Notes sur l’épître aux ÉPHÉSIENS

12:26Ministere MotsdeDieu

1 Chapitre 1 1.1 Introduction 1.1.1 Comment Dieu se révèle dans Sa Parole Il doit être évident, même pour un lecteur tout à fait occasionnel de cette épître, que nous nous trouvons sur un terrain très élevé et saint. Que personne ne voie là des propos pouvant porter atteinte à d’autres portions des Écritures inspirées : qui pourrait nier que Dieu, en révélant Ses pensées, ait trouvé bon d’employer divers instruments à différents degrés ? Il aurait pu, s’Il avait voulu, faire tout écrire par une seule personne. Il aurait pu se révéler Lui-même au niveau maximum de sa propre gloire par chacun des instruments utilisés, et ne donner aucune autre révélation. Mais nous pouvons être certains que les voies de Dieu sont aussi admirables dans les formes où Il s’est révélé, que dans tout ce qu’Il a fait d’autre à Sa propre louange. Ces manières diverses de déployer Sa nature et Son caractère, Ses conseils et Ses voies, manifestent Sa gloire sous un jour infiniment plus béni que si l’éclat de la lumière avait été uniforme. La sagesse qui contribue le plus à Sa majesté et à Sa louange par la manière dont elle opère, est précisément la même que celle qui répond aux besoins de Ses enfants, et est efficace pour leur bénédiction. Est-il besoin de dire qu’une révélation qui vient de Dieu, est pour Son peuple ? Sans doute, elle Le glorifie ; mais quand Dieu parle, Il a un objet en vue, et Il pourvoit en grâce en faveur de ceux auxquels Il s’adresse. Ainsi donc, si d’un côté les révélations de Dieu découlent de Dieu et sont dignes de Lui, elles présupposent nécessairement la condition de l’homme, et y sont adaptées. Or tout ceci, loin d’amoindrir aucunement la gloire divine manifestée dans les diverses parties de la Parole de Dieu, la rehausse au contraire infiniment, et montre qu’elle est de Lui, surtout par la manière merveilleuse dont elle convient aux pauvres pécheurs, tirés de leur bas état pour être adoptés dans Sa famille par la foi en Jésus Christ, dans la richesse de Sa miséricorde. 1.1.2 L’apôtre Paul et les Romains Or de toutes les épîtres de l’apôtre Paul, je n’en vois point de si élevée que celle aux Éphésiens. On ne saurait douter que la condition des saints de cette localité fût en harmonie avec la manière et la mesure des communications qui leur ont été faites par l’Esprit. La même chose se retrouve ailleurs. Lorsqu’il s’adresse aux saints à Rome, l’apôtre ne les qualifie pas d’église, car ils étaient encore dans un état infantile. Il y avait là des saints de Dieu, ils étaient bénis, mais l’assemblée ne fut pas fondée par un apôtre. Des années s’écoulèrent avant qu’aucun apôtre n’aille à Rome. Dieu voyait bien que cette cité de Rome allait s’arroger des prétentions exorbitantes à caractère spirituel. Il prit donc soin que des localités bien moindres, comme Corinthe et d’autres, aient un apôtre pour y fonder l’église et pour y travailler assez longtemps, tandis que le grand centre de la gloire du monde n’aurait pas la visite d’un apôtre avant que beaucoup de croyants ne s’y trouvent rassemblés, s’étant rendu là pour toutes sortes de raisons. Au vu des circonstances des saints de Rome, on peut comprendre combien il était approprié de leur adresser une épître ayant le caractère d’un exposé complet de la doctrine chrétienne en partant des éléments de base de la vérité. C’est pourquoi, après l’introduction, la première chose qu’on y trouve démontrée, c’est la ruine totale de l’homme, de l’homme envisagé sous tous les points de vue, — de l’homme examiné et pesé à la balance de Dieu, en commençant depuis le déluge. Après avoir possédé une connaissance extérieure de Dieu, les hommes « ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme tel » (Rom. 1:21). De fait, on voit l’origine de l’idolâtrie, et aussi la période entre le déluge et l’arrivée de l’idolâtrie. Les versets de Rom. 1 auxquels j’ai fait allusion, portent sur la période où la race avait la connaissance de Dieu, en toute simplicité. Mais l’homme s’en éloigna, se corrompit; et nous trouvons le tableau terrible de la dépravation humaine, tracé dans le premier chapitre. Nous avons ensuite l’homme philosophe, puis l’homme sous la loi — l’homme sous tous les points de vue — avant que le sujet de la rédemption soit traité, et avant d’avoir quoi que ce soit sur la manière d’être justifié. Voici la raison : l’apôtre n’ayant jamais été à Rome, les saints de cette localité étaient relativement ignorants, et avaient besoin d’être instruits sur la nature de la chute et ses conséquences fatales. Il leur fallait apprendre ce qu’était l’histoire de l’homme, comme Dieu la voit, et selon les pensées de Dieu. L’homme est donc présenté comme ruiné sur tous les plans, sans qu’il n’y ait aucun secours pour lui, ni de la part de la créature, ni de la part de la loi, ni d’aucune part. Il en est résulté qu’« ils se sont tous détournés … il n’y a point de juste, non pas même un seul » (Rom. 3:12, 10). En un mot, toute bouche est fermée, et le monde entier est devenu coupable devant Dieu. Ce n’est qu’alors, et pas avant, qu’on a la ressource de Dieu préparée pour l’homme, en miséricorde et en justice, dans les ch. 3 et 4 ; à partir du ch. 5, des conséquences sont présentées, des difficultés sont résolues, et tout s’achève par la conclusion triomphante du ch. 8. Quel sommaire important de doctrine chrétienne ! Il commence par la condition actuelle de l’homme, des Juifs comme des Gentils, et conduit jusqu’à la position assurée que Dieu a donnée en Christ, mort et ressuscité, à celui qui croit. Mais dans tout cela, quelle qu’en soit l’importance, vous n’avez que ce qui est individuel. Qu’il s’agisse de l’homme perdu ou sauvé, de toute manière il n’y a rien touchant l’Église. Il y a ce qui concerne les membres de l’Église, mais rien ne figure sur l’assemblée de Dieu, envisagée comme telle. La ruine de l’homme et la rédemption en sont le thème, ainsi que les effets de la rédemption, et l’ordre des dispensations, et les devoirs pratiques qui découlent de tout cela. Quand on passe aux Éphésiens, quelle différence ! Par rapport aux Romains, on peut dire que l’homme disparaît, et Dieu est envisagé comme agissant de Lui-même. 1.1.3 Pas de préface C’est pourquoi il n’y a point de préface, ni de preuve de l’état de l’homme. Cela n’était pas nécessaire, et ce n’est pas le point de départ de l’enseignement de cette épître, contrairement aux Romains, où rien n’est plus simple. Mais dans les Éphésiens, au lieu de montrer que nous avons été retirés de l’abîme de corruption où l’homme reste enseveli, la première chose dont parle l’apôtre, c’est Dieu dans le ciel. C’est Dieu déversant la bénédiction sur l’homme, et non l’homme amené à Dieu. C’est Dieu montré dans les voies de Sa grâce et dans les pensées de Son cœur, avant même que le monde existe, en dehors de toute question de Juifs ou de Gentils. C’est Dieu, formant un plan de gloire et de bénédiction à Sa propre louange ; Dieu, trouvant Ses délices à manifester Sa bonté, dans le but de bénir, et de bénir de la bénédiction du caractère le plus élevé et le plus complet. C’est pourquoi on n’a pas simplement Dieu en tant que Dieu agissant à l’égard de l’homme, mais comme ayant Christ en vue, en conséquence de quoi la bénédiction est sans limite. Il voulait avoir quelque canal de grâce envers nous pour la pleine satisfaction de Son propre cœur. Or aucun objet ne pouvait produire et maintenir les délices de Dieu, aucun ne pouvait être en soi un objet propre à être contemplé avec satisfaction, — aucun sauf un : Christ. Quant aux anges, Il les charge de folie (Job 4:18), et pourtant ils sont saints. Et que peut-Il voir en dessous des anges, sinon un monde perdu dans le péché ? Ainsi il n’y a qu’un seul capable de satisfaire le cœur et les affections de Dieu — c’est Christ Lui-même. 1.1.4 Dieu comme source de bénédiction : le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ Ayant donc cette grande vérité devant nous — Dieu bénissant, et Christ l’objet que Dieu a devant Lui, et par lequel Il va bénir, selon tout ce qui est dans Son cœur, — nous trouvons qu’en tant que source de bénédiction, Dieu est nommé de deux manières : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ». Ces deux titres sont réellement la clef de l’Épître. Qu’on me permette d’insister fortement sur l’importance de peser les mots de l’Écriture. Quand nous avons affaire aux hommes, ne rendons pas quelqu’un coupable pour un mot (És. 29:21). Mais pour Sa Parole, Dieu n’a pas besoin d’excuses. Si nous pouvons accepter que l’un ou l’autre fasse des erreurs, cela ne peut pas arriver avec l’Écriture. Quand nous nous approchons pour écouter Dieu, la seule attitude convenable est de s’incliner en adorant. C’est pourquoi, dans cette épître qui est une expression si pleine de Son amour, l’apôtre commence ainsi : « Béni soit le Dieu et le Père » etc. Il ne pouvait écrire aux Éphésiens sans éclater en louanges et en adoration envers Dieu. Ailleurs aussi, on le voit bénir Dieu, mais quand il le fait, comme en 2 Cor. 2:14, il y a des circonstances spéciales qui en sont la cause ; or ce n’est pas le cas ici. À Corinthe, il y avait une intervention bénie de la grâce de Dieu, brisant les cœurs orgueilleux des disciples rebelles, et les rendant honteux d’eux-mêmes. Mais dans l’épître aux Éphésiens, cette bénédiction adressée à Dieu est en dehors des circonstances passagères, sinon que l’apôtre les voyait dans une condition d’âme leur permettant de marcher avec Dieu et d’entrer dans Ses pensées et Ses conseils. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » : ce n’était pas à cause d’une grâce ou d’une consolation particulières, mais cela découle de ce que Dieu est toujours pour nous. Or c’est justement la raison pour laquelle bien des chrétiens ne peuvent entrer dans Ses pensées et Ses conseils. Certains sont particulièrement sensibles et touchés par des marques tangibles et quotidiennes des interventions divines, et de temps à autre par des interventions extraordinaires de Sa providence. Peut-être sont-ils dans une grande épreuve, et Dieu en tire aussi pour eux une nouvelle bénédiction. Mais ici les Éphésiens étaient si simples, et marchaient si volontiers avec Dieu, que l’apôtre, au lieu d’être retenu par leur état, ne pouvait que louer et rendre grâces. Combien cela est béni quand une communion si heureuse nous est donnée dans nos rapports l’un avec l’autre ! 1.2 Ch. 1:1-3 1.2.1 Paul se présente comme apôtre Avant d’entrer dans ce que je vais tâcher de développer, Paul se présente comme apôtre. Il ne dit pas ici « serviteur » ou « esclave », comme il le fait en écrivant aux Romains : « Paul, esclave de Jésus-Christ» ; il l’était vraiment. Pourquoi Paul leur écrivait-il ? Parce qu’il était Son esclave. N’appartenaient-ils pas à Jésus ? L’idée d’« indépendance » n’était pas approuvée à l’époque, et il n’y avait rien qui ressemblât à cette pratique d’avoir de petites régions ou assemblées réservées à un tel ou un tel. Mais l’Église, où qu’elle soit, était l’objet des affections des serviteurs du Seigneur. Le vrai serviteur, c’est celui qui est capable de réaliser qu’il est l’esclave de Jésus Christ ; et il servira d’autant mieux les âmes, qu’il réalisera davantage ce que c’est que servir le Seigneur. « Paul, esclave de Jésus-Christ, apôtre appelé » (Rom. 1:1). Il était apôtre par l’appel de Dieu. À l’époque il n’existait pas de congrégation faisant appel à un candidat. Paul était un apôtre appelé de Dieu, et eux étaient des saints appelés de Dieu, et ils le savaient. Il était très doux pour eux de penser qu’ils avaient été ainsi appelés. Selon leur mesure, ils marchaient dans le sentier de Christ, et l’apôtre était Son serviteur, et il était aussi apôtre. Son but était de mettre en relief son apostolat. Les Corinthiens étaient en danger de se mettre à douter à son égard, et à penser qu’il leur fallait regarder à Jérusalem. Il reconnaissait entièrement la simple position de frère ; mais si des gens comme les Corinthiens levaient trop haut la tête, il se disait simplement « apôtre » sans ajouter « esclave» (1 Cor. 1:1). Si on se mettait à contester ce point, il prouvait la réalité de son appel. Dans l’adresse de l’épître aux Galates, j’ai montré ailleurs la force particulière de la manière dont il se présente : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme » etc. (Gal. 1:1). La controverse commençait là d’emblée, mais avec un calme divin et une force divine. Il y avait de faux principes dans la Galatie ; c’est pourquoi il utilise un langage énergique et pressant lorsqu’il écrivait aux saints. Ils adoptaient des notions juives de succession terrestre. Alors l’apôtre se place sur le terrain le plus élevé, et montre que, même s’il reconnaissait pleinement les douze à leur place, il ne voulait pas céder par soumission, non pas même un moment, pour ce qui touchait à la vérité de l’Évangile (Gal. 2:5), en sorte que l’épître entière porte l’empreinte de cette ré-affirmation catégorique de l’appel de la grâce et de son caractère céleste, fondés sur la mort et la résurrection de Christ. 1.2.2 Paul s’adresse aux saints d’Éphèse Dans l’épître aux Éphésiens, l’apôtre n’a en vue aucune controverse, ni même de poser les fondements de la vérité chrétienne, comme dans le cas des saints de Rome. Mais il met en avant sa fonction apostolique : « Paul, apôtre de Jésus Christ». Il montre pleinement quelle en était la source, la même « volonté de Dieu », de laquelle découlait leur propre bénédiction. Il va faire le suivi du fil de la bénédiction, d’abord individuelle, puis comme corps. C’est une erreur de supposer que la dernière est plus profonde que la première. Au contraire, nos bénédictions les plus élevées se rattachent à ce que nous avons comme individus. Tout en reconnaissant pleinement le caractère béni de ce qui se rapporte au corps, ce que nous avons individuellement est plus élevé encore ; et c’est la manière de l’Esprit de Dieu de commencer par là, avant d’entrer dans ce qui est commun à tous. C’est pour cela, je pense, qu’il s’adresse ici « aux saints qui sont à Éphèse et aux fidèles dans le Christ Jésus» en tant que tels. Ils étaient l’Église à Éphèse, non seulement sur un plan formel comme rassemblement, mais aussi dans l’intelligence de la chose. Ils avaient eu l’apôtre Paul à Éphèse ; il avait été l’instrument de Dieu dans l’œuvre. Douze hommes avaient cru là, avant que Paul y aille (Actes 19:7), mais jusqu’à sa visite, aucun d’eux n’avaient jamais reçu le Saint Esprit à la manière de la Pentecôte. C’est la présence personnelle du Saint Esprit, fondée sur notre foi en Christ mort et ressuscité, qui nous introduit dans ce caractère d’Église. Mais le Saint Esprit, outre qu’Il nous fait membres du corps de Christ, qui est l’Église, nous donne aussi la conscience de notre relation comme fils avec Son Dieu et Père. C’est lorsqu’il traite de questions d’ordre et de discipline que l’apôtre s’adresse « à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe » comme telle. Ici il va envisager l’Église à un point de vue bien plus élevé ; néanmoins il commence par ce qui est individuel : « aux saints qui sont à Éphèse et fidèles dans le Christ Jésus. Grâce et paix vous soient de la part de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus Christ ! » Puis il introduit le double titre de Dieu auquel j’ai déjà fait allusion — le même annoncé par notre Seigneur après Sa résurrection d’entre les morts, quand Il envoya par Marie de Magdala le premier message à ses disciples : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » — non pas vers « le Dieu Tout-Puissant », ni vers « l’Éternel». 