A CEUX QUI FONT PROFESSION D'ETRE CHRETIENS (Finney Ch.) 16 et 17/25

13:19Ministere MotsdeDieu

XVI° DISCOURS LA JUSTIFICATION PAR LA FOI. « Sachant que ce n'est pas par les oeuvres de la loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être justifiés par la foi en Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi. » Gal. II, 16. Les mêmes vérités sont exprimées presque dans les mêmes termes au IIIme chapitre des Romains. Sous le nom de Justification par la foi, j'en fais le sujet de mon présent discours, et,je me propose de l'étudier en montrant successivement : I. ce qu'est la justification par la loi. II. qu'aucun homme ne peut-être justifié par les oeuvres de la loi. III. ce qu'est la justification évangélique, IV. quel est son résultat, c'est-à-dire quel est l'état de l'homme ainsi justifié, V. que la justification évangélique a lieu par le moyeu de la foi, VI. enfin, quelles sont les réponses à faire à différentes difficultés que soulève notre sujet. I. En quoi consiste la justification légale. 1. D'une manière générale, elle consiste à déclarer un accusé non coupable. Elle prononce qu'il n'a pas violé la loi, qu'il n'a accompli aucun acte qualifié crime par elle, qu'il est par conséquent innocent. 2. Dans un sens plus spécial et plus technique, elle consiste. à admettre le fait qui est à la charge de l'accusé, mais en établissant qu'il avait le droit d'agir ainsi qu'il l'a fait. Si par exemple un homme est accusé de meurtre, le fait qu'il a tué est admis, mais on constate qu'il a agi en exerçant le droit de légitime défense, ou qu'il y a eu accident inévitable. II. Je désire vous montrer que nul ne peut-être justifié par les oeuvres de la loi. Ce qui est vrai qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre forme de justification. 1. S'il s'agit de la justification sous sa forme la plus générale, c'est à l'accusateur à faire la preuve des faits dont il charge l'accusé ; il lui suffit, en ce cas, d'établir qu'un crime (un fait) a été commis. Cette preuve unique suffit à établir la culpabilité de l'accusé, et exclut pour lui la possibilité d'être justifié par la voie qui nous occupe en ce moment. Il ne servirait de rien, devant le tribunal de Dieu, que l'accusé démontrât qu'il a fait plus de bien que de mal, ou que le temps pendant lequel il à gardé la loi a été plus considérable que celui pendant lequel il violée ; il faudrait pour sa justification qu'il pût établir qu'il a accompli la loi tout entière jusqu'à un iota et jusqu'au moindre trait de lettre. Or qui peut être justifié de cette façon-là? Personne assurément. 2. S'il s'agit de la seconde forme de justification que j'ai indiquée, — celle où le fait est admis et la culpabilité niée, — c'est à l'accusé à faire la preuve qu'il n'est pas coupable. Il reconnaît la réalité des faits qu'on lui impute; si donc il ne peut alléguer qu'un vain prétexte, il est perdu. Si l'excuse n'est qu'une apologie futile ou si elle ne s'applique pas au cas donné, elle ne peut justifier ; pour qu'elle justifie, il faut qu'elle réunisse deux conditions : il faut qu'elle soit vraie, et qu'elle soit suffisante. Si elle ne réunit pas ces deux conditions, et surtout si elle jette le blâme sur le tribunal ou sur le gouvernement, elle ne fait qu'augmenter la culpabilité de l'accusé; elle est une aggravation infamante du crime. Nous. aurons bientôt à revenir sur cette dernière remarque. J'indiquerai maintenant quelques-unes des principales raisons que les pécheurs ont l'habitude d'alléguer pour leur justification; je vous en montrerai la vraie nature, ainsi que la portée, et vous comprendrez ce qu'elles sont aux yeux de Dieu. Je n'ai pas le temps de les examiner toutes, Mais j'en citerai deux de chacune des catégories que je vous ai fait entrevoir. Deux de celles qui manquent de vérité et qui seraient bonnes si elles étaient vraies; puis deux de celles qui sont vraies, mais insuffisantes. 1° Les pécheurs allèguent souvent leur nature pécheresse pour se justifier. Et s'il est vrai, comme ils le prétendent, que Dieu leur ait donné une nature qui soit en elle-même pécheresse, une nature dont les actes soient nécessairement mauvais, ils ont là une bonne excuse pour leurs péchés ; au jour du Jugement, à la face du ciel et de la terre, le fait qu'ils allèguent les justifiera. Il faudrait, en effet, que Dieu faussât la raison de tous les êtres raisonnables, pour qu'ils pussent vous blâmer d'avoir péché, alors que Dieu vous ayant constitués pécheurs en vous créant, serait lui-même l'auteur de votre péché. Mais comment votre nature pourrait-elle être elle-même péché ? Qu'est-ce que le péché ? Le péché est une transgression de la loi. Il n'y a aucun autre péché que celui-là. Or loi dit-elle que vous ne devez pas avoir la nature que nous avons tous en venant au monde ? Elle ne dit rien de semblable. Cette doctrine, qui place le péché dans la nature même de l'homme, méconnaît la différence qu'il y a entre le péché et l'occasion du péché. Nos appétits physiques, nos besoins et nos penchants deviennent des occasions de péché, alors qu'ils sont fortement excités. Il en fut ainsi chez le premier homme; personne cependant ne dira qu'il avait une nature pécheresse. L'appétit physique qui recherche la nourriture du corps, ainsi que le désir de croître dans la connaissance faisaient partie de son être tel qu'il était sorti des mains de Dieu ; c'est tout ce que l'on peut dire. Il n'y avait là aucun péché. Mais ces penchants nécessaires à la créature appelée à vivre en ce :onde sous le gouvernement, moral de Dieu, n'en devinrent pas moins, une fois excités, une occasion de pécher contre Dieu. Ils étaient innocents en eux-mêmes, mais le péché fut dans la manière dont le premier homme les satisfit. Or, quand le pécheur essaie de se justifier en alléguant ce qu'il appelle sa nature pécheresse, il confond ces appétits et ces besoins innocents avec le péché lui-même; en fait, il accuse Dieu follement de lui avoir donné une mauvaise nature, alors que tous les éléments de sa nature sont essentiels à la vie morale à laquelle il est appelé, et que Dieu l'a constitué aussi bien que cela, était possible, l'adaptant parfaitement à toutes les circonstances de la vie qu'il devait mener en ce monde. La vérité est donc que la nature de l'homme est parfaitement ce qu'elle doit être; elle est aussi bien constituée pour aimer Dieu et lui obéir que pour le haïr et lui désobéir. Pécheur ! le jour n'est pas loin où tous verront si l'excuse que tu donnes est bonne ou non; et tu verras toi-même si, alors que ton Créateur te reprochera, ton péché, tu pourras le couvrir de confusion en retournant l'accusation contre lui et en faisant retomber tout le blâme sur sa personne. Mais, m'objecterez-vous peut-être, le péché d'Adam n’a-t-il donc pas contribué à produire ceux de ses descendants? — Oui, en ce sens qu'il les a exposés à des tentations plus puissantes et plus multipliées; mais il est faux qu'il leur ait légué une nature qui en soi serait pécheresse. 