par là, la nécessité de remettre en honneur les dons authentiques du Saint-Esprit dans l'Eglise, non en théorie seulement, mais en pratique. Nous ne croyons pas que la carence des églises actuelles en fait de dons spirituels soit conforme à la volonté de Dieu ; elle est, à notre sens, le fait de leur incrédulité et de leur tiédeur. En même temps que les esprits se détachent de plus en plus de l'Eglise, à cause de son manque de force et de réalité, on remarque que la pensée populaire a de plus en plus tendance à séparer le Christ des églises. Un des livres les plus répandus ces dernières années a montré que l'Inde, quoique âprement opposée aux églises chrétiennes organisées, est prête à accepter le Christ. La même tendance se fait jour chez toute espèce de gens, comme on peut s'en rendre compte dans les conversations que l'on a l'occasion de tenir à droite ou à gauche. Certes on tend alors à voir en Notre Seigneur un Maître et un Docteur spirituel plutôt qu'un Sauveur ayant payé la rançon du péché sur la Croix ; le fait n'en reste pas moins significatif, et même encourageant. Le trait essentiel est l'accent mis sur la personnalité du Christ, sur lui-même, et cela dépasse même l'intérêt porté à son enseignement. Que peuvent faire ici les dons spirituels ? Beaucoup ; car ils ont un pouvoir merveilleux pour rendre le Seigneur Jésus-Christ très présent et très précieux pour l'âme, ils conduisent à trouver en lui une pleine satisfaction spirituelle. Puisqu'ils mettent toujours en valeur la personne du Rédempteur, ne sont-ils pas propres à prendre le coeur et la volonté des multitudes, qui sont lasses des religions, mais avides du Christ ? Les paroles mêmes du Seigneur sur le témoignage que le Consolateur devait lui rendre à lui-même, confirment que tel doit bien être le résultat de l'exercice des dons spirituels, et telle leur note dominante. C'est de la sorte qu'ils ont dû être si utiles dans l'Eglise du premier siècle. Nous croyons qu'ils seront tout aussi utiles à l'Eglise du vingtième siècle, qui a un grand combat à soutenir contre les puissances des ténèbres coalisées au dehors et contre la tiédeur grandissante au-dedans, mais qui a aussi une occasion unique pour l'évangélisation du monde entier. « ASPIREZ AUX DONS SPIRITUELS »

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