1.2.3 Une relation avec le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ Notre Seigneur se trouvait dans une double relation avec Dieu : Il était Fils de Dieu, non seulement comme personne divine, mais comme homme dans le monde (Luc 1), outre Sa gloire personnelle si élevée qui brille partout dans l’évangile de Jean, et ailleurs. « La sainte chose qui naîtra de toi sera appelée Fils de Dieu» (Luc 1:31). Ce dernier titre se réfère à Christ, envisagé dans Son humanité dans ce monde ; c’est pourquoi il n’en est fait état que dans l’évangile de Luc, qui est par-dessus tout la biographie humaine de Christ, si on ose s’exprimer ainsi. On n’aurait pas su, si Dieu ne nous l’avait dit, que Christ garda cette même relation comme homme dans Sa résurrection. Il nous enseigne que la mort et la résurrection Lui donnèrent le droit, selon la justice de Dieu, de nous placer dans Sa position. Ainsi donc Il put dire pour la première fois, dans la plénitude du sens de ces paroles : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). Il n’est plus simplement « mon Père » et « mon Dieu », mais Il est maintenant « votre Père » et « votre Dieu ». La mort de Christ a complètement effacé tout ce qui était contre les enfants de Dieu : la résurrection de Christ, faisant suite à l’œuvre de la rédemption, Le mit à même de leur donner Sa place devant Dieu en résurrection et dans la relation de fils. Quelle merveilleuse position ! Quand nous pensons que maintenant, alors même que nous sommes encore dans ce monde, notre Seigneur veut que nous sachions que nous sommes fils, en Lui et par Lui, devant notre Dieu, et que nous sommes dotés d’une vie de résurrection — « vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom. 6:11) ; que nous nous tenons devant Dieu sans accusation ni condamnation ; et qu’il en est ainsi parce qu’en grâce, sur la croix, Il s’est placé sous « le même jugement » (Luc 23:40) que les coupables ! Il était « la sainte chose » — nous étions profanes, entièrement perdus. Mais sur la croix Il a été fait péché pour nous, et Il est entré sous « le même jugement » — le prenant contre Lui-même sur la croix, en sorte que, maintenant, il n’y en a plus pour moi. Je suis introduit dans la même position qu’Il a prise comme homme ressuscité devant Dieu. Bien sûr, je ne parle pas maintenant de Sa gloire divine. L’idée que la créature, aussi bénie soit-elle, pourrait être dans une position autre que celle d’élever ses yeux vers Dieu et de L’adorer, ne saurait entrer dans un esprit renouvelé. Le Seigneur Jésus était Fils, dans sa nature divine, de toute éternité ; mais comme homme aussi, Il était Fils ; et aussi comme ressuscité d’entre les morts. Par Sa mort et Sa résurrection, Il nous a amené devant Dieu, et devant Son Père, dans la même position que Lui-même, — au point d’être fils, absolument sans péché dans notre nouvelle nature, et délivrés de toute condamnation devant Dieu, parce que la vieille nature est déjà jugée. La nouvelle nature n’a pas besoin que quelqu’un meure pour elle, contrairement à la vieille nature en avait besoin ; tout est accompli. En Christ crucifié, Dieu a condamné le péché dans la chair (Rom. 8:3), et, pour la foi, tout le mal a disparu. La bénédiction de Christ est maintenant devenue la nôtre, et nous pouvons regarder en haut et dire : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ» (1:3). On porte une grande atteinte à la puissance pratique du christianisme quand on diffère la bénédiction que le Saint Esprit nous attribue maintenant, pour la renvoyer au moment où nous quitterons ce monde pour aller au ciel. 1.2.4 Bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes Supposez qu’il vous faille dire à la grande masse des enfants de Dieu sur la terre : vous êtes « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ », ils le regarderaient comme de l’exaltation ou du mysticisme à l’état pur. Ils ne sont pas prêts à recevoir de telles vérités, et en général, ils ne cherchent même pas le sens de ce verset, ou bien le réduisent à un sentiment d’ordre simplement émotionnel. Ils n’ont aucune idée qu’il s’agit d’un fait actuel, vrai pour tous les chrétiens. Quoique nous ne soyons pas encore manifestés dans cet état de bénédiction, il ne s’agit pas d’une question de sentiment. Puissions-nous le croire ! Les sentiments peuvent me tromper, mais la foi ne le peut jamais. Si je vois une chose, c’est simplement mon œil qui la voit. Si je crois une vérité sur la Parole de Dieu, je la considère, pour ainsi dire et dans une mesure, avec les yeux de Dieu. Le monde a l’idée que la foi implique de ne faire confiance qu’à des choses incertaines. Or dans le domaine des choses de Dieu, « je crois » n’a pas ce sens. Ma propre vision n’a qu’une faible portée de vue, mais que dire de l’œil de Dieu ? Le croyant se tient sur le terrain le plus élevé ; il se repose sur la certitude de ce que Dieu dit. Aussi, c’est le bonheur qui en résulte ; car quand vous croyez, vous commencez bientôt à ressentir. Si vous croyez que Dieu a effacé vos péchés, vous ne tardez pas à en jouir, si même ce n’est pas sur-le-champ. Si je regarde à moi-même, je verrai toujours quelque chose qui ne va pas. Comment cela se fait-il ? Mes péchés sont tous ôtés, et pourtant, si je regarde à l’intérieur, je vois tellement de sujets de douleur, de dégoût, d’humiliation. Ôter le péché n’est pas quelque chose qui se passe dans mon cœur, mais une œuvre puissante qui a été opérée par Dieu à la croix de Son Fils bien-aimé, une œuvre sur laquelle Il m’appelle à me reposer, parce que Lui-même y trouve Son repos. Vais-je en chercher un signe ou une preuve en moi-même ? Si je le fais, je n’en aurai jamais l’assurance, — une assurance établie sur le vrai fondement. Si je pense que mes péchés doivent être pardonnés, parce que j’ai changé de caractère, humainement parlant, puis-je avoir une paix réelle, ne serait-ce que pour une heure ? Le résultat inévitable est que, plus on se juge soi-même, moins on est heureux. Voici ce que Dieu met devant Ses enfants : ils devraient être entièrement heureux, dans la certitude que leurs péchés sont ôtés, par le sang de Christ qui a été versé, et pourtant ils ne doivent rien épargner de ce qu’ils trouvent au-dedans d’eux-mêmes, se jugeant eux-mêmes chaque jour, parce que Christ a été jugé pour eux, et Dieu a effacé leurs péchés, et ils ne peuvent supporter de traiter légèrement ce qui a coûté le sang de Son Fils. Ici pourtant, la première grande pensée, c’est que « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ… nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ». Ce n’est pas la rédemption, quoique cela soit bien sûr basé sur elle. Je suis ici sur la terre, et pourtant je sais que je suis béni là où est Christ, à la droite de Dieu. Non seulement c’est là que j’ai des bénédictions, mais je suis béni de « toutes bénédictions spirituelles ». La bénédiction la plus élevée que Dieu puisse conférer, est celle qu’Il donne dans les lieux célestes en Christ à tous ceux qui sont Ses enfants. Ces quelques mots nous font contempler la hauteur du merveilleux conseil de Dieu à notre égard et de Son merveilleux amour envers nous. Il nous a ainsi bénis selon la plénitude de la valeur de Christ à ses yeux. L’expression « les lieux célestes » est en contraste avec la portion des Juifs, dont les bénédictions étaient dans les lieux terrestres. Considérons Ézéchiel 36, qui fait ressortir le caractère particulier de nos bénédictions par opposition aux leurs. « Et Je répandrai sur vous de l’eau pure, et vous serez purs … Et vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères, et vous serez Mon peuple, et je serai votre Dieu » (Éz . 36:25, 28). Ainsi donc, leurs bénédictions sont mêlées avec des grâces spirituelles, mais elles seront dans le pays de leurs pères, que Dieu assurera à la génération à venir. Ce sont surtout des érudits, dépourvus de spiritualité, qui font de la confusion sur ces sujets. Si les lecteurs étaient seulement simples à l’égard de l’Écriture, ils ne tomberaient pas dans de telles erreurs. Le prophète dit : « Vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères ». Rien n’est plus clair. Il va bénir Israël sur la terre — et aussi dans leur âme sans doute ; mais la sphère de cette bénédiction, c’est la terre sainte. Il s’agit de Son peuple terrestre, et non de l’Église, comme nous le verrons plus loin. « Je multiplierai le fruit des arbres et le produit des champs, afin que vous ne portiez plus l’opprobre de la famine parmi les nations » (Éz. 36:30). Il s’agit évidemment d’une bénédiction dans les lieux terrestres. Je ne trouverai pas à redire à des hommes pieux qui tentent de donner à ces passages une tournure spirituelle pour s’en servir pour prêcher l’évangile, pourvu qu’ils n’en fassent pas disparaître les espérances prochaines d’Israël. Le peuple dont il y est question ici, c’est avant tout Israël, et ils doivent être bénis de cette manière-là. La terre de Palestine est maintenant désolée, telle un désert ; mais en ce jour-là « le désert se réjouira... et fleurira comme la rose » (És. 35:1). Certaines bénédictions s’appliquent au croyant maintenant, il est vrai. Notre Seigneur fait ainsi allusion en Jean 3 à « l’eau » et à « l’Esprit » en leur donnant, de manière merveilleuse, une portée plus vaste et plus profonde. Mais je ne suis pas d’accord de soutenir que Dieu a abandonné son peuple, et que cette prophétie touchant les lieux terrestres doit être identifiée avec nos droits célestes. C’est la terre et les bénédictions terrestres sur lesquelles l’Esprit de Dieu insiste ici. Pourquoi serions-nous jaloux, soit à l’égard des Juifs, soit à l’égard de la terre ? Dieu nous a montré une faveur tellement surabondante et sans égal, que nous pouvons bien nous réjouir et Lui rendre grâces de réserver la terre à Son ancien peuple. Ayant considéré ces choses — les bénédictions prédites à Israël sur la terre — tournons maintenant nos regards vers nos propres bénédictions dans les Éphésiens : quelle différence radicale ! « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » (1:3). C’est Dieu, se révélant de la manière la plus complète imaginable. Qui était celui qui, par excellence, connaissait Dieu ? Qui était l’objet de l’amour de Dieu comme nul autre auparavant ? Si jamais il y en eut un qui sondât la pleine signification de l’expression : « Mon Père », ce fut le Seigneur Jésus. Et quel autre que Lui mesura les profondeurs des mots : « Mon Dieu » ? Or maintenant, cet Être béni, par la rédemption et le don de l’Esprit, a rendu celui qui croit en Lui capable de jouir du même privilège que Lui-même. C’est dans la mesure où nous recevrons cette vérité avec simplicité, et que nous jugerons la vieille nature (elle ne peut jamais y entrer, et ne fait qu’obscurcir notre bénédiction comme un épais nuage), que nous entrerons dans la réalisation de nos bénédictions L’espérance d’Israël n’est pas seulement tournée vers l’intérieur, mais aussi vers l’extérieur ; elle est dans les lieux terrestres, — l’espérance de devenir le peuple le plus exalté ici-bas. À l’opposé, la scène de nos bénédictions est dans les lieux célestes, et nous y sommes déjà maintenant bénis en Christ. En un mot, le chrétien est comme une personne de la famille d’un Souverain. Il peut y avoir des raisons d’état rendant désirable que l’héritier du Souverain traverse incognito un pays étranger. Il en est ainsi du chrétien. Il n’est ni de ce monde, ni de ce siècle. Son corps est de la terre, mais ce qui le fait être ce qu’il est, comme un fils de Dieu, n’a rien à faire avec la scène ou les circonstances présentes. Il appartient entièrement à un Christ glorifié. Quand Dieu recommencera à agir à l’égard d’Israël, il en ira tout autrement. L’attention du monde entier sera dirigée sur eux. Il fut un temps où, même au milieu de tout leur péché, le peuple d’Israël exerçait une influence énorme dans le monde, quoiqu’ils ne fussent qu’une petite nation, n’ayant pour habitation qu’une étroite bande de terre. Leurs sacrificateurs et leurs rois abandonnèrent le vrai Dieu, qui en retour fit d’eux la triste démonstration de Ses jugements. Mais le jour vient bientôt où ceux qui frappèrent Christ reconnaîtront leur Messie rejeté, et alors brillera toute la splendeur à laquelle Dieu destine Israël. Il les couronnera de toute sorte de bénédictions ici-bas. Toutes les nations de la terre se prosterneront devant Israël ; les rois seront ses nourriciers, et les reines ses nourrices (És. 49:23). La chrétienté, méprisée comme une machine politique orgueilleuse et usée, et dégénérant toujours plus dans l’apostasie, sera mise de côté comme Vasthi ; Dieu bénira Son peuple d’Israël, l’Esther du grand Roi, de toutes bénédictions extérieures dans les lieux terrestres, en se révélant non pas comme le Dieu et Père du Seigneur Jésus-Christ, mais comme le Seigneur Dieu, l’Éternel, le Très-Haut, enfin identifié avec l’humble Jésus de Nazareth. Est-ce là la manière dont Éph. 1:3 parle ? Nullement. « Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ … nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ». L’Ancien Testament ne donnait nulle part aux Juifs l’espérance d’être bénis dans leur Messie. Être cohéritiers avec Christ, non seulement bénis par Christ, mais en Christ, c’est une idée qui ne pouvait absolument pas entrer dans les pensées de l’Israélite le plus intelligent. En un mot, leur portion sera toujours d’être sous leur Messie, d’être gouvernés par Lui comme un peuple terrestre. Mais notre portion à nous qui croyons en Christ maintenant, sera d’avoir la même bénédiction que Dieu le Père confère à Christ ressuscité d’entre les morts. Qu’a-t-Il fait pour Christ ? Il L’a ressuscité, et a mis toutes choses sous ses pieds (Ps. 8:6). Cette gloire, Il ne la prendra pas seul. Il attend Son épouse — ceux qui sont appelés