2° Pour se justifier, les pécheurs allèguent souvent leur incapacité à faire le bien; raison semblable à la précédente et qui serait bonne si elle était vraie. En effet, si étant accusé de péché, vous pouviez prouver que vous êtes réellement incapable d'obéir à Dieu, que Dieu a par conséquent exigé de vous de qu'il vous était impossible de faire, tous les êtres intelligents de l'Univers n'auraient qu'une voix pour vous déclarer NON COUPABLE. il faudrait ou qu'ils rendissent ce verdict ou qu'ils cessassent d'être raisonnables; car une des vérités les plus élémentaires qu'enseigne la raison, c'est que nul être ne peut être tenu de faire ce qui lui est impossible. Supposez qu'on vous demande d'annuler les péchés que vous avez commis ; chacun reconnaîtra que c'est là une impossibilité et que vous ne pouvez être blâmé parce que vous ne le faites pas. Mais ce que Dieu vous demande, ce n'est pas d'annuler les péchés que vous avez commis, c'est de vous en repentir. Je suppose que le premier jour de cette année votre devoir ait été d'avertir un pécheur; vous ne l'avez pas fait, et maintenant ce pécheur est mort. Etes-vous aujourd'hui dans l'obligation de l'avertir? Non! la chose est impossible ; tout ce que Dieu peut vous demander, c'est de vous repentir de votre négligence. Dieu ne peut vous rendre responsable que de l'accomplissement d'un devoir qu'il était en votre pouvoir d'accomplir ; mais il est absurde de penser qu'il puisse vous faire un devoir d'accomplir ce qui n'est pas en votre pouvoir. Encore ici, l'excuse que nous examinons accuse Dieu de tyrannie, aussi constitue-t-elle une aggravation infamante du crime. Il est clair, en effet, que si Dieu exige de vous ce que vous ne pouvez pas faire, c'est de la tyrannie. Et comme son commandement est sous peine de mort éternelle, sa tyrannie est sans bornes. Bien loin donc que l'excuse en question justifie le pécheur, elle est une sérieuse aggravation de sa culpabilité, vu qu'elle accuse Dieu d'une tyrannie sans mesure aucune. Supposez encore que Dieu vous ordonne de vous repentir pour n'avoir pas fait ce qu'il n'a jamais été en votre pouvoir de faire, et vous condamne à l'enfer si vous n'obéissez pas. Ce commandement là ne serait pas plus raisonnable que le précédent, car dans un cas pareil vous ne pouvez vous repentir, et Dieu lui-même ne peut faire que vous vous repentiez. Qu'est-ce que la repentance? C'est se blâmer soi-même et justifier Dieu. Or, pour un être raisonnable, c'est une impossibilité que de se blâmer pour n'avoir pas fait une chose qu'il a conscience de n'avoir pu faire. Dans ce cas, aucun être raisonnable ne pourrait non plus justifier Dieu. Si Dieu vous appelait en jugement et vous sommait de vous repentir de ce que vous ne volez pas au plus haut des airs, par quel procédé pourrait-il faire que vous vous blâmiez pour cela, alors que vous êtes parfaitement conscient de n'avoir ni ailes, ni rien de ce qu'il faut pour voler? Pour que le repentir vous fût possible, il faudrait que Dieu vous trompât et vous inspirât la fausse persuasion que vous aviez le pouvoir de voler. Mais quel Dieu que celui qui agirait de la sorte à l'égard de ses créatures ! Que prétendez-vous donc, pécheur, en alléguant votre incapacité ? pensez-vous faire croire que vous n'avez jamais péché ? Vous tombez dans une étrange contradiction quand vous admettez que vous devez vous repentir et qu'aussitôt après vous prétendez avoir été incapable d'obéir à Dieu. Choisissez le terrain sur lequel vous voulez vous placer et restez-y. Si vous pensez vous appuyer sur l'excuse qui nous occupe, faites-la valoir hardiment, présentez-vous devant, le tribunal de Dieu et dites : « Seigneur, je ne puis ni ne veux me repentir du tout, je n'y suis pas obligé, car je n'ai pas le pouvoir d'obéir à la loi ; je maintiens donc que je ne suis absolument pas coupable, car je n'ai jamais péché. » Pouvez-vous réellement vous flatter de vous justifier de la sorte? Osez-vous vous prévaloir d'une excuse pareille et rejeter sur Dieu toute la responsabilité de votre péché? 3° Une autre excuse qu'allèguent les pécheurs pour rester dans leur impénitence, c'est leur mauvais coeur. Cette excuse est vraie, mais elle est insuffisante. Qu'est-ce qu'un mauvais coeur ? Ce n'est pas l'organe qui bat dans notre poitrine, ce sont les affections, les mauvais sentiments, les mauvaises pensées, les actions de l'âme. Si c'est là ce qui doit vous justifier, le diable lui-même sera justifié. N’a-t-il pas un aussi mauvais coeur que vous? Supposons que vous ayez commis un meurtre et que, comparaissant devant la cour d'assises, vous essayiez de vous justifier de la manière suivante : « C'est vrai, j'ai tué un homme, mais, j'ai une telle haine pour l'humanité, j'ai une telle soif de sang, que je ne puis m'empêcher de tuer quelqu'un chaque fois que j'en ai l’occasion. » « Horreur ! s'écriera le juge, dressez le gibet immédiatement et que cet homme soit pendu avant que je quitte la cour ; un pareil misérable ne mérite pas de vivre une heure. S'il a une telle soif de sang que personne ne soit en sûreté auprès de lui, c'est précisément pour cela qu'il faut le pendre à l'instant. » Les pécheurs qui allèguent leur mauvais coeur présentent une justification exactement semblable à celle que nous venons de supposer. « Méchant serviteur, je te jugerai par tes propres paroles. » 4° Une autre excuse fort commune est celle qui allègue la conduite des chrétiens. Demandez à beaucoup de ceux qui vous entourent, pourquoi ils ne se donnent pas à Dieu. « Les chrétiens, vous répondront-ils, ne sont pas meilleurs que les autres ; quand nous les verrons se conduire conformément à leur profession de piété, nous penserons alors à nous convertir.» Ils montrent donc qu'ils savent comment les chrétiens devraient se conduire, et que par conséquent ils ne pèchent pas par ignorance. Ensuite, en admettant, ainsi que je le fais, que beaucoup de chrétiens ont une conduite très répréhensible, et font bien de choses qui sont entièrement contraires à leur profession de piété, est-ce là une excuse pour ceux qui refusent de se donner à Dieu ? Au contraire, leur dirai-je, c'est une des plus fortes raisons qu'il y ait pour vous mettre à son service. Vous qui savez comment ceux qui professent la piété devraient se conduire, vous êtes tenus de donner l'exemple. Si vous aviez imité la conduite des chrétiens parce que vous ne saviez pas mieux faire, le cas serait tout autre; mais maintenant vous êtes inexcusables. Votre devoir est de reprendre ces chrétiens dont vous parlez, de prier pour eux et de les conduire dans un chemin meilleur, mais vous n'en faites rien. Votre excuse, bien que vraie, en fait, ne vous justifie nullement ; elle ne tait qu'ajouter à votre culpabilité. Belle justification que celle-là ! Vous cacher derrière quelque diacre ancien d'église pris en faute pour décocher contre le Très-Haut lui-même les traits de votre méchanceté. Maintenant, mes chers auditeurs, y aurait-il encore quelqu'un parmi vous qui penserait pouvoir être justifié par la loi ? Qui d'entre vous l'a gardée ? Et qui d'entre-vous pourrait présenter une excuse valable pour sa désobéissance? III. Qu'est-ce que la justification évangélique? Disons d’abord CE QU'ELLE N'EST PAS. 1. La justification évangélique n'est pas l'imputation de la justice de Jésus-Christ. La justification des pécheurs ne consiste pas en ce que l'obéissance de Jésus-Christ serait portée à leur compte, comme s'il avait obéi à la loi à leur place. C'est une erreur assez commune que d'interpréter la justification évangélique en ce sens que le pécheur serait tenu pour juste au point de vue de la loi parce que l'obéissance ou la justice de Christ lui serait imputée. Je n'ai pas le temps maintenant d'entrer dans l'examen de cette question ; tout ce que je puis dire, c'est que cette idée est absurde, par la raison que Jésus-Christ était tenu d'obéir à la loi pour lui-même et qu'il ne pouvait pas plus faire des oeuvres surérogatoires, ou obéir pour notre compte, que qui que ce soit d'autre. N'était-ce pas son devoir d'aimer le Seigneur son Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force et d'aimer son prochain comme lui-même ? Certainement ; et s'il n'avait pas fait cela, il aurait péché. La seule œuvre surérogatoire qu'il pouvait faire était d'accepter des souffrances qu'il n'avait pas méritées. C'est ce qui est appelé son obéissance jusqu'à la mort, et c'est de cette obéissance-là que nous recueillons le bénéfice. Si son obéissance à la loi nous était imputée, comment pourrions-nous être appelés à nous repentir et à obéir nous-mêmes à la loi ? Dieu exige-t-il une double ou même une triple satisfaction ? D'abord l'obéissance que Jésus-Christ aurait offerte à notre place, puis les souffrances endurées en expiation de nos péchés, enfin notre repentance et notre obéissance personnelles ! Ce que Dieu demande de nous, c'est que nous obéissions toujours à la loi de l'amour; et pour cela, il n'y a pas de substitution possible. Si nous manquons à cette obligation, nous devons ou subir le châtiment ou recevoir un pardon gratuit. 