A CEUX QUI FONT PROFESSION D'ETRE CHRETIENS (Finney Ch.) 12 et 13/25

13:17Ministere MotsdeDieu

XII° DISCOURS LA VRAIE ET LA FAUSSE CONVERSION « Voici, vous tous qui allumez un feu, Et qui vous armez de flambeaux, Marchez à la lumière de votre feu et des flambeaux que vous avez allumés. « C'est par ma main que ces choses vous arriveront; «Vous vous coucherez dans la douleur. » ESAIE L : 11. Le contexte montre clairement que le prophète adressait tes paroles à des gens qui faisaient profession d'être religieux et qui se flattaient d'être dans la voie du salut; gens dont l'espérance était « un feu allumé par eux-mêmes. » Avant d'examiner avec vous la vraie et la fausse conversion, laissez-moi vous dire que tout ce que nous en dirons ne vous sera d'aucune utilité à moins que vous ne soyez déterminés à vous en faire à vous-mêmes l'application avec une droiture entière. Il faut que vous procédiez ici avec autant de sincérité que vous le feriez si vous saviez devoir comparaître aujourd'hui même devant le tribunal de Dieu, pour y entendre la sentence qui fixera votre sort éternel. Si vous voulez agir ainsi, je vous conduirai, je l'espère, à reconnaître votre véritable état d'âme ; si telle n'est pas votre volonté, j'aurai prêché en vain et vous aurez écouté en vain. Je désire donc vous montrer la différence qu'il y a entre la vraie et la fausse conversion, et pour cela : I. Je montrerai que l'état naturel de l'homme est le pur égoïsme; Que ce qui caractérise celui qui est converti c'est la bienveillance ; II. Que la nouvelle naissance consiste à passer de l'égoïsme à la bienveillance ; III. J'indiquerai plusieurs choses dans lesquelles saints et pécheurs, vrais et faux convertis, peuvent se ressembler; et d'autres dans lesquelles ils diffèrent. IV. Je répondrai à quelques objections et je conclurai par quelques remarques. I. Je dois montrer que l'état naturel de l'homme, c'est-à-dire celui dans lequel il se trouve avant la conversion, est l'égoïsme. Par où j'entends qu'il n'a pas la bonté telle que la comprend l'Evangile. L'égoïste prend son propre bonheur comme but suprême et cherche son propre bien par la seule raison qu'il est le sien propre. Il place son propre bonheur au-dessus d'intérêts d'une plus grande importance, au-dessus de la gloire de Dieu et du bien de l'Univers. Avant la conversion, il en est ainsi de tout homme; c'est ce qu'un grand nombre de faits démontrent avec évidence. Du reste, que l'homme soit égoïste, chacun le sait et règle sa conduite en conséquence. Celui qui ne tiendrait pas compte de ce fait notoire et agirait comme si tout le monde était désintéressé, passerait pour avoir l'esprit dérangé. II. La bienveillance caractérise celui qui est converti. Celui qui est converti est bienfaisant et bon et non pas égoïste. La bienveillance consiste à aimer et à vouloir le bonheur des autres. Bienveillance est un mot composé qui signifie bonne volonté, volonté qui veut le bien des autres. (1), qui le choisit comme son but suprême. Tel est le caractère de Dieu. Il nous est dit que Dieu est amour ; cela signifie qu'il est bienveillant La, bienveillance est tout son caractère ; tous ses attributs moraux ne sont que des manifestations de sa bienveillance. Celui qui est converti est à cet égard semblable à Dieu. Je ne veux pas dire que personne ne soit converti à moins d'être d'une bienveillance parfaite, comme Dieu; je dis que la bienveillance est le caractère dominant du chrétien et le principal motif de ses actions. L'homme converti recherche sincèrement le bien des autres, par amour pour ce bien lui-même, par amour pour les autres et non dans des vues intéressées. Je suis loin de prétendre que l'homme désintéressé ne jouisse pas du bonheur qu'il procure à d'autres ; je dis qu'il recherche le bonheur d'autrui en vue de ce bonheur même, et non en vue de l'avantage et du plaisir qu'il en pourra personnellement retirer. Dieu est bienveillance pure, désintéressée. S'il rend ses créatures heureuses, c'est parce que leur bonheur lui est cher en lui-même, ce n'est pas en vue d'augmenter le sien propre. Assurément le bonheur de ses créatures est pour lui un sujet de satisfaction, mais ce n'est pas sa propre satisfaction qu'il cherche. Tels sont aussi les sentiments de l'homme vraiment désintéressé. (1) Les autres, c'est-à-dire, dans la pensée de Finney, les autres hommes et Dieu lui-même. Le choix dont il est question ensuite consiste à mettre le bonheur de tous (Créateur et créatures) au-dessus du bonheur d'un seul. (Trad.) Faire le bien, sans aimer à le faire et sans en jouir, ne serait pas une vertu. La bienveillance est la sainteté. Elle est ce que la loi de Dieu demande : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout, ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. » S'il est certain que le converti obéit à la loi de Dieu, il est certain par cela même qu'il est semblable à Dieu, qu'il est bienveillant. Le trait fondamental de son caractère, c'est qu'a recherche, comme son but suprême, non son propre bonheur, mais le bonheur des autres. III. Se convertir véritablement, c'est passer de l'égoïsme à la bienveillance. La conversion véritable est un changement de but et non pas seulement un changement de moyens. Il n'est pas vrai que celui qui est converti et celui qui ne l'est pas ne diffèrent que par les moyens qu'ils emploient, leur but étant le même. Il n'est pas vrai que l'ange Gabriel et Satan poursuivent le même but, chacun d'eux ayant en vue son propre bonheur, et qu'ils ne diffèrent que par le fait qu'ils ne suivent pas la même voie pour atteindre ce même but. Gabriel n'obéit pas à Dieu en vue d'augmenter son propre bonheur. Un homme peut changer de moyens et cependant avoir toujours le même but, son propre bonheur. Il peut faire le bien en vue des avantages temporels qu'il en retirera. Il peut ne pas croire à la religion, ni à l'éternité et cependant se rendre compte que faire le bien tournera à son avantage en ce monde. Supposons qu'alors ses yeux s'ouvrent, qu'il voie la réalité de l'éternité, il pourra arriver qu'il adopte la religion comme un moyen d'être heureux dans l'éternité. Mais il est visible que ce changement n'aura aucune valeur morale. C'est le but qui détermine le caractère moral de la conduite. Or, c'est quant au but que le vrai et le faux converti diffèrent. Le vrai converti choisit comme but de toute sa vie la gloire de Dieu et le bien de son royaume. Il choisit ce but pour l'amour de ce but lui-même, parce qu'il lui apparaît commue le plus grand bien, comme un bien plus grand par conséquent que son propre bonheur. Non qu'il soit indifférent à son propre bonheur, mais il lui préfère la gloire de Dieu parce qu'elle est un bien plus grand. Il fait la part du bonheur de chaque individu pour autant qu'il peut l'apprécier ; mais il ne peut choisir comme but suprême que le plus grand de tous les biens. IV. J'indiquerai maintenant plusieurs points sur lesquels le vrai et le faux chrétien peuvent se ressembler et plusieurs points sur lesquels ils diffèrent. 1. Ils peuvent se ressembler en menant l'un et l'autre une vie strictement morale. La différence est dans leurs motifs. Le vrai chrétien mène une vie strictement morale par amour pour la sainteté; le faux chrétien, par amour pour lui-même. Celui-ci prend la moralité comme un moyen pour parvenir à son but, je veux dire à son bonheur personnel ; le vrai chrétien l'aime et recherche pour elle-même. 2. Ils peuvent vaquer également à la prière, du moins extérieurement. La différence est toujours dans les motifs. Le vrai saint aime à prier; l'autre prie parce qu'il espère en retirer quelque avantage. Le vrai saint s'attend bien à retirer de l'avantage, mais ce n'est pas là son motif dominant. L'autre. ne prie que par ce motif-là. 3. Ils peuvent être également zélés dans leur religion. L'un peut avoir un grand zèle parce qu'il a de grandes lumières et qu'il désire et aime sincèrement l'avancement du règne de Dieu, pour l'amour de Dieu lui-même. L'autre peut avoir un zèle égal, mais en vue d'assurer son propre salut; d'échapper à l'enfer, ou de rassurer sa conscience. Ce n'est pas la religion elle-même qu'il aime. 4. Ils peuvent paraître également consciencieux dans l'accomplissement du devoir. Le vrai converti l'accomplit parce qu'il l'aime; l'autre, parce qu'il n'ose le négliger. 