maintenant d’entre les Juifs et d’entre les Gentils pour être amenés à la connaissance du nom de Christ. Ainsi notre Seigneur, quoique personnellement exalté, possède Sa gloire comme en suspens, parce qu’Il attend que Ses compagnons la partagent avec Lui — héritiers par Sa grâce, non pas des pères simplement, mais de Dieu, et cohéritiers avec Christ. Rien ne saurait être plus vaste ni plus élevé que les bénédictions dont il est parlé ici. Christ aura les Siens célestes en haut, et les Siens terrestres en bas ; chaque classe sera pleinement bénie, quoique dans des sphères différentes. Qu’il me soit permis de recommander aux enfants de Dieu d’étudier sérieusement la vérité présentée en Éph. 1. Si d’un côté il nous convient d’écouter la Parole de Dieu, de l’autre cette Parole requiert de nous une volonté fervente de la sonder, comme pour y trouver des trésors cachés. Ne nous attendons pas à être réellement et pleinement bénis par le moyen de la Parole, sans diligence de nos âmes à cet égard. Nous avons déjà vu le double titre sous lequel Dieu bénit Ses saints aujourd’hui ; des deux côtés la bénédiction est sous une forme qui ne se trouve qu’en Christ. Si par exemple, Dieu s’était seulement révélé comme le Dieu d’Abraham ou d’Isaac, Il n’aurait pas assuré une bénédiction allant au-delà de celle promise aux pères. Mais Il le fait. Au lieu de n’avoir que la bénédiction juive devant Lui, c’est Christ qu’Il a en vue, Christ qu’Il a ressuscité d’entre les morts et fait asseoir à Sa droite (Héb. 1:13), ce qu’Il n’avait jamais fait ni pour David, ni pour aucun autre. C’est une place qui Lui appartient, en vertu de Sa gloire personnelle, et de Ses souffrances jusqu’à la mort. Nous pourrons être assis avec Christ Sur son trône, mais c’est là une chose bien différente de la position de Christ assis à la droite de Dieu. Or maintenant, c’est comme Dieu du Seigneur Jésus Christ qu’Il bénit — c’est la pleine bénédiction qui conviendrait à Christ Lui-même en tant qu’objet de la bénédiction. La grâce fait que nous sommes, avec Christ, les objets communs de la bénédiction de Dieu : c’est de cette manière et selon cette mesure qu’Il bénit. Mais ce n’est pas tout : Il est le Père du Seigneur Jésus, et comme tel aussi Il nous bénit. En sorte que ces deux caractères, les plus élevés sous lesquels on puisse envisager Dieu, sont ceux selon lesquels nous sommes bénis. Les caractères de Dieu, comme Dieu et comme Père, qui sont en rapport avec Christ, se traduisent dans une bénédiction qu’Il nous donne, et une bénédiction à leur mesure. C’est donc une bénédiction sans limites. Il nous a bénis « de toutes bénédictions spirituelles », et de plus, non pas sur la terre, comme nous l’avons vu, — comparativement, elle est la partie la plus basse de l’univers — mais dans la scène la plus élevée de la puissance de Dieu, « dans les lieux célestes » ; et pour couronner le tout, et le compléter, c’est « en Christ » ; tout est assuré dans sa Personne. 1.3 Ch. 1:4-5 1.3.1 Élus pour être saints et irréprochables en amour Le verset 4 correspond particulièrement au premier de ces caractères dans lesquels Dieu s’est révélé, et le verset 5 plutôt au second. « Selon qu’Il nous a élus en Lui », c’est-à-dire en Christ, « avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». C’est en tant que Dieu de Christ qu’Il nous bénit ainsi ; non pas en tant que Père, mais en tant que Dieu. Au verset 5, c’est en tant que Père, parce que nous lisons : « … nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ ». Le genre et le caractère de cette bénédiction correspondent clairement au caractère du Père. Une relation spéciale avec Lui est introduite. « … Nous ayant prédestinés pour nous adopter » — il ne s’agit pas simplement d’un choix de Sa part, mais — « prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté ». Ce langage n’est pas celui du verset 4. Il ne dit pas qu’Il nous a prédestinés pour être « saints et irréprochables devant Lui en amour ». Il ne dit pas non plus qu’Il nous a appelés à cette merveilleuse position « selon le bon plaisir de Sa volonté ». La raison est tout à fait évidente. Quand il nous est parlé du « bon plaisir de Sa volonté », c’est un langage qui convient à l’amour souverain, cet amour spécial qu’Il déploie afin de manifester Sa propre faveur. Mais quand il nous est parlé d’être « saints et irréprochables », c’est Dieu qui nous a élus pour cela : il ne pouvait pas en être autrement. Si Dieu voulait que des hommes soient amenés près de Lui, près au point d’être dans Sa présence dans le ciel, du moment qu’ils sont élus en Christ, il fallait d’une manière ou d’une autre qu’ils soient « saints et irréprochables » devant Lui en amour. Tout vient réellement de Sa grâce. L’une des bénédictions vient du caractère qui est nécessairement celui de Dieu comme Dieu ; l’autre découle de la relation spéciale dans laquelle Il entre envers nous par notre Seigneur Jésus. Notre élection est un élément nécessaire, parce qu’il est évident que personne, hormis Dieu, ne peut élire. C’était avant la fondation du monde, lorsque Dieu seul existait. L’homme ne contribuait en rien à ce choix, ni n’avait droit à la parole. Dieu agissait purement de Lui-même. Il s’agissait du propre choix de Dieu, voulant que d’autres soient dans le ciel avec Lui. Mais s’il fallait qu’ils soient près de Lui et devant Lui, comment le pourraient-ils avec du péché sur eux ? Impossible. Comment Dieu pourrait-Il autoriser des âmes à être avec du péché sur elles, même si c’était au coin le plus reculé de Son royaume ? C’est encore plus impossible dans le ciel, où trône Sa majesté. Le jour vient où tout mal devra être banni et rejeté dans l’étang de feu. Comment pourrait-Il alors tolérer le péché chez ceux qui doivent être introduits dans le cercle le plus intime de Sa présence ? S’Il choisissait d’avoir des gens avec Lui dans le ciel, c’était une nécessité positive de Son caractère et de Sa nature, qu’ils y soient « saints et irréprochables devant Lui ». Mais c’est bien loin d’être tout : il fallait que ce soit « en amour », parce qu’il n’y aurait rien de plus misérable, que de tels êtres soient là sans être capables d’entrer dans Ses propres affections. Être simplement dans la place la plus bénie pour des créatures, et y être sans tache ni rien qui puisse souiller la présence de Dieu, cela ne suffisait pas. L’homme fut créé pour avoir un cœur et des affections, et il ne pouvait y avoir du bonheur chez des créatures qui savent ce qu’est l’affection, à moins qu’il n’y eut ce sur quoi l’affection peut se fixer. Si Dieu permettait que de tels êtres soient introduits en Sa présence, — nécessairement sans péché, sous quelque forme que ce soit, — il fallait que ce soit aussi en amour. Il voulait leur donner une nature qui soit non seulement capable de se tenir devant Lui sans reproche et sans crainte, mais qui réponde aussi à Son propre amour. « Nous l’aimons parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). Cet amour n’est connu qu’en Christ ; mais l’apôtre Jean parle de Dieu et de Christ d’une manière telle qu’on ne peut guère trancher s’il parle de l’un ou de l’autre. Il utilise le pronom « Lui », non pas sans faire de distinction, mais en glissant ensuite de l’un à l’autre. Cela découle de leur unité : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30), ce que Jean est seul à rapporter. Nous avons ici Dieu nous choisissant à titre personnel. Car il ne s’agissait pas simplement d’avoir un peuple, vu de manière vague, comme s’il y avait dans le ciel un certain nombre de niches à remplir par le nombre d’âmes correspondant. On ne trouve pas de notion pareille dans la Bible. Ce sont des personnes qu’Il choisit. Il ne peut y avoir un tel amour sans avoir une personne bien distincte devant lui. Même parmi les hommes, l’amour n’est pas un sentiment incertain — ce concept relève plutôt de l’imagination — à plus forte raison quand il s’agit de l’amour de Dieu. Il nous aime individuellement. C’est pourquoi Il nous a élus en Christ avant la fondation du monde, pour montrer que c’était un choix entièrement indépendant de notre caractère et de nos voies. Or s’il en est ainsi, il faut que Son amour trouve quelque chose en retour vers Dieu d’une manière qui soit selon Lui. Et c’est ce qui a lieu. S’il y a ce choix de Dieu en Christ avant la fondation du monde, Il veut avoir les saints devant Lui d’une manière qui n’est possible que pour Dieu. Il ne veut jamais avoir ce qui est indigne de Son amour et de Sa présence. C’est pourquoi il est dit alors : « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour » (1:4). Ce n’est pas seulement de la sainteté, ou de l’irréprochabilité, ou de l’amour, l’un ou l’autre ou chacune de ces choses en partie. C’est pourquoi il n’y a pas de mention de ce que nous avons été. Si nous examinons n’importe qui, nous pouvons lui trouver des défauts graves. Même comme chrétien, on est en effet bien loin d’être ce qui est dû à Dieu. On a honte de soi, étant peiné du peu de réponse du cœur à la faveur que Dieu a montrée à notre égard. Cela peut-il convenir à Sa présence ? Dieu va-t-Il se satisfaire de ce que même un chrétien trouve défectueux ? Impossible. Ce verset 4 envisage, non pas l’homme complexe, mais ce que Dieu fait de nous en Christ, Son Fils. Or dans les saints il y a effectivement ce qui est bien contraire à la sainteté, ce qui ne ressemble ni à Dieu ni à Son Fils Bien-aimé : l’orgueil, la vanité, la folie, toute sorte de mauvaises voies et de mauvaises pensées qui ne découlent jamais de Christ, ni ne Lui ressemblent aucunement. Malgré tout cela, ne sont-ils pas pourtant des saints ? À Dieu ne plaise qu’ils n’en soient pas ! Or c’est bien là la ferme pensée de Dieu. Il nous a élus en Christ, « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». Comment est-ce possible ? La réponse est que c’est possible, parce que Dieu nous envisage ici selon ce qu’Il nous donne en Christ, et rien moins. Dans ce verset, tout ce qui est en dehors de la nouvelle nature découlant de Sa grâce sur les objets de Son choix, est ignoré. Il nous a élus pour être tels, et Il veut nous avoir parfaitement tels, et rien d’autre, quand le moment viendra pour nous d’être en Sa présence. Mais même maintenant, cela est vrai quant à l’essence de la chose, dans la mesure où nous sommes en Christ et que nous avons Sa vie en nous. Puis-je trouver un défaut quelconque en Christ ? Si Christ est irréprochable en amour, dans la propre nature de Dieu Lui-même, Il est précisément la vie de tout chrétien, quel que soit le nom dont les hommes l’appellent. 1.3.2 Ch. 1:5 — Prédestinés pour nous adopter Mais même là, ce n’est pas tout. Il ne suffit pas de répondre à la sainteté du caractère et de la nature de Dieu, aussi béni que cela soit — chacun des saints le fera bientôt dans la gloire, et le possède réellement déjà maintenant en Christ, comme étant une nouvelle créature. Nous pourrions être « saints et irréprochables devant Lui en amour », et n’être pourtant que des serviteurs. Sa majesté la Reine (*) peut s’entourer de serviteurs pour faire sa volonté ; elle peut introduire l’un ou l’autre en sa présence, et ils devraient s’estimer grandement honorés d’avoir été mis au rang des instruments de son bon plaisir, en l’absence de toute relation de famille avec elle : voilà qui sera encore bien plus vrai dans le domaine des choses célestes. Telle est la merveille de la grâce de Dieu. Juste dans le verset 5 suivant, nous trouvons ce fait, que non seulement Dieu agit de Son propre chef pour nous appeler et nous introduire en cette merveilleuse position, pour être une reproduction de Sa propre nature morale et de Son propre caractère. Dieu est saint et irréprochable, et Il est amour dans Sa propre nature. Cela caractérise notre vie maintenant, et sera entièrement notre part quand nous serons introduits au ciel, bientôt, par la puissance et la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ. Or nous ne serons pas là seulement comme des serviteurs, mais comme des fils, et des fils conscients de l’être. Nous ne nous tiendrons pas là comme des anges, comme des administrateurs de Son bon plaisir, mais comme ceux qui ont leur intérêt en tout ce en quoi Il a Lui-même intérêt. Ce que nous sentirons ne sera pas simplement pour Lui, mais avec Lui. Nous aurons nos intérêts communs avec Lui — et, si je puis reprendre l’image déjà utilisée, nous aurons le même genre de sentiments, que les membres de la famille royale ont en commun avec la couronne. (*) Note Bibliquest : La reine Victoria d’Angleterre quand cela a été écrit C’est ce que le Saint Esprit nous présente au verset 5. Le chrétien est planté en Christ devant Dieu, et il a une nature sainte et aimante. Mais en outre, une relation positive a été formée, dans laquelle nous sommes amenés au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ : cette relation n’est rien moins que celle de fils selon le modèle du Fils de Dieu ressuscité. En tant que Fils éternel du Père, nul ne pourrait avoir une telle place avec Lui. C’est même une pensée répugnante pour une âme renouvelée. Or il a plu à Christ de nous appeler Ses frères après sa résurrection d’entre les morts, et non pas avant. C’est sur la terre, là où nous avons péché, où nous étions esclaves de Satan — c’est là que, par la foi de Christ, nous laissons derrière nous tout ce que nous étions, nous entrons dans cette relation bénie, glorieuse et si intime avec Dieu. « Nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui ». Le mot « prédestinés » est un terme plus spécial que « élus », qui signifie que Dieu nous a choisis du monde. Il n’y a que l’incrédule pour s’imaginer que tous vont se trouver dans une telle place, ou que des hommes ayant vécu toute leur vie dans le blasphème contre Dieu vont être « saints et irréprochables » à leur mort. Dieu a fait un choix : à nous de Le bénir pour Son grand amour — non pas de juger ou blâmer Ses voies. « Qui es-tu, toi, qui contestes contre Dieu ? » (Rom. 9:20) : c’est la réponse de Dieu à toutes les vaines pensées et les vains raisonnements. Mais alors s’Il choisit selon Sa nature et Sa sainteté, Il nous a prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ. Ainsi donc, nous trouvons maintenant le privilège spécial et la relation glorieuse de fils devant Dieu, en Sa présence, par Jésus-Christ. Il aurait pu ne pas le faire, mais c’était « selon le bon plaisir de Sa volonté ». 