2. La justification par la foi ne consiste pas en ce que la foi nous tiendrait lieu de sainteté personnelle. Quelques-uns pensent que la justification nous dispense d'être personnellement saints ; Dieu nous déchargerait donc arbitrairement du devoir d'obéir à la loi et il se contenterait de notre foi, qui serait ainsi substituée,à l'obéissance. Mais tout cela est faux. Dieu compte notre foi pour ce qu'elle est et non pour ce qu'elle n'est pas. La foi d'Abraham lui fut imputée à justice (1), parce qu'elle était elle-même un acte de justice et qu'elle opérait par l'amour et produisait la sainteté. La foi qui justifie EST sainteté, quoiqu'elle ne soit pas toute la sainteté; elle produit la sainteté du coeur et de la vie ; aussi est-elle imputée au croyant comme sainteté, mais non à la place de la sainteté. (1) La loi est une, la justice est une, le coeur de l'homme est un. Quiconque viole un seul commandement les viole tous. Quiconque en accomplit un seul, les accomplit tous. (Trad.) 3. La justification par la foi n'implique donc pas que le pécheur soit justifié par la foi sans les bonnes œuvres, (c'est-à-dire sans la sainteté.) Plusieurs pensent que « justification par la foi » signifie justification sans aucun égard aux bonnes oeuvres ou à la sainteté; ils tirent cette conséquence des paroles de l'apôtre Paul qui insiste avec une grande force sur la justification par la foi. Mais il faut remarquer que Paul polémique contre les Juifs qui pensaient être justifiés par leur obéissance à la loi. En opposition à cette erreur, il déclare que les oeuvres de la loi ne peuvent nullement justifier, et insiste sur la justification « par la foi sans les oeuvres de la loi. » Il ne veut pas dire que les bonnes oeuvres ne soient pas nécessaires à la justification, mais bien que les oeuvres de la loi ne sont pas de bonnes oeuvres, vu qu'elles procèdent de considérations légales, telles que l'espoir de la récompense et la crainte du châtiment, et non de la foi qui opère par amour. Mais lorsqu'une erreur opposée se fut introduite dans l'église sous le couvert des paroles de Paul, Jacques reprit le sujet et montra qu'on n'avait pas compris Paul. Il se servit de l'exemple d'Abraham. « Abraham, notre père, dit-il, ne fut-il pas justifié par les oeuvres, quand il offrit Isaac son fils sur l'autel ? Tu vois que sa foi opérait avec ses oeuvres, et que, par les oeuvres, la foi fut rendue parfaite. » Ainsi fut accomplie l'Ecriture qui dit : « Abraham crut Dieu, et cela lui fut imputé à justice » « et il fut appelé ami de Dieu. » « Vous voyez donc que l'homme est justifié par les oeuvres et non par la foi seulement. » On a vu une contradiction entre cet enseignement et celui de Paul, et plusieurs des anciennes églises rejetaient, pour ce motif, l'épître de Jacques ; on n'avait pas compris que Paul parlait d'une sorte d'oeuvres et Jacques d'une autre. Paul parlait d'oeuvres de loi, c'est-à-dire d'oeuvres faites par des motifs légaux; tandis que partout il insistait sur les bonnes oeuvres provenant de la foi, ou sur la justice de la foi, montrant que cette justice-là est indispensable pour le salut. Ce qu'il niait, c'était uniquement que les oeuvres légales eussent une part quelconque dans la justification. Jacques enseigne la même chose quand il montre que l'homme n'est justifié ni par les oeuvres seules, ni par la foi seulement, mais par la foi agissant avec les oeuvres. Disons maintenant CE QU'EST LA JUSTIFICATION ÉVANGELIQUE. La justification évangélique ou justification par la foi consiste en ceci, que nos péchés nous sont pardonnés et que nous devenons agréables à Dieu à cause de Jésus-Christ. Quand nous disons que l'homme est justifié par la foi et la sainteté; nous ne vouions pas dire qu'il soit accepté de Dieu sur le terrain de la loi (1); nous voulons dire qu'il est traité comme s'il était juste, à cause de sa foi et des oeuvres de sa foi. Tel est, en effet, le principe d'après lequel Dieu justifie le pécheur ; ce n'est pas que la foi soit le fondement de sa justification; ce fondement, c'est Christ. Si le pécheur se repent, croit et devient saint, ses péchés sont pardonnés pour l'amour de Christ. (1) Le verdict non coupable ne peut être prononcé. Le pécheur est au contraire reconnu coupable, mais pardonné. (Trad.) C'est ainsi que l'on voit par oui la justification évangélique diffère de la justification légale. Celle-ci est une déclaration d'innocence actuelle: celui qui en est l'objet est de droit exempt de tout blâme; tandis que dans la justification évangélique l'homme est pardonné et accepté comme s'il était juste, mais sur une tout autre base que celle de son droit et de son obéissance à la loi. IV. Je désire maintenant montrer le résultat de cette sorte de justification, c'est-à-dire l'état dans lequel elle transporte l'homme. 1. Le premier effet du pardon est de faire disparaître la pénalité. Celle-ci est reconnue juste, méritée, mais elle est mise de côté, de sorte que celui qui est justifié n'a pas plus à craindre le châtiment que s'il n'avait jamais transgressé la loi. Celui qui a la vraie foi ne doit plus être influencé par la crainte de la punition. 2. Un second effet du pardon, quand il est octroyé par les souverains de ce monde, est de faire disparaître les conséquences infamantes de la transgression, telles que confiscation des biens, incapacité de tester, de remplir un emploi dans l'administration, etc. Un pardon réel réintègre l'individu dans la position qu'il avait avant sa transgression de la loi. De même en est-il dans le gouvernement de Dieu ; Celui qui est pardonné est traité par Dieu, quant à ce qui. concerne la loi, comme s'il était innocent. Cela ne veut pas dire que Dieu le déclare innocent, cela signifie que le pardon le place dans la même position que s'il l'était. 3. Un troisième effet du pardon est de rendre à celui qui le reçoit sa qualité d'enfant de Dieu, pour être traité désormais comme tel. Supposez que le fils d'un prince régnant ait commis un meurtre, qu'il soit jugé et condamné à mort. Le pardon ne le délivrera pas seulement de la mort, il lui rendra sa place au sein de sa famille. De même quant aux enfants de Dieu: ils se sont tous égarés et sont entrés au service du diable; mais dès que le pardon leur est accordé, ils reçoivent l'esprit d'adoption, ils sont scellés comme héritiers de Dieu, et réintégrés dans tous les privilèges des enfants de Dieu. 4. Par la justification, nous est assurée toute la grâce nécessaire pour être pleinement gardés des pièges de Satan et pour sortir des innombrables liens dont le péché nous a enlacés. Mes bien-aimés, si Dieu se bornait à nous pardonner, et qu'il nous laissât nous dégager du péché, comme nous le pourrions, par nos propres forces, à quoi nous servirait le pardon? A rien. Si un enfant s'enfuit de la maison paternelle, s'égare dans la forêt, et tombe dans une fosse profonde, et que son père se trouvant là, lui pardonne sa fuite loin des siens, à quoi pourra lui servir ce pardon, à moins que son père ne le tire de la fosse et ne le ramène à la maison? Dans le plan de la rédemption, toute aide, tout secours dont nous pouvons avoir besoin nous est garanti, si nous croyons. Laissez-moi vous le répéter, si Dieu entreprend de vous sauver, il s'engage à vous donner toute la lumière, toute la force, toutes les grâces qui sont nécessaires pour rompre toutes les chaînes de Satan et tous les liens du péché; il s'engage à vous conduire même jusqu'à la maison paternelle. Voici ce qui arrive très souvent, je le sais. Le pécheur est brisé par la conviction de péché, son coeur se fond à la pensée de sa vie passée et plus encore à la vue de la miséricorde divine, il se jette aux pieds du Seigneur, il