5. L'un et l'autre peuvent être également attentifs à faire ce qui est juste. Le vrai converti parce qu'il aime la justice; l'autre, parce qu'il sait qu'il ne peut être sauvé sans faire ce qui est juste. Celui-ci est honnête dans les affaires, parce que c'est le seul moyen de sauvegarder ses intérêts. En vérité, il a sa récompense. Il acquiert auprès des hommes la réputation d'être honnête, mais s'il n'a pas un motif plus élevé que celui-là, il n'aura pas de récompense de la part de Dieu. 6. Ils peuvent s'accorder dans leurs désirs à beaucop d'égards. L'un comme l'autre peut désirer de servir Dieu; l'un, parce qu'il aime le service de Dieu; l'autre, parce qu'il désire la récompense. L'un comme l'autre peut désirer d'être utile ; le vrai converti désirant l'utilité pour elle-même, parce qu'elle est à la gloire de Dieu ; l'autre la désirant comme un moyen d'obtenir la faveur de Dieu. Et plus le faux chrétien aura l'oeil ouvert sur l'importance qu'il y a pour lui à obtenir la faveur de Dieu, plus il désirera d'être utile. Ils peuvent s'accorder à désirer la conversion des âmes; le vrai chrétien la désirera parce qu'elle glorifie Dieu; le faux chrétien cherchera à l'obtenir afin de gagner la faveur de Dieu. C'est un motif de même ordre qui le portera à donner de l'argent pour de bonnes oeuvres. Qui ne sait qu'un homme peut fort bien donner de l'argent à la Société biblique ou à la Société des missions, en vue de son bonheur personnel, de sa réputation, ou de la faveur divine qu'il veut s'assurer? On peut de même désirer la conversion des âmes et y travailler par des motifs purement égoïstes. Ils peuvent tous deux chercher à glorifier Dieu. Le vrai chrétien, parce qu'il aime voir Dieu glorifié; le faux chrétien parce qu'il sait que c'est le moyen d'être sauvé. Le vrai converti a la gloire de Dieu à coeur, c'est là son but suprême; l'autre désire glorifier Dieu comme un moyen de parvenir à son but à lui, à savoir son propre avantage. L'un et l'autre se repentent. Le vrai saint abhorre le péché à cause de sa nature abominable, il le hait parce qu'il déshonore Dieu, aussi désire-t-il se repentir de tout péché. L'autre désire se repentir parce qu'il sait que sans cela il sera condamné. (1) (1) Ne blâmons point l'insistance de Finney. Il est absolument nécessaire de savoir distinguer la vraie de la fausse repentance, la vraie de la fausse conversion. N'est-il pas dit 1° que Judas se repentit, 2° qu'il reporta les trente pièces d'argent, 3° qu'il confessa son péché devant les principaux sacrificateurs et les anciens en disant : J'ai péché, en livrant le sang innocent? Extérieurement, il ne manque rien à cette repentance; mais Dieu regarde aux motifs, au coeur. Apprenons à discerner nos motifs. (Trad.) L'un et l'autre croient en Jésus-Christ. Le vrai saint croit parce que la foi est à la gloire de Dieu et parce qu'il aime la vérité pour elle-même. L'autre désire croire afin d'avoir une plus ferme espérance d'aller au ciel. L'un s'accorde avec l'autre pour obéir à Dieu. Mais le vrai saint obéit afin de croître en sainteté; le faux chrétien obéit (extérieurement) parce qu'il désire obtenir une récompense. 7. Ils peuvent se ressembler non seulement dans leurs désirs mais encore dans leurs résolutions. L'un comme l'autre peut prendre la résolution « d'abandonner le péché, d'obéir à Dieu et de se consacrer à l'avancement de son règne ; » et l'un comme l'autre peut s'y déterminer avec beaucoup de décision ; mais par des motifs différents. 8. Ils peuvent avoir les mères desseins. L'un comme l'autre peut avoir l'intention de glorifier Dieu, d'avancer son règne, de sauver des âmes. Mais le vrai saint fera tout cela par amour pour la sainteté et pour Dieu ; l'autre le fera pour assurer son propre bonheur. Le premier en fait son but suprême; le second n'en fait qu'un moyen pour arriver à ses fins égoïstes. L'un comme l'autre peut se proposer de devenir saint ; le vrai converti parce qu'il aime la sainteté; l'autre, parce qu'il sait qu'il ne peut être heureux sans cela. 9. Ils peuvent s'accorder non seulement dans leurs désirs, dans leurs résolutions et dans leurs desseins, mais aussi dans leurs affections pour beaucoup d'objets. a) L'un comme l'autre peut aimer la Bible. Le vrai saint l'aime parce qu'elle est la vérité de Dieu ; et il en fait ses délices; le festin de son âme; l'autre l'aime parce qu'il pense qu'elle est en sa faveur et qu'elle est la charte de ses espérances personnelles. b) Ils peuvent tous cieux aimer la doctrine de la grâce; le vrai saint, parce qu'elle est si glorieuse pour Dieu; l'autre, parce qu'il la regarde comme une garantie de son propre salut. c) Ils peuvent tous deux aimer les préceptes de la loi de Dieu; le vrai saint, parce qu'ils sont si excellents, si saints, si justes, si bons; l'autre, parce qu'il pense qu'il sera heureux en les aimant. d) L'un comme l'autre peut aimer Dieu; l'un, surtout, parce qu'il voit que le caractère de Dieu est souverainement excellent, souverainement aimable considéré en lui-même; l'autre, surtout parce qu'il pense que Dieu est son ami particulier, et que pour lui l'idée de Dieu est liée à celle de son intérêt personnel. e) L'un comme l'autre peut aimer Christ. Le vrai converti aime son caractère ; le faux chrétien pense qu'il le sauvera de l'enfer et qu'il lui donnera la vie éternelle; et pourquoi ne l'aimerait-il pas? f) L'un comme l'autre peut aimer les chrétiens; le vrai converti, parce qu'il voit en eux l'image de Christ; le faux chrétien, parce qu'ils appartiennent à la même dénomination que lui, ou qu'ils sont de son parti, ou qu'ils ont les mêmes intérêts et les mêmes espérances que lui. g) L'un et l'autre peuvent aimer les réunions religieuses; le vrai saint les aime parce que les actes du culte, la prière, les louanges de Dieu, l'audition de sa Parole, la communion de Dieu et des saints font ses délices; l'autre les aime parce qu'il les juge propres à affermir ses espérances de vie éternelle. Ce dernier peut avoir cent raisons de les aimer sans cependant aimer le culte et le service de Dieu en eux-mêmes. h) L'un et l'autre peuvent aimer la société des chrétiens; le vrai converti l'aime parce qu'il jouit de la communion des saints, l'autre l'aime parce qu'il espère en retirer quelque avantage. Le premier en jouit parce qu'il aime Dieu et ses frères et que « de l'abondance du cœur la bouche parle; » le second en jouit parce qu'il aime à parler des grands avantages qu'il trouve dans la religion, de l'espérance qu'il a d'aller au ciel, etc. i) L'un comme l'autre peut trouver du plaisir dans la pratique du culte privé. Le vrai chrétien aime la solitude avec. Dieu parce qu'elle le rapproche de Dieu. Quand aucun obstacle ne l'empêche plus d'aller droit à Dieu et de converser avec lui, il fait ses délices de la communion de Dieu. Le chrétien de nom peut trouver aussi de la satisfaction à rendre un culte à Dieu dans le secret, parce qu'il sait que c'est un devoir ; il y trouve la satisfaction de sa propre justice. Il peut y avoir plus encore; le faux chrétien peut trouver dans ce culte solitaire une certaine jouissance, une certaine excitation d’esprit qu'il prend pour de la communion avec Dieu. 10. Ils peuvent s'accorder aussi à haïr les mêmes choses. L'un comme l'autre peut haïr l'incrédulité et s'y opposer fortement; le vrai chrétien parce qu'elle est opposée à Dieu et à la sainteté; le chrétien imaginaire, parce qu'elle porte atteinte à ses plus chers intérêts et que, si elle avait raison, elle détruirait toutes ses espérances pour l'éternité. L'un hait