1.4 Ch. 1:6 — À la louange de la gloire de Sa grâce … agréables dans le Bien-aimé Non seulement Il voulait avoir des personnes, et par suite de cette volonté, Il les a choisies ; mais en outre, il y a eu une manifestation particulière de Son bon plaisir, et par suite de ce bon plaisir, Il a mis ces personnes choisies dans cette place bénie, « à la louange de la gloire de Sa grâce dans laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Le verset 6 nous montre ce qui répond aux deux versets qui le précèdent. Le membre de phrase « à la louange de la gloire de sa grâce », etc., inclut à la fois le choix du verset 4, et la prédestination du verset 5 — le caractère du choix de Dieu, et la faveur spéciale de la prédestination du Père. « À la louange de la gloire de sa grâce dans laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Acceptés serait un terme plutôt froid pour rendre le sens du verset. Ce n’est pas ce qu’on appelle, en langage doctrinal, l’acceptation, qui se rapproche de la réconciliation quant à sa nature. Mais il me semble qu’ici, il y a la plénitude de la faveur divine, ce qui va bien au-delà d’une simple acceptation. En bref, Dieu fait de nous des objets de Sa faveur selon tout ce qu’il y a dans Son cœur, et pour que cela ressorte plus pleinement, Il dit : « dans le Bien-aimé », non pas simplement « en Christ ». Il n’y avait qu’un objet dans lequel Dieu trouvait toute sa satisfaction, qui répondait à toutes Ses pensées et à tous les désirs de Son cœur : cet objet, c’était Christ bien sûr, le seul Bien-aimé, en un sens où nulle créature ne pourrait l’être en elle-même. Afin de nous bénir pleinement, Dieu nous a faits les objets de Sa faveur dans ce Bien-aimé, et tout est « à la louange de la gloire de sa grâce ». Ceci comprend toutes les hauteurs et toutes les profondeurs de la grâce ; or cette grâce, c’est le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ nous bénissant en Christ. De fait, Il ne pouvait pas aller au-delà. Pouvait-Il montrer à qui que ce soit autant de faveur qu’à Christ ? Or c’est précisément ainsi qu’Il nous aime et nous bénit. Il ne pouvait faire plus, et Il ne voulait pas faire moins. Il s’est élevé au caractère suprême de l’amour et de la bénédiction dans la grâce selon laquelle Il nous voit dans le Bien-aimé. 1.5 Ch. 1:7 — Les richesses de Sa grâce : Rachetés et pardonnés Quel était donc notre état précédent ? Le verset 7 dit : « En qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés selon les richesses de sa grâce ». Ce n’est qu’une allusion en passant, mais cela suppose que nous étions de misérables esclaves de Satan. Or Celui en qui nous sommes devenus les objets d’une si grande faveur, c’est la même personne en qui nous avons la rédemption. Dieu n’oublie en aucune manière la condition où nous étions lorsqu’Il nous a ainsi bénis. Il sait bien qu’il fallait nous sortir de tout ce que nous étions, car en réalité nous n’avions rien hormis nos péchés. Si on s’en était tenu aux versets précédents, on aurait pu concevoir l’idée que de telles bénédictions et une telle gloire ne pouvaient aller avec des individus tels que nous étions. Mais il nous est dit que nous avons la rédemption en Christ. Et encore, l’apôtre n’a pas abordé la question de la rédemption ni de la rémission des péchés, avant de nous avoir introduits dans toute la hauteur et la profondeur des privilèges découlant de Dieu Lui-même : toute question quant à ce que l’homme est, est tellement mise de côté ici, que nous ne découvrons qu’incidemment, pour ainsi dire, la triste vérité de sa condition. Au vu des quelques premiers versets de l’épître, on aurait pu ignorer que des personnes aussi bénies aient jamais été coupables d’un seul péché. Mais nous trouvons ici qu’elles avaient besoin d’être rachetées, d’avoir leurs péchés pardonnés ; et c’est le même Christ, en qui et par le moyen duquel nous avons toutes les autres bénédictions, qui est Celui en qui nous avons aussi « la rédemption par Son sang, la rémission des péchés, selon les richesses de Sa grâce ». Remarquons ici qu’il y a une différence entre « la gloire de Sa grâce » et « les richesses de Sa grâce ». La « gloire de sa grâce » comprend tous les privilèges dont il a été question dans les versets précédents. Au v. 7, le Saint Esprit a fait ressortir « les richesses de sa grâce » — les moyens et les ressources pour nous en tant que pauvres pécheurs. Mais ce n’était pas suffisant pour Dieu, dans la mesure où Il agit en vue de manifester la gloire de Sa grâce, non pas seulement en vue de manifester Ses riches ressources lorsqu’Il s’occupe des individus les plus misérables. Il voulait manifester Son propre caractère — ce que Lui est, et non pas se borner à remédier à ce que nous étions. La « louange de la gloire de Sa grâce » découle des sentiments de Dieu, et par conséquent de ce qu’Il fait, afin de Se manifester pour nous. 1.6 Ch. 1:7 + 14 — Rédemption passée, rédemption future Remarquez encore, avant de quitter ce point, qu’on trouve plus loin une autre rédemption — celle « de la possession acquise » ; c’est quelque chose de tout différent. En rapport avec la rémission des péchés, nous avons la rédemption. Mais en rapport avec l’héritage, — ce qui dépend de la venue de Christ pour le prendre effectivement sous Son gouvernement, — nous attendons la rédemption. La possession acquise est en rapport avec l’héritage, non pas simplement en rapport avec ce qui touche nos âmes. En ce qui concerne l’âme, nous avons la rédemption dès maintenant, aussi complètement que nous ne pourrons jamais l’avoir ; il est bon de bien garder cela à l’esprit. Le croyant ne peut pas être plus pardonné qu’il ne l’est maintenant, et Dieu ne peut pas faire plus pour ôter le péché que ce qu’Il a déjà fait. Il a donné Son Fils, et le sang de Son Fils est déjà versé, et il est impossible que Dieu Lui-même fasse davantage pour effacer le péché de devant Sa face. Quelle consolation pour nos âmes ! Si nous pensons à nos péchés, nous pouvons avoir la consolante assurance que toute notre culpabilité est ôtée de devant Dieu. Nous pouvons tomber dans le péché, car il existe encore ; mais il y a encore place pour le jugement de soi-même, au lieu d’une attente terrible du jugement prochain. Voilà justement la différence réelle. En ce qui concerne le jugement divin, le péché est ôté en Christ ; en ce qui concerne le jugement de soi-même, le péché doit toujours être confessé si nous y tombons. Or le jugement de soi-même n’est jamais complet tant que nous n’avons pas appris que le jugement de Dieu à l’égard du péché a eu sa fin pour nous à la croix. Sous l’Ancien Testament, il n’y avait pas, à cause du péché, un jugement de soi-même tel que celui qui doit avoir lieu sous le Nouveau Testament. C’est pourquoi, dans l’Ancien Testament, on trouve souvent le péché laissé de côté sans commentaire, quoique Dieu n’ait jamais traité aucun péché avec indifférence, ni ne pouvait le faire. Mais ce n’était pas agir avec légèreté : Dieu laisse l’affaire parler d’elle-même. Il exerce d’autant plus le cœur de Ses enfants. S’ils sont dans un état d’opiniâtreté, ils peuvent se servir du récit du péché pour traiter légèrement le mal de leurs propres voies ; sinon, l’exercice de conscience a lieu. Ce n’est qu’après la mise en évidence de la pleine condition de l’homme à la croix de Christ, qu’on voit ce qu’est le jugement de Dieu à l’égard du péché. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’on commence à entendre parler de « la chair » au sens du Nouveau Testament. L’expression peut se trouver dans l’Ancien Testament, mais sans jamais revêtir le même caractère de méchanceté — fort, précis et complet, que dans le Nouveau. La chair n’avait pas encore démontré ce qu’elle était, et avant de prononcer Son jugement, Dieu attend toujours qu’une personne ou qu’une chose démontre son caractère réel. Nous devrions apprendre de Dieu à cet égard. La patience de Dieu en jugement est un des côtés les plus merveilleux de Ses voies ; nous devrions être à cet égard des imitateurs de Dieu. Il a attendu la croix de son Fils avant de montrer pleinement le vrai caractère de l’iniquité de l’homme. Dans l’Ancien Testament nous voyons du support à l’égard de certaines choses à cause de la dureté de cœur des hommes (Matt. 19:8) ; mais dans le Nouveau Testament, la mesure n’est plus la même, et aucun mal n’est plus toléré un instant. La pensée de Dieu à l’égard du mal est déclarée : les ténèbres s’en vont, et la vraie lumière luit déjà (1 Jean 2:8). Ni Dieu, ni l’homme ne sont plus cachés. Tout est mis à nu. L’homme est perdu. Dieu n’est pas simplement connu comme un législateur, mais comme un Dieu Sauveur ; et si je ne Le connais pas ainsi, je ne Le connais pas du tout. « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17:3). Tout ceci nous apprend que c’est maintenant seulement que le caractère final du mal a été manifesté. L’Ancien Testament commandait de ne pas faire le mal ; mais, comme nous le verrons au chapitre suivant, le résultat complet de l’épreuve est manifesté ici : quel est donc le verdict ? Que l’homme est mort — moralement et spirituellement — mort dans ses fautes et dans ses péchés. Dieu avait la parfaite compréhension du caractère de l’homme déjà auparavant, mais Il veut que nous le comprenions. Nous avons besoin de rédemption : nous l’avons — de pardon : nous l’avons. Mais nous attendons encore d’avoir « la rédemption de la possession acquise ». Ceci englobe toute la création de Dieu, y compris, peut-être, nos corps, comme faisant partie de la création de Dieu. Mais la rédemption du verset 7 est une chose plus intime, et nous sommes maintenant mis en position de pouvoir nous juger nous-mêmes entièrement, parce que nous savons que nous ne serons pas condamnés avec le monde (1 Cor. 11:32). Dieu nous place ainsi dans une position où nous avons un intérêt commun avec Lui ; Il nous met de Son côté, pour prendre Son parti contre nous-mêmes. Or c’est ce que signifie la repentance, et c’est pourquoi on l’appelle la « repentance envers Dieu » (Actes 20:21). 1.7 Ch. 1:8-9 — En toute sagesse et intelligence … nous ayant fait connaître Le verset suivant (8) aborde un autre sujet : « laquelle Il a fait abonder envers nous en toute sagesse et intelligence ». Il n’est pas dit : « … Sa grâce : laquelle Il a fait abonder envers nous en nous pardonnant », parce que le plein pardon est un besoin positif. Mais quand nous entendons parler de « sagesse et intelligence », il est question des conseils de Dieu touchant son Fils, au-dessus de toute pensée de besoins, et indépendamment d’une telle pensée. C’est comme s’il disait : « Vous êtes maintenant capables d’entrer dans Mes pensées, et de les comprendre quand Je parle. Vous êtes délivrés de toute inquiétude quant à vos péchés, et vous êtes libres maintenant d’entrer dans Mon dessein ». « Nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon Son bon plaisir, qu’Il s’est proposé en Lui-même » (1:9). Or le secret de Sa volonté est que « dans la dispensation (*) de la plénitude des temps, Il puisse réunir en un toutes choses dans le Christ, tant les choses qui sont dans les cieux, que celles qui sont sur la terre, en Lui : en qui nous aussi nous avons obtenu un héritage » (1:9-11). Dans ces versets centraux, il est clairement indiqué que (la question du péché étant réglée dans nos âmes) la capacité nous est donnée d’entendre ce que Dieu a à nous dire sur toutes les autres choses. Il n’a pas simplement à nous dire ce qu’Il va faire sur la terre, comme dans le cas d’Abraham. La relation est plus élevée que celle donnée à connaître aux patriarches. Au commencement, quand l’Éternel Dieu eut formé tous les animaux des champs et tous les oiseaux des cieux, Il les fit venir vers Adam, seigneur de la création, pour voir comment il les nommerait ; et tout nom que l’homme donnait à un être vivant fut son nom. « Et Adam donna des noms à tout le bétail, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les bêtes des champs » (Gen. 2:19-20). C’était une sagesse qui lui avait été conférée dans le domaine de la nature. Mais maintenant c’est une sagesse beaucoup plus profonde et vaste ; car il s’agit de la suprématie du second Homme et du discernement qui suffit et qui convient par rapport aux hauteurs et profondeurs sans bornes de cette suprématie. C’est pourquoi Dieu a fait abonder Sa grâce envers nous en toute sorte de sagesse et d’intelligence. Tout ce qui manifeste Son caractère et la gloire de Christ, Il nous le fait connaître. Il nous traite, non comme des serviteurs, mais comme des amis. Il y a une chose qui Lui tient à cœur de plus près que toute autre chose, c’est ce qu’Il va faire pour Son Fils : Il nous communique les secrets les plus intimes de Son cœur. (*) note Bibliquest : WK traduit « dispensation » le mot grec « oikonomia » que JND traduit « administration ». La pensée est la même. — Cette note vaut ici et plus loin, dans le texte — Voir prochaine note, de WK. Si quelqu’un dit : Je ne désire pas comprendre les mystères, je réponds : Vous ne voulez pas connaître ce que Dieu désire vous enseigner. L’incrédulité montre toujours un caractère ayant une certaine hostilité contre Dieu. Dans Sa parfaite bonté, Il nous donne d’abord, Lui, la consolation du salut, puis Il nous découvre ces autres vérités. « Nous ayant fait connaître le mystère de Sa volonté ». Il ne s’agit pas de quelque chose d’incompréhensible, mais de ce qu’on ne pouvait pas savoir avant que Dieu nous en parle. Ne vous détournez pas en disant : Tout ce que je désire savoir c’est d’être sauvé. Il faut désirer apprendre tout ce que Dieu daigne nous enseigner. Le mot « mystère » désigne tout ce que Dieu s’est plu à garder secret — quelque chose qu’Il n’avait pas encore révélé, mais qui est tout à fait intelligible une fois dévoilé. Le mot « mystère », dans le sens populaire, est complètement différent de son emploi dans la Parole de Dieu. Il y a bien des choses tout à fait merveilleuses dans les prophéties, mais elles ne sont pas appelées des mystères. Ce qui est présenté maintenant pour la première fois, c’est le mystère de Sa volonté. Il y a bien des mystères expliqués dans le Nouveau Testament, comme ceux du royaume des cieux. Babylone aussi, est appelée un mystère. Le mystère ici, c’est que Dieu veut réunir toutes choses dans les cieux et sur la terre sous Christ comme Chef. Il ne s’agit pas seulement d’avoir les cieux entièrement séparés de la terre, comme maintenant, mais d’avoir un système unifié de gloire céleste et terrestre, tout étant sous notre Seigneur — c’est cela le mystère de Sa volonté. 