fait abandon complet de sa personne à Jésus-Christ, puis il se réjouit de toute son âme à la pensée qu'il en a fini avec le péché. Mais peu après, il recommence à sentir le poids des vieilles habitudes et la puissance des influences qui l'ont subjugué si longtemps; le combat à livrer lui apparaît alors si rude, la tâche à accomplir si grande, qu'il se décourage et s'écrie; « Que faire, que devenir, avec tant d'ennemis sur ma route et si peu de force, si peu de solidité et de résolution pour leur tenir tête ? » Laissez-moi vous dire, mes bien-aimés, que si Dieu a commencé son œuvre en vous, vous n'avez qu'a vous tenir près de lui, dans la confiance, et il vous fera « sortir de tout. » Vous n'avez aucun ennemi à craindre. Que les cieux tonnent, que la terre s'ébranle, que les éléments s'embrasent et se dissolvent, vous n'avez pas à trembler ; ni ennemis du dehors, ni ennemis du dedans ne peuvent vous nuire : Dieu est pour vous, qui sera contre vous? « Qui condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour vous. » 5. Aussitôt que nous sommes justifiés, tous les attributs divins concourent à notre salut, comme si nous n'avions jamais péché. Voyez ce saint ange qui porte un message d'amour dans quelque partie éloignée de l'Univers; l'oeil de Dieu le suit, et si quelque danger le menace, tous les attributs divins le couvrent et le protègent. Il en est absolument de même pour vous si vous êtes justifiés. Tous les attributs divins concourent à vous défendre, à vous soutenir, à vous sauver. Bien que vous ne soyez pas encore nets de tout reste de péché et que vous soyez entièrement indignes de l'amour de Dieu, si vous êtes réellement justifiés, l'Eternel, le Dieu tout sage et tout puissant, est engagé à mener à bien l'ouvre de votre salut. Comment donc pourriez-vous craindre encore et vous laisser aller au découragement? Si un gouvernement humain pardonne à un criminel, il est tenu dès lors de le protéger comme tout autre citoyen, exactement comme s'il n'avait jamais commis aucun crime. Il en est de même quand Dieu a justifié un pécheur. L'apôtre Paul dit : « Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu. » Dieu est donc de notre côté, engagé envers nous, lié à nous comme notre fidèle et éternel Ami. Si nous étions justifiés par la loi, cette justification ne durerait pas plus que notre innocence. Dès que nous aurions commis une seule transgression, notre précédente justification ne nous servirait plus de rien. Mais sous le régime de la justification évangélique, il n'en est pas ainsi. « Si nous avons péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. » Par cette justification nous sommes placés dans une relation avec Dieu qui est entièrement nouvelle. Le pécheur n'est plus sous l'alliance des oeuvres (1), il est sous l'alliance de grâce. Ce n'est plus sous la condition d'une obéissance absolue qu'il conserve la faveur de Dieu.; s'il pèche, il n'est pas remis sous la loi, il reste au bénéfice de la Nouvelle Alliance. S'il est réellement justifié par la foi et devenu enfant de Dieu, il est traité comme un enfant; il est corrigé, humilié, relevé; car « les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance. » Cela ne veut pas dire que Dieu appelle et sauve le pécheur sans qu'il se repente, mais que Dieu ne change jamais d'intention quand il a commencé l'oeuvre du salut dans une âme. (1) S'il y a été, c'est qu'il s'y est mis lui-même. (Trad.) Je sais que cette doctrine est regardée par plusieurs comme très dangereuse. « Persuader aux pécheurs qu'ils sont justifiés définitivement et pour toujours, nous dit-on, mais c'est encourager les gens à pécher! En vérité. ! quand un homme s'est repenti du péché, quand il y a renoncé de tout son cœur, quand il ne désire rien autant que d'en être affranchi, lui dire que Dieu l'aidera et lui donnera certainement la victoire sur le péché, c'est l'encourager à pécher ! Etrange logique que celle-là ! Si cette doctrine encourage un homme à pécher, cela montre seulement que cet homme-là ne s'est jamais repenti; qu'il n'a jamais haï le péché, jamais aimé Dieu pour lui-même, que sa repentance a été fausse et que s'il a aimé Dieu ce n'a été que d'un amour égoïste, parce qu'il espérait recevoir de Dieu quelque faveur. En effet, si jamais il avait haï véritablement le péché, la pensée que malgré toute son indignité, Dieu le recevait comme son enfant et voulait le traiter comme tel, est précisément ce qui lui aurait transpercé le coeur. La vue de cette bonté paternelle si longtemps méconnue et outragée l'aurait humilié jusque dans la poussière et rempli de la tristesse la plus vive. Oh ! combien souvent l'enfant de Dieu ne fond-il pas en larmes, en adorant cette bonté de Dieu qui, alors qu'il s'égarait, usait de tous les moyens pour le ramener au bien, au lieu de l'envoyer en enfer comme il le méritait ! 6. La justification par la foi nous met au bénéfice de lu discipline de l'alliance de grâce. Dieu a promis d'user de cette discipline et de ramener à lui, par son moyen, ceux de ses enfants qui s'égareraient. Dans le Ps. LXXXIX, parlant de la postérité de David, c'est-à-dire de celle de Christ, il dit : « Si ses fils abandonnent, ma loi et ne marchent pas selon mes ordonnances, s'ils violent mes préceptes et n'observent pas mes commandements, je punirai de la verge leurs transgressions, et par des coups leurs iniquités; mais je ne lui retirerai point ma bonté et je ne trahirai ma fidélité, je ne violerai point mon alliance et je ne changerai pas ce qui est sorti de mes lèvres. » Vous voyez donc que, lorsqu'ils s'écartent du droit chemin, les chrétiens peuvent toujours s'attendre à être visités plus promptement par les jugements de Dieu que les impénitents. Ceux-ci peuvent s'engraisser dans les richesses, être exempts d'angoisse jusqu'à leur mort, et cela conformément aux principes du gouvernement divin. Mais qu'un enfant de Dieu oublie son Père céleste, qu'il recherche les richesses ou tout autre bien de ce monde, Dieu le frappera de sa verge, c'est aussi certain qu'il est certain que Dieu est son Père. Et quand il aura été frappé, il dira comme le Psalmiste : « Il est bon pour moi d'avoir été affligé, afin que j'apprisse statuts. Avant que je fusse affligé, je m'égarais ; mais maintenant j'observe ta parole (Ps CXIX :71,72). » Quelques-uns d'entre vous peut-être, mes bien-aimés, savent ce que c'est que d'être affligés de cette façon, et ils savent que c'est pour leur bien qu'ils l'ont été. 7. La justification évangélique assure la sanctification. Elle assure non seulement les moyens de la sanctification, mais encore son accomplissement actuel, de sorte que celui qui est véritablement converti, persévérera certainement dans l'obéissance jusqu'à ce qu'il soit actuellement sauvé et prêt, pour le ciel. V. La justification évangélique, dont je viens de décrire les effets, s'obtient par la foi. La foi est le moyen par lequel elle nous est communiquée. La preuve en est dans la Bible. Notre texte le déclare expressément : « Sachant que ce n'est pas par les oeuvres de la loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être justifiés par la foi en Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi. » Ce sujet revient trop souvent dans le Nouveau Testament pour qu'il soit nécessaire d'en parler davantage. VI. Je désire maintenant répondre à quelques questions que notre sujet peut faire naître dans vos esprits. 