l'erreur parce qu'elle est détestable en elle-même et contraire à Dieu ; l'autre, parce qu'elle est contraire à ses vues et à ses opinions personnelles. Je me rappelle avoir lu dans les journaux, il n'y a pas longtemps, une vive polémique contre un ministre qui avait publié certaines opinions. « Ces idées-là, disait l'auteur de l'article, détruiraient toutes MES ESPÉRANCES pour l'éternité. » Une belle raison vraiment! raison assez bonne cependant pour un égoïste. L'un comme l'autre peut haïr le péché; le vrai converti, parce qu'il est haïssable aux yeux de Dieu ; et le chrétien de nom, parce qu'il lui fait du tort à lui-même. On voit des gens haïr leurs propres péchés et cependant ne pas les abandonner. Souvent, l'ivrogne se rappelant ce qu'il était autrefois et comparant sa dégradation présente à ce qu'il aurait pu être, se prend à haïr sa passion, mais il ne la hait pas parce qu'elle est contraire à la loi de Dieu, il la hait seulement parce qu'elle a été la cause de sa ruine. Aussi continue-t-il à aimer la boisson et à boire, bien qu'il frémisse d'indignation quand il songe aux effets de sa conduite. L'un comme l'autre peut être opposé aux pécheurs. Mais l'opposition du vrai saint est une opposition bienveillante, ayant trait au caractère et aux actes du pécheur, qu'il abhorre parce qu'ils sont de nature à détruire le royaume de Dieu; tandis que l'opposition du chrétien de nom provient de ce que les pécheurs sont opposés à SA religion et qu'ils ne sont pas de son parti. 11. L'un et l'autre peuvent se lamenter sur le triste état de l'église. Le vrai converti, parce que cet état de l'église déshonore. Dieu; le chrétien de nom, parce qu'il en résulte que sa propre âme n'est pas heureuse, ou que la religion est vue et qu'il en souffre du dommage. 12. Ils peuvent se réjouir des mêmes choses. L'un et l’autre peuvent se réjouir de la prospérité de l'Eglise et de la conversion des âmes; le vrai converti, parce que son coeur est à ces choses et qu'il les aime pour elles-mêmes comme étant, le plus grand bien ; le faux chrétien parce qu'il considère ses intérêts comme liés à ceux de l'Eglise. 13. Ils peuvent admettre tous deux les pénalités de la loi. Mais le vrai saint leur donne son plein assentiment en ce qui concerne sa personne, parce qu'il reconnaît qu'il serait juste en soi que Dieu l'envoyât en enfer. Le chrétien de nom les admet parce qu'il croit être personnellement l'abri. Il a du respect pour les jugements de Dieu parce qu'il sait qu'ils sont justes; et sa conscience les approuve; mais il ne leur a jamais donné son assentiment quant à ce qui concerne son propre cas. 14. Ils peuvent donner avec une égale libéralité aux sociétés de bienfaisance. Aucun de vous ne doute que deux hommes ne puissent donner des sommes égales, mais par des motifs entièrement différents. L'un donne dans le but le faire du bien; et agirait exactement de même alors que personne d'autre que lui ne voudrait donner. L'autre donne à cause de la réputation qui lui en revient, ou pour calmer sa conscience, ou pour acheter la faveur de Dieu. 15. Ils peuvent également renoncer eux-mêmes en bien des choses. Le renoncement se remarque ailleurs que chez les vrais chrétiens. Voyez le renoncement du Mahométan faisant son pèlerinage à La Mecque; voyez celui des païens qui se jettent sous les roues du char de Jaggernaut; voyez encore celui du pauvre papiste qui, dans son ignorance, marche sur ses genoux jusqu'à ce que le sang en ruisselle. Une église protestante ne saurait attribuer à des actes pareils un caractère vraiment religieux. Mais n'y a-t-il aucun renoncement? Le vrai saint renonce à lui-même afin de faire plus de bien aux autres. Il fait plus de cas de ce lien qu'il cherche à faire aux autres que de son propre intérêt ou de son propre bien-être. L'autre peut aller aussi loin que lui, — extérieurement, — mais par des motifs purement égoïstes. 16. L'un comme l'autre peut être prêt à souffrir le martyre. Lisez les vies des martyrs et vous ne douterez pas que plusieurs n'aient donné leur vie par une finisse idée des récompenses promises au martyre. Quelques-uns couraient à la mort parce qu'ils étaient persuadés que c'était le moyen infaillible d'arriver à la vie éternelle. Dans tous ces cas, les motifs de l'un sont directement opposés aux motifs de l'autre. La différence est dans le but. Comme but suprême, l'un choisit son propre intérêt, l'autre choisit l'intérêt de Dieu. Prétendre que l'un et l'autre ont le même but, c'est prétendre qu'un pécheur impénitent est juste aussi bienveillant qu'un vrai chrétien ; ou que le chrétien n'est pas bienveillant comme Dieu ; qu'il n'a en vue que son propre bonheur et qu'il diffère du mondain par le seul fait qu'il recherche ce bonheur dans la religion et non dans le monde. C'est ici le lieu de répondre à une question qu'on fait souvent. « Si ces deux classes de personnes se ressemblent en tant de points, comment pouvons-nous savoir à coup sûr à laquelle des deux nous appartenons? Le coeur est rusé et désespérément malin par dessus toutes choses; comment pourrons-nous discerner si nous aimons Dieu pour lui-même et la sainteté pour elle-même, ou si le désir de nous concilier la faveur de Dieu, l'espoir d'aller au ciel, l'intérêt personnel enfin, sont nos véritables motifs? » — Je réponds : 1° La disposition de notre cœur se manifestera dans notre conduite de chaque jour, notamment dans la façon dont nous traitons les affaires commerciales ou autres. Si, dans ce domaine, c'est l'égoïsme qui nous conduit, aussi vrai que l'Eternel règne, nous ne sommes que des égoïstes. Si nous sommes égoïstes dans nos relations avec les hommes, nous le sommes aussi dans nos relations avec Dieu. « Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit, point? » La religion n'est pas seulement amour pour Dieu, elle est aussi amour pour l'homme. Si vos transactions de chaque jour montrent, que vous êtes égoïstes, vous êtes inconvertis; autrement la bienveillance ne serait pas essentielle à la religion et l'on pourrait être chrétien sans aimer son prochain comme soi-même. 2° Si vous êtes désintéressé (1) dans votre religion, l'accomplissement de vos devoirs religieux ne sera pas pour vous une tâche pénible. Vous n'irez pas à vos devoirs religieux comme le laboureur (2) à son labourage, uniquement afin d'avoir de quoi vivre. Le laboureur prend plaisir à son travail, mais ce n'est pas pour l'amour de son travail lui-même ; s'il pouvait, il ne labourerait pas; considéré en lui-même, son labourage n'est pour lui qu'une fatigue, et s'il prend plaisir, ce n'est qu'en vue des résultats, de l'entretien de sa famille, de son bien-être ou de l'accroissement de ses richesses. Il en est exactement de même pour beaucoup de gens à l'égard de la religion. Ils recourent à elle comme le malade à sa médecine, parce qu'ils en désirent les effets, et parce qu'ils savent qu'ils doivent la prendre ou périr. Elle est pour eux une tâche qu'ils n'accompliraient jamais pour elle-même. Supposez que l'homme aime à travailler comme l'enfant à jouer. Il travaillera toujours et n'en sera jamais dégoûté ; il le fera sans autre motif que le plaisir qu'il prouvera à travailler. Il en est ainsi de la religion quand elle est aimée pour elle-même; on ne trouve aucune fatigue la pratiquer. (1) Il ne faut pas prendre cette expression au sens absolu ; elle désigne ici le caractère de l'homme qui met la gloire de Dieu et le bien de ses semblables au-dessus de son intérêt propre. Ni la repentance, ni l'amour du chrétien ne sont absolument désintéressés. Finney le reconnaît pleinement quand il dit plus loin que « c'est un devoir pour l'homme de rechercher son propre bonheur » et que celui qui ne le fait pas pèche. » Mais il ne veut pas que cette recherche ait la prédominance dans notre vie. (Trad.). (2) Anglais : travailleur. (Trad.) 3° Si l'égoïsme est le trait dominant de votre religion, celle-ci prendra tantôt une forme, tantôt une autre. Supposons, par exemple, un temps de froideur générale dans l'église. Les vrais chrétiens n'en goûteront pas moins les joies secrètes de la communion avec Dieu, quoique pour le moment leur piété ne se manifeste pas beaucoup au dehors. En un tel temps, le faux converti, au contraire, ne pensera guère qu'au monde et à ses biens. Mais que tout à coup les chrétiens se lèvent pleins de résolution, qu'ils se mettent à l'oeuvre, qu'ils fassent éclater leur joie, en sorte qu'on recommence à parler de la religion; et vous verrez peut-être les faux chrétiens recommencer à se donner du mouvement jusqu'à paraître plus zélés que les vrais chrétiens. Ils y sont poussés par leurs convictions, non par leurs affections. Quand la religion n'éveille pas l'intérêt du public, le chrétien de nom reste dans l'indifférence; mais que l'église réveille, et le voilà convaincu de péché et forcé de se mettre en branle pour conserver la paix de sa conscience. Au fond, ce n'est qu'une forme d'égoïsme succédant à une autre. 