1.8 Ch. 1:10 — Participer à la gloire comme associés avec Christ 1.8.1 La dispensation de la plénitude des temps Mais il y a plus encore. Il veut que nous participions à la gloire comme associés avec Christ. Ainsi, il y a deux grandes parties dans le mystère de Sa volonté. La première, c’est Christ, et la seconde, c’est l’Église : c’est pourquoi il est dit dans cette même épître : « Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’Assemblée » (5:32). Ce n’est pas « l’Assemblée » sans doute, qui est le mystère, mais « Christ et l’Assemblée ». L’Église [ou : l’Assemblée], si bénie soit-elle, n’en est qu’une partie subordonnée. Qu’elle ait même ce privilège, cela vient uniquement de ce qu’elle appartient à Christ, le Chef céleste de toutes choses. Le dessein de Dieu est « pour la dispensation de la plénitude des temps ». Alors les heures de honte et de douleur qui s’écoulent maintenant, auront achevé leur cours — le temps de l’assujettissement de la créature à la vanité (Rom. 8:20), le temps de l’aveuglement judiciaire pour Israël, le temps pour les Gentils de gouverner comme si Dieu n’intervenait pas ni ne prenait connaissance de ce qui se passe, le temps où l’Église de Dieu est dans un état de faiblesse et de fractionnement, le temps où Satan a la liberté de séduire et de tourmenter les hommes. Ces choses persistent maintenant — l’homme, le chef, est assujetti à la maladie et à la mort, par le moyen du péché, et toute la création gémit. Mais Dieu Lui-même mettra fin à tout ce genre de choses. Il veut lier Satan et délivrer l’homme de sa séduction. Il veut avoir Israël béni et uni sous son Messie — les Gentils bénissant Dieu, et Dieu étant sanctifié parmi eux — la terre elle-même n’étant plus la scène pauvre, misérable et gémissante qu’elle est aujourd’hui, mais la malédiction sera ôtée, et le désert se réjouira et fleurira comme la rose (Gen. 35:1). Dieu accomplira un jour toutes ces choses ; et quand les temps convenables selon Dieu seront achevés (plhr t. k.) (*), Il changera tout, amènera Christ comme le Chef, le centre et le moyen de toute bénédiction. Christ est l’homme plus fort qui doit lier l’homme fort (Luc 11:22 ; Matt. 12:29), Celui qui brisera la tête du serpent (Gen. 3:15), le Seigneur du ciel et de la terre (Matt. 11:25) — le Messie d’Israël, et le Fils de l’homme ayant le gouvernement suprême sur toutes les nations. Toutes ces choses seront un jour accomplies de la manière la plus simple et la plus efficace, mais ce ne sera pas par la puissance de l’homme, ni même par la propagation de l’évangile. Christ administrera en personne, et maintiendra la gloire de Dieu dans l’univers. (*) Comme ce verset renferme plusieurs mots et expressions qui, généralement, ne sont pas compris, il vaut la peine d’ajouter dans cette note que le mot « dispensation » (oikonomia) ne se réfère pas à une époque ou une ère particulière (ce qui dans le Nouveau Testament est exprimé par aiwn). Ce mot signifie « intendance » ou plutôt « administration », la forme particulière utilisée ici signifiant la réunion, ou le regroupement sous une autorité unique (anakefalaiwsiV), de toutes choses, les choses célestes et les choses terrestres, sous Christ. Cela aura lieu dans le siècle (ou : ère) à venir, quand Christ sera manifesté comme Chef sur toutes choses, et que les saints glorifiés régneront avec Lui. Il ne s’agit ni du présent siècle où Satan a encore la permission de régner comme dieu de ce monde (2 Cor. 4:4), comme prince de l’autorité de l’air (Éph. 2:2) ; il ne s’agit pas non plus de l’état éternel, où tout gouvernement sera du passé, et où Christ aura remis le royaume afin que Dieu soit tout et en tous » (1 Cor. 15:24, 28). C’est le millénium, l’époque située entre les deux périodes dont nous venons de parler. Ce sera la plénitude des temps, les époques précédentes en ayant été comme la préparation nécessaire. En attendant, la rédemption par le sang de Christ ayant été opérée, le Saint Esprit scelle le croyant, et est les arrhes de l’héritage. 1.8.2 Ch. 1:12 — Nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ Si les hommes avaient un sens juste de l’état actuel de l’Église, ils se couvriraient de sac et de cendre, au lieu de sonner de la trompette. Ce que nous avons à faire, c’est de nous humilier devant Dieu, à cause de ce que nous sommes et de ce que nous voyons autour de nous, même chez les meilleurs. Il faut beaucoup de patience, non seulement pour supporter les autres, et pour que les autres nous supportent, mais pour poursuivre dans l’amour. Si nous avons réellement du cœur pour Dieu et pour Ses enfants, nous sentirons ces choses profondément, et nous chercherons la bénédiction de ceux qui sont détournés par cet état — nous le ferons vraiment en profondeur et de tout cœur — nous rappelant combien est proche le jour béni où Christ sera exalté comme le Chef de toutes choses, célestes et terrestres. Il reste convenable pour nous de nous humilier nous-mêmes, sans toutefois se décourager. Nous savons que notre espérance est une espérance qui ne rend pas honteux (Rom. 5:5). Elle n’est pas fondée sur ce que vont faire l’Église ou une quelconque association, car notre espérance c’est Christ. Nous savons que Dieu nous a fait connaître le secret de Sa volonté. Lorsque la conscience n’est pas exercée, cette vérité n’est pas réalisée ni appliquée, même si elle n’est pas rejetée. Le remède béni de Dieu au désordre de ce monde, c’est Christ sortant de Sa position cachée actuelle ; du moment qu’Il en sort, quel changement ! Toutes choses, dans les cieux et sur la terre, seront réunies en Christ ; et quand ce jour arrivera, nous entrerons visiblement dans notre héritage. Nous y avons déjà droit, mais nous n’en avons pas la possession publique. « En qui nous aussi nous avons obtenu un héritage, ayant été prédestinés selon le propos arrêté de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de Sa volonté ; afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:10-12). 1.8.3 Ch. 1:10 et Galates 4:4 Nous avons d’abord (1:5) notre prédestination comme enfants. « Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers » (Rom. 8:17) — héritiers d’un glorieux héritage, Christ ayant été fait Chef de l’univers (1:10, 11). L’interprétation généralement reçue, c’est d’appliquer le verset 10 à la position actuelle de Christ. On s’imagine que « la plénitude des temps » ici, signifie la même chose qu’en Galates 4:4. Mais « la plénitude des temps » diffère grandement de « l’accomplissement [ou : plénitude] du temps » cette dernière expression désignant la période qui s’est terminée par l’incarnation de Christ, ou qui a été complétée par elle. La naissance de Christ est une chose bien différente de l’exaltation de Christ, comme le chef de tout. Mettre l’incarnation du Fils à la place de la rédemption, est une erreur mortelle, et qui fait son œuvre. On fait dépendre notre union avec Christ simplement de Son incarnation, et non du fait de Sa résurrection d’entre les morts, et de Son entrée dans la position de Chef. Mais si notre union avec Christ est confondue avec Son humanité, alors Il s’est uni avec la nature humaine, et il n’y a point d’union spéciale du chrétien avec Christ, parce que l’humanité appartient à la race entière, c’est-à-dire à l’homme dans le péché. L’étape suivante est naturellement l’hérésie selon laquelle Christ a pris l’humanité dans sa condition déchue. 1.8.4 Ch. 1:12, nous — Ch. 1:13, vous Il est dit encore : « Afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:12) — autrement dit : avant que les Juifs (car c’est d’eux qu’il est spécialement parlé) contemplent Christ au temps et selon la manière déterminés. « Ils regarderont vers Moi, celui qu’ils auront percé » (Zach. 12:10). Or, dit-il, nous sommes ceux qui ont espéré à l’avance dans le Christ. Notre espérance s’est fondée sur Christ, avant que le reste de la nation Le voie et croie en Lui. Le nous dans le verset 12 ne va pas au-delà des Juifs croyants : « En qui vous aussi » de 1:13 est mis en opposition. Le « nous » et le « vous » se rapportent, le premier à Paul et à ceux d’Israël qui croyaient comme lui ; le second aux Gentils croyants, comme les Éphésiens. S’il en est ainsi, le sens est : « afin que nous [les Juifs chrétiens] soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ ». La nation d’Israël ne sera pas des gens ayant espéré à l’avance « à la louange de Sa gloire ». Ils seront les sujets de cette gloire. « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire de l’Éternel s’est levée sur toi » (És. 60:1). Sa gloire englobera leur salut ; mais ce qui sera « à la louange de Sa gloire », ce sera ceux qui, d’entre cette nation incrédule, auront reçu Christ avant de le voir, et qui, par conséquent, apparaîtront avec Lui en gloire. Heureux sont ceux qui reçoivent Christ quand ils Le voient ; mais encore plus heureux ceux qui ne L’ont point vu, et qui pourtant ont cru ! (Jean 20:29). 1.9 Ch. 1:13-14 — Le Saint Esprit arrhes de l’héritage Nous avons donc vu, au verset 12, que l’apôtre présente les Juifs croyants comme introduits maintenant dans toutes les bénédictions dont ont parlé les versets précédents. Puis s’adressant aux saints d’entre les Gentils à Éphèse, il dit : « en qui vous aussi vous avez espéré, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut, auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse » (1:13). 1.9.1 Ne pas s’en tenir à la nouvelle naissance Il peut être utile ici d’aller un peu plus loin dans le sujet de la présence et de l’action du Saint Esprit. Les hommes se sont écartés vite et loin de la vérité de Dieu. Nous savons qu’avant 1500, un nuage d’épaisses ténèbres couvrait la chrétienté. Mais même depuis que la lumière a brillé à la Réformation, les chrétiens ont continuellement lutté pour réaliser dans leurs propres âmes la vérité qu’ils étaient nés de Dieu et justifiés en Christ. On admet pleinement l’immense importance pour l’âme d’être totalement affermie. Mais la régénération et la justification devaient-elles être la somme et la substance de la recherche du chrétien, de ses efforts, et de ses désirs ? Au contraire, sont-elles plus que le seuil, ou au mieux, le fondement sur lequel le chrétien doit bâtir ? Dieu n’attend-Il pas de nous, qu’une fois nés de nouveau, nous fassions des progrès en Christ au lieu de nous occuper à chercher continuellement des marques et des signes pour prouver que nous sommes sauvés ? Être né de nouveau est la première œuvre essentielle de l’Esprit de Dieu, sans laquelle il n’y a pas de vie quant à Dieu, aucune possibilité d’avancer dans les choses de Dieu. C’est le besoin universel, la condition indispensable pour toute âme pour avoir part aux bénédictions de Dieu, dans tous les temps et toutes les dispensations. 1.9.2 Né d’eau et de l’Esprit, baptême — Jean 3 Quand Nicodème vint vers notre Seigneur (Jean 3) avec le désir d’être enseigné par Lui, c’est bien par la nouvelle naissance que notre Seigneur a aussitôt commencé. Ce rabbin reconnaissait que Jésus était un docteur venu de Dieu, par lequel il désirait être enseigné. Mais notre Seigneur l’arrêta d’une manière particulièrement solennelle : « Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Nicodème, étonné, lui demanda comment une telle chose pouvait se faire. Devant sa question inintelligente, notre Seigneur répondit en renouvelant son affirmation, en termes encore plus forts : « Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». C’est clairement une explication de ce qu’est être né de nouveau. C’est être né d’eau et de l’Esprit. Nicodème renouvelle sa surprise à cet égard ; qu’un Juif, un Juif moral et religieux, non pas un païen, un Juif qui avait la loi, et semblait avoir été spécialement honoré de Dieu, eût besoin d’être né une seconde fois ; que lui, docteur d’Israël au sens le plus noble, reçût en réponse ce qui était réellement une réprimande, insistant sur la nécessité d’un changement vital qu’il n’avait ni réalisé ni même pensé qu’il fût nécessaire ! C’était bien là un coup d’arrêt pour Nicodème dès le premier pas. Pourtant, notre Seigneur lui montre qu’il aurait dû savoir ces choses, d’après les prophètes bien sûr. Remarquez bien ce point, parce que cela suffit entièrement pour répondre à ceux qui voudraient rattacher l’expression « être né d’eau » au baptême. Quelqu’un qui a bien saisi les vues ainsi présentées, ne peut pas y voir, honnêtement, aucune dépréciation de cette institution de Christ. Car je maintiens que nul ne devrait être reconnu comme étant sur le terrain chrétien, tant qu’il n’a pas été baptisé d’eau. Je ne veux pas dire qu’il ne peut pas être un croyant ; mais s’il ne s’est pas soumis au baptême au nom du Seigneur, il n’est pas sorti ouvertement du terrain juif ou païen. Notre Seigneur insiste ailleurs sur la nécessité d’être baptisé, aussi bien que de croire (Marc 16). Mais aussi important que soit le baptême, comme signe institué de la mort et de la résurrection en Christ, ce n’est pourtant pas à ce rite que notre Seigneur faisait directement allusion lorsqu’Il parlait à Nicodème. Il ne dit pas, en effet : « Tu es disciple de Christ… », mais : « Tu es le docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces choses » ? Autrement dit, c’est bien comme Juif qu’il aurait dû connaître ces choses. Comment aurait-il pu connaître le baptême chrétien en tant que Juif ? Pour un tel homme, c’était une nouveauté, d’autant plus qu’il n’existait même pas à l’époque. Comment pouvait-on connaître ce qui n’avait pas encore débuté ? Il aurait dû savoir ce que signifiait être né d’eau et de l’Esprit, et en avoir senti la nécessité absolue. Quel était donc le sens de ces paroles ? Le voici : Indépendamment de toute question d’époque, de lieu ou de personne, pour voir ou entrer dans le royaume de Dieu, il faut être né d’eau et de l’Esprit, il faut que le Saint Esprit ait communiqué une vie nouvelle. Mais cette vie, comment est-elle produite ? Par un rite ? Non. Par une marche chrétienne ? Non. Par quel moyen donc ? Par la prière ? Pas non plus. Cette vie est produite par la réception de la Parole de Dieu révélant Christ. C’est pourquoi il est écrit que nous sommes nés de nouveau [ou : régénérés], « non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente Parole de Dieu » (1 Pierre 1:23). À ce témoignage de Pierre s’ajoute celui de Jacques (1:18) : «De sa propre volonté, Il nous a engendrés par la parole de la vérité, pour que nous soyons une sorte de prémices de Ses créatures ». L’instrument employé pour nous engendrer de Dieu, c’est « la parole de la vérité ». Ainsi, dans ce passage de Jean 3, l’eau est clairement employée comme figure de la parole de Dieu appliquée par l’Esprit. Les deux sont mis ensemble, afin qu’on ne puisse pas supposer qu’il s’agit simplement d’un rite ou de la parole, mais qu’il s’agit bien de l’Esprit appliquant la parole de Dieu avec une puissance vivifiante pour l’âme. C’est pourquoi, quand il est parlé de croire, il est dit : « Comment croiront-ils en celui dont ils n’ont point entendu parler ? (Rom. 10:14). Il est nécessaire que la Parole soit prêchée. « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la Parole de Dieu ». Comparez aussi 1 Cor. 4:15. Peu importe le passage positif de l’Écriture que vous preniez ; tous enseignent la même chose. Notre Seigneur insiste sur ce que, quiconque entre dans le royaume, doit y entrer par cette porte. Qu’en a-t-il été alors d’Abraham, Isaac et Jacob ? Certains diront que la circoncision est l’équivalent de cette porte : ne croyez pas un seul instant un tel rêve ; si cela était vrai, qu’en serait-il des multitudes ayant existé avant la circoncision et le baptême, ou en dehors d’eux ? Toutes ces explications ne sont que des hypothèses maladroites sur l’Écriture. Quand même il n’y aurait aucune différence réelle entre le baptême et la circoncision, lorsque notre Seigneur pose le principe de la nouvelle naissance, Il ne fait allusion ni à l’un ni à l’autre. Il n’insiste pas sur un rite ayant de si nombreuses exceptions, mais sur une nécessité spirituelle, absolue et universelle. Il ne parle pas du rite relativement moderne du baptême — quelque chose entré tardivement dans le monde et destiné à ne pas y subsister à toujours. Car, que je sache, il n’y a pas de base pour supposer qu’on continuera à baptiser d’eau les personnes pendant le millénium. C’est un rite particulier à l’époque située, au moins, entre les deux venues du Seigneur, — le baptême pour la mort de Christ. Jean 3 parle de ce que chacun doit traverser, sans distinction ni exception, s’il doit voir le royaume de Dieu et y entrer — et cela a été vrai autant du brigand sur la croix que de Saul de Tarse. Tous les enfants de Dieu, passés, présents ou à venir, sont nés de nouveau ; tous ont cette vie nouvelle, elle leur est donnée. La vie divine leur est communiquée ; et, dans le cas de ceux qui entendent la Parole, cette communication a clairement lieu par le moyen du Saint Esprit se servant de la Parole comme d’un moyen de vie. Il opère par-dessus tout en présentant Christ. 