1. Pourquoi la justification est-elle dite « par la foi,» plutôt que par la repentance, l'amour ou quelque autre grâce ? Il n'est dit nulle part que le croyant est justifié ou sauvé POUR sa foi qui deviendrait ainsi le fondement de son pardon; il est dit seulement qu'il est justifié PAR la foi, la foi étant le moyen ou l'instrument de la justification. Si l'on demande pourquoi c'est la foi qui est désignée comme le moyen de la justification plutôt que toute autre activité de notre esprit, il faut répondre que c'est à cause de la nature et des effets de la foi. Aucune autre opération de l'esprit ne peut être désignée ici. Qu'est-ce que la foi ? C'est cette confiance en Dieu qui nous conduit à l'aimer et à lui obéir. Nous sommes donc justifiés par la foi parce que nous sommes sanctifiés par la foi. La foi est l'instrument désigné de notre justification parce qu'elle est l'instrument naturel de notre sanctification. Elle est le moyen par lequel nous revenons à l'obéissance, c'est pourquoi elle est aussi le moyen par lequel nous obtenons les bénédictions assurées à quiconque revient à Dieu. Elle nous est imputée, non arbitrairement pour ce qu'elle n'est pas, mais pour ce qu'elle est, à savoir le principe de toute véritable obéissance. Elle est la condition du pardon, parce que seule elle nous rend capables d'offrir à Dieu l'obéissance de l'amour. Nos péchés . sont pardonnés à cause de Christ. Mais c'est notre devoir de nous repentir et, d'obéir à Dieu; et, si nous le faisons, cette repentance et cette obéissance nous sont imputées pour ce qu'elles sont véritablement. Quant au pardon de nos péchés passés, nous devons placer en Jésus-Christ toute notre confiance, c'est pour cela que la justification est dite par la foi en Jésus-Christ. 2. Une question qui a une grande importance est celle-ci : « Qu'est-ce que la foi justifiante ? » ou: « Que dois-je croire pour être sauvé? » La foi justifiante ne consiste pas à croire que vos péchés sont pardonnés. S'il vous était nécessaire de croire cela pour être justifié, il vous faudrait le croire avant que cela fût vrai, c'est-à-dire qu'il vous faudrait croire une fausseté. Rappelez-vous que vos péchés restent non pardonnés jusqu'à ce que vous croyiez. Et vous ne pouvez pas croire qu'ils sont pardonnés avant d'en avoir la preuve. Or cette preuve ne peut être acquise que lorsque la chose est vraie, c'est-à-dire lorsque vous avez la foi qui sauve. Cette foi qui sauve consiste donc à croire autre chose que le fait du pardon de vos péchés. De même, la foi qui sauve ne consiste pas du tout à croire que vous serez. sauvés. Vous n'avez aucun droit de croire que vous serez sauvés jusqu'à ce que vous ayez fait l'acte de foi qui sauve. Cet acte consiste à croire l'expiation de Jésus-Christ, ou le témoignage que Dieu a rendu de son Fils. On a mis en doute l'exactitude de cette définition ; et je confesse qu'ici mes vues ont subi un changement. Il est dit qu'Abraham « crut Dieu » et que cela lui fut imputé à justice. Or, que crut Abraham? Il crut qu'il aurait un fils. Mais, ne crut-il que cela ? Nullement! Sa foi embrassait la grande bénédiction qui devait résulter du don de ce fils; il crut que le Messie, le Sauveur du monde, le Désiré des nations, naîtrait dans sa postérité. C'était là l'objet principal de l'alliance conclue, entre Dieu et lui. La foi d'Abraham était donc la foi en Christ. L'apôtre Paul montre dans le IIIme chap de l'ép. aux Galates que le résumé de la promesse faite à Abraham est compris dans cette parole: « En toi seront bénies toutes les nations. » Et, au v. 16 de ce même chapitre, il dit : « Les promesses ont été faites à Abraham et à sa postérité. » Il ne dit pas : « et à tes postérités, » comme s'il parlait de plusieurs, mais comme parlant d'une seule « Et à ta postérité, qui est le Christ. » On dit que dans le chapitre XIe de l'ép. aux Hébreux les saints ne sont pas tous présentés comme ayant eu la foi en Christ. Mais si vous voulez examiner avec soin ce qui en est, vous verrez que cette foi a toujours été impliquée dans la leur. Voyez, par exemple, ce qui est dit d'Abel. « C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Caïn ; c'est par elle qu'il fut déclaré juste, Dieu approuvant ses offrandes ; et c'est par elle qu'il parle encore,» quoique mort. Pourquoi son sacrifice fut-il plus excellent que celui de Caïn? parce qu'en offrant des premiers nés de son. troupeau, il reconnut la nécessité de l'expiation et que « sans effusion de sang, il n'y a pas de rémission des péchés. » Caïn ne fut qu'un orgueilleux incrédule offrant des fruits de la terre comme pur sacrifice d'actions de grâces pour les bienfaits de la Providence, n'admettant pas qu'il soit un pécheur et qu'il eût besoin d'un sacrifice expiatoire pour lui acquérir le pardon de Dieu. Quelques-uns pensent que l'on peut avoir la foi qui justifie, tout en niant la divinité et l'expiation de Jésus-Christ. Il n'en est rien. Tout dans la révélation converge vers Jésus-Christ, tout s'y résume en lui, en sa divinité, en son expiation. Tout ce que les prophètes et les autres écrivains de l'Ancien Testament nous disent du salut se rapporte à lui; tous les types de l'Ancien et du Nouveau Testament n'ont d'autre signification que lui. La foi des saints de l'Ancienne Alliance était la foi au Messie à venir, celle des saints de la Nouvelle Alliance est la foi au Messie déjà venu: Dans le XVme chapitre de la 1e Epitre aux Corinthiens, l'apôtre Paul montre quelle place il assignait à l'expiation de Christ : « Je vous ai enseigné avant tout, dit-il, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures. » Remarquez cette expression : « je vous ai enseigné AVANT TOUT, » elle montre que Paul prêchait Christ mort pour les pécheurs, comme la principale doctrine de l'Evangile. Et d'un bout de la Bible à l'autre, nous voyons que l'attention du lecteur est dirigée vers ce chemin vivant qui seul conduit au salut. Christ mort pour les pécheurs est la seule vérité qui puisse sanctifier ; l'on peut croire mille autres choses; mais la foi en Christ dans lequel Dieu a réconcilié le monde avec soi, est seule la foi qui justifie. 3. Une troisième question fréquemment soulevée est : « A quel moment est-on justifié? » Je réponds: On est justifié au moment même où l'on croit en Christ d'une foi qui opère par l'amour. Vous qui n'êtes pas réconciliés avec Dieu, vous n'êtes pas obligés de rester sous la colère de Dieu un seul instant de plus; vous pouvez être justifiés ici, immédiatement, si seulement vous voulez vous confier en Christ. Votre pardon est déjà prêt, scellé du grand sceau de Dieu; le nom seul est en blanc ; pour écrire votre nom à cette place, pour vous accorder un gracieux pardon, Dieu attend seulement que par un acte de foi vous receviez Jésus-Christ tel qu'il vous est présenté dans l'Evangile. 4. Une quatrième question est celle-ci: « Comment savoir si je suis justifié ? » Je réponds : Vous ne pouvez le savoir que par voie d'induction. Dieu n'a pas révélé dans les Ecritures que vous ou tel autre individu étiez justifié; il a indiqué les caractères du chrétien, et il a déclaré que tous ceux qui portent ces caractères-là sont justifiés. A. Avez-vous le témoignage du Saint-Esprit? Tous ceux qui sont justifiés l'ont; ils ont reçu le Saint-Esprit qui leur donne le vrai sens des Ecritures et qui les conduit au Fils et au Père, leur révélant l'un et l'autre. Si vous avez ce témoignage, vous êtes justifié ; si vous ne l'avez pas, vous êtes encore dans vos péchés. B. Avez-vous les fruits de l'Esprit? « Ces fruits sont l'amour, la joie, la paix, » etc. Quand on les a, on en a conscience. Si vous les avez, vous êtes justifié. C. Avez-vous la paix avec Dieu? L'apôtre Paul dit « Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu. » Jésus dit à ses disciples : « Je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. » Et encore : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai le repos. » Avez-vous trouvé LE REPOS en Christ? Votre paix est-elle semblable à un fleuve qui coule doucement au travers de votre âme, vous remplissant d'un calme et d'une félicité célestes? Ou avez-vous plutôt le sentiment de la condamnation de Dieu? Avez-vous conscience que vous êtes reçu en grâce, que vos péchés sont pardonnés et que vous avez communion avec Dieu ? Si cela est, cela doit être pour vous un fait, d'expérience. Ne vous imaginez pas que vous puissiez être dans l'état de justification sans en avoir le