4° Si vous êtes égoïste, la jouissance que vous trouverez dans votre religion dépendra surtout de la vivacité de votre espérance d'aller au ciel, elle ne procèdera pas de l'exercice de vos affections. Votre bonheur ne consistera pas à avoir une religion active, comme c'est le cas chez le vrai saint ; Il consistera dans l'attente des biens du ciel. On entend souvent des chrétiens dire que leur joie disparaît quand ils perdent leurs espérances. La raison en est bien simple. S'ils aimaient la religion pour elle-même, leurs jouissances ne dépendraient pas de leurs espérances. Si vous aimiez la charge que vous avez dans le service de Jésus-Christ, vous seriez heureux même en enfer, pourvu que Dieu vous permît d'y accomplir les devoirs de cette charge; car, en ce cas, vous feriez ce qui vous plairait le plus. Si votre joie n'est pas puisée dans le service de Dieu, mai uniquement dans vos espérances personnelles, votre religion n'est pas religion, mais égoïsme. Je ne dis pas que les vrais chrétiens ne jouissent pas de leur espérance; je dis que cette espérance n'est pas pour eux l'essentiel. J'ajoute même qu'ils n'y pensent pas beaucoup. Leurs pensées sont occupées ailleurs. 5° Si vous êtes égoïste dans votre piété, vous jouirez surtout par anticipation. Le vrai saint jouit déjà de la paix de Dieu, le ciel a déjà commencé dans son âme ; il n'en a pas seulement la perspective ; la vie éternelle est actuellement en lui. Il a cette foi qui est « une substance des choses qu'on espère. » Ses sentiments sont véritablement ceux du ciel ; sa joie n'est pas portée au même degré que celle des bienheureux, mais elle est de même nature ; et elle est proportionnée à sa sainteté, non à son espérance. 6° A ceci encore on reconnaîtra si l'on n'a qu'une religion égoïste. Celui dont la conversion est illusoire a seulement l'intention d'obéir à Dieu, tandis que le vrai chrétien PRÉFÈRE l'obéissance à la désobéissance. Cette distinction est importante et je crains qu'il n'y ait que peu de personnes qui la fassent. Ils sont innombrables, en effet, ceux qui ont l'intention d'obéir, sans avoir une préférence véritable pour l'obéissance. Cette préférence est LE choix actuel, elle est l'obéissance du coeur. Vous entendez souvent des gens dire qu'ils ont eu l'intention de faire tel acte d'obéissance ; puisqu'ils ne l'ont pas fait. Et ils vous diront combien il est difficile d'exécuter ses résolutions. Le vrai saint, par contre, préfère réellement l'obéissance et il la choisit dans son coeur, aussi trouve-t-il facile d'obéir. L'un a une intention d'obéir comme celle que Paul avait avant qu'il fût converti, et dont nous parle au chapitre VII de l'épître aux Romains. Il avait une forte intention d'obéir, mais il n'obéissait pas, parce que son coeur n'y était pas. Le vrai converti préfère obéissance pour elle-même, il la choisit et la pratique; l’autre se la propose parce qu'il sait qu'elle est le seul elle, I in pour parvenir au bonheur. 7° Le vrai converti et le converti imaginaire diffèrent encore dans leur foi. Le premier a dans le caractère de lieu une confiance qui le conduit à une soumission sans réserve à Dieu. On parle beaucoup des différentes espèces de foi, mais ce qu'on en dit n'a pas toujours beaucoup de sens. La confiance dans les promesses spéciales Seigneur dépend de la confiance dans le caractère de Dieu. Il n'y a que deux principes d'obéissance à un gouvernement quelconque, humain ou divin, à savoir : la crainte et la confiance. Ou l'obéissance procède de l'espérance de a récompense et de la crainte du châtiment, ou elle procède de Cette confiance qui produit l'amour. Un enfant bien né obéit à ses parents parce qu'il a confiance en eux; il a, à leur égard, la foi qui agit par l'amour. Celui qui est poussé par l'espérance et la crainte n'a qu'une obéissance extérieure, il n'a pas l'obéissance du coeur, il n'a pas l'amour. Le vrai converti obéit parce qu'il aime Dieu; il cette confiance qui consiste à se remettre soi-même tout entier entre les mains de Dieu, dans la plus absolue soumission, pour faire tout ce que Dieu voudra. L'autre n'a qu'une foi partielle et une soumission partielle. Le démon aussi a une foi partielle. Il croit et il tremble. Nous pouvons croire que Jésus-Christ est venu pour sauver les pécheurs, et en conséquence nous soumettre à lui pour être sauvé, sans cependant nous soumettre entièrement à lui pour qu'il nous gouverne et qu'il dispose de nous comme bon lui semblera ; cette soumission n'est que conditionnelle, et la condition, c'est que nous allions au ciel. C'est ici la religion égoïste. La religion du vrai saint est tout autre, c'est celle de l'amour. 8° Encore une différence. Si votre religion est égoïste, vous vous réjouirez particulièrement de la conversion des pécheurs quand elle aura eu lieu par votre moyen, parce que vous penserez en avoir une grande récompense; mais cette conversion ne vous donnera qu'une bien mince satisfaction quand elle aura été obtenue par d'autres que vous, vous en serez même envieux. Le vrai saint se réjouit sincèrement de voir les autres utiles; il se réjouit quand les pécheurs sont convertis par d'autres, comme s'ils l'étaient par son propre moyen. Il y a des personnes qui prennent grand intérêt à un réveil tant que ce réveil les touche de près ; mais qui semblent préférer que les pécheurs restent inconvertis, plutôt que de les voir arriver au salut par un évangéliste ou un pasteur d’une église autre que la leur. Le vrai esprit de l'enfant de Dieu consiste à dire : « Seigneur, envoie qui tu veux envoyer, que seulement les âmes soient sauvées et ton nom glorifié! » V. Je vais maintenant répondre à quelques objections. l° Objection. — Ne dois-je tenir aucun compte de mon propre bonheur? l° Réponse. — Il est juste que vous teniez compte de votre propre bonheur, en lui attribuant la part d'importance qu'il a réellement. Mettez-le dans un des plateaux de la balance, mettez dans l'autre a gloire de Dieu et le bien de l'univers; et n'attribuez plus à votre bonheur que a valeur relative qui est la sienne. C'est ce que Dieu fait, et c'est aussi ce qu'il vous demande de faire quand il vous commande d'aimer votre prochain comme vous-même. 2° Réponse. — En fait, vous travaillerez à votre propre bonheur précisément dans la mesure où vous l'oublierez. Votre bonheur sera en proportion de votre désintéressement. Il peut y avoir du plaisir dans la satisfaction des désirs égoïstes mais ce n'est pas un bonheur réel. Le vrai bonheur se trouve surtout dans la satisfaction des désirs vertueux. Or, pour être vertueux le désir doit être désintéressé. J'aperçois un mendiant dans la rue, assis sur le bord du trottoir. Touché de compassion, j'entre dans la boulangerie voisine et je lui achète un pain. La physionomie du malheureux s'illumine et exprime une profonde gratitude. Ma satisfaction, à moi, sera proportionnée à la pureté de mes motifs. Si j'ai agi par pure bienveillance, le