A CEUX QUI FONT PROFESSION D'ETRE CHRETIENS (Finney Ch.) 10 et 11/25

13:16Ministere MotsdeDieu

X° DISCOURS MALHONNETE DANS LES PETITES CHOSES, MALHONNETE EN TOUT. « Celui qui est injuste dans les petites choses l'est aussi dans les grandes.» Luc XVI :10. C'est le principe que pose Jésus-Christ, et que je me propose d'exposer en montrant successivement : I. En quel sens il ne faut pas le prendre. II. Ce qu'il signifie. III. Je prouverai ce qu'il affirme, à savoir que celui qui est malhonnête dans les petites choses, n'est en réalité pas honnête du tout. IV. Je montrerai par quel principe agissent ceux qui, malhonnêtes dans les petites choses, semblent être honnêtes et même religieux dans les 'grandes. V. Je mentionnerai plusieurs cas où l'on manque souvent de principes dans les petites choses. I. Le sens que je ne donne pas au principe. Je ne veux pas dire que si une personne est malhonnête dans les petites choses et se fait indûment de petits profits en de petites affaires, il soit certain que dans les affaires de grande importance, cette personne ne se conformera pas aux règles généralement admises de la loyauté commerciale. Je ne veux pas dire que si un homme commet de petits vols ou se rend coupable de légères déprédations, il deviendra infailliblement un voleur de grand chemin. Il pourra, en effet, avoir bien des raisons pour ne pas commettre des délits plus graves. Je ne veux pas dire que si l'on tolère en soi des pensées impures, on en arrivera certainement à commettre l'adultère. Que si l'on nourrit dans son coeur des pensées de convoitise, on ne manquera pas d'en arriver à commettre le vol. Que si l'on se livre à des sentiments malveillants envers quelqu'un, on sera fatalement conduit au meurtre. Ou que si l'on tient un de ses semblables dans l'esclavage et qu'on le prive d'instruction et de tous les droits de l'homme, on en arrivera certainement à commettre d'autres crimes d'une pareille énormité. Ou encore que si quelqu'un fait tort au gouvernement en de petites choses, comme l'affranchissement des lettres, les droits de douane, etc., il pillera le trésor public. II. Quel est donc le sens du principe que pose ici Jésus-Christ, à savoir que si l'on est malhonnête dans les petites choses, l'on n'est réellement honnête en rien ? J'entends ce principe en ce sens que si quelqu'un est malhonnête dans les petites choses, cela montre qu'en aucune chose il n'agit par principe. Il est donc certain que ce n'est pas la réelle honnêteté du cœur qui le conduit à agir correctement dans les grandes choses. Il obéit à des motifs d'un autre ordre lorsqu'il paraît agir honnêtement dans les grandes choses tandis qu'il agit malhonnêtement dans les petites. III. Preuve de la vérité du principe. Je ne veux pas le tenir pour accordé, malgré la déclaration formelle du Seigneur Jésus-Christ. Je désire au contraire mentionner plusieurs considérations à l'appui. Elles ne seront pas superflues, car on se figure généralement qu'il est possible d'être honnête dans les grandes choses et de mériter la réputation d'honnête homme, tout en étant coupable de malhonnêteté dans les petites choses. 1. Si un homme était pénétré d'un profond respect pour l'autorité de Dieu, et si c'était là la disposition habituelle de son âme, cette disposition se manifesterait tout aussi bien dans les petites choses que dans les grandes. J'ajoute même que dans les petites choses, il est plus sûr encore qu'un tel homme agira consciencieusement, parce qu'ici la tentation à s'écarter de la droite voie sera plus faible. Qu'est-ce que l'honnêteté? Si un homme n'a pas d'autres motifs pour agir honnêtement que l'égoïsme, le démon est aussi honnête que lui; car je ne doute pas que le démon ne soit honnête dans ses rapports avec les autres mauvais esprits autant que le demande son propre intérêt. Mais, est-ce là de l'honnêteté ? — Certainement non ! Si donc un homme n'a pas de motifs plus élevés pour agir honnêtement, il n'est pas honnête du tout. 2. Il est certain que si quelqu'un est malhonnête dans les petites choses, ce n'est pas l'amour de Dieu qui est le principe de ses actions. Autrement, il sentirait que la malhonnêteté dans les petites choses est tout aussi incompatible avec cet amour que la malhonnêteté dans les grandes. Celle-là est une violation de la loi de Dieu aussi réelle que celle-ci, et celui qui aime véritablement. Dieu ne se permettra pas plus l'une que l'autre. 3. Il est certain que celui qui est malhonnête dans les petites choses n'est pas inspiré par un réel amour pour le prochain tel que le requiert la loi de Dieu. S'il aimait son prochain comme lui-même, il ne voulait pas plus lui faire du tort dans les petites choses que dans les grandes. On s'expliquerait même mieux qu'il dans quelque grande chose, sous l'empire d'une puissante tentation. Rappelez-vous l'histoire de Job. Ce patriarche aimait vraiment Dieu et vous savez quelle souffrance il endura sans jamais vouloir prononcer un mot qui pût donner tort à Dieu. Quand sa détresse devint intolérable et que son âme entièrement dans les ténèbres ne pouvait trouver aucune raison à tant de souffrances; quand sa femme elle-même osa l'inciter à maudire Dieu avant de mourir, il demeura ferme et dit : « Tu parles comme une femme insensée. Quoi! nous recevons de Dieu les biens et nous n'en recevrions pas les maux! » Supposez-vous que Job aurait abandonné son intégrité en de petites choses ou dans de petites tentations? Jamais! Il aimait Dieu. Montrez-moi un homme qui aime aiment son prochain, vous ne le verrez pas lui faire du tort en cédant à de légères tentations. IV. J'examinerai quelques-uns des mobiles qui font agir celui qui, malhonnête dans les petites choses, semble néanmoins honnête dans les grandes. Au premier abord, il semble que les faits contredisent notre texte. Jésus-Christ a dit : « Celui qui est injuste dans les petites choses, le sera aussi dans les grandes. » Or, il y a beaucoup de gens qui dans les petites choses manquent visiblement de principes et qui dans les grandes semblent honorables et même pieux. Comment expliquer cela? La contradiction disparaîtra dès que nous aurons montré qu'ici l'honnêteté apparente dans les grandes choses s'explique par des motifs qui n'ont rien de commun avec l'intégrité du coeur. 1. On peut agir honnêtement dans les grandes choses par crainte du déshonneur. On sait que certaines petites choses peu avouables ne parviendront certainement pas à la connaissance du public, qu'on ne fera pas du bruit pour si peu, aussi se les permet-on; mais on se garde bien de se conduire d'une manière répréhensible en des choses plus importantes, parce qu'on sait que cela ferait du bruit. Ce qui revient à dire qu'une considération égoïste l'emporte sur une autre. Toujours égoïsme et non pas honnêteté ! Un commerçant voit qu'il se ferait grand tort s'il était malhonnête avec des hommes d'affaires, aussi traitera-t-il honnêtement avec eux pour d'importantes sommes ; mais en de petites choses, où il ne risque pas de compromettre sa réputation, il fera autant de profits illicites qu'il pourra. Il paiera une couturière un peu moins que cela n'est juste, tandis qu'il se gardera bien de tromper sur une balle de marchandise. Quand il a affaire à un homme qui n'a ni crédit, ni rang dans la société, il lui extorque quelques sous, vu qu'il n'y a pas là de scandale à craindre; mais aucune considération ne le déterminera à faire un acte qui l'exposerait au blâme et au mépris du public. 2. La crainte des lois humaines peut porter un homme à agir honnêtement en des choses que la loi prendrait en considération ; tandis qu'en de petites choses que la loi dédaigne, ce même homme se permettra d'agir frauduleusement. 3. L'amour de la louange porte beaucoup de gens à agir extérieurement d'une manière honnête, honorable, et même pieuse, en ce qui doit, selon toute apparence, arriver à la connaissance du public. On retiendra injustement quelques sous à un pauvre ouvrier sur le prix de son travail, tandis que dans les grandes occasions, on fera montre d'une libéralité princière. Les mêmes hommes qui font preuve de la plus sordide avarice vis-à-vis de leurs domestiques, de leurs couturières, et autres pauvres gens qu'ils emploient, leur disputant jusqu'au dernier centime, enverront par un hiver rigoureux des charretées de combustibles pour les pauvres, ou donne ont de grosses sommes d'argent aux différents comités de bienfaisance. Il est visible qu'ils agissent par amour pour la louange, c'est-à-dire par amour pour eux-mêmes, et non par amour pour Dieu et pour les hommes. 4. La peur de Dieu. On sera effrayé à la pensée de la colère de Dieu, de sorte que l'on se gardera de commettre des actes malhonnêtes de quelque importance; mais l'on sera malhonnête en de petites choses parce que l'on suppose que Dieu ne prendra pas garde à ces bagatelles. 