témoignage. La paix, il est vrai, peut remplir votre âme sans que cependant vous tiriez la conclusion que vous êtes justifié. Je me rappelle le temps oit mon coeur était rempli d'une paix si délicieuse que la nature entière me semblait faire silence pour écouter la voix de Dieu ; je ne savais cependant pas que ce fût la paix de Dieu et que je fusse réellement justifié. Loin de là, car voyant que j'avais perdu ma conviction de péché, je cherchais à la ramener en moi. Je n'eus l'idée que j'étais justifié que lorsque l'amour de Dieu fut répandu dans mon coeur par le Saint-Esprit en une telle abondance que je fus obligé de m'écrier : « Assez, Seigneur, je n'en puis porter davantage. » Je ne crois pas que le sentiment de la condamnation puisse subsister là oit le pardon de Dieu est réel. D. Avez-vous l'esprit d'adoption? Si vous êtes justifié, vous êtes adopté comme enfant de Dieu ; Dieu met son esprit dans votre coeur et vous vous écriez tout naturellement : «Abba! Père! » Dieu vous apparaît, en effet, comme un Père et vous avez besoin de l'appeler du nom de Père. Connaissez-vous quelque chose de cela ? Autre chose est d'appeler Dieu du nom de Père, autre chose d'avoir pour lui un sentiment vraiment Si vous avez l'esprit d'adoption. c'est une preuve que vous êtes actuellement justifié. REMARQUES. 1. Mes chers auditeurs, je voudrais pouvoir demander à chacun de vous en particulier s'il est justifié. En avez-vous la preuve? Oseriez-vous comparaître devant Dieu en cet instant? Si les sons éclatants de la dernière trompette ébranlaient maintenant l'Univers, et que vous vissiez apparaître le Fils de Dieu venant pour juger les nations, seriez-vous prêt à comparaître devant Lui? Pourriez-vous élever avec tranquillité vos regards vers le ciel et dire : « Ce moment est solennel, mais Jésus-Christ est mort pour moi, Dieu m'a justifié, qui me condamnera? » 2. Si vous croyez avoir été justifié autrefois et qu'actuellement vous n'ayez pas le témoignage intérieur d'être en état de grâce, je vous ferai une question : « Etes-vous sous la discipline de l'alliance de grâce?» Si vous n'y êtes pas, quelle raison auriez-vous de croire que vous avez jamais été justifié? Pour celui qui appartient à Christ, l'alliance que Dieu a traitée avec lui renferme cette condition : « S'il rétrograde, je punirai de la verge ses transgressions. » Si donc vous ne marchez pas avec Dieu et que vous ne soyez pas châtié, vous n'avez aucune raison de croire que vous êtes enfant de Dieu. Ceux d'entre vous qui ont la preuve qu'ils ont été justifiés doivent maintenir la relation avec Dieu dans laquelle leur justification les a placés ; ils doivent vivre à la hauteur des privilèges qu'elle leur a acquis. Ce point est d'une très grande importance. Il n'y a aucune vertu à être méfiant, craintif, plein de doutes. Une des raisons pour lesquelles beaucoup de chrétiens ne croissent pas dans la grâce, c'est qu'ils craignent de réclamer les privilèges d'enfants de Dieu qui leur appartiennent. Soyez-en certains, mes bien-aimés, il n'y a là aucune véritable humilité ; cette crainte n'est, au contraire qu'une criminelle incrédulité. Si vous avez la preuve que vous êtes justifié, prévalez-vous en pour rechercher la pureté intérieure; venez à Dieu avec toute la hardiesse que pourrait avoir un ange et comprenez combien vous êtes près de son coeur. C'est là votre devoir. Pourquoi vous tiendriez-vous en arrière? Pourquoi craindriez-vous de reconnaître toute l'étendue de l'alliance de grâce? Tous les biens de la maison paternelle sont à votre disposition. Convertis, justifiés, réintégrés dans la famille de Dieu, vous craindriez encore de vous asseoir à la table du Père ! N'alléguez pas que vous êtes « si indignes », une telle excuse n'est que propre justice et incrédulité. C'est vrai, vous êtes très indignes ; mais si vous êtes justifiés, ce n'est plus une barrière entre vous et Dieu. Votre devoir est maintenant de saisir les promesses qui vous appartiennent. Prenez chacune des promesses bibliques qui vous concernent, portez-la à votre Père, réclamez-en l'accomplissement, et croyez que Dieu vous exauce. Pensez-vous que Dieu veuille méconnaître ses engagements? « Les très grandes et précieuses promesses » vous ont été données dans le but exprès que vous « deveniez participants de la nature divine.» Pourquoi douter encore? Venez donc, mes bien-aimés approchez-vous, saisissez l'amour, la paix, la joie que vous offre l'Evangile. 4. Si vous n'êtes pas dans l'état de justification, vous n'êtes rien, quels que soient les travaux que vous ayez pu accomplir et quelles qu'aient pu être vos prières et vos souffrances. Vous avez pu être des semaines, des mois, même des années, dans l'angoisse et la détresse, soupirant et gémissant, et cependant, si vous n'êtes pas actuellement justifiés, vous êtes toujours dans un fiel amer, sous la condamnation de la loi et sous la colère de Dieu. Mes chers auditeurs, si vous êtes maintenant sous la colère de Dieu, croyez en Christ. Tous vos retards et vos gémissements ne vous approcheront pas d'une ligne plus près de Dieu. Me direz-vous que vous avez besoin d'une plus grande conviction de péché ? Je vous répondrai : « Venez à Christ maintenant. » Me direz-vous que vous devez attendre d'avoir prié, davantage? Je vous demanderai à quoi peut servir de prier dans l'incrédulité. La prière d'un rebelle condamné à mort, peut-elle avoir quelque efficacité, à moins que ce ne soit la prière de la repentance et de la foi ? Direz-vous que vous êtes « si indigne ? » Christ est mort pour ceux qui sont tels. Il vient droit à vous maintenant. Où êtes-vous assis? Quel est ici le pécheur auquel s'adressent mes paroles? Pécheurs, il n'y a pas de bonne raison pour attendre. Il n'est nullement nécessaire que vous rentriez dans votre demeure en gardant ce lourd fardeau sur votre coeur. C'est maintenant le jour de salut. Ecoutez Parole de Dieu : « Si tu crois dans ton coeur au Seigneur Jésus-Christ et que tu confesses de ta bouche que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. » Demanderez-vous encore : que dois-je croire ? Croyez ce que Dieu dit de son Fils. Attachez-vous à quelqu'une de ces vérités fondamentales que Dieu a révélées concernant la voie du salut ; appuyez votre âme sur elle, et vous serez sauvé. Ne voulez-vous pas vous abandonner maintenant au Seigneur Jésus-Christ ? N'avez-vous pas assez de confiance en lui pour vous remettre entre ses mains, afin qu'il dispose de votre corps et de votre âme comme il l'entendra, pour le temps et pour l'éternité? Ne pouvez-vous pas lui dire : « Seigneur, je me donne à toi,» « C'est tout ce que je puis faire? » Peut-être essayez-vous, avant d'aller au Sauveur, de vous tirer par vos prières des difficultés qui vous retiennent. Cela ne vous servira de rien. Jetez-vous maintenant aux pieds de Christ, remettez votre âme entre ses mains. Dites-lui « Seigneur, je me donne à toi ; dispose de moi comme tu voudras pour ta propre gloire; je sais que tu feras tout parfaitement bien, et c'est tout ce que je désire. » Ne voulez-vous pas le lui dire en cet instant? -------------------------------------------------------------------------------- XVII° DISCOURS LA SANCTIFICATION PAR LA FOI. « Anéantissons-nous donc la loi par la foi? Loin de là ! au contraire, nous établissons la loi.» Rom. 3:31. Seule la justification par la foi produit la vraie obéissance à la loi de Dieu, c'est-à-dire la sainteté. Les motifs que présente la loi n'empêcheront jamais des êtres égoïstes et méchants de pécher. Maintenant que l'homme est sous la puissance de l'égoïsme et que le péché est devenu en lui une habitude invétérée, il serait absurde de supposer que les mêmes motifs qui n'ont pas suffi à l'empêcher de tomber dans le péché, puissent l'en retirer. Par la chute, les motifs que présente la loi se trouvent avoir perdu une partie de leur influence ; ils exercent même une influence opposée à celle qu'ils avaient