plaisir d'avoir fait du bien me suffira ; si le désir de paraître bon est entré pour quelque chose dans mon action, je ne serai pas tout à fait content à moins qu'elle ne soit connue. Vous rencontrez un pécheur entièrement corrompu. Votre compassion est excitée ; vous parlez à ce pécheur et vous l'amenez au Sauveur. Si vous avez eu pour motif d'en acquérir de l'honneur auprès des hommes et de vous assurer la faveur de Dieu, vous ne serez pas complètement heureux tant que votre action ne sera pas colportée de bouche en bouche ; peut-être même ne le serez vous pas à moins qu'elle ne soit publiée dans les journaux. Mais si vous n'avez eu d'autre désir que celui de sauver une âme de la mort, dès que Vous verrez ce désir accompli, votre satisfaction sera complète et votre joie sans mélange. De même en est-il pour tous les devoirs religieux : le bonheur est exactement proportionné au désintéressement. Si vous vous appliquez à faire le bien, en vue du bien lui-même, vous serez heureux en proportion du bien que vous ferez. Mais si vous vous proposez comme but votre propre bonheur et que vous fassiez le bien seulement en vue d'être. heureux, vous manquerez votre but. Vous serez semblable à un enfant qui poursuit sa propre ombre; il ne peut jamais l’atteindre; elle reste toujours à la même distance de lui. Supposons que vous soyez dans le cas que j'ai cité plus haut et que vous n'ayez aucun désir de secourir le mendiant, mais que vous ayez en vue d'obtenir l'approbation de telle ou telle personne ; vous n'éprouverez alors aucun plaisir du bien fait au mendiant; seule l'approbation que vous aurez recherchée pourra vous satisfaire. De même, si travaillant à la conversion des pécheurs, ce n'est pas par amour pour les pécheurs que vous agissez, cette conversion ne peut vous rendre heureux, elle n'a rien qui puisse satisfaire le désir qui vous aura fait agir. – La vérité est que Dieu a fait le coeur de l'homme tel que pour être heureux, il doit se proposer comme luit le bonheur des autres. Les gens du monde manquent leur but parce qu'au lieu de rechercher le bonheur des autres, ils recherchent leur propre bonheur. C'est la recherche même du bonheur qui rend le bonheur impossible. Si l'homme voulait abandonner cette recherche et se vouer au bien, il serait heureux. 2° Objection. Jésus-Christ n'a-t-il pas eu en vue la joie qui lui était proposée? Moïse n'a-t-il pas eu égard à la rémunération? Et n'est-il pas écrit que nous aimons Dieu parce qu'il nous a aimés le premier? 1° Réponse. Il est vrai que Jésus-Christ a méprisé l'ignominie et souffert la croix en vue de la joie qui était devant lui. Mais quelle était cette joie? Ce n'était pas son propre salut, ni son propre bonheur, mais le bien immense qu'il voulait faire au monde en le sauvant. Il était parfaitement heureux en lui-même. Le bonheur des autres était son but. C'est ce bonheur qui était la joie mise devant lui, joie qu'il a obtenue. 2° Réponse. Quelle était la rémunération que Moïse avait en vue? (Heb 11 :24-26) Etait-ce son propre bonheur? Loin de là! C'était le salut du peuple d'Israël. Quand Dieu lui proposa de détruire le peuple et de faire de lui une grande nation, s'il avait été égoïste, il aurait répondu: « C'est bien, Seigneur, qu'il soit fait à ton serviteur selon ce que tu as dit. » Mais son cœur était tellement au salut de son peuple et à la gloire de Dieu, qu'il ne songea pas un instant à ce qui le concernait et qu'il répondit à Dieu : « Pardonne leurs péchés! sinon efface-moi de ton livre, » Plus tard, Dieu lui renouvela son offre. « Je détruirai le peuple, lui dit-il, mais je ferai de toi une nation plus grande et plus puissante que lui. » Mais Moïse se montra toujours uniquement préoccupé de la gloire de Dieu. « Les Egyptiens l'entendront dire, répondit-il, et toutes les nations diront : « C'est parce que l'Eternel n'avait pas le pouvoir de mener ce peuple dans le pays qu'il avait juré de lui donner. » Il ne peut supporter la pensée d'être favorisé aux dépens de la gloire de Dieu. Que Dieu Mt glorifié et Israël sauvé, c'était en réalité une plus grande récompense pour lui qu'un avantage personnel quelconque. 3° Réponse. Quand il est dit : « Nous l'aimons parce qu'il nous aima le premier, » ce langage ne comporte que deux interprétations; il signifie ou bien que cet amour de Dieu nous a engagés à retourner à lui et nous a portés à l'aimer, bien que nous aimons Dieu seulement à cause des faveurs qu'il nous accorde. Or, ce second sens est évidemment inadmissible. Jésus-Christ l'a expressément réprouvé dans son sermon sur la montagne : « Si vous aimez ceux qui vous aiment; quelle récompense en aurez-vous? Les publicains n'en font-ils pas autant ? » dit-il. Si nous n'aimons pas Dieu à cause de son caractère souverainement aimable, et que nous ne l'aimions qu'en raison des faveurs qu'il nous accorde, Jésus-Christ l'a déclaré : nous sommes semblables aux païens (1). (1) Le lecteur comprend que Jésus-Christ ne nous défend pas d'aimer ceux qui nous aiment; que la reconnaissance est au contraire un devoir; et l'ingratitude, le comble de l'égoïsme. Il comprend de même que nous devons aimer Dieu aussi à cause des Saveurs qu'il nous accorde. (Trad.) 3° Objection. — La Bible ne présente-t-elle pas le bonheur comme récompense de la vertu? Réponse. — La Bible parle du bonheur comme résultat de la vertu, mais elle ne déclare nulle part que la vertu consiste poursuivre le bonheur. Elle est partout opposée à une semblable pensée; elle fait consister la vertu à faire du bien aux autres. Une saine psychologie montre qu'il doit en être ainsi. Si quelqu'un désire le bien des autres, il sera heureux dans la proportion oit il pourra satisfaire ce désir. 4° Objection. — Dieu se propose pour but notre bonheur, devons-nous être plus bienveillants que Dieu ? Ne devons-nous pas être semblables à lui? Ne devons-nous pas avoir le même but que lui? Réponse. — Cette objection est spécieuse, mais futile, sans valeur aucune. Dieu est bienveillant pour « les autres ». Il se propose le bonheur «des autres,» il se propose notre bonheur. Etre semblable à lui, c'est se proposer le bonheur des autres ; c'est faire nos délices tout d'abord du bonheur et de la gloire de Dieu, puis du bonheur et de la gloire de l'univers. 5° Objection. — Pourquoi la Bible fait-elle continuellement appel à nos espérances et à nos craintes, si a considération de notre propre bonheur n'est pas un motif légitime d'action ? 1° Réponse. — La Bible fait appel aux instincts constitutifs de notre être, mais non pas à notre égoïsme. L'homme craint le malheur et ce n'est pas mal à lui de l'éviter et de rechercher son propre bonheur, pourvu que cette recherche soit subordonnée à la gloire de Dieu. 2° Réponse. — L'humanité a été tellement abrutie par le péché, qu'à moins de faire appel à ses espérances et à ses craintes, il n'est pas possible d’attirer son attention sur la beauté du caractère de Dieu et sur les raisons qu'elle a de l'aimer. Mais quand l'homme est rendu attentif et que sa conscience est éveillée, Dieu lui présente l'Evangile. Quand un ministre a prêché les terreurs de Dieu, de sorte qu'il a alarmé, réveillé ses auditeurs et conquis leur attention, il ne doit pas continuer à prêcher dans le même sens, mais exposer dès lors à ses auditeurs tout le caractère de Dieu, de manière à ce qu'ils l'aiment à cause de sa propre excellence. 6° Objection. — Les écrivains inspirés ne disent-ils pas: « Repentez-vous, croyez à l'Evangile et vous serez sauvés? » Réponse. — Oui ; mais ils exigent la vraie repentance qui consiste à abandonner le péché parce qu'il est odieux et abominable en lui-même. Ce n'est pas la vraie repentance que d’abandonner le péché à condition que l'on soit pardonné. La Bible requiert la vraie foi et la vraie soumission; non pas une foi conditionnelle, non plus qu'une soumission partielle. Et elle y insiste. Elle dit, il est vrai : « vous serez sauvés, » mais elle veut pour cela la repentance qui procède de l'amour et la soumission sans réserve ni condition. 