5. L'homme peut mettre un frein à ses convoitises pour obéir à un sentiment de propre justice. Il agira honnêtement dans les grandes choses afin de conserver la bonne opinion qu'il a de lui-même; tandis que dans de petites choses il agira comme un coquin. J'ai dit en commençant que si un homme se permet un gain déshonnête en de petites choses, il n'en faut pas conclure que cet homme n'agira jamais avec une apparente droiture. 6. On peut, en effet, agir correctement dans les grandes choses sous l'empire des motifs les plus divers. Tel qui commet de petits larcins peut avoir beaucoup de raisons (où l'honnêteté n'a rien à voir) pour ne pas se livrer au brigandage sur les grands chemins et pour ne pas pratiquer l'enlèvement des porte-monnaie dans les foules. Il peut n'avoir pas assez de courage, ou d'adresse, ou d'énergie; il peut avoir peur de la loi, peur du déshonneur, et bien d'autres motifs de la même espèce. On peut tolérer habituellement en soi des pensées impures sans arriver à commettre l'adultère. On peut être retenu non par un principe moral, mais par la frayeur, par le manque d'occasion, par toutes sortes de raisons. Mais il est certain que celui qui tolère en son âme des pensées, impures, agira d'une manière impure chaque fois qu'il n'y aura pas quelque raison étrangère à l'amour de Dieu pour l'en détourner. Un homme peut aimer l'argent et ne pas voler ; mais il est animé d'un esprit qui le conduirait au vol, s'il n'était retenu par des motifs tirés de son intérêt personnel et des circonstances ou il se trouve. Un homme peut être colère et néanmoins ne jamais tuer quelqu'un dans sa colère. Mais sa haine le conduirait au meurtre s'il n'existait pas de motif intéressé qui s'y opposât. Un homme peut opprimer son semblable, le tenir en esclavage, le priver d'instruction, le forcer à travailler pour lui, sans aucun salaire; et cependant ne pas commettre le meurtre proprement dit, ne pas aller non plus en Afrique faire la traite des esclaves, et cela parce qu'il ne veut pas mettre en péril sa réputation et sa vie. En effet, si pour satisfaire son orgueil et son avarice, il dépouille son semblable de tout ce qui rend la vie désirable, ce n'est certainement pas par principe, je veux dire par amour pour Dieu ou pour l'homme, qu'il s'abstient d'aller plus loin dans la voie du crime. De même, un individu qui vole au trésor des Etats-Unis les dix-huit centimes requis pour le port d'une lettre, ne sera pas empêché par ses principes de mettre le trésor à sec, s'il peut le faire avec la même espérance d'impunité. Les mêmes raisons qui lui permettent de faire l'un, lui permettront de faire l'autre. Encore un exemple. Un homme se rend coupable d'exagération en racontant ce qu'il a vu, ou bien il présente les faits sous un jour qui n'est pas le vrai; et cependant il n'oserait pas faire un grossier mensonge. Il est pourtant clair que s'il exagère, s'il colore et dénature les faits avec l'intention de les faire paraître autres qu'ils ne sont, il ment réellement; et il en viendra à faire de grossiers mensonges quand son intérêt le demandera et qu'il ne sera plus retenu par aucune autre raison que le respect dû à la vérité. V. Je mentionnerai quelques cas où bien des gens sont malhonnêtes dans les petites choses, tandis qu'ils semblent honnêtes et même pieux dans les grandes. 1. On rencontre souvent des gens qui font preuve d'un manque de principe presque absolu en ce qui concerne le paient de toutes sortes de petites dettes, tandis qu'ils mettent beaucoup de soin et d'exactitude à payer les traites des banquiers et à faire honneur à leurs affaires. Voici par exemple un homme qui s'abonne à un journal; le prix en est minime, de sorte que l'éditeur ne pourrait pas envoyer un agent spécial pour recueillir le prix des abonnements; aussi notre homme attend-il des années avant de payer le sien, et peut-être ne le paie-t-il jamais. Ce même homme aurait remué ciel et terre plutôt que de ne pas payer à leur échéance les traites qui lui viennent du banquier. Et pourquoi? Parce que s'il ne les payait pas, elles seraient protestées et son crédit en souffrirait. Mais une petite dette de quatre ou cinq francs pour un journal n'occasionnera pas un protêt, il le sait bien, aussi ne s’en met-il point en peine ; tant pis pour l’éditeur qui sera dans l’embarras et qui devra faire des frais pour recouvrer son argent, ou s'en passer! Evidemment cet homme ne paie pas les traites du banquier par vraie honnêteté, mais uniquement par égard pour son propre crédit et pour ses propres intérêts. 2. Voici un industriel qui emploie des couturières et pour pouvoir vendre meilleur marché que ses concurrents, il paie leur travail au-dessous de sa valeur. Il est clair que cet homme n'est honnête en aucune chose; s'il semble l'être dans ses transactions publiques, ce n'est pas lui qu'il faut en remercier, car il ne faut pas en chercher la cause dans l'honnêteté de son coeur, mais bien dans son intérêt. 3. Chez d'autres, l'absence de principe se montre dans les petits vols qu'ils se permettent. S'ils sont pensionnaires dans une maison, ils voleront du combustible, par exemple. Ils ne veulent pas faire la dépense d'en acheter; il ne leur en faut qu'un peu pour faire de temps en temps du feu le matin ; aussi en prendront-ils une poignée dans la provision du voisin quand le besoin s'en fera sentir. Celui qui agit de la sorte montre que son coeur est entièrement perverti. Un individu était assis dans une chambre où un monsieur avait laissé sur la table un grand verre de vin et une cruche d'eau. Le monsieur sortit de la chambre et laissa par mégarde la porte légèrement entre baillée; se retournant, il vit alors l'individu qui buvait une portion du vin, puis qui, pour cacher son méfait, achevait de remplir le verre avec l'eau de la cruche. Il est clair que cet individu prouvait par là qu'il aimait le vin, et que son honnêteté ne l'empêchait pas de voler; il montrait que ses principes devaient faire, de lui un ivrogne, s'il en avait les moyens, et un voleur s'il en avait l'occasion. En fait et en regardant au coeur, — c'est au coeur que Dieu regarde, — il était tout à la fois un ivrogne et un voleur. 4. Bien des gens agissent malhonnêtement à l'égard d'objets perdus par autrui, surtout quand il s'agit de quelque objet de peu de valeur. Ils ont trouvé un canif ou un porte-crayon peut-être, et ils ne font pas de recherches pour en trouver le propriétaire, même quand ils ont quelque raison de soupçonner quel il peut être. Il est clair qu'ils feraient de même pour un portefeuille plein de billets de banque, s'il y avait chance égale de n'être pas connu. Cependant les mêmes gens, trouvant un portefeuille contenant vingt mille francs en billets de banque, publieront la chose dans les journaux et en feront grand tapage, faisant profession d'être des prodiges d'honnêteté. Le tout parce qu'ils savent bien que l'on ferait des recherches, que les billets sont numérotés, qu'ils seraient découverts, etc. Merveilleuse honnêteté que celle-là ! 5. Beaucoup de gens se taisent sur de petites erreurs qui sont faites en leur faveur dans des règlements de compte, ou en changeant des valeurs, etc. Il est clair qu'il ne manque à ces gens-là que l'occasion, avec chance d'impunité, pour commettre des détournements beaucoup plus considérables. 6. On se permettra de la petite contrebande; cela est fréquent. Combien de gens qui, revenant d'Angleterre, s'arrangent pour passer en contrebande quantité de petits articles ; ils pensent, que ce qu'ils font là n'est pas grave, vu que la somme qu'ils économisent ainsi est petite. Mais plus elle est petite, et plus le soin qu'ils auraient mis à la payer aurait mis en évidence leur intégrité et leur respect pour la loi. Le fait que la tentation est petite et qu'elle est cependant plus forte en eux que le principe de l'honnêteté, montre combien est faible en eux ce principe. Ces mêmes gens pas seraient en contrebande un navire s'ils pouvaient le faire avec la même facilité et la même impunité. Si l'on peut consentir à vendre son intégrité pour une petite somme, on n'aura pas d'objection à la vendre pour une grande. 7. On fraudera la poste en mainte petite chose (1) (1) Suit, dans l'anglais, la mention d'un abus qui a disparu depuis l'invention des timbres-poste. Supprimée ici, en conséquence: en revanche, numéros 8 et 9, ajoutés. (Trad.) 8. Beaucoup de gens empruntent des livres, et ne se mettent pas en peine de les rendre. Ils n'y mettent ni soin, ni importance, ni conscience. Ils les oublient eux-mêmes; ou bien ils pensent que le prêteur les oublie; ou bien encore, ils pensent que s'ils ne les rendent pas, le prêteur attribuera le fait à un oubli de leur part. Dans tous les cas, pensent-ils, les conséquences n'en sont pas graves. Mais le principe? Votre conduite ne montre-t-elle pas qu'il n'a aucune puissance en vous? Et s'il n'a pas de puissance dans les petites choses, est-ce à lui que sera la puissance dans les grandes? 