1.9.3 Le Saint Esprit source de communion et puissance de l’adoration — Jean 4 Dans Jean 4, nous trouvons une autre opération du Saint Esprit. « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, tu Lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive » (4:10). L’eau vive, c’est clairement le Saint Esprit, que Jésus donne : Ce n’est pas ici l’opération vivifiante de l’Esprit, indispensable en tout temps et toute circonstance pour qu’une âme appartienne à Dieu ; mais c’est un privilège spécial que Christ confère personnellement. Dans la suite du discours du Seigneur, qui se lie avec ce qu’Il avait dit à la femme Samaritaine, vous trouverez que le Saint Esprit est donné aux croyants maintenant comme le moyen pour adorer leur Dieu et Père en esprit et en vérité. Jean 4 présente donc une opération de l’Esprit totalement différente de celle sur laquelle le Seigneur insiste en Jean 3. Or, à qui notre Seigneur le révèle-t-Il ? À une pauvre femme, abandonnée et misérable ; pas même à une Juive, mais à une Samaritaine. Notre Seigneur montre par là la grâce qui s’adresse aux plus vils. Désormais, Dieu ne mettait plus en avant la loi comme auparavant. Il se révèle comme Celui qui donne. Sous la loi, Dieu était plutôt Celui qui recevait ; Il demandait, requérait, insistait, que la créature Lui rende l’honneur dû à Sa majesté. Dans l’évangile, Dieu est Celui qui donne Son propre Fils. Au lieu de chercher à obtenir quelque chose de l’homme coupable et perdu, Il donne le meilleur de ce qu’Il a à une personne qui au premier abord ne Lui demandait rien. « Si tu connaissais le don — l’acte de donner gratuitement — de Dieu (quels propos nouveaux pour la Samaritaine !) tu Lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive ». C’est bien là ce qu’Il fait : Il donne l’Esprit, la puissance de la vie éternelle. La conséquence de cette révélation si précieuse de la vérité, est que nous savons que le Saint Esprit est en nous comme la source de la communion et la puissance de l’adoration. Il ne s’agit pas tellement de l’Esprit employant la Parole de Dieu pour agir envers nous dans notre souillure naturelle, pour nous communiquer une vie nouvelle qui s’attache à Dieu et hait le péché, — une vie nouvelle qui a de nouveaux sentiments, de nouveaux désirs, de nouveaux besoins, qui ne trouvent leur réponse qu’en Christ, — une vie nouvelle que toute âme régénérée a nécessairement, même si ce n’est qu’une pauvre religieuse ou un prêtre superstitieux disant la messe. Cependant si quelqu’un est né de Dieu, il est impossible qu’il ne soupire pas après ce qu’il n’a pas, et qu’à la longue il ne trouve Christ comme l’objet qui attire son âme — Christ en contraste avec tout ce qu’il trouvait sur la terre ou ailleurs — Christ le Seul qui lui convienne, et le Seul dont c’est la gloire de le bénir. Qu’est-ce que prouve un tel état ? Qu’un tel homme est né de Dieu. Car il n’existe aucune preuve qui ne puisse tourner en illusion, sauf celle-ci — savoir que mes besoins me tournent vers Christ, et me font trouver en Lui le Seul qui puisse satisfaire l’âme. En Jean 4, on n’a pas affaire à un chef de Pharisiens, fier de l’être, amené à sentir le besoin d’être régénéré, mais à une femme dépravée, perdue de réputation, à qui personne ne se soucie de parler, sauf, et c’est merveilleux de le dire — sauf le Fils de Dieu ! C’est à elle que le Seigneur fait connaître cette grande vérité, le don de l’Esprit : non plus agissant seulement moralement sur l’âme, ou la vivifiant, mais l’Esprit lui-même habitant dans le cœur, le Saint Esprit comme la puissance de communion divine et d’adoration. Quelle joie : Le Saint Esprit habite dans les croyants, le Père en cherche de tels qui L’adorent ! Connaissez-vous ces choses ? Ou bien êtes-vous encore entravés par les choses qui sont maintenant du passé, celles qui avaient autrefois l’approbation divine ? par les règles d’une dispensation ancienne concernant un peuple terrestre ? par des rites qui n’ont plus aucune valeur aux yeux de Celui qui se révèle comme Père ? Le temps des formes et des cérémonies est entièrement fini. On prétend si souvent ne plus y attacher d’importance ; or maintenant, c’est en vérité une très mauvaise chose, contraire à l’ordre actuel établi par Dieu. Ce n’est pas seulement que de beaux spectacles ou de beaux sons ne devraient pas contribuer au culte, mais c’est un péché positif que de les rechercher ou de les admettre. Dans leur principe, c’est un retour à l’idolâtrie et à un monde condamné. C’est pourquoi, en Jean 4, notre Seigneur introduit cette vérité que « l’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Ces mots énoncent la vérité quant au culte. La splendeur des cérémonies à Jérusalem avait atteint un sommet ; mais tout cela était maintenant fini, et tous ceux qui luttent en leur faveur maintenant sont involontairement en rébellion contre Christ. Notre Seigneur montre que ce n’est plus sur cette montagne [Garizim], ni à Jérusalem, que Dieu doit être adoré. L’aurore d’un nouvel état de choses allait poindre. Qu’est-ce qui a de la valeur aux yeux de Dieu maintenant ? Les vrais adorateurs adorant le Père en esprit et en vérité. Que sont-ils ? Ses enfants. « Le Père en cherche de tels qui l’adorent ». Il rassemble des enfants, les forme à Sa propre louange, met le Saint Esprit en eux pour leur donner conscience de leur relation avec Lui-même, et pour que, en ayant cette conscience, ils s’approchent de Lui comme de leur Dieu et Père. 1.9.4 Le culte des enfants de Dieu — Jean 4:23-24 Il est donc clair que l’idée actuelle d’avoir un culte mélangé de la part de personnes dont les unes sont converties et les autres non, est en contradiction directe avec le christianisme. Avant la croix, c’était inévitable. Dieu ne séparait pas Ses enfants d’avec ceux qui n’avaient pas cette relation avec Lui. C’eût été un péché pour un Israélite croyant de dire à un incrédule : Je ne puis adorer avec toi, parce que tu n’es pas né de Dieu. Mais maintenant c’est un péché de se joindre pour l’adoration de Dieu à ceux qui ne sont pas Ses enfants ; la raison en est simple : le Père cherche de vrais adorateurs pour L’adorer, et personne d’autre. Je ne veux pas dire que ce soit un péché pour des inconvertis de se trouver dans le lieu d’adoration des enfants de Dieu en tant que spectateurs ou auditeurs. Mais tenter de réunir les uns et les autres pour rendre culte à Dieu, c’est une illusion fatale, qui déshonore Dieu et détruit les âmes de ceux qui ne sont pas de vrais adorateurs. Les gens n’ont pas la foi pour se tenir séparés du monde. On aime avoir l’appui des hommes ; et certes, c’est éprouvant de devoir agir résolument. Dieu nous avertit que, si nous cherchons à plaire aux hommes, nous ne pouvons être des serviteurs de Christ. Il nous faut courir le risque de leur faire de la peine, mais les blessures faites par un ami sont fidèles (Prov. 27:6). Certains font la confusion entre le culte et entendre l’évangile, ou d’autres vérités. Or ce sont des choses entièrement différentes. Dans le culte, les chrétiens font monter en offrande à Dieu un service de louanges et d’actions de grâce. Le culte, c’est ce qui monte du croyant vers Dieu ; tandis que, dans l’évangile ou tout autre ministère, il y a un message qui descend de Dieu pour le bien des âmes, pour l’instruction des croyants, ou pour convaincre ceux qui ne croient pas et les amener au salut. Qu’on s’adresse aux uns ou aux autres, c’est toujours quelque chose qui descend de Dieu vers eux, et non pas quelque chose qui monte d’eux vers Dieu ; confondre ces deux choses est donc un mal grave. Ce qui attache beaucoup de gens aux vieilles murailles et à la routine, ce n’est pas les prières, mais l’espoir d’entendre quelque chose de bon dans le sermon. Ils sortent ainsi entièrement de la condition d’adorateurs. Le culte est la vraie expression de la louange et des actions de grâce du cœur par le Saint Esprit, que ce soit par un homme illettré, ou non. Nous savons que les apôtres ne pouvaient pas parler correctement (Act. 4:13) ; or ils étaient, malgré tout, les vases choisis d’une telle puissance de Dieu, que jamais, ni avant ni depuis, aucune puissance pareille n’a visité cette terre dans des hommes sujets aux mêmes passions que nous. Je crois qu’il en est encore ainsi, et qu’il en sera toujours ainsi. Dieu choisit les choses faibles de ce monde pour couvrir de honte les choses fortes (1 Cor. 1:27). Quoiqu’un apôtre Paul puisse être introduit à l’occasion, cela reste une exception, et Dieu ne veut jamais que les exceptions deviennent la règle. 1.9.5 Le don du Saint Esprit — Différence entre né et scellé de l’Esprit — 1:13 Ainsi donc, outre la régénération, qui est la première opération de l’Esprit de Dieu, il y a en plus le don du Saint Esprit. « En qui vous aussi… ayant entendu la Parole de la vérité, l’évangile de votre salut » (1:13). Ils étaient nés d’eau et de l’Esprit. Ils avaient entendu la Parole de vérité, présentée dans cette même épître sous la figure de l’eau : « afin qu’Il la sanctifiât en la purifiant par le lavage d’eau par la Parole » (5:26). Ce n’est pas seulement que l’Église est lavée par la Parole, mais le pauvre pécheur est engendré par la Parole (Jacq. 1:18) quand il croit l’évangile — il est né d’eau et de l’Esprit. Mais étaient-ils simplement nés d’eau et de l’Esprit ? « Auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse » (1:13). Beaucoup s’étonnent de trouver quelque chose comme le sceau du Saint Esprit, après être nés de l’Esprit. D’autres encore, voyant les deux faits, ont inventé la confirmation. Ils ont senti, d’après l’Écriture, qu’il y a quelque chose se rajoutant au fait d’être né d’eau, et situé au-dessus. C’est ainsi qu’une religion de formes a d’abord présenté le baptême pour régénérer tout le monde, puis la confirmation pour couronner le tout. Mais les formes ne valent pas mieux que l’idolâtrie : c’est mettre quelque chose à la place de Christ. Après le départ des apôtres, cette tendance s’amplifia rapidement. À la puissance du Saint Esprit agissant sur l’âme des hommes, on substitua des cérémonies exécutées par la main des hommes. Trouvant, d’après la Parole de Dieu, qu’il y avait deux choses, d’abord la régénération, puis le don subséquent du Saint Esprit, on adopta deux cérémonies différentes : en un sens c’était juste, si on voulait une religion de formes. Mais c’est une erreur complète quant à la nature même du christianisme. Il n’en reste pas moins vrai qu’il y a deux opérations différentes du Saint Esprit. La première, c’est quand un homme est amené à la conscience du péché. Qu’est-ce qui fait qu’un homme s’abhorre lui-même ? Il est né de Dieu. Il peut ne pas être heureux du tout, avoir un sentiment réel de sa ruine ; et pourtant son cœur s’attache à Dieu. Cet homme est né de Dieu — vraiment converti, même s’il n’a peut-être encore aucune consolation dans son âme, quoique son cœur soit ouvert pour continuer à écouter la parole de la vérité, l’évangile du salut (1:13). Il croit cet évangile. Qu’en est-il alors ? Il est scellé du Saint Esprit, comme ayant cru non seulement à Christ, mais à l’évangile de notre salut, à l’œuvre accomplie par Christ. Car je ne crois pas qu’une âme puisse être scellée du Saint Esprit, à moins d’entrer dans ce qui concerne l’œuvre, aussi bien que la personne, de Christ. Cela explique le fait qu’il y a eu des personnes nées du Saint Esprit, mais qui n’ont jamais été scellées. Les saints de l’Ancien Testament, par exemple, croyaient en Christ, et portaient leurs regards vers Lui. Tous étaient nés de Dieu, mais aucun n’était scellé du Saint Esprit. Être né de l’Esprit, et être scellé de l’Esprit, sont deux choses bien différentes, qui peuvent, ou non, se trouver réunies chez la même personne. Pour entrer dans le royaume de Dieu, on doit tous être nés de l’Esprit, mais il n’est jamais dit qu’on doit tous être scellés de l’Esprit. Partout où le Saint Esprit parle d’être scellé de l’Esprit, c’est juste le contraire qu’on voit. Quelle est la première personne à avoir été scellée de l’Esprit ? Notre précieux Seigneur Lui-même. Le sceau Lui a été conféré d’une manière particulière. Quand a-t-Il été scellé ? Après la rédemption et l’ascension ? Non ; Il l’a été pendant qu’Il marchait sur la terre. « C’est Lui que le Père, Dieu, a scellé » (Jean 6:27). C’est comme Fils de l’homme qu’il a été scellé, et comme Fils de l’homme sur la terre avant la rédemption — sans effusion de sang, parce qu’Il n’avait pas connu le péché (2 Cor. 5:21), et que dans sa bouche, il n’a pas été trouvé de fraude (1 Pierre 2:22). Il était absolument sans péché : Le Saint Esprit pouvait demeurer sur Lui, indépendamment de toute application du sang, parce qu’Il était le Saint — le Sauveur. Il n’avait besoin d’aucune œuvre, ni de sang, ni de rédemption. Pourtant Il est mort, le sang a été versé, et la rédemption a été effectuée. Pourquoi cela ? Afin que nous puissions être scellés — afin que