7° Objection. — L'Evangile ne présente-t-il pas le pardon comme un motif de se soumettre à Dieu ? Réponse. — Cela dépend du sens que vous donnez à ce terme de MOTIF. Si vous entendez que Dieu déploie devant les hommes tout son caractère et toute la vérité concernant la bonne nouvelle du salut, comme motifs qui doivent, les porter à l'amour de Dieu et à la repentance, je réponds : Oui, la compassion de Dieu et sa disposition à pardonner sont des raisons pour aimer Dieu, parce que ce sont là des traits de son glorieux caractère qui est infiniment digne de notre amour. Mais si vous entendez par « motif» une condition, et que vous vouliez dire que le pécheur doit se repentir à condition que le pardon suive, je réponds que nulle part la Bible ne présente une semblable idée. Nulle part elle n'autorise le pécheur à dire : Je me repentirai SI tu veux me pardonner. Je termine par deux courtes remarques. 1. Le sujet que nous avons étudié nous montre pourquoi il y a parmi les chrétiens de profession des vues si différentes sur la nature de l'Evangile, Les uns le regardent comme une concession faite à l'humanité, de sorte que Dieu serait devenu moins strict qu'il ne l’était sous la loi. Aussi pensent-ils qu'il leur est permis de faire une large part à l'amour du monde, et que l'Evangile viendra, combler les lacunes de leur obéissance et les sauver. Les autres reconnaissent, dans l'Evangile la surabondante bienveillance de Dieu ayant pour premier but de détruire le péché et de produire la sainteté; de sorte que bien loin de donner aux hommes la facilité d'être moins saints qu'ils devaient l'être sous la loi, toute la valeur de l'Evangile consiste au contraire dans le pouvoir qu'il a de les rendre saints. 2. Nous voyons pourquoi nombre de chrétiens de profession se préoccupent beaucoup plus de la conversion des pécheurs, que de voir l'église sanctifiée et Dieu glorifié par les bonnes oeuvres de son peuple. Beaucoup de chrétiens ressentent une sympathie naturelle pour les pécheurs et désirent les voir sauvés de l'enfer ; cela fait, leur préoccupation ne va pas plus loin. Mais quant aux vrais saints, c'est le péché, en tant que déshonorant Dieu, qui les affecte au plus haut point. Ce qui cause leur plus grande détresse, c'est de voir le péché des chrétiens, parce que c'est celui-là qui plus que tout autre, déshonore Dieu. -------------------------------------------------------------------------------- XIII° DISCOURS LA VRAIE SOUMISSION. « Soumettez-vous donc à Dieu. » JACQ. IV :7. Ce qui constitue la vraie soumission, voilà notre sujet. Avant d'y entrer, je désire faire deux remarques : 1° Si vous êtes, déçu dans vos espérances, et si votre édifice religieux repose sur un fondement illusoire, cela provient avant tout de ce que vous avez accepté l'Evangile par des motifs intéressés. Votre coeur égoïste n'a pas été brisé; s'il l'avait été, il est certain que vous ne seriez pas déçu. 2° Si vos espérances sont illusoires, vous courez le plus grand risque, chaque fois que vos yeux s'ouvrent sur votre véritable condition, de revenir à ces espérances trompeuses pour les raviver et vous y fixer définitivement. Il arrive très fréquemment, en effet, que les chrétiens de nom sont réveillés et passent quelque temps dans l'anxiété et dans l'examen d'eux-mêmes, puis reviennent à leurs espérances mensongères pour ne plus les quitter. Leur esprit est habitué à cette vieille ornière et il lui est extrêmement difficile d'en sortir. Aussi est-il indispensable, en ce cas, d'amener les chrétiens de profession à voir clairement qu'ils se sont complètement trompés et qu'ils n'ont pas à renouveler les efforts qui les ont faits ce qu'ils sont. Nous sommes habitués à voir, à peu près partout, la plus grande partie des membres de l'église froids et morts jusqu'à ce qu'un réveil commence. A-t-il commencé, ils s'agitent, ils se démènent et les voilà « engagés dans l'oeuvre » comme ils disent. Ils Multiplient leurs efforts et leurs prières pour un temps, et c'est ce qu'ils appellent se réveiller; mais ils ont toujours la même espèce de religion qu'auparavant : une religion qui ne dure pas plus que l'excitation des réunions publiques. Dès que le corps de l'Eglise ralentit ses efforts pour la conversion des pécheurs, ces membres de l'église reviennent à leur mondanité précédente, et ils se rapprochent autant de ce qu'ils étaient avant leur prétendue conversion que le leur permettent leur orgueil et la crainte de la discipline de l'église. Qu'un nouveau réveil se produise, ils recommencent à tourner dans le même cercle ; ils vivent ainsi de spasmes religieux toujours à renouveler. Une série de réveils toujours suivis de rechutes, voilà l'histoire de leur vie jusqu'à la fin. La vérité est qu'ils se sont trompés au début de leur carrière religieuse ; leur conversion n'a pas été vraie; leur égoïsme n'a pas été vaincu ; et plus ils multiplient leurs efforts de réveil, plus certaine est leur perte. J'entre maintenant dans la discussion directe de notre sujet. I. Ce que n'est pas la vraie soumission. 1. Elle n'est pas l'indifférence à l'égard du péché et de la sainteté. Deux choses ne peuvent pas différer plus que l'indifférence ne diffère de la vraie soumission à Dieu. Quelques-uns pensent que celui qui est vraiment soumis acceptera même de rester pécheur, pour la gloire de Dieu. Mais cette pensée est absolument insensée, elle est tout à fait absurde. C'est un péché que d'être disposé à rester pécheur ; et se proposer la gloire de Dieu suppose la volonté de ne plus pécher. 2. La vraie soumission n'est pas non plus l'acceptation ide la condamnation. Ce n'est pas la volonté de Dieu que nous soyons condamnés ; sa volonté est que quiconque se repent et se soumet à lui soit sauvé. II. En quoi consiste la vraie soumission. 1. Elle consiste dans un acquiescement complet toutes les dispensations de Dieu, à celles qui nous concernent nous-mêmes, comme à celles qui se rapportent à d'autres personnes ou à l'univers en général. Beaucoup de gens se figurent qu'ils donnent leur plein assentiment aux dispensations de Dieu ; mais si vous conversez avec eux, vous verrez qu'en beaucoup de choses, ils ne craignent pas de révoquer en doute la sagesse de Dieu. Ils s'étonnent que Dieu ait permis l'entrée du péché dans le monde ; ils demandent pourquoi Dieu a fait ceci, pourquoi Dieu a fait cela, pourquoi il a agi de telle façon plutôt que de telle autre. Bien différente est la vraie soumission ; devant l'action de Dieu, elle s'incline, qu'elle comprenne ou ne comprenne pas, persuadée que tout est pour le mieux dans le gouvernement de Dieu. 2. La vraie soumission implique l'acquiescement aux préceptes de la loi morale que Dieu nous a donnée, et dont le résumé est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ta pensée, de toute ton âme, de toute ta force; et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et qui sont ceux qui acquiescent à cette loi ? Plusieurs répondront : « J'y acquiesce, je sens qu'elle est juste et je n'ai aucune objection à faire contre elle. » Mais je dois vous faire observer qu'il faut distinguer soigneusement entre une approbation qui résulte de la nature même de notre esprit et la soumission actuelle et pratique. Vous ne trouverez personne qui tout naturellement, en écoutant sa conscience, n'approuve cette loi de Dieu. Il n'y a pas même un démon dans l'enfer qui ne sache qu'elle est juste. Dieu a ainsi constitué notre esprit qu'il nous est impossible de ne pas donner notre approbation sa loi. Mais ce n'est pas de cet acquiescement que je parle. On peut ressentir pour la loi de Dieu une telle admiration que l'on trouvera ses délices à la contempler, et cependant n'être pas dans la vraie soumission à son égard. Le véritable acquiescement donné à la loi de Dieu comprend tout d'abord l'obéissance actuelle à cette loi. C'est en vain qu'un