9. Falsifications de marchandises. Vin, denrées alimentaires, lait, etc. etc. Encore ici, beaucoup de gens montrent une totale absence de principe. Un peu d'eau dans le lait, peu de chose, disent-ils. — Peu de chose? Cependant vous cherchez à en mettre le plus que l'on peut, en mettre sans s'attirer du désagrément. Vous en mettez donc autant que vous pouvez. Et pourquoi? Parce que votre propre intérêt, votre égoïsme le veut ainsi, D'autre part, il est vrai, vous en mettez peu, peu en comparaison de ce que, matériellement, vous pourriez mettre encore. Mais si, à ce point de vue, vous en mettez peu, à quoi le devons-nous? Pas à vos principes assurément; mais à votre crainte de la police et de tous les ennuis que l'indignation de vos clients pourrait vous susciter, à votre crainte du déshonneur et de la ruine de votre industrie, c'est-à-dire encore une fois à votre propre intérêt, à votre égoïsme. L'égoïsme est donc ici le seul principe. C'est lui qui vous fait mettre une si forte proportion d'eau et c'est encore lui qui s'oppose à ce que cette proportion soit plus forte. Si vous n'avez en ces petites choses d'autre principe que l'égoïsme, comment peut-on supposer que ce soit l'amour de Dieu et des hommes qui vous inspire en des choses plus considérables? REMARQUES 1. L'état réel du coeur de l'homme se manifeste souvent avec plus d'évidence dans les petites choses que dans les grandes. A cet égard, les hommes sont souvent dans une grande erreur; ils pensent que leur honnêteté dans les grandes choses prouve l'honnêteté de leur coeur, en dépit de la déloyauté dont ils font preuve dans les petites choses. C'est pourquoi ils ne manquent pas d'être sur leurs gardes dans les grandes choses, tandis qu'ils sont pleins d'insouciance dans les petites; c'est ainsi qu'ils manifestent le véritable état de leur coeur. Ils ne voient pas que leur honnêteté dans les grandes choses découle d'un principe mauvais; qu'elle procède du DÉSIR DE PARAÎTRE honnête et non pas de la DÉTERMINATION D'ÊTRE honnête. Ils ne font pas attention à leurs petites fraudes, parce que leur attention se porte sur celles des manifestations de leur caractère qui paraissent le plus en public, et qu'ils tiennent leur honnêteté pour bien établie, tandis que leur coeur est profondément corrompu. Celui qui s'écarte de la stricte intégrité dans de petites choses quand il n'est pas surveillé, ne se conduit pas par principe, ce n'est pas l'honnêteté du coeur qui le fait agir. Si vous voulez connaître votre vrai caractère, examinez votre coeur et observez comment la disposition qui y domine se manifeste dans les petites choses. Vous êtes, par exemple, employé au service d'autrui et vous ne vous faites aucun scrupule de flâner de temps en temps, quand votre maître n'y est pas. Dans ces moments-là vous abandonnez le travail ou vous le faites mal, ce que vous ne feriez pas sous les yeux de votre maître. L'homme qui agit de la sorte est complètement (1) malhonnête et ne mérite aucune confiance; il prendrait de l'argent dans la bourse de son maître s'il n'était pas retenu par la crainte d'être découvert ou par tout autre motif également égoïste. On ne pourra se fier à lui que dans les circonstances où son intérêt exigera de lui une conduite honnête. Ceux qui, le sachant et le voulant, rapportent inexactement dans leurs conversations les faits qu'ils connaissent, seront faux témoins devant les tribunaux quand ils y seront poussés par l'intérêt et que l'impunité leur sera assurée. Ils ne disent jamais la vérité parce qu'elle est la vérité; ils ne la disent pas parce qu'ils l'aiment. N'ayez jamais confiance en eux. Ceux qui sont impurs dans leurs paroles, le seront dans leur conduite, moyennant opportunité et impunité. Tenez à distance tout homme et toute femme qui se permettra des discours impurs, ne fût-ce qu'en conversant avec ceux de son sexe. Ceux qui sont chastes par principe n'auront pas moins d'éloignement pour les paroles impures que pour les actes impurs. Ils auront, en horreur « même la tunique souillée par la chair. » (1) Complètement, dit Finney; peut-être n'en sera-t-il pas ainsi aux yeux des hommes, qui regardent aux apparences; mais il en sera ainsi aux yeux de Dieu qui regarde au coeur; il en sera ainsi en réalité. (Trad.) 2. Quiconque se livre volontairement à un péché quelconque montre par là qu'il ne s'abstient pas des autres péchés parce qu'ils sont des péchés. S'il haïssait le péché comme tel, il ne se livrerait pas plus à un péché qu'à un autre. Si quelqu'un s'en va choisir parmi les péchés évitant l'un, pratiquant l'autre, il est évident qu'il ne s'abstient d'aucun péché par haine du péché ou par respect pour l'autorité de Dieu (1). (1) Nous omettons ici, à propos de l'oeuvre de la tempérance, une remarque qui, à sa place en Amérique, ne le serait pas parmi nous. (Trad.) 3. Celui qui pour gagner de l'argent vend des liqueurs enivrantes et présente à sou prochain la coupe qui va ruiner son corps et son âme; consentirait à vendre son semblable comme esclave, s'il y trouvait son bénéfice et sa convenance, et s'il pouvait, le faire avec impunité. Si l'égoïsme est si puissant en lui, qu'il puisse consentir à donner des liqueurs fortes à son prochain, afin d'en retirer de l'argent, l'égoïsme seul, sous quelque autre forme venant à prévaloir sur l'amour de l'argent, pourra l'empêcher d'assassiner son prochain ou de le vendre comme esclave. Il peut aimer assez sa réputation, craindre assez les pénalités de la loi humaine, ou redouter assez la destruction de sa propre âme pour renoncer à commettre un pareil crime; mais ce n'est certainement pas le principe de l'amour de Dieu et des hommes qui l'en préservera. 4. Celui qui tient dans l'esclavage quelques-uns de ses semblables, afin de parvenir à ses fins égoïstes, réduirait en esclavage beaucoup d'autres personnes et même tout le monde, si ses intérêts le demandaient et s'il avait pour cela les facilités qu'il a eues à l'égard des esclaves qu'il possède déjà. Si un homme s'empare des droits d'un seul de ses semblables, il n'aura aucune répugnance à s'emparer des droits de tous les hommes, s'il peut le faire avec la même impunité. Celui qui dépouille un homme noir de sa liberté et en fait un esclave, ne se fera aucun scrupule de réduire en esclavage un homme blanc, s'il rencontre pour cela des circonstances également favorables. Celui qui soutient que le travailleur noir du sud doit être tenu en esclavage, soutiendrait une thèse semblable, s'il l'osait, afin de réduire en esclavage les travailleurs blancs du nord; il se servirait pour cela des mêmes arguments; il dirait que la paix et l'ordre l'exigent et que les travailleurs s'en trouvent beaucoup mieux quand ils ont un maître qui prend soin d'eux. Le fameux argument biblique, lui aussi, se trouverait aussi bon en faveur de l'esclavage des blancs qu'en faveur de l'esclavage des noirs; il faudrait seulement avoir assez de puissance pour le traduire par des faits. Il est clair que celui qui détient, son prochain comme sa propriété, pourra de même le prendre comme sa propriété, s'il peut le faire avec la même impunité. En principe, les deux choses sont parfaitement identiques. Ce ne sont donc point leurs principes qui empêchent les esclavagistes de faire, en Afrique, le métier de voleurs d'hommes ou de faire la guerre afin de réduire en esclavage les libres travailleurs du Nord. 5. Celui qui ne veut pas renoncer à lui-même dans les petites choses afin d'avancer le règne de Dieu, ne serait pas prêt à endurer la persécution pour la cause de Dieu. Il est clair que ceux qui ne peuvent renoncer à leur confort ne voudraient ni du fouet ni du bûcher. Peut-être cependant que si la persécution venait à sévir, quelques-uns l'endureraient à cause des louanges qui leur en reviendraient; ils se piqueraient d'honneur et tiendraient à montrer leur vaillance. Il y a naturellement chez l'homme un esprit de résistance qui est souvent réveillé par la lutte et qui est capable de lui faire accepter le bûcher plutôt que de céder en un seul point. Toujours est-il que ce n'est pas le vrai amour pour la cause de l'Evangile qui pousse un homme à endurer la persécution, alors qu'il ne veut pas renoncer à lui-même dans les petites choses pour le même motif. 