auparavant. Par le fait qu'ils s'adressent à un être égoïste, ils tendent à faire abonder le péché. C'est là l'expérience de tout pécheur. Voir la spiritualité de la loi, sans voir les motifs évangéliques qui la font aimer, provoque l'orgueil, excite la rébellion et endurcit le coeur. Les pénalités de la loi ne tendent pas du tout à produire l'amour, directement du moins. Elles peuvent l'accroître chez ceux qui le possèdent déjà, alors qu'ils les considèrent comme des manifestations de l'infinie sainteté de Dieu. Et c'est ce qui arrive chez les anges et chez les hommes régénérés quand ils considèrent la convenance de ces pénalités et qu'ils y voient l'expression de l'excellente volonté de Dieu à l'égard de ses créatures; mais chez l'homme égoïste, il en est autrement. Il voit le châtiment suspendu sur sa tête, sans aucun moyen d'y échapper. S'attendra-t-il à ce qu'il s'éprenne d'amour pour Celui qui tient la foudre suspendue sur sa tête? Il s'enfuira plutôt de lui. Les écrivains inspirés ne semblent pas avoir jamais eu la pensée que la loi par elle-même pût sanctifier l'homme. Elle a té formulée pour tuer plutôt que pour faire vivre ; elle devait détruire à jamais chez l'homme toute illusion de propre justice et le contraindre ainsi à fuir vers Christ. La doctrine de la justification par la foi, au contraire, eut produire, et produit en effet une réelle obéissance aux préceptes de la loi; elle ne supprime pas la loi comme règle du devoir, elle ne met de côté que ses pénalités. La prédication de la justification, comme don purement gratuit accordé à un simple acte de foi, est la seule voie par laquelle l'obéissance à la loi puisse être obtenue. C'est ce que je vais montrer par les considérations suivantes : 1. La justification par la foi délivre l'esprit du fardeau des soucis égoïstes à l'égard du salut. Tant que la loi absorbe notre attention, nous sommes mus par l'espérance et la crainte qui perpétuent en nous les efforts purement, égoïstes. Mais la justification par la foi met fin à cet esprit de servitude. « Vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; » dit l'apôtre Paul. La justification, don gratuit, engendre l'amour et la gratitude envers Dieu et dispose l'âme à goûter les douceurs de la sainteté. 2. La justification par la foi délivre l'esprit de la dure nécessité où il se trouvait de faire de son propre salut son suprême. Celui qui croit au plan du salut tel qu'il est présenté par l'Evangile, trouve un salut tout préparé pour lui, salut qui renferme tout, pardon, sanctification et vie éternelle ; au lieu de commencer une vie de pharisien, vie d'efforts laborieux qui l'épuiseraient, il reçoit le salut comme un don purement gratuit; c'est ainsi qu'il se trouve libre pour exercer la bienveillance désintéressée, et pour ne plus vivre que pour le salut des autres, en abandonnant sa propre âme sans réserve à Christ. 3. Le fait que Dieu a pourvu à son salut et le lui a donné d'une manière purement gratuite, est fait pour éveiller chez le croyant le souci du salut des autres; quand il les voit périr dans l'ignorance et les ténèbres, il est pris du désir de les amener à la connaissance de la vérité et à l'acceptation du salut. Il est ainsi bien éloigné de tout motif égoïste. La justification par la foi manifeste Dieu non comme un ennemi irréconciliable, ainsi que le fait la loi, mais comme un père offensé et affligé, désirant ardemment que ses enfants soient réconciliés avec lui et qu'ils vivent; ce qui est fait pour produire l'amour. L'Evangile nous montre Dieu faisant le plus grand sacrifice pour réconcilier le pécheur avec soi et cela sans autre pensée que le bonheur de la créature. Essayez de cette méthode-là dans l'éducation de vos enfants. J'ai entendu un père raconter qu'il avait essayé d'imiter, dans sa famille, le gouvernement de Dieu. Son enfant s'étant mal conduit, il s'était entretenu avec lui, il lui avait montré ses fautes, et quand l'enfant avait été pleinement convaincu de son tort, confondu et condamné dans sa conscience, il lui avait posé la question : « Mérites-tu d'être puni? « Oui, avait répondu l'enfant. » « Maintenant, avait reparti le père, si je te dispensais purement et simplement du châtiment, négligeant de reprendre le péché, quelle influence cela aurait-il sur mes autres enfants? Plutôt que de le faire, j'endurerai moi-même la punition. » Et il s'était appliqué à lui-même la punition due à l'enfant. L'effet avait été merveilleux ; la parfaite soumission, qu'aucun autre moyen n'avait pu produire, fut obtenue par celui-là. Selon les lois de notre esprit, il devait en être ainsi. La grâce affecte l'esprit et le coeur tout autrement que la loi. 4. La justification par la foi place l'esprit sous des influences entièrement nouvelles ; elle lui donne la liberté nécessaire pour apprécier les raisons d'être saint, et pour se décider selon ces raisons. Sous la loi, la crainte et l'espérance sont les seuls motifs qui puissent agir sur l'esprit du pécheur. Mais quand l'Evangile est accepté, ces deux motifs perdent leur pouvoir, un nouvel ordre de considérations se présente, tout le caractère de Dieu se dévoile et exerce son influence sur celui qui le contemple. L'Evangile manifeste les traits du caractère de Dieu les plus propres à briser le coeur du pécheur et à détruire le péché en lui. Il révèle aux sens Dieu incarné dans la nature humaine. Il manifeste son désintéressement. Quand les enfants de Dieu voient ce même Dieu saint qui donna la loi, s'émouvoir de compassion pour des rebelles, leur tendre ses bras paternels, leur donner son Fils bien-aimé, et travailler à leur salut avec une sollicitude qui ne se dément jamais, ne pensez-vous pas qu'il y ait là de quoi fortifier les motifs de leur amour et de leur obéissance? Le démon, qui est un être purement égoïste, accuse sans cesse les autres d'égoïsme. « Est-ce d'une manière désintéressée que Job craint Dieu? » De même auprès de nos premiers parents, il accusa Dieu d'égoïsme, en prétendant que Dieu n'avait été porté à leur interdire le fruit de l'arbre de la connaissance que par la crainte de les voir s'égaler à lui par leur savoir. L'Evangile révèle ce qu'est Dieu. S'il était égoïste, il ne montrerait pas une si grande et si persévérante sollicitude pour le salut de pécheurs que d'un mot il pourrait anéantir. Rien n'est propre à rendre l'égoïste honteux de son égoïsme comme la vue de la bienveillance désintéressée chez les autres. De là vient que le méchant s'efforce toujours de paraître désintéressé. Que l'égoïste à qui il reste un peu de coeur soit le témoin et l'objet d'une bienveillance sincère, il sera couvert de confusion. C'est ce qui a fait dire au Sage : « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger; s'il a soif, donne-lui de l'eau à boire. Car ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête. » Rien, en effet, n'est puissant comme la bienveillance pour dompter un ennemi et en faire un ami. C'est là le moyen qu'emploie l'Evangile à l'égard des pécheurs. Il en est comme d'un homme condamné à mort pour crime de rébellion. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour se recommander à la clémence du gouvernement, mais en vain, parce que toutes ses démarches portent l'empreinte de son égoïsme et de la sécheresse de son cœur. Cependant, contre toute espérance, arrive une lettre de ce même gouvernement qui lui offre sa grâce à condition qu'il la recevra comme un don purement gratuit. Quel effet cette lettre produira-t-elle sur lui? Dès qu'il verra le châtiment écarté sans qu'il ait plus aucun effort à faire pour se justifier, il sera rempli d'admiration pour une telle délivrance. Et maintenant, qu'il apprenne que son gouvernement a fait les plus grands sacrifices pour lui procurer cette délivrance, son égoïsme en recevra le coup de mort, son coeur se fonsdra, il tombera comme un petit enfant aux pieds du souverain qui lui accorde une telle grâce, et désormais la loi le trouvera toujours prêt à l'obéissance parce qu'il aime son souverain. 