enfant prétendrait qu'il donne son plein assentiment aux commandements de son père, s'il ne lui obéit pas présentement; en vain qu'un citoyen prétendrait donner son entière approbation aux lois de son pays, alors qu'il ne les observerait pas. Et quel est le point essentiel qui constitue l'obéissance à la loi? Vous savez comment l'homme s'est comporté à l'égard de Dieu et des intérêts de son royaume; il leur a retiré son affection suprême ; il leur a substitué comme objet de son amour sa propre personne, son propre intérêt sa propre gloire. Il devait s'oublier lui-même pour Paire le bien, ce qui est l'essence de la loi ; au lieu de cela, il a adopté la hideuse maxime : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Or, c'est là le point capital du procès entre Dieu et l'homme. Il faut que l'homme cède sur ce point. Sa première affection ne doit plus être pour sa propre personne ; elle doit être pour Dieu et pour les intérêts de son royaume. Et cette affection doit dépasser toutes les autres autant que l'importance des intérêts du royaume de Dieu dépasse l'importance de tous les autres intérêts. Celui qui refuse de comprendre cela et de restituer à Dieu la place qui lui appartient est un violateur de la loi, un rebelle vis-à-vis de Dieu. Supposez un souverain qui se voue au bien de son peuple; il y consacre toutes ses ressources, il fait les lois les plus sages en vue du bonheur de tous, et ordonne à chacun de vivre en vue du bonheur général. Mais un de ses sujets oppose résolument son intérêt personnel à l'intérêt de tous. Ne direz-vous pas que cet individu est un rebelle ? De même dans le royaume de Dieu, vous êtes tenu de subordonner votre bonheur personnel à la gloire de Dieu et au bien de l'univers; si vous refusez de le faire, vous vous constituez ennemi de Dieu et de l'univers. Comme la loi, l'Evangile demande le renoncement à soi en vue des intérêts de Dieu. II est vraiment étonnant que ces dernières années beaucoup de gens aient soutenu qu'il est bien à l'homme de faire de son bonheur l'objet direct et suprême de ses recherches. Si c'était là ce que demande Jésus-Christ, il serait ministre de l'égoïsme et du péché; il serait venu dans le monde pour proclamer la révolte contre le gouvernement de Dieu. « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, » nous dit-il ; or, chose étrange ! un auteur a cité dernièrement cette parole pour prouver que nous devons rechercher premièrement notre propre salut ou notre propre bonheur et faire de cette recherche la grande affaire de notre vie. Il est clair que ce n'est pas là le sens de la parole de Jésus-Christ. Cette parole signifie que chacun doit rechercher avant tout la gloire de Dieu, l'extension de son règne. Le but suprême où nous devons tendre, ce n'est pas d'être heureux, mais d'être saints. Le bonheur, il est vrai, est inséparable de la sainteté; il n'est cependant pas la même chose. Chercher la sainteté, qui est l'obéissance à Dieu, c'est tout autre chose que de chercher avant tout le bonheur. - « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, nous est-il dit encore, faites tout pour la gloire de Dieu. » « Quoi ! nous dit-on, ne pouvons-nous pas manger et boire pour notre plaisir? » Non. La parole que nous venons de citer est suffisamment claire : La satisfaction de notre appétit naturel doit être subordonnée à la gloire de Dieu. - Notre Sauveur nous dit: « Quiconque veut sauver sa vie, la perdra ; mais quiconque perdra sa vie pour l'amour de moi, la sauvera ; » ce qui veut dire : si quelqu'un poursuit, son propre intérêt, il le perdra ; s'il poursuit le salut de son âme comme son but suprême, il perdra son âme ; mais s'il renonce à lui-même et fait son but suprême du bien des autres, il sauvera son âme. Jésus-Christ nous dit encore : « En vérité, je vous dis, il n'y a personne qui ait laissé maison, ou frères, ou soeurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfants, ou champs, à cause de moi et de la Bonne Nouvelle, qui ne reçoive maintenant, en ce temps-ci, cent fois autant, des maisons, et des frères, et des soeurs, et des mères, et des enfants, et des champs, avec des persécutions, et dans le siècle à venir, la vie éternelle. » Dira-t-on qu'une récompense nous est ici présentée comme motif d’action? Mais remarquez qu'il ne s'agit pas de renoncer à soi-même à cause d’une récompense, mais à cause de Christ et de l'Evangile ; et c'est à cette condition seulement que la conséquence indiquée par Jésus-Christ se réalisera. Dans le chap. 13 de la lre aux Corinthiens, Voyez tout ce que l'on pourrait faire, tout en étant nul et sans valeur pour le règne de Dieu, parce que l'amour manquerait. « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brillé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n'est point envieuse ; la charité ne se vante point, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne soupçonne point le mal, elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. » Remarquez cette parole: « Elle ne cherche point son intérêt. » Elle n'a pas un but égoïste ; son but suprême est le bonheur des autres. Voilà qui est clair : où cette même charité ne se trouve pas, il n'y a pas un atome de religion. Toute vraie religion consiste en bienveillance désintéressée. Plusieurs d'entre vous peut-être ne peuvent abandonner l'idée que la religion demande que lions nous proposions noire propre salut comme but suprême; aussi dois-je répondre à quelques objections avant d'aller plus loin. 1° Objection. Pourquoi les menaces de la Parole de Dieu, si c'est de l'égoïsme que d'être influencé par la peur de la colère à venir? Réponse. L'homme est fait de telle sorte qu'il redoute la souffrance. Les menaces de l'Ecriture, ont donc, entre autres buts, celui d'arrêter l'attention de l'homme égoïste et de le conduire à examiner quelles sont les raisons d'aimer Dieu et de lui obéir. Quand l'attention du pécheur est ainsi obtenue, le Saint-Esprit travaille à réveiller sa conscience; il lui montre combien il est raisonnable et juste de se soumettre à Dieu et il le pousse à le faire. 2° Objection. Dieu nous ayant créés capables d'éprouver du plaisir et de la peine, peut-on dire qu'il soit mal d'être influencé par la perspective de l'un ou de l'autre? Réponse. Ce n'est ni bien ni mal, en ce sens que c'est une chose sans caractère moral. Telles sont, en général, les actions inspirées par l'instinct de la conservation. Vous êtes, par exemple, au bord d'un précipice; si vous vous y jetez, vous vous tuez; et vous en êtes avertis. Si vous ne tenez pas compte de l'avertissement et que vous vous tuiez, c'est un péché. Mais si vous en tenez compte et conservez votre vie, il n'y a là aucune vertu ; c'est un simple acte de prudence dicté par l'instinct de la conservation. De même c'est un péché que de braver la colère de Dieu; mais ce n'est pas une vertu que d'en avoir peur. Il n'y a pas plus de sainteté à craindre de tomber en enfer qu'à craindre, de tomber dans un précipice ; cette crainte n'est pas quelque chose de moral, elle est un résultat nécessaire de la constitution de notre être. 3° Objection. La Bible ne nous fait-elle pas un devoir de rechercher notre propre bonheur? Réponse. Ce n'est pas pécher que de rechercher notre propre bonheur en proportion de sa valeur réelle; au contraire, c'est un devoir; et négliger de le faire serait un péché. Mais, si notre nature nous porte à rechercher notre bonheur, elle ne nous prescrit nullement de le poursuivre comme notre but suprême. Si quelqu'un raisonne de cette façon : « Nous sommes ainsi constitués que nous avons besoin de nourriture, nous devons donc chercher la nourriture comme notre bien suprême, » ce raisonnement sera-t-il bon ? Evidemment non. 4° Objection. Le bonheur de chacun dépend tout particulièrement de lui ; si donc chacun travaille à son propre bonheur, le bonheur de tous sera assuré de la façon la plus complète possible. Cette objection est spécieuse et fausse; j'en nie absolument la conclusion. Car 1° Le bonheur n'est pas dans la satisfaction des désirs égoïstes; les reproches de la conscience que provoquent ces désirs le rendent impossible. Il n'est que dans la satisfaction des désirs vertueux ; or qu'est-ce que la vertu si ce n'est l'amour de Dieu et du prochain ? et qu'est-ce que l'amour, s'il ne consiste pas à s'oublier soi-même pour rechercher les intérêts et le bonheur des autres? 