6. Les petites circonstances manifestent souvent le véritable état du cœur. Si nous voyons quelqu'un être malhonnête dans de petites choses, nous en conclurons naturellement qu'il le serait encore plus dans de grandes choses si les circonstances étaient également favorables. Si vous trouvez une personne qui, par vanité, porte de petits ornements, vous pouvez être sûr que le coeur de cette personne-là est encore mauvais. Si une telle personne le pouvait, elle s'adonnerait tout entière à la vanité; elle le ferait certainement, si elle n'avait pas d'autres considérations pour la retenir que le respect pour l'autorité de Dieu et l'honneur de la religion. Vous avez tous les jours dans les rues l'occasion de faire de semblables réflexions. Vous y voyez des hommes portant leurs manteaux très soigneusement arrangés sur leurs épaules, de manière à en montrer le velours ; des femmes faisant balancer dans l'air les plumets de leurs chapeaux..... Il est étonnant de voir de combien de façons l'orgueil et la perversité du coeur se montrent dans les petites choses. Vous dites que ce sont de petites choses; je le sais, et c'est précisément parce que ce sont de petites choses que je les mentionne. C'est parce qu'elles sont petites qu'elles montrent si clairement le vrai caractère des gens. Si l'orgueil n'était pas si profondément enraciné, il ne se montrerait pas en ces petites choses. Si un homme pouvait s'accorder la satisfaction d'habiter dans un palais et de vivre à l'avenant, on s'étonnerait moins qu'il succombât à une tentation si forte; mais quand sa vanité se montre dans les plus petites choses, il est évident qu'elle possède son. âme entière. Qu'il est important de connaître tout cela et de rester dans la vigilance, l'oeil ouvert sur les petites choses, de manière à savoir réellement ce que l'on est aux yeux de Dieu ! Qu'il est important de garder la plus stricte honnêteté de manière à ce qu'elle règle la conduite dans les plus petites choses aussi bien que dans les grandes ! C'est quelque chose de si beau que de voir un homme agissant dans les petites choses avec le même soin, la même conscience, la même droiture que dans les choses de la plus grande importance! Tant que ceux qui font profession de piété ne cultiveront pas cette honnêteté en toutes choses, ils seront un opprobre pour la religion. Quel immense gain ne serait-ce pas pour la cause du Seigneur, si ceux qui font profession d'être chrétiens voulaient montrer une entière honnêteté, une entière pureté en toutes choses, vis-à-vis de tout le monde, de manière à rendre la religion recommandable aux yeux des incrédules! Qu'il est fréquent de voir ceux-ci fixer leur regard sur quelque petite infidélité du chrétien et s'étonner de rencontrer semblable chose dans la vie de celui qui prétend avoir la crainte de Dieu ! C'est un sujet constant de reproches adressés à la religion que toutes ces petites malhonnêtetés dont se rendent coupables beaucoup de ceux lui la professent. Le méchant ne manque pas de raisons pour croire que ces chrétiens de nom sont dénués de tout principe d'honnêteté, que la religion qu'ils professent n'est bonne à rien et qu'il ne vaut pas la peine de l'acquérir. De quelle utilité peut-il être que cette dame parle de religion à sa servante inconvertie, quand celle-ci sait fort bien que sa maîtresse n'hésiterait pas à tromper et à tricher en quantité de petites choses? Ou à quoi servirait-il que ce marchand parlât à ses commis du salut de leurs âmes, tant qu'ils le voient peu consciencieux dans les petites choses, malgré tout le soin qu'il a de conserver les apparences de l'honnêteté dans des affaires plus considérables et mieux connues du public? Les exhortations de cet homme-là feraient plus de mal que de bien. -------------------------------------------------------------------------------- XI° DISCOURS SE BIEN CONNAÎTRE Chacun de nous est tenu de connaître le véritable état de son âme. « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. » 2 Cor XIII :5. En parlant sur ce texte, je me propose de montrer : I. ce qu'il demande, II. la nécessité de faire ce qu'il demande, III. la possibilité de le faire, IV. la manière de l'accomplir, V. plusieurs points sur lesquels on est tenu de s'éprouver soi-même. I Ce que demande notre texte. Il veut que nous connaissions notre propre coeur, que nous fassions ce qui est nécessaire pour nous éprouver nous mêmes et arriver à connaître le vrai état de notre âme devant Dieu. Il ne nous demande pas de mettre à l'épreuve notre force ou notre connaissance, mais notre caractère moral. Il veut que nous sachions ce que Dieu en pense, s'il nous tient pour des saints ou pour des pécheurs, et que nous ayons ainsi la certitude ou que nous sommes héritiers du ciel ou que nous le sommes de l'enfer. II La nécessité de cet examen. 1. Sans lui la paix n'est pas possible. On peut être dans une apathie plus ou moins grande, mais l'apathie n'est pas la paix, loin de là. Il n'y a que bien peu de chrétiens de profession, bien peu d'auditeurs de l'Evangile qui puissent rester longtemps dans cette apathie et se garder de toute anxiété à la pensée de l'incertitude dans laquelle ils sont à l'égard de leur âme et de leur destinée éternelle. Je ne parle pas des hypocrites qui ont cautérisé leur conscience, ni des moqueurs qui peuvent avoir été abandonnés de Dieu. Mais, mettant à part ces deux classes de gens, je dis qu'un homme ne peut être en paix jusqu'à ce que la question indiquée par mon texte soit résolue pour lui. 2. Si ce point n'est pas réglé, l'entière loyauté chrétienne n'est pas possible non plus. Un homme qui ne sait pas où il en est au point de vue spirituel, n'est pas parfaitement honnête dans sa religion. S'il fait profession d'être chrétien sans être sincèrement persuadé qu'il l'est, qui ne voit qu'il y a là un manque de loyauté? Un tel homme est au fond à demi hypocrite. Quand il prie, il est toujours dans le doute; il ne sait pas si ses prières sont agréables à Dieu, comme lui étant adressées par un de ses enfants. 3. Avoir cette vraie connaissance de soi-même est indispensable pour être utile. Si quelqu'un en est réduit à agiter constamment en son esprit cette question : « Suis-je un chrétien ? » et à regarder sans cesse à l'état de son âme, se demandant avec angoisse quel il peut être; il est impossible qu'il n'y ait pas là un grand obstacle au bien qu'il pourrait faire. Si, quand il parle aux pécheurs, il n'est pas certain de n'en être pas un lui-même, il ne peut pas les exhorter avec cette assurance et cette simplicité qu'il aurait s'il sentait ses pieds sur le roc. C'est une idée chère à beaucoup de gens, qu'il est bon pour les saints d'être toujours dans l'obscurité, afin d'être gardés dans l'humilité. Comme si c'était un sujet d'orgueil pour un enfant de Dieu de se savoir enfant de Dieu ! Au contraire, une des plus puissantes considérations qu'il y ait au monde pour le garder de déshonorer Dieu est de savoir qu'il est son enfant. Aussi longtemps qu'un homme est dans l'incertitude à cet égard, il ne peut avoir qu'une faible foi et son utilité ne peut être grande. III Il nous est possible de connaître quel est le véritable état de notre âme. C'est, l'idée favorite de beaucoup de gens, qu'en ce monde nous ne pouvons jamais savoir avec certitude quel est l'état de notre coeur devant Dieu. Des personnes dont le nombre est étonnamment grand semblent se faire une vertu de tous les doutes qu'elles ont sur leur état spirituel. Depuis des siècles on regarde assez généralement comme un indice fâcheux qu'un chrétien de profession ne soit pas rempli de doutes. On y voit, en effet, presque une preuve certaine qu'il ne connaît pas son propre coeur. Une des questions qui sont posées partout aux candidats à l'admission dans les églises, est celle-ci: « Avez-vous quelque doute quant à l'état de votre âme ? » Si le candidat répond : « Oh! oui, j'ai beaucoup de doutes, » on est satisfait, on y voit une preuve de spiritualité, de connaissance profonde de soi-même et surtout d'humilité. S'il n'a point de doutes, on est persuadé qu'il n'a qu'une connaissance très superficielle de son propre coeur et n'est probablement qu'un hypocrite. A l'encontre de tout cela, je maintiens que le devoir prescrit dans notre texte est un devoir praticable, et que les chrétiens peuvent se soumettre eux-mêmes à une épreuve telle qu'elle les amènera à la connaissance certaine de leur véritable état. 1. C'est ce qui ressort avec évidence du commandement donné dans notre texte : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. » Y a-t-il quelqu'un qui puisse croire que Dieu nous demanderait de nous examiner nous-mêmes et de reconnaître quel est notre vrai caractère, quand il saurait qu'il est impossible que nous y arrivions jamais? 