5. La foi assure la sanctification en plaçant l'âme sous le pouvoir de motifs capables de la produire. Elle donne aux éternelles vérités accès dans l'esprit et prise sur leur coeur. En ce monde, les motifs temporels s'adressent à nos sens; dans le ciel, au contraire, les motifs qui influencent les bienheureux ne sont point de ceux qui peuvent agir sur nos sens. La foi fait disparaître le mur de séparation qui se trouve entre la terre et le ciel ; par elle, les réalités infinies de l'éternité agissent sur notre esprit de la même manière que sur celui des bienheureux. L'esprit est le même partout, et n'étaient les ténèbres de l'incrédulité, les hommes vivraient ici-bas comme on vit dans le monde invisible. On verrait les pécheurs en furie, vomissant leurs blasphèmes exactement comme on fait dans l'enfer, tandis que les saints aimeraient serviraient et loueraient Dieu exactement comme on fait dans le ciel. La foi rend les choses à venir présentes et réelles; elle délivre l'esprit de toutes les entraves de ce monde; elle saisit Dieu, sa loi et son amour, motifs qui ne peuvent pas agir sur l'esprit autrement que par elle. Quelle action profonde la foi n'exerce-t-elle pas sur l'âme, quand c'est de l'amour de Christ qu'elle s'empare ! quelle puissance de vie ne devient-elle pas quand, grâce à elle, les purs motifs de l'Evangile se saisissent du cœur et le remuent avec l'énergie même de Dieu! Chaque chrétien sait que son esprit est libre, puissant et actif à proportion que sa foi est forte; tandis qu'au contraire son âme n'est que faiblesse et obscurité quand sa foi défaille. Seule la foi rend capable de comparer avec justesse les choses temporelles avec les choses éternelles; seule elle remet les unes et les autres à leur vraie place en leur donnant leur vraie valeur. Elle détruit les illusions, délivre l'âme de ses erreurs et de ses entraves, la relève et la réintègre dans la communion de Dieu. REMARQUES 1. Il n'est ni philosophique ni scripturaire d'essayer de convertir et de sanctifier les âmes sans leur présenter les motifs de l'Evangile. Vous pouvez, la loi en main, presser le pécheur de se convertir, vous pouvez lui montrer la grandeur et la justice de Dieu, vous pouvez lui montrer son état de perdition ; mais tant que vous lui cacherez l'Evangile, tout sera vain. 2. Il est absurde de penser que la grâce offerte par l'Evangile soit de nature à produire une espérance égoïste. Quelques personnes craignent de faire connaître au pécheur tous les traits du caractère de Dieu ; elles s'efforcent de le jeter dans le désespoir afin de le soumettre à Dieu. Ce procédé n'est pas seulement contraire à l'Evangile, il est encore absurde en lui-même. Il est, en effet, absurde de penser que pour détruire l'égoïsme du pécheur, il faille lui cacher la grandeur de l'amour et de la pitié que Dieu ressent pour lui, et ne rien lui dire de l'immensité du sacrifice que l'amour divin a accompli afin de le sauver. 3. Il est si peu vrai qu'en faisant connaître au pécheur toute l'étendue des compassions de Dieu, on s'expose à lui donner de fausses espérances, qu'au contraire, en les lui laissant ignorer, vous le mettez au point de ne pouvoir entretenir qu'une espérance fausse. En effet, cacher au pécheur qui se débat sous une conviction poignante de péché que Dieu a pourvu à son salut par un don purement gratuit, c'est le vrai moyen de l'endurcir dans son égoïsme. Et s'il parvient, en cette position, à concevoir quelque espérance, cette espérance ne peut être qu'illusoire. La soumission obtenue par la, loi seule ne peut être que la fausse soumission du propre juste. 4. Pour autant que nous pouvons le savoir, le salut par grâce, — salut qui n'est obtenu à aucun degré par le mérite de nos propres oeuvres, — est la seule voie possible pour obtenir la régénération du pécheur égoïste. Supposez que le salut ne soit pas absolument gratuit, mais qu'il soit attribué en quelque mesure à nos bonnes oeuvres; il stimulera notre égoïsme dans la proportion où nos bonnes oeuvres auront été prises en considération. Il faut amener le pécheur à ce qu'il se voie dans une dépendance absolue de la libre grâce de Dieu; il faut qu'il reconnaisse qu'une justification complète et parfaite est accordée comme un don purement gratuit au premier acte de foi, non en retour d'une oeuvre quelconque qu'il aurait à accomplir. Une telle justification est la seule qui puisse détruire l'égoïsme et produire la sainteté. 5. Si tout ceci est vrai, les pécheurs doivent être mis le plus vite possible en pleine possession de tout le plan du salut; il faut qu'ils en aient la connaissance la plus complète possible. Il faut leur faire connaître la loi et leur propre culpabilité; il faut qu'ils voient la complète impossibilité où ils sont de se sauver par eux-mêmes. Il faut ensuite leur faire connaître le plus possible « la longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur de l'amour de Dieu; » plus vous y réussirez, plus vous crucifierez leur égoïsme, et vous soumettrez leur âme à Dieu dans l'amour. En conversant donc avec les pécheurs, ne craignez pas de leur donner au plus tôt la complète connaissance de tout le plan du salut et des compassions infinies de Dieu. Montrez-leur que malgré leur culpabilité, le Fils de Dieu frappe à la porte de leur coeur les suppliant de se laisser réconcilier avec Dieu. 6. Vous voyez pourquoi tant de pécheurs convaincus en restent au Sinaï; faisant, dans leur propre justice, tous les efforts possibles pour se sauver par leurs propres oeuvres. Qu'il est fréquent de voir le pécheur s'efforçant, avant de se convertir, de sentir davantage, ou attendant d'avoir fait plus de prières, ou de plus grands efforts, pensant se recommander ainsi à Dieu! Il faut détourner le regard du pécheur de toutes ces choses, il faut lui montrer que, par tous ces délais et toutes ces demandes préliminaires, il ne fait pas autre chose que chercher son salut dans la loi, et que tout cela, est rendu plus que superflu par l'Evangile qui lui offre à titre gratuit tout ce dont il a besoin. Il faut qu'il entende la voix de Jésus qui lui crie: « Tu ne veux pas venir à moi pour avoir la vie; tu veux bien prier, aller aux réunions religieuses, lire la Bible, faire toute sorte de choses, excepté la seule qui puisse te sauver : venir à moi. » 7. Vous comprenez pourquoi tant de gens qui font profession d'être chrétiens restent cependant toujours dans les ténèbres. Ils regardent, toujours à leurs péchés et ne contemplent que leur propre personne. Ils oublient qu'ils n'ont autre chose à faire qu'à saisir Christ et à se reposer sur lui ; qu'ainsi tout ira bien. 8. La loi est utile pour convaincre de péché ; mais (c'est un fait qu'on ne peut nier) elle ne brise jamais le coeur du pécheur; l'Evangile en est seul capable. Et vous pouvez observer que le nouveau converti a le coeur brisé en proportion du degré de clarté avec lequel l'Evangile lui est apparu. 9. Les convertis, — si vous voulez leur donner ce nom, — qui suivent une prédication légale, et qui, au point de vue même de cette prédication, entretiennent des espérances de vie éternelle, peuvent donner à la loi une approbation intellectuelle, avoir un zèle aride, mais ils ne seront jamais des chrétiens au coeur doux et humble. S'ils n'ont pas connu Dieu tel qu'il se présente à nous dans l'Evangile, ils ne ressembleront jamais à ces chrétiens bienheureux tels que nous en connaissons quelques-uns, coeurs simples et purs qui, au nom de Jésus, tressaillent d'émotion jusque dans leurs dernières profondeurs. 10. Les pécheurs qui sont convaincus de péché et les chrétiens de profession qui sont dans les ténèbres, doivent être conduits les uns et les autres droit à Christ pour saisir en lui le plan du salut par la foi. Il n'y a pas d'autre moyen de leur faire du bien.

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