2° Si chacun l'ait de son propre bonheur son but Suprême, les intérêts personnels entreront en conflit les uns avec les autres et rendront impossible le bien général. C'est exactement Ce que nous voyons dans le monde. C'est là, en effet, la cause de la fraude, de la violence, de l'oppression et de la méchanceté qui se trouvent partout sur la terre et dans l'enfer. 5° Objection. Si le bonheur est dans la satisfaction des désirs vertueux et que je cherche à satisfaire ces désirs, je me trouve avoir pour but mon propre bonheur. Réponse. Le but de l'acte vertueux, ce n'est pas la satisfaction du désir considéré en lui-même, c'est la réalisation du bien auquel le désir se rapporte. Supposons que vous rencontriez un mendiant et que vous lui donniez un morceau de pain. Ce que vous désirez, c'est de restaurer le pauvre homme; ce but atteint, vous êtes heureux. Mais si, donnant le pain, ce que vous désiriez était votre propre bonheur, le bien qu'éprouverait le mendiant ne satisferait pas. votre désir ; vous en auriez rendu. la satisfaction impossible. La loi comme l'Evangile requièrent la bienveillance –désintéressée comme condition expresse du bonheur. 3. La vraie soumission implique l'approbation donnée aux pénalités que la loi prononce contre nous. Elle n'implique pas que nous voulions être punis, mais que nous reconnaissions la justice de la sentence de mort que la loi prononce contre nous. Celui qui se soumet véritablement à Dieu se regarde comme digne de la condamnation éternelle. 4. La vraie soumission implique encore l'acquiescement la souveraineté de Dieu. Puisque vous avez offensé Dieu et qu'il n'est pas en votre pouvoir de réparer vos torts envers lui, vous devez vous remettre entre ses mains sans réserve ni condition, afin qu'il dispose de vous comme il voudra, pour le temps et pour l'éternité. 5. La vraie soumission implique la pleine acceptation :des conditions du salut posées par l'Evangile. Ces conditions sont : La repentance, état d'un coeur navré au sujet de ses péchés. Si vous avez cette repentance, vous serez toujours disposé à prendre le parti de Dieu contre vous-même. La foi qui est la parfaite confiance en Dieu. Si vous avez cette confiance, elle vous conduira à vous remettre sans hésitation, corps et âme, avec tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes, entre les mains de Dieu, afin qu'il vous emploie de la manière qui servira le mieux les intérêts de son royaume. La sainteté qui est l'amour désintéressé. Toutes conditions qui supposent l'acceptation du salut comme un don purement gratuit ; Christ étant votre médiateur et votre avocat, votre sacrifice expiatoire, votre guide, votre lumière et votre force. REMARQUES. 1. Ce que nous avons dit explique pourquoi il y a tant de fausses espérances dans l'église. La raison en est que beaucoup de personnes embrassent ce qu'elles croient être l'Evangile, sans rendre Obéissance à la loi. Elles ne voient la loi qu'avec frayeur et elles considèrent l'Evangile comme un moyen d'être affranchi de l'obéissance qu'elle exige. Cette manière de voir n'a jamais cessé de se manifester dans l'église. Or, si un homme estime que sous la Nouvelle Alliance il peut, se dispenser de faire de la gloire de Dieu le but suprême de sa vie, et qu'au lieu d'aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force, il peut faire de son propre salut son but suprême, l'espérance de cet homme-là est illusoire; il a embrassé un évangile qui n'est point celui de Dieu. 2. Le sujet que nous avons étudié nous montre comment nous devons répondre à ceux qui prétendent que nous ne pouvons croire en Christ sans faire de notre propre salut le but suprême de notre vie. La foi ne consiste pas à croire que nous serons sauvés; mais à croire ce que la Parole de Dieu nous dit du Sauveur. Il n'est révélé nulle part dans la Bible que JE serai sauvé; mais il y est révélé que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. Ce que l'on appelle souvent foi est à proprement parler une espérance. Cette attente confiante de notre salut final est une simple conséquence de la foi; conséquence que nous avons le droit de tirer quand nous avons conscience d'obéir à la loi et de croire à l'Evangile. 3. Désespérer d'obtenir la miséricorde de Dieu n'est point un élément ni une condition de la vraie soumission. Le désespoir ne provient que de la méchanceté du pécheur . qui ne veut, pas saisir la grâce qui lui est offerte. Loin donc d'être nécessaire à la vraie soumission, comme quelques-uns l'imaginent, il lui est au contraire opposé. Il est un péché, une horrible incrédulité; et dire qu'il est essentiel à la vraie soumission, c'est dire que le péché lui est essentiel. Jamais personne n'a pu recevoir l'Evangile en restant dans le désespoir. 4. Insister auprès du pécheur pour qu'il consente à sa propre damnation est une grande erreur (1). (1) Nous supprimons ici encore des développements sans utilité au milieu de nous, et nous ne donnons ce n° 4 que comme transition au morceau suivant. (Trad.) 5. On nous objecte que la grâce offerte par l'Evangile est faite pour produire une religion égoïste. On peut abuser de la grâce comme de toute, autre bonne chose et en prendre occasion pour se faire une religion égoïste; et Dieu le savait lorsqu'il nous donna Jésus-Christ. Cependant, remarquez-le, seule l'offre de la grâce pouvait toucher le coeur rebelle de l'homme. Voici un père qui a un fils obstiné et rebelle ; il a longtemps essayé de le soumettre par le châtiment. Il l'aime et soupire après le moment où il le verra obéissant et vertueux; mais l'enfant semble s'endurcir de plus en plus. Finalement, le pauvre père est complètement découragé et il éclate en sanglots : « Mon fils! mon fils! s'écrie-t-il, que dois-je faire, ne puis-je plus te sauver? j'ai fait tout ce que j'ai pu, que puis-je faire encore? » Le fils qui n'a jeté que des regards de mépris sur le bâton dont on le frappait, éclate à son tour en sanglots quand il voit les larmes de son père : « Frappe-moi, mon père, s'écrie-t-il, frappe-moi, mais ne pleure plus! » Le père a donc trouvé le chemin pour gagner le coeur de son enfant. Au lieu de ne lui faire sentir que la main de fer de la loi, il répandra maintenant son coeur devant lui. Et quel en sera l'effet? Cela le poussera-t-il à une soumission hypocrite? Non, certes! c'est le bâton qui produisait cet effet-là. Les larmes de l'amour paternel ont brisé le coeur du fils et l'ont amené à la vraie soumission, celle de l'amour. Il en est de même du pécheur dans ses rapports avec Dieu. Il endurcit son coeur de manière à le rendre invulnérable aux coups les plus terribles; mais quand il voit l'AMOUR de son père céleste, son coeur se brise. Il se prend en haine et s'abhorre lui-même quand il voit le Fils de Dieu revêtu de la nature humaine, répandant son coeur en larmes sur l'égarement des pécheurs, suant une sueur de sang, endurant les hontes et les souffrances atroces de la croix et mourant dans l'angoisse indicible de la malédiction due au péché. Un tel spectacle pousse-t-il à une soumission hypocrite ? — Le cœur du pécheur qui le contemple se fond : « C'est assez ! s'écrie-t-il, je ne puis supporter cette vue, l'amour de Jésus-Christ m'accable. » Ah ! ne craignons pas de montrer l'amour de Dieu aux pécheurs! c'est le seul moyen de les amener à la vraie soumission et à la vraie charité. La loi peut faire des hypocrites ; l'Evangile seul peut remplir l'âme de l'amour de Dieu.

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