2. Nous avons, pour nous éprouver nous-mêmes, le de tous les instruments, la conscience. Votre conscience prononce avec la plus haute certitude possible sur toits les faits qui répondent à la grande question : « Quel est mon état devant Dieu? » Nous pouvons, nous devons avoir, quant à cette question, a même certitude qu'au sujet de notre existence. Car le témoignage de notre conscience existe; il est continuellement devant nous, indépendamment même de notre volonté. Il suffit que nous fassions attention pour arriver à être sûrs de notre état spirituel, comme nous sommes sûrs de notre existence personnelle. 3. Dieu nous donne des occasions si fréquentes de montrer par nos actes ce qui est dans notre coeur, que l'ignorance de notre état intérieur ne peut être attribuée qu'à la négligence. Si nous vivions enfermés dans des cachots et que nous n'eussions aucune occasion d'agir, de mettre en oeuvre ce qui, est caché dans nos coeurs, nous ne serions pas autant à blâmer pour ne pas nous connaître nous -mêmes. Mais Dieu nous a placés exprès dans cette vie et dans telles et telles circonstances pour que nous puissions, comme il le disait à Israël, nous éprouver nous-mêmes, connaître ce qui est dans notre propre coeur, et voir si nous voulons garder ses commandements. Les circonstances si diverses où nous sommes placés ne peuvent manquer de faire impression sur notre esprit et de nous amener ù sentir et à agir d'une manière ou d'une autre. Ce sont là autant d'occasions de nous connaître nous-mêmes. 4. Nous avons de plus une règle parfaite qui nous permet de constater quel est notre véritable caractère. La loi de Dieu nous donne la vraie pierre de touche qui nous permet d'apprécier l'état de notre coeur ; elle est la règle infaillible et invariable par laquelle nous devons lieus juger nous-mêmes. Nous pouvons apporter nos sentiments et nos actions à sa lumière, les comparer avec ses exigences, et connaître ainsi quelle est leur valeur aux yeux de Dieu, car Dieu nous jugera par cette même règle. 5. Nos circonstances sont telles que l'illusion quant à l'état de notre coeur ne peut s'expliquer que par un manqué de droiture. Celui qui se fait illusion sur lui-même n'est pas seulement insouciant et négligent, il est décidément peu sincère. Il doit être possédé par l'orgueil, aveuglé par la volonté propre, autrement il saurait qu'il n'est pas ce qu'il fait profession d'être. Les circonstances qui l'appellent à se juger lui-même sont si nombreuses et si variées, que son illusion ne peut être qu'aveuglement volontaire. S'il n'avait jamais eu l'occasion d'agir, si jamais aucune circonstance n'avait éveillé de sentiments en lui, on comprendrait qu'il ne se connût pas lui-même. Une personne qui n'aurait jamais vu un mendiant, pourrait n'être pas capable de dire quels seraient ses sentiments à la vue d'un mendiant. Mais faites en sorte que cette personne rencontre des mendiants chaque jour, et si elle ne se rend pas compte des véritables dispositions de son coeur à l'égard des mendiants, alors qu'elle y est invitée, il y aura là mauvaise volonté de sa part. IV. Quelques remarques quant à la manière de s'examiner soi-même. I. - CONSEILS NÉGATIFS. COMMENT IL N'Y FAUT PAS PROCÉDER. 1. Il n'y a pas à attendre que l'évidence se produise d'elle-même. Beaucoup de gens semblent attendre dans une attitude passive que la lumière se fasse pour eux et leur montre, s'ils sont chrétiens ou non. Ils attendent que certains sentiments leur viennent. Peut-être prient-ils pour cela, et prient- ils même avec ferveur ; puis ils espèrent que tels ou tels sentiments viendront leur montrer avec une évidence entière qu'ils sont en état de grâce. Souvent ils refusent d'agir (dans le domaine religieux) jusqu'à ce que clarté leur soit accordée ; ils demeurent assis dans une inaction absolue, attendant, attendant toujours qu'un jour ou l'autre l'Esprit de Dieu vienne les tirer du bourbier où ils restent stupidement plongés. Ils peuvent attendre ainsi jusqu'au jour du jugement : ils ne recevront jamais l'Esprit de cette façon-là. 2. Il ne faut pas songer non plus à produire d'une manière directe et artificielle les sentiments qui apporteront la réponse désirée. L'esprit de l'homme est ainsi constitué que ce n'est pas en s'efforçant d'avoir des sentiments qu'il réussira à en avoir. Nous aurions beau faire pour cela les plus grands efforts; ces efforts seraient contraires à toute bonne philosophie, ils seraient totalement absurdes. Il faut présenter à notre esprit l'objet capable d'éveiller en nous l'émotion ou le sentiment. Tant que notre esprit est occupé de nos propres efforts, le sentiment ne peut pas se produire. Nous devons donc oublier nos sentiments et nos efforts et contempler l'objet propre à éveiller en nous les sentiments que nous devons avoir, et ces sentiments se produiront. Mais quant à vouloir produire directement en soi le sentiment, autant vaudrait s'efforcer de voir en fermant les yeux ou dans une chambre obscure. Comme il n'y a dans la chambre obscure aucun objet propre à éveiller en nous le sens de la vue, nous aurions beau faire tous nos efforts pour voir, nous ne verrions rien. Si le regard de l'âme se fixe sur elle-même et s'occupe à observer l'émotion intérieure, l'émotion aussitôt cesse d'exister, parce que l'attention est détournée de l'objet qui l'a produite. 3. Vous ne serez jamais éclairé sur votre situation, en perdant votre temps à vous lamenter sur l'état de votre cœur. Beaucoup de gens perdent leur temps à gémir : « Hélas je ne sens rien, je ne puis rien sentir, mon coeur est si dur! » Et peut-être s'efforcent-ils de produire en eux des sentiments. C'est aussi philosophique que s'ils essayaient de voler dans les airs. Tant qu'ils sont là à ne rien faire, à se lamenter et à s'occuper de la dureté de leur coeur, ils sont la risée du démon. Représentez-vous un homme qui s'éloigne lui-même du feu et qui se lamente au sujet du froid qu'il ressent; les enfants mêmes riront de lui. II - CONSEILS POSITIFS. COMMENT IL FAUT Y PROCÉDER. 1. Si vous désirez connaître les vraies dispositions de votre coeur à l'égard d'un objet, fixez votre attention sur cet objet. Si vous voulez éprouver l'excellence de votre vue, vous vous appliquez à regarder un objet ; si vous voulez éprouver votre ouïe, vous vous appliquez à discerner des sons. Et si vous éloignez les objets capables d'agir sur les autres sens, de manière à ce que votre attention se porte aussi fortement que possible sur celui que vous voulez éprouver, l'épreuve que vous en ferez sera d'autant plus parfaite. La multiplicité dés objets distrait l'esprit. Quand nous portons notre attention sur quelque objet propre à éveiller nos sentiments, il est impossible que nos sentiments ne s'éveillent pas. Notre âme est ainsi faite que dans ces conditions elle ne peut pas ne pas sentir. Il n'est pas nécessaire pour cela, de s'arrêter et de se demander : « Est-ce que je sens? » Si vous mettez votre main près du feu, vous n'avez pas besoin de vous poser cette question : « Est-ce que j'éprouve la sensation de la chaleur ? » Vous savez d'une manière immédiate que vous avez cette sensation. Si vous passez votre main rapidement au-dessus de la lampe, la sensation de chaleur pourra être si légère que vous n'y ferez pas attention ; mais elle n'en sera pas moins réelle, et vous en aurez conscience si votre attention est assez éveillée. De même, les sentiments qui naissent dans notre coeur peuvent être si faibles ou passer si rapidement, qu'ils n'occupent pas notre pensée, en ce cas nous ne nous en rendons pas compte ; mais ils n'en sont pas moins réels. Mais tenez votre main sur la lampe pendant une minute, et la sensation que vous éprouverez vous forcera bien de vous en rendre compte, quelles que soient dit reste vos autres préoccupations. Si donc notre attention est fixée sur un objet propre à éveiller nos sentiments, il est impossible que ces sentiments ne se produisent pas à quelque degré ; et si notre attention est intense, il est impossible que ces sentiments ne soient pas tels que nous ayons conscience de leur existence. Ces principes nous montrent comment nous pouvons faire l'épreuve de notre coeur et connaître l'état réel de nos sentiments à l'égard de quelque objet. Il s'agit seulement de fixer notre attention sur l'objet jusqu'à ce que nos émotions soient telles que nous ayons conscience de leur existence. 2. Soyez bien assuré que l'objet sur lequel vous portez votre attention, et à l'égard duquel vous voulez éprouver les dispositions de votre cœur, est une réalité. Il y a dans le monde une très grande quantité de religion imaginaire ; et ceux qui ont cette religion-là se figurent qu'elle est réelle. Ils but de beaux sentiments, leur âme est parfois très émue, et leurs sentiments correspondent à l'objet qu'ils contemplent. Mais voici la cause de l'illusion : l'objet qu'ils contemplent est imaginaire. Ce n'est pas que le sentiment soit faux ou imaginaire il est réel. Ce n'est pas non plus qu'il ne corresponde pas à l'objet contemplé ; il lui correspond parfaitement. Mais, je le répète, cet objet est une fiction. L'on s'est formé de Dieu, de Jésus-Christ et du salut des notions tout à fait fausses ; et les sentiments que l'on éprouve pour ces objets imaginaires sont analogues à ceux que l'on devra éprouver pour les objets réels. C'est ainsi que l'on se trouve adorer un faux dieu, un dieu que l'on s'est fait soi-même. C'est là une cause de beaucoup d'espérances trompeuses et de beaucoup de professions mensongères il n'y a pas à en douter. V. Je dois mentionner maintenant quelques objets au sujet desquels nous sommes tenus de mettre à l'épreuve les dispositions de notre coeur. 1. Le péché, non pas nos péchés particuliers, mais LE péché, le péché considéré comme outrage à Dieu. Si vous trouvez en vous un vif sentiment de réprobation pour le péché, ne vous hâtez pas de conclure que votre coeur soit dans un état satisfaisant. Ce sentiment de réprobation pour le péché est inhérent à la nature de tout être intelligent. Tous les êtres intelligents l'éprouvent quand ils considèrent le péché d'une manière abstraite, sans qu'il ait aucun rapport avec leur satisfaction égoïste. Il n'y a pas de doute que le démon ne l'éprouve. En effet, tant que le péché est considéré en lui-même, d'une manière abstraite, nous pouvons être assurés que Satan ne l'approuve pas plus que ne fait l'ange Gabriel. Il blâme les pécheurs et condamne leur conduite partout où il n'a aucune raison égoïste pour prendre plaisir à ce qu'ils font. Sur cette terre, vous trouverez souvent chez le méchant une grande horreur pour le péché ainsi considéré. Et même, vous n'y trouverez pas un seul méchant qui ne condamne le péché et qui ne l'ait en aversion, quand il l'envisage abstraitement. L'homme est ainsi constitué que le péché est contraire à sa raison et à sa conscience ; toutes les puissances de son âme se révoltent à la vue du péché ; il ne prend plaisir en ceux qui commettent l'iniquité que tans le cas où il a quelque raison égoïste de s'applaudir du péché qu'ils commettent. Cette répulsion abstraite pour le péché est, chez l'homme, naturelle, universelle et nécessaire. Mais quelle différence entre la répulsion pour le péché considéré abstraitement et cette aversion du cœur pour le mal qui est fondée sur l'amour de Dieu ! Si un jeune homme souffre d'une mauvaise action comme d'un outrage fait à son père, c'est tout autre chose pour lui que de sentir qu'une action est mauvaise en soi. Il n'éprouve pas seulement un sentiment d'indignation à l'égard d'un acte mauvais, il éprouve encore cette douleur toute particulière qui provient de l'amour qu'il porte à son père. Il en est de même pour celui qui aime Dieu : il ne désapprouve pas seulement le péché comme mauvais en soi, il ressent encore à son égard un sentiment de douleur mêlée d'indignation, parce qu'il voit en lui un outrage à Dieu. Si donc vous voulez savoir quels sont vos sentiments à l'égard du péché, demandez-vous ce que vous ressentez quand vous êtes parmi les pécheurs et que vous les voyez violer la loi de Dieu. Que ressentez-vous quand vous les entendez prendre le nom de Dieu en vain, quand vous les voyez violer le jour du Seigneur, s'enivrer, mentir, ou médire ? Eprouvez-vous les sentiments qu'avait le Psalmiste lorsqu'il écrivait: « J'ai considéré les transgresseurs et mon coeur a été rempli de douleur parce qu'ils n'observent pas ta parole. » « Des ruisseaux d'eau coulent de mes yeux parce qu'ils ne gardent pas tes commandements. » « J'ai été saisi d'horreur parce que le méchant oublie ta loi ? » 2. Vous devez mettre à l'épreuve les dispositions de votre coeur à l'égard de vos propres péchés. Considérez vos péchés passés, rappelez-vous votre conduite d'autrefois et sachez si vous la condamnez de tout votre coeur, sachez si cette vie loin de Dieu vous remplit d'horreur et de dégoût. Vos sentiments sont-ils ceux d'un fils affectionné qui se rappellerait ses désobéissances envers un père bien-aimé ? C'est une chose que d'avoir la ferme conviction que votre conduite précédente était mauvaise ; et c'est une autre chose que d'avoir en outre une douleur profonde parce que cette Conduite offensait Dieu. Il y a peu de chrétiens probablement qui n'aient pas jeté un regard en arrière, avec une profonde émotion, sur leur conduite envers leurs parents, et qui n'aient pas repassé en leur esprit nombre de désobéissances et de torts de toute espèce dont ils se sont rendus coupables à leur égard. Ceux qui l'ont lait n'ont pas seulement désapprouvé fortement leur conduite passée, ils ont encore ressenti une douleur profonde, de sorte qu'ils ont eu peine à retenir leurs larmes et que peut-être même ils n'ont pu s'empêcher d'éclater en sanglots. Voilà la vraie repentance à l'égard d'un père. La repentance envers Dieu est de même nature et son degré d'intensité correspond à celui de l'attention qui s'est portée sur les péchés passés. 3. Vous devez vous rendre compte de ce que sont vos sentiments à l'égard des pécheurs inconvertis. Pour cela, rendez-vous au milieu d'eux, entretenez-vous avec eux au sujet de leurs âmes, avertissez-les, écoutez ce qu'ils disent, examinez quels sont leurs sentiments, apprenez à connaître l'état réel de leur coeur, et vous saurez aussi quels sont vos sentiments à l'égard des inconvertis. N'allez pas vous enfermer dans votre cabinet et vous efforcer d'imaginer un pécheur impénitent. Votre imagination pourrait, en effet, se faire une représentation qui éveillerait vos sympathies et vous ferait pleurer et prier; mais cela ne prouverait rien. Allez plutôt auprès des pécheurs, apportez-leur votre coeur, mettez-le en contact avec le leur, raisonnez avec eux, exhortez-les, mettez au jour la vanité de leurs objections, leur obstination, leur manque de sincérité, et priez avec eux si vous le pouvez. Vous ne pourrez pas faire cela sans éveiller en vous des émotions ; si vous êtes un chrétien, ces expériences éveilleront en vous un mélange de douleur, de compassion et d'indignation, comme nous le voyons en Jésus-Christ, et elles ne vous laisseront aucun doute sur les dispositions de votre. coeur envers les pécheurs. 4. Vous devez sonder les dispositions de votre esprit l'égard de Dieu. Fixez fortement vos pensées sur Dieu. Ne vous mettez pas à imaginer un Dieu selon la folie de votre cœur ; ne cherchez à vous représenter quelque apparence ou quelque figure ; mais prenez la Bible et apprenez d'elle ce qu'est Dieu ; fixez votre attention sur ce qu'elle vous dit des sentiments, des actes et des paroles de Dieu ; et vous ne pourrez faire autrement que de sentir. C'est alors que vous découvrirez l'état réel de votre coeur. 5. A l'égard de Jésus-Christ. Vous êtes tenus de savoir si vous aimez le Seigneur Jésus-Christ ou non. Passez en revue les circonstances de sa vie et voyez si elles vous apparaissent comme des réalités ; considérez ses miracles, ses souffrances, sa perfection morale, sa mort, sa résurrection, son ascension, son intercession actuelle à la droite du trône de Dieu. Et voyez si vous croyez à toutes ces choses. Sont-elles des réalités pour vous ? Quels sentiments éprouvez-vous quand vous les considérez? Quand vous pensez à Jésus, à sa mort expiatoire, à son pouvoir et à sa volonté de sauver, si ces choses sont des réalités pour vous, vous éprouverez des sentiments dont vous aurez conscience et au sujet desquels il ne vous sera pas possible de vous méprendre. 6. A l'égard des chrétiens. Si vous désirez savoir si vraiment vous aimez les chrétiens, ne laissez pas courir vos pensées jusqu'aux extrémités de la terre ; mais fixez votre attention sur les chrétiens qui vivent auprès de vous et voyez si vous les aimez, si vous désirez leur sanctification, si vraiment vous avez un grand désir de les voir croître dans la vie spirituelle, si votre coeur les porte avec foi au trône de la grâce, demandant -à Dieu de les combler de bénédictions. 7. A l'égard des réveils. Si vous désirez connaître les vraies dispositions de votre coeur à l'égard des réveils, lisez ce qui se rapporte aux réveils et fixez votre attention sur ce sujet; il ne se peut pas que vous n'éprouviez des sentiments qui dénoteront le véritable état de votre coeur. Vous pourrez faire de même à l'égard des païens, des esclaves, des ivrognes; de même encore à l'égard de la Bible et de tout objet en rapport avec la piété. Il n'y a pas d'autre voie pour connaître l'état de votre coeur que de fixer votre esprit sur ces réalités, jusqu'à ce que les sentiments qui s'élèveront en vous deviennent assez forts pour qu'il ne vous soit pas possible de vous méprendre sur leur nature. Si vous trouvez de la difficulté à fixer suffisamment votre attention sur ces objets pour que le sentiment se produise, cela vient d'une ou de deux raisons: ou votre esprit est absorbé par d'autres objets religieux ; ou, distrait et léger, il erre d'un bout du monde à l'autre. J'ai connu quelques chrétiens qui étaient dans le premier cas; ils étaient en grande détresse parce qu'ils ne pouvaient pas, sur quelques points particuliers, sentir autant qu'ils le jugeaient nécessaire. Il s'agissait surtout de leurs péchés. Or, j'ai constaté à ce sujet, que l'on peut être en un tel travail pour les pécheurs, que l'on peut être tellement absorbé par la prière en leur faveur, tellement occupé du ministère à poursuivre auprès d'eux, qu'il faut un effort pour penser à sa propre âme de manière à sentir profondément en ce qui la concerne. Celui qui, en cet état, se mettra à genoux afin de prier au sujet de ses propres péchés, verra aussitôt l'image de tel pécheur au salut duquel il travaille se présenter si fortement à son esprit qu'il lui sera difficile de prier pour lui-même. Mais ce ne sera point un mauvais signe quant à son état spirituel. Si, par contre, vos pensées errent d'un bout du monde à l'autre, se portant sur mille sujets divers, de sorte que vous ne puissiez pas arriver à des sentiments assez profonds pour pouvoir discerner leur vrai caractère; si par exemple vous ne pouvez attacher votre attention sur quelque sujet biblique propre à éveiller vos sentiments; faites-vous alors violence, fixez vos pensées avec une énergie désespérée sur l'objet qu'il vous importe de consirer, et persévérez jusqu'à ce que vos sentiments s'éveillent. Vous pouvez commander à vos pensées ; Dieu vous a donné pouvoir sur votre propre esprit ; et par ce moyen vous avez pouvoir sur vos sentiments. Apportez-y une absolue ;résolution et vous arriverez au but. REMARQUES 1. Etre actif dans la piété est une condition indispensable pour arriver à se connaître soi-même. Jamais personne n'arrivera à connaître le vrai état de son coeur à moins qu'il ne soit actif, travaillant à accomplir les devoirs de la religion. Un homme qui vivrait enfermé dans son cabinet, ne connaîtrait pas l'état réel de ses sentiments à l'égard de ceux qui sont au dehors. De même, vous ne saurez jamais quelle est votre véritable disposition à l'égard des pécheurs, avant d'être allé vers eux et de vous être mis à l'oeuvre pour les sauver. On s'enferme chez soi, puis l'imagination excite tels ou tels sentiments ; mais ces sentiments sont trompeurs : ils ne sont pas produits par des réalités. 2. A moins que l'on n'éprouve son coeur en le mettant en contact avec des réalités, on vit constamment dans l'illusion. Représentez-vous un individu qui s'enferme dans un cloître, qui se sépare absolument du monde de la réalité, pour vivre dans le monde de l'imagination. Cet homme-là deviendra un être tout d'imagination. De même en est-il chez tous ceux qui ne mettent pas leur esprit en contact avec la réalité. De tels gens s'imaginent aimer l'humanité et cependant ils ne font pas de bien; ils s'imaginent avoir en horreur le péché et cependant ils ne font rien pour le détruire. Combien de gens qui se trompent eux-mêmes en excitant leur imagination au sujet des missions, par exemple? rien de plus commun on se fait une grosse provision de sentiments, puis l'on tient des réunions de prières pour les missions, quand en réalité on ne fait rien pour sauver les âmes. Des femmes dépenseront une,journée tout entière en réunions de prières pour la conversion du monde, tandis que dans leur cuisine se trouve une servante inconvertie à laquelle elles ne diront pas un mot de toute une journée, de tout un mois peut-être, afin de l'amener au salut ! On préparera une assemblée publique pour discourir sur les sentiments qui doivent nous animer envers les païens, tandis qu'on ne fait aucun effort direct pour sauver les pécheurs qui nous entourent. Fiction, imagination que tout cela! Il n'y a aucune réalité dans une religion de cette espèce. Si l'on avait un réel amour pour Dieu et pour les âmes, une réelle piété, on ne serait pas beaucoup plus ému par la peinture que l'imagination se fait des païens que par la vue des misères morales dont ou est entouré. Et s'il en est ainsi chez beaucoup de chrétiens, ce n'est pas que leur attention ne soit pas tournée du côté des pécheurs qui. les entourent. Au contraire, ils entendent leurs imprécations profanes ; ils voient leur violation du jour du Seigneur et leurs autres vices ; ils ont la réalité toute nue chaque jour devant les yeux. Si ce spectacle n'éveille en eux aucun sentiment, c'est en vain qu'ils prétendent avoir pour les païens les sentiments que Dieu demande. Prenez ce même individu si plein de généreuses sympathies pour les païens, et placez-le aux Iles des Amis ou ailleurs, loin des fictions de son imagination, en face de la nue et froide réalité du paganisme, et tous ses beaux sentiments auront disparu. Il pourra écrire à ses compatriotes des lettres décrivant les abominations que commettent ces païens, mais tous les sentiments qu'il avait au sujet de leur salut se seront évanouis. Il y a des gens qui discourent sur le salut des païens et qui n'ont jamais converti une âme dans leur propre pays ; soyez-en sûrs, tout ce qu'ils disent est pure imagination. S'ils ne travaillent pas à propager les réveils dans leur propre pays où ils comprennent la langue de tous et ont un accès direct et facile auprès de leur prochain, beaucoup. moins encore travailleraient-ils à réveiller les âmes en pays païen. Il faut que les églises comprennent cela et qu'elles s'en souviennent lorsqu'elles choisissent tels ou tels hommes pour porter le message du salut aux païens. Elles doivent savoir que si la réalité toute nue n'excite pas, dans notre pays, un homme à l'évangélisation, cet homme serait un type de missionnaire dont le diable ne ferait que rire, y en eût-il un million d'exemplaires. Beaucoup de gens se font la même illusion au sujet des réveils. Voici, par exemple, M. N. qui est un grand ami des réveils. Mais remarquez-le, il s'agit toujours des réveils d'autrefois, ou des réveils en principe, ou des réveils qui ont lieu à l'étranger, ou encore des réveils à venir. Mais quant au réveil présent, celui au milieu duquel il se trouve, il doute toujours de son existence. Il lira l'histoire des réveils du temps du président Edwards, celle des réveils d'Ecosse ou du pays de Galles et il en sera tout, enthousiasmé ; il s'en délectera. Vous l'entendrez prier. « O Seigneur ravive ton oeuvre! ô Seigneur donne-nous de pareils réveils ! donne-nous un temps de Pentecôte où nous puissions voir des milliers d'âmes se convertir en un jour ! Mais transportez-le dans la réalité des choses, et vous verrez qu'il n'y aura jamais aucun réveil auquel il puisse prendre quelque intérêt. Il est amateur des fictions et des rêves de son imagination ; il crée tout un état de choses qui excite ses émotions ; mais la simple réalité des choses ne l'amène jamais à donner sa coopération à l'oeuvre des réveils. Aux jours de notre Sauveur, les Juifs disaient, et croyaient sans doute, qu'ils avaient en horreur la conduite de ceux qui avaient persécuté les prophètes. « Si nous avions vécu au temps de nos pères, disaient-ils, nous n'aurions pas participé au meurtre des prophètes. » Ils s'étonnaient, sans doute, que l'on eût été assez méchant pour commettre de semblables crimes. Mais ils n'avaient jamais vu de prophètes ; tout cela n'existait pour eux qu'en imagination. Dès que le Seigneur Jésus-Christ apparut, lui le plus grand des prophètes, lui vers qui toutes les prophéties convergeaient, ils le rejetèrent aussitôt et le mirent à mort avec autant de froide cruauté que leurs pères avaient jamais pu en avoir. « Comblez la mesure de vos pères, disait Jésus-Christ, afin -que vienne sur vous tout le sang juste qui a été versé sur la terre. » Constamment, et dans tous les âges, l'humanité s'est éprise des fictions qu'enfante son imagination, et ces fictions l'ont toujours précipitée vers sa ruine. Voyez les universalistes. Ils imaginent un Dieu qui sauvera tout le monde, à n'importe quelles conditions, et un ciel on il y aura place pour tous; puis ils aiment le Dieu et le ciel qu'ils ont imaginés et peut-être qu'en y pensant ils pleureront d'attendrissement. Leurs sentiments, en effet, sont souvent profonds, mais ils sont trompeurs, parce qu'ils sont produits non par la vérité mais par une fiction. 3. Plus vous sortirez de vous-mêmes, de manière à ce que vos oeuvres soient désintéressées et vous fassent oublier votre personne, plus vous aurez de piété et plus aussi sera nette la conscience que vous en aurez. La religion consiste dans l'amour, elle consiste à sentir bien et à faire bien ; elle consiste à faire le bien. Si donc quelqu'un veut avoir beaucoup de piété, qu'il se garde de la cultiver d'une façon qui n'a jamais pu la faire croître, je veux dire en se retirant dans un cloître et en évitant le contact de ses semblables. Si notre Seigneur avait jugé cet isolement favorable à la piété, il nous aurait poussés à le rechercher. Mais il connaissait quelque chose de mieux. Il a disposé nos circonstances de manière à ce que nous eussions mille occasions d'exercer notre charité, mille moyens de faire du bien. Si donc vous sortez de vous-mêmes et tournez vos coeurs vers ces occasions d'exercer votre bonne volonté, vous ne pourrez manquer de croître dans la piété et d'en avoir conscience. 4. Il n'y a dans l'examen de soi-même, qu'un point qui puisse exiger une entière solitude; c'est lorsque nous passons en revue les jours écoulés et que nous avons besoin d'examiner avec soin quels ont été les motifs de notre conduite passée. Il flint, en ce cas, bannir toute autre pensée, éloigner tout ce qui pourrait distraire ; aussi est-il souvent nécessaire de recourir à la retraite, au jeûne et à la prière. Parfois il est impossible d'arriver à un souvenir assez net des choses que l'on désire examiner. La loi de l'association des idées peut alors être d'un grand secours. Si vous pouvez, en effet, vous rappeler quelque idée ou quelque circonstance associée aux choses dont le souvenir vous échappe, cette idée ou cette circonstance pourra ramener devant votre esprit tout le passé oublié. Je suppose que je sois appelé devant le tribunal comme témoin d'un événement dont j'aurais oublié les détails ; il se peut qu'en retournant au lieu on la chose s'est passée, tout ce que j'ai publié me revienne en mémoire avec une grande netteté. De même il peut arriver, que cherchant à nous rappeler quelque partie de notre passé, ni retraite, ni méditation, ni jeûne, ni prière ne nous fassent réussir, jusqu'à ce que nous nous soyons replacés dans des circonstances qui, par l'association des idées, nous rappellent tout ce passé oublié. Supposez qu'un pasteur veuille se rendre compte des sentiments qu'il avait et de l'esprit dans lequel il prêchait il y a plusieurs années, dans quelque église autre que celle où il se trouve maintenant. Il désire savoir combien il y avait alors de réelle piété dans les travaux de son ministère. Il y réussira en grande partie dans la prière du cabinet, par l'assistance de l'Esprit de Dieu. Mais il y réussira encore mieux s'il peut retourner travailler dans son ancien champ de travail. Les dispositions qu'il avait autrefois pourront alors lui apparaître de nouveau avec une grande force. 5. En vous examinant vous-même, n'oubliez pas que vous ne devez pas vous attendre à trouver en vous toutes les grâces à la fois. Elles ne peuvent être toutes à la fois présentes d'une manière sensible dans votre esprit ; la nature humaine n'est pas constituée de manière à ce que cela soit possible. Vous avez lieu d'être satisfait si vous trouvez en vous de bonnes dispositions à l'égard du seul objet qui occupe présentement votre esprit ; si vous n'y trouvez pas, en même temps, d'autres émotions excellentes, n'en tirez aucune conclusion fâcheuse. Notre esprit est ainsi fait qu'il ne peut éprouver à la fois plus d'un seul genre d'émotions. 6. Vous pouvez voir maintenant pourquoi il y a tant d'insensibilité à l'égard des vérités que proclame la parole de Dieu. On a bien des sentiments, mais ces sentiments ne sont pas ce qu'ils devraient être, parce qu'on ne porte pas suffisamment son attention sur les objets qui devraient les produire. 7. Vous voyez maintenant pourquoi il y a une si grande, diversité de sentiments parmi les vrais chrétiens. Il y a des chrétiens dont les sentiments, quand ils en éprouvent, sont habituellement joyeux. D'autres sont habituellement pleins de tristesse et d'angoisse; ils sont presque constamment comme en agonie au sujet des pécheurs. La raison de cette diversité de senti monts se trouve dans le fait que les pensées de ces différents chrétiens sont dirigées sur des objets différents. Les uns pensent toujours à ce qui est fait pour les rendre heureux ; les autres pensent à l'état de l'église ou à l'état des pécheurs, et sont accablés sous ce fardeau, comme si une montagne pesait sur leurs épaules. Les uns et les autres peuvent être également religieux, leurs sentiments peuvent, être également justes, en tant que se rapportant à des objets différents. L'apôtre Paul « éprouvait une grande tristesse et un chagrin continuel » par rapport à ses frères ; et il n'y a pas de doute qu'il ne fût dans l'ordre. La pensée de ses frères qui avaient rejeté le Sauveur, la colère de Dieu qu'ils avaient amassée sur leurs têtes, le jugement terrible qui les attendait, tout cela était si constamment présent à son esprit, qu'il était impossible qu'il ne fût pas triste. 8. Remarquez la valeur respective de ces deux classes de sentiments au point de vue de l'utilité de l'individu. Considérez ceux des chrétiens qui sont très joyeux et très heureux, et vous verrez que généralement ils ne sont pas des chrétiens très utiles. La plupart du temps ils sont tellement occupés à savourer les joies de la religion qu'ils sont médiocrement actifs. Il y a toute une classe de ministres qui prêchent beaucoup sur ces sujets réjouissants et qui rendent très heureux leurs pieux auditeurs, mais il est rare que ces ministres soient les instruments de beaucoup de conversions, quelque utiles qu'ils soient pour l'édification des chrétiens. D'autre part, ceux qui sont ordinairement remplis d'une angoisse profonde au sujet des pécheurs seront les instruments de beaucoup de conversions. La raison en est simple les uns et les autres prêchent l'Evangile, mais ils le prêchent à des points de vue différents, et les sentiments qu'ils éveillent correspondent au point de vue auquel ils se sont placés. Les uns réjouissent les saints, les autres convertissent les pécheurs. Vous retrouverez partout cette différence parmi ceux qui font profession de piété. Il en est dont la société est aimable et pleine de charmes, mais qui sont rarement occupés à arracher les pécheurs du feu; d'autres, comme le Fils de Dieu quand il était sur la terre, « soupirent en leur esprit » et passent des nuits entières en prières.* 9. Le véritable esprit de réveil est un esprit de prière et lutte ardente et, douloureuse pour le salut des pécheurs. 10. Vous voyez comment vous pouvez vous rendre compte de vos sentiments à différentes époques de votre vie. Beaucoup de gens s'étonnent d'avoir les sentiments qu'ils ont. L'explication est bien simple. Vous sentez de telle façon parce que vous pensez de telle façon. Vous dirigez votre attention sur des objets qui sont faits pour produire les sentiments que vous avez. 11. Vous comprenez aussi pourquoi les sentiments de plusieurs sont si variables. Il y a en effet des gens dont les sentiments sont toujours variables et inconstants. La raison en est que leur pensée change. S'ils voulaient fixer leur pensée, ils fixeraient par là leurs sentiments. 12. Vous voyez maintenant la voie à suivre pour produire on vous les sentiments désirables ; et comment vous pourrez les produire chez les autres. Dirigez les pensées sur l'objet qui est de nature à produire ces sentiments et, tenez-les attachées sur cet objet-là; les sentiments ne manqueront pas de se produire. 13. Il y a une multitude de gens pieux qui déshonorent la religion par leurs doutes. Ils parlent continuellement de leurs doutes et se persuadent trop vite qu'ils n'ont pas de religion. Si, au lieu de s'arrêter à leurs doutes, ils veulent fixer leur attention sur d'autres sujets, sur Jésus-Christ, par exemple, ou s'ils veulent s'en aller chercher les pécheurs, et s'efforcer de les amener à la repentance, soyez sûrs d'une chose, c'est qu'ils auront des sentiments et que ces sentiments seront tels qu'ils doivent être et dissiperont leurs doutes. Rappelez vous bien ceci: vous ne devez pas attendre pour agir de cette manière d'avoir les sentiments que vous souhaitez. Comprenez-moi bien : j'ai dit que vous ne pouviez rien faire pour Dieu à moins d'avoir les sentiments convenables ; n'en concluez pas que vous deviez vous tenir tranquilles et ne rien faire jusqu'à ce que vous soyez convaincus que vous avez les sentiments convenables. Placez-vous, au contraire, dans les conditions où vous aurez les sentiments convenables et mettez-vous à l'oeuvre. D'une part, il ne faut pas se jeter précipitamment dans l'oeuvre sans avoir aucun sentiment; d'antre part, il ne faut pas s'enfermer dans son cabinet pour attendre que le sentiment vienne. Ayez soin d'être toujours actifs; vous n'aurez jamais les sentiments convenables dans d'autres conditions. Et gardez votre esprit constamment sous l'influence des objets faits pour créer et conserver en vous, pleins de vie, les sentiments qui caractérisent le chrétien.

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