nous, qui n’avions aucun droit naturel à nous approcher de Dieu, nous en qui le Saint Esprit n’aurait jamais pu établir Sa demeure, nous puissions avoir en nous l’habitation du même Saint Esprit qui habitait en Lui. 1.9.6 Le don du Saint Esprit — Pas de nouvelle effusion de l’Esprit C’est là ce que notre Seigneur montre progressivement. « Tu lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive ». C’est pour cela que le Seigneur enseignait à ses disciples à demander le Saint Esprit, — alors qu’ils étaient déjà régénérés. Il leur dit pourtant bien de demander le Saint Esprit au Père (Luc 11). Est-ce pareil maintenant qu’Il a donné l’Esprit ? Dois-je demander le Saint Esprit quand je l’ai habitant en moi ? Cela aurait été l’incrédulité la plus flagrante de demander à Dieu d’envoyer Christ au moment où Christ se trouvait présent parmi Ses disciples. Et maintenant que le Saint Esprit a été envoyé du ciel, et qu’Il a été donné pour être en nous une fontaine d’eau jaillissante en vie éternelle (Jean 4:14), est-ce à nous de supplier pour que le Saint Esprit nous soit donné ? Est-ce aux chrétiens de prier pour une effusion du Saint Esprit ? Ce serait nier pratiquement que le Saint Esprit a été envoyé du ciel, et qu’Il habite en nous. Il est très juste de prier pour que nous ne L’attristions pas, et que nous ne L’éteignions pas. Prier que nous soyons fortifiés en puissance par Son Esprit quant à l’homme intérieur, c’est selon la Parole de Dieu (3:16), mais nous ne devrions absolument rien dire qui implique que le Saint Esprit n’est pas ici, alors qu’Il y est. Un nuage de ténèbres bien affligeant enveloppe l’esprit de beaucoup d’enfants de Dieu à ce sujet. Ils ne croient pas à leurs privilèges ; ils ne savent pas que le Saint Esprit habite en eux. Le Saint Esprit n’en est-Il pas attristé ? Si quelqu’un s’occupait de vous par des soins journaliers, et que vous ayez l’habitude de mettre en question votre relation avec lui, ou de douter de ses soins, cela montrerait que vous êtes dans un état maladif. Un brouillard couvre vos yeux, et vous demandez les grâces qui vous ont déjà été données. Ce n’est ni de la sagesse ni de la foi. Il est bien vrai qu’on peut demander à Dieu de bénir l’évangile pour les inconvertis, et de les régénérer. Mais prier pour une effusion de l’Esprit, c’est tout différent de la conversion ; l’effusion de l’Esprit n’est mentionnée qu’en rapport avec le don du Saint Esprit, d’abord aux Juifs, puis aux Samaritains, et en troisième lieu aux Gentils. Depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas la moindre base pour demander à Dieu une effusion du Saint Esprit. C’est une prière sans intelligence, fondée sur l’incrédulité à l’égard de la vérité que le Saint Esprit a été envoyé ici-bas. Dieu Lui-même ne peut rien ajouter à la bénédiction d’un don qu’Il a déjà fait. Il y avait une grande différence entre les Juifs, les Gentils et les Samaritains ; c’est pour cela que le don du Saint Esprit est expressément mentionné en rapport avec chacune de ces classes de personnes. Le Saint Esprit ne sera jamais répandu à nouveau sur l’Église. C’est ignorer les voies de Dieu que de s’y attendre. Il a été répandu pour l’Église, aussi réellement qu’il était possible pour Dieu de le donner. Mais une fois que les saints célestes auront été enlevés pour être avec Christ à Sa venue, il y aura en son temps une effusion de Son Esprit sur un peuple nouveau, lorsque Juifs et Gentils, comme tels, seront amenés séparément à la connaissance de Jésus. Par contre, tant que l’Église est sur la terre, il n’y aura jamais — et il ne saurait jamais y avoir — une nouvelle effusion de l’Esprit. Elle ne peut pas plus être répétée qu’il ne peut y avoir de seconde mission du Seigneur Jésus pour répéter Son œuvre pour nous. Il ne s’agit pas de spéculer. Ces vérités se lient de la manière la plus intime à notre culte et même à notre paix. 1.9.7 La présence du Saint Esprit dans le croyant est un point essentiel La foi en la présence de l’Esprit de Dieu, ou l’incrédulité à cet égard, c’est un test qui met les saints à l’épreuve aujourd’hui. Il nous convient de bien examiner si nous entrons réellement dans la pensée de Dieu à ce sujet. Comprenons bien que ce qui nous constitue chrétiens, ce n’est pas seulement le fait de croire en Christ, mais d’être maintenant scellés du Saint Esprit. Il régénère un inconverti par la foi en Christ, mais le sceau ne concerne que les croyants. C’était la preuve décisive pour savoir si un homme est chrétien. Pierre soutient ce fait de la manière suivante : « Quelqu’un pourrait-il refuser l’eau, pour que ceux-ci ne soient pas baptisés, eux qui ont reçu comme nous l’Esprit Saint » ? (Actes 10:47). Ils n’avaient pas simplement cru ; Dieu leur avait aussi donné le Saint Esprit : quelqu’un pouvait-il oser refuser des personnes en qui habitait cette Personne Divine, et à qui Dieu avait conféré une grâce aussi remarquable ? Cette présence du Saint Esprit est aussi le fondement de toute unité chrétienne. Il ne s’agit pas seulement de savoir si on a la vie, mais si on a cru que le Saint Esprit habite en nous. Le point qui change tout, ce n’est pas simplement la possession de la vie, mais la possession du Saint Esprit. Les Gentils n’ont été reconnus comme faisant partie intégrante de l’Église de Dieu qu’après avoir reçu le Saint Esprit (Actes 11). L’Église n’est pas seulement tenue de s’assurer qu’il y a la vie, et de croire qu’il y a la vie dans l’âme, mais, d’après la Parole de Dieu, elle est encore autorisée à attendre jusqu’à ce qu’il y en ait une manifestation telle qu’il soit clairement manifeste que l’homme a le Saint Esprit habitant en lui. Il n’y a jamais eu d’assemblée reconnue comme telle, avant qu’il soit pleinement reconnu qu’elle était sur le terrain commun à l’Église en général, par la réception du Saint Esprit. 1.9.8 Ch. 1:14 — Les arrhes de l’héritage Tout cela rend bien évidente la vraie manière dont on doit agir avec les saints maintenant. L’Église a le droit de s’attendre à cette manifestation de la puissance de l’Esprit. Ce n’est pas un amour vrai si on ne s’en enquiert pas. « Auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse, qui est les arrhes de notre héritage, jusqu’à la rédemption de la possession acquise, à la louange de Sa gloire » (1:14). Sans m’attarder sur ce dernier verset, je voudrais de nouveau établir la concordance des faits suivants : il ne pouvait y avoir de sceau de l’Esprit avant que l’œuvre de Christ fût accomplie (le Fils seul a été scellé sur la terre, Lui qui n’avait pas besoin de la rédemption, mais qui est venu, au contraire, pour nous racheter pour Dieu) ; mais maintenant que la rédemption est accomplie, sur la base de cette œuvre accomplie, nous recevons le Saint Esprit pour habiter en nous, et nous recevons ainsi les arrhes de l’héritage. Je crois que cette dernière vérité est tout autant particulière à l’Église de Dieu, depuis la Pentecôte, que le sceau de l’Esprit. Les disciples n’étaient pas scellés de l’Esprit, et n’avaient pas non plus les arrhes de l’héritage avant que le Saint Esprit fut envoyé du ciel. Ces arrhes, c’est la puissance du Saint Esprit donnant maintenant au croyant une joie actuelle, une anticipation actuelle de la gloire vers laquelle il marche. Certes cela peut bien être entaché chez beaucoup de croyants par manque de connaissance de la vérité, ou par l’activité de la chair, la mondanité, etc. Il n’en demeure pas moins vrai que, maintenant que le Saint Esprit est donné, un croyant devrait regarder en haut et demander à Dieu que soit détecté et ôté tout ce qui est un empêchement à l’entrée dans la joie de son héritage béni. Je suis certain que le fait de se contenter de savoir que l’on est né de Dieu, a fortement été au détriment des enfants de Dieu ; cela les a arrêtés très tôt, comme s’ils n’avaient pas d’autre but que d’apprendre qu’ils étaient enfants de Dieu, et rien de plus. Mais, après avoir cru, notre affaire est de poursuivre et d’apprendre d’autres vérités, et par-dessus tout, d’apprendre à connaître Christ Lui-même. Ainsi, la régénération d’une âme par le Saint Esprit, ne doit pas l’arrêter au fait qu’elle est régénérée ; mais, étant nés de Dieu, il nous faut aller de l’avant, et entrer dans les vérités bénies que Dieu nous donne, — vérités qui se rattachent à la fois à notre rédemption et à notre gloire future, et qui trouvent leur centre dans la personne et l’œuvre de Christ. En tant que sceau, le Saint Esprit est le témoin de notre parfaite purification de nos péchés — elle résulte de l’œuvre de Christ. Cette opération de l’Esprit implique que l’œuvre est accomplie, et que nous sommes mis à part pour Dieu sur le fondement de la rédemption. Nous sommes scellés, parce que la rédemption est accomplie. Si je regarde à la gloire, elle n’est pas encore là. C’est pourquoi il y a un changement de figure quand l’apôtre parle de notre héritage. « Sceller » ne va pas avec l’héritage, parce que nous ne l’avons pas encore, en fait ; nous attendons d’être mis en possession de ce que nous allons avoir avec Christ. C’est pourquoi il est dit du Saint Esprit qu’Il est « les arrhes de notre héritage ». Le même Esprit qui nous scellé est les arrhes de notre futur brillant, « jusqu’à la rédemption de la possession acquise ». En tout premier lieu, nous avons les privilèges de la grâce divine qui nous a élus en Christ (1:4) ; qui nous a prédestinés à la position de fils (1:5) ; qui nous a introduits dans une pleine faveur « dans le Bien-aimé » (1:6), sans que plus rien ne soit mis en question ; qui nous a déjà donné la rédemption en Christ par son sang, et même la rémission des péchés (1:7). Mais à peine le Saint Esprit nous a établis dans la pleine connaissance de l’amour de Dieu pour nous, et dans son effet présent pour ôter nos péchés, voilà qu’Il place devant nous l’héritage. C’est la raison pour laquelle est introduite la relation du Saint Esprit avec ces deux choses. Et de même qu’il y a deux grandes parties dans notre élection par Dieu personnellement, ainsi le Saint Esprit prend une double relation. Il est le sceau de la grâce et de la bénédiction que nous avons en Christ, et il est les arrhes de la gloire que nous allons avoir avec Christ. Voilà les relations du Saint Esprit avec le croyant individuellement. Toutes les opérations collectives de l’Esprit ont une place secondaire, si on les compare avec Ses voies avec l’âme individuellement ; quant à ces dernières, bien qu’on pourrait les développer beaucoup plus complètement, je m’y suis arrêté assez longuement en rapport avec ce que je me proposais maintenant. 1.10 Ch. 1:15-23 — La prière de l’apôtre Le Saint Esprit conduit maintenant l’apôtre à une prière remarquable, qui découle, au moins partiellement, du sujet qui nous a occupés. On trouvera que tout est placé dans le meilleur ordre possible quant à ses relations avec le reste, même quand il s’agit de révélations nouvelles ; c’est un ordre que nous n’aurions jamais pu imaginer, si Dieu ne nous l’avait fait connaître, mais une fois communiqué, il s’impose immédiatement au jugement spirituel. Car la bénédiction que l’apôtre transporté a déversée dans les premiers versets, découle — nous l’avons vu — du double caractère de Dieu : « Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». 1.10.1 Les deux prières des ch. 1 et 3 — Prières et adoration à Dieu et au Père Deux prières, dans cette épître, répondent à ce double titre. La première prière se trouve dans le passage qui nous occupe, et se rattache au titre de Dieu de notre Seigneur Jésus Christ ; au ch. 3 v. 14, nous avons la prière correspondante, qui répond au second titre de Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Les deux ont clairement Christ comme fondement et comme centre, mais Christ y est considéré d’un point de vue totalement différent. Dans la première prière, Christ est vu comme un homme, quelqu’un qui appelle Dieu son Dieu. Dans la seconde prière, Christ est considéré dans Sa relation plus intime de Fils, et Il place donc le Père devant nous. Nous aussi, nous avons communion avec Dieu sous ces deux rapports ; nous avons affaire avec Lui comme Dieu et comme Père. Il est dit dans Jean 4 : « L’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Puis notre Seigneur ajoute : « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ». La différence entre ces deux côtés est immense. Comme Père, Il cherche des adorateurs, Il fait savoir la faveur inexprimable de les amener à la connaissance de son amour. Il forme leurs cœurs selon la manifestation qu’Il a faite de Lui-même en Christ ; Il fait déborder ces cœurs d’actions de grâces et de louanges, et les constitue ainsi adorateurs en esprit et en vérité. Mais il est alors ajouté que Dieu est esprit, etc. Quelle que soit la forme sous laquelle Il a pu se manifester dans le Judaïsme, pour des raisons spéciales, — quelles que soient les manifestations de Sa majesté en jugement, d’une manière tangible tout en restant Lui-même caché, Il est esprit, et par conséquent le culte qu’on Lui rend doit être de nature spirituelle. Il ne s’agit donc pas simplement de cet amour immense, qui cherche des adorateurs, les rend tels, les met à part et les rassemble, mais il s’agit du caractère indispensable du seul culte qu’Il admet maintenant. Du moment qu’Il se révèle pleinement, Il ne peut rien reconnaître d’autre qu’une adoration réelle dans l’Esprit. Le temps des formes, des rites et des cérémonies est totalement passé. Dès lors, non seulement Il n’en attend plus, mais Il les méprise ; Il les traite comme une injure faite à Sa nature, comme un manque d’égard envers son Fils, et comme un produit de substitution de Satan voulant remplacer la puissance du Saint Esprit. Il faut que ceux qui L’adorent, L’adorent en esprit et en vérité. Je crois qu’il est important de faire ressortir les relations qu’on trouve dans la précieuse Parole de Dieu, pour montrer que la distinction indiquée n’est pas un produit de l’imagination. Hélas ! les hommes sont séduits jusqu’à faire des inventions en présence des trésors ignorés de la Bible. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous incliner devant ce qui nous est donné là. Sans doute, nous avons à apprendre ; mais quand la vérité est connue, quelle grâce d’être entièrement délivré du vain désir de quelque invention, ou de besoin semblable ! Il est naturel pour l’homme insatisfait de chercher des nouveautés excitantes. Mais Dieu est infiniment au-dessus de l’homme, et sa Parole est riche au-delà de tout ce que nous pouvons penser ; tout ce que nous avons donc à faire, c’est de soumettre nos âmes à l’Écriture, étant bien assurés que la révélation de Dieu, aussi ancienne qu’elle soit, offre pratiquement ce qui est toujours nouveau pour le cœur. 1.10.2 Ch. 1:15 – Introduction de la prière de l’apôtre 1.10.2.1 La foi qui est en vous Nous avons donc, dans notre épître, ces deux prières. En introduisant ici la première, l’apôtre dit : « c’est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de la foi que vous avez au Seigneur Jésus, et de l’amour que vous avez pour tous les saints ». Du fait que notre amour suggérerait la pensée de quelque chose de la part de l’homme qui nous donnerait de l’importance, l’apôtre introduit son sujet par « la foi », bien qu’il allait parler de l’amour pour les saints : cela nous renvoie à Son amour pour nous plutôt qu’à notre amour pour Lui. 1.10.2.2 L’amour que vous avez pour tous les saints : un amour sans préférences « C’est pourquoi », dit-il, « moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus », puis il en tire la conséquence : « et de l’amour que vous avez pour tous les saints ». C’est là une parole bien importante pour juger de notre amour. Nous sommes tous enclins à former un cercle même parmi les enfants de Dieu — à avoir nos préférés, ceux qui nous conviennent le mieux, dont les pensées, les sentiments et les habitudes sont plus ou moins les mêmes que les nôtres, ou au moins, ceux qui ne sont pas une trop grande épreuve pour nous. Mais ce n’est pas là l’amour pour les saints. C’est plus de l’amour pour nous-mêmes que pour eux. La chair aime ce qui nous est agréable, — ce qui ne nous fait pas de peine, ce qui est peut-être une récompense des amabilités naturelles. Tout cela se rencontre facilement là où il n’y a aucun exercice réel de la nouvelle nature, aucune énergie puissante de l’Esprit de Dieu opérant dans nos cœurs. Nous avons toujours à éprouver nos âmes, et à nous demander où nous en sommes à cet égard. Le Seigneur Jésus est-Il le motif prédominant et l’objet principal de nos cœurs ? Est-ce avec Lui et pour Lui que nous pensons à tous les saints, et que nos sentiments à leur égard sont formés ? 1.10.2.3 Amour et jugement du mal J’admets pleinement que l’amour pour les saints ne peut ni ne doit revêtir la même forme envers tous. Il faut qu’il s’exerce dans l’énergie et l’intelligence de l’Esprit, de manière variée selon la nature de l’appel fait à l’amour. Si d’un côté l’on doit aimer même une personne sous la discipline, d’un autre côté ce serait une très grave erreur de supposer que notre amour doit se montrer de la même manière que si elle n’était pas sous la discipline. Vous ne cessez pas de l’aimer : en absence d’amour, on n’est même jamais dans la position ou l’esprit convenable pour exercer la discipline avec le Seigneur, — joignant une juste haine du péché, voire de l’indignation, mais une réelle charité envers la personne. Si nous ne sommes pas dans cet état de cœur, il vaut mieux attendre en comptant sur Dieu, jusqu’au moment où nous pourrons nous occuper du cas dans un esprit de grâce divine. Il faut bien sûr agir avec justice, mais même en s’occupant de son enfant, on ne devrait pas châtier sous l’effet de la passion. Tout ce qui n’est que le résultat d’une impulsion soudaine, n’est pas un sentiment qui glorifie Dieu à l’égard du mal. C’est pourquoi, dans les cas de discipline, il devrait y avoir du jugement de soi-même, et aussi une grande patience, sauf si l’affaire est si grave qu’une hésitation à son sujet serait une faiblesse coupable, ou un manque de décision et de jalousie pour Dieu. Certains péchés sont en effet une telle offense contre Dieu et les hommes, que si l’on a le sentiment de Sa sainteté et de l’obéissance qui Lui est due, il faut agir à leur encontre avec une énergie solennelle, et pour ainsi dire sur-le-champ. Dieu veut que le champ d’activité du péché soit le lieu du jugement de ce péché, selon Sa volonté. Supposons que quelque chose ait été fait dans l’assemblée publiquement, une fausse doctrine est annoncée au milieu du peuple de Dieu ; s’il y a la puissance de Dieu, et s’il y a du cœur pour Ses droits, ce peut être un devoir à l’égard de Sa Majesté de traiter le cas sans délai. Ceci est assez clair d’après la Parole de Dieu : en cas d’hypocrisie positive et de mensonge contre Dieu, nous y trouvons la promptitude d’action du Saint Esprit par le moyen de l’apôtre, en présence même de l’Église, pour juger sur-le-champ la fraude qui était tentée à l’égard de Celui qui a là Sa demeure (Actes 5). Je nie qu’il y ait eu du manque d’amour dans cette affaire : c’était plutôt ce qui devait nécessairement accompagner l’action de l’amour divin, par la puissance du Saint Esprit, dans l’assemblée, ou du moins par le moyen de Pierre, comme instrument spécial de Sa puissance au milieu d’elle. C’était sans doute un jugement sévère, mais il était le fruit d’un désir profond du bien des saints de Dieu, et d’un sentiment d’horreur à la pensée qu’un tel péché pût trouver un appui et un abri parmi eux ; ce sentiment d’horreur jaillissait aussi à la pensée que le Saint Esprit puisse être déshonoré d’une manière aussi abominable, et attristé, ainsi que l’Église entière, si ce péché était toléré. Mais dans les cas ordinaires, ce même amour attend, et laisse du temps pour avouer la faute et s’en repentir. Dans neuf cas sur dix, on commet des fautes quand on agit précipitamment, parce que nous sommes enclins à être jaloux pour notre propre réputation. Oh ! combien peu nous réalisons que nous sommes crucifiés et morts avec Christ ! Nous ressentons le scandale, ou ce qui affecte les pensées de l’auditoire : mais ce n’est pas là la puissance du Saint Esprit ; ce n’est que de l’égoïsme opérant dans nos cœurs. Nous n’aimons pas perdre notre réputation, ni partager la douleur et la honte de Christ chez ceux qui portent Son nom. Sans doute on ne veut pas traiter à la légère ce qui est mal : une pareille attitude ne sera jamais convenable, tant dans les affaires graves que dans les affaires mineures. Nous ne devrions jamais justifier le moindre mal, ni en nous, ni chez les autres, mais il faut habituer nos âmes à avoir l’habitude de juger ce qui déshonore le nom du Seigneur, ne fût-ce qu’une parole dite avec précipitation. Si nous commençons par être insouciants au sujet de petites fautes, rien ne nous préservera de péchés graves, sinon la pure miséricorde de Dieu. Si l’amour envers tous les saints agissait dans nos cœurs, il y aurait moins de précipitation. Il nous arrive de mal interpréter les choses, et de tâcher de donner autant que possible un tableau très sombre, alors que le mal n’est qu’apparent. Prenons garde de juger sur la première impression, alors que la réalité peut se révéler être toute autre : ce n’est pas là un jugement juste. Nous devrions chercher à juger les choses avec une meilleure mesure, et à la lumière de Dieu. Dans ces affaires sérieuses, nous sommes tenus à la certitude des choses, et à ne pas agir sur la base de simples soupçons. Tout jugement, s’il est selon Dieu, doit résulter de ce qui est connu et certain, non pas d’allégations — lesquelles sont trop souvent l’effet d’une prétention déplacée à avoir une spiritualité supérieure. L’importance de cela revient constamment ; si nos âmes étaient plus simples à cet égard, on commettrait moins de fautes. Quand le cœur est vrai, Christ a la première place ; l’objet suivant de notre amour, ce sont « tous les saints ». Si deux personnes sont en faute, l’une étant un favori de premier ordre, et l’autre un mal-aimé, inutile de dire que ce dernier est en grand danger d’être éliminé. L’objet de mon aversion sera enveloppé d’un nuage obscurcissant la vérité, même si celle-ci est évidente pour quelqu’un qui garde son sang-froid. Au contraire, le favori trouvera de quoi contrebalancer les preuves de sa culpabilité dans la réticence de ses amis à dire quoi que ce soit de défavorable à son égard. Dans de telles circonstances, ces sentiments sont de part et d’autre, en complet désaccord avec la pensée de Dieu. Le favoritisme et les préjugés sont tous clairement condamnés par la précieuse Parole de Dieu. « La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, et sans hypocrisie » (Jacq. 3:17). 1.10.2.4 Détails sur la manifestation de l’amour pour tous les saints — Phil. 2:3 Il y a un devoir d’amour « pour tous les saints » parce que ce sont des saints. Les aimer, parce que Dieu les a mis à part et les a introduits dans une relation éternelle avec Lui, c’est là le seul vrai amour chrétien pour les saints. La grande difficulté est de toujours faire découler nos pensées, nos sentiments et nos actes de cette base-là. Comprenez-moi bien. Je ne veux pas dire qu’il y a du mal à avoir des amis. Notre Seigneur en avait. Il aimait Jean d’un autre amour que les autres ; mais sous un autre aspect, Il les aimait tous pareil ; c’étaient Ses saints, aussi étaient-ils incomparablement précieux à Ses yeux. Il pouvait apprécier la fidélité de certains de Ses serviteurs ; il Lui arrivait d’encourager, de reprendre ou de corriger Son entourage. Il faut laisser de la place pour toutes ces choses ; il reste la grande base de l’amour pour tous les saints. Mais il est évident que nous ne sommes pas tenus de dévoiler nos affaires personnelles à tous les saints au seul motif que ce sont des saints. Les saints, par exemple, ne sont pas toujours les hommes les plus sages. Même si nous n’avons pas à méconnaître leur position de saints, nous ne sommes pas tenus d’exposer nos difficultés à tous, ni non plus d’aller chercher conseil dans ce qui peut demander de la maturité et de la spiritualité de jugement, auprès de ceux qui peuvent n’être d’aucun secours dans l’affaire. L’amour doit être toujours présent. Ceci amène la valeur du principe divin : « que… l’un estime l’autre supérieur à lui-même » (Phil. 2:3). Je maintiens que cela est vrai de tous les saints. Il peut s’agir de quelqu’un n’ayant guère d’idées en tête, mais qui pourtant a Christ devant son âme. Peut-être est-il très ignorant et bien sot — peut-être trop prompt dans son esprit, marqué de forts préjugés, faible pour sympathiser, sans valeur comme conseiller ; mais s’il est, de manière évidente, une âme attachée à Christ, estimant Christ au-dessus de tout, ne puis-je pas, ne dois-je pas l’estimer supérieur à moi-même ? Est-ce que je ne vois pas en lui ce qui reprend mon âme, ce qui me rafraîchit, et m’édifie, — bien plus que s’il était simplement un ami des plus dévoués et un conseiller très sage ? Dans le moindre des saints de Dieu, il y a à la fois ce qui réjouit et ce qui humilie notre cœur. Je n’ai pas à estimer une personne pour des qualités qu’elle n’a pas : Dieu ne nous fait pas voir, ne peut pas nous faire voir, de l’imaginaire. Inversement, il est bon de se rappeler combien sont précieux tous les saints comme tels. Montrez-moi les plus faibles et les plus éprouvants d’entre eux … malgré cela on peut et on doit cultiver un respect réel et vrai envers eux, en tant qu’enfants de Dieu. L’important n’est pas seulement que Dieu est pour eux, mais ce qui est de Christ en eux ; cela suffit à les recommander, au-dessus de toute autre considération, à celui qui attache du prix à la communion avec le Père et le Fils. Quand nous pensons à nous-mêmes, ne devrions-nous pas au contraire ressentir tout ce qui, en nous, n’est pas selon Christ ? Puissions-nous toujours ressentir ce en quoi nous manquons et attristons l’Esprit de Dieu ! Cela aurait pour effet de rabaisser, et même de jeter par terre, l’estime que nous avons de nous-mêmes. Pourrions-nous garder une très haute opinion de nous-mêmes si nous sentions comme nous le devrions, nos manquements si fréquents (hélas !) en présence de la riche et parfaite grâce de Dieu envers nos âmes ? Quant aux autres, si nous avions devant nous, non pas leurs manquements, mais l’amour de Christ pour eux, Sa vie en eux, et la gloire qui leur est réservée, quel en serait l’effet ? « L’amour... pour tous les saints ». Christ discerné dans les saints, voilà la puissance de l’amour qu’Il voudrait voir s’épancher vers eux. Il peut arriver des circonstances où vous avez eu confiance que Dieu manifesterait telle personne comme étant l’un de Ses saints, vous avez prié pour cette personne et cherché son bien d’une manière ou d’une autre, — et voilà qu’il arrive un moment et des circonstances où ce serait un péché que de s’associer à elle comme chrétien. Je parle d’un cas où la personne, par quelque souillure de chair ou d’esprit, a amené du déshonneur sur le nom du Seigneur. Quoique qu’on puisse, pour un temps, s’abstenir de toute expression de relations d’amour, néanmoins l’amour trouve toujours moyen de se montrer, même si ce n’est qu’en la présence de Dieu, hors de la vue des hommes. Ainsi donc, quant à la manière de montrer l’amour, il nous faut rechercher dans la Parole de Dieu. Mais le principe général ne peut être mis en question, savoir que Dieu veut placer tous les saints sur nos cœurs. Il les porte tous sur son propre cœur, et Il veut que nous cultivions cette largeur d’affection pour la famille. 1.10.3 Ch. 1:16-17a — Prière au Père de gloire C’est en rapport avec ceci que Paul ajoute ce qui suit — lui qui entrait dans ces choses dans une mesure que même les saints auxquels il s’adressait ne connaissaient guère pratiquement. Il dit donc : « C’est pourquoi moi aussi … je ne cesse pas de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières, afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance ». Nous retrouvons ici le titre si souvent évoqué : « le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ ». Il va parler de la manière que Dieu a d’agir avec l’homme, et même avec Christ comme homme ; car bien sûr, ce n’est que sous cet aspect qu’on peut parler ainsi. Or s’Il agit avec nous sur ce pied-là [comme Dieu de notre Seigneur Jésus Christ], exerçant Sa miséricorde par le moyen de l’homme ressuscité, et donnant de nouvelles bénédictions en accord avec ce caractère, Il est pourtant « le Père de gloire », en ce qu’il est la Tête et la grande Source de toute bénédiction céleste, Celui duquel tout découle pour la gloire de Son nom et pour Sa louange. Cela nous fait aussitôt entrer dans le secret de cette prière. La gloire est la pensée principale — un aspect majeur de cette prière, mais non pas le seul aspect. C’est pourquoi le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, se propose de nous donner certaines bénédictions, et agit par Lui pour le faire ; on trouvera que la base de la colonne brillante de bénédictions, c’est Christ ressuscité et glorifié à la droite de Dieu. Si vous regardez la prière du chapitre 3, il n’y a pas un mot sur Son élévation « au-dessus de toute principauté et autorité et puissance » ; car le sujet de cette prière n’est pas du tout la gloire, ni ce que Dieu a fait : ce n’est rien de ce qui a été conféré à Christ, mais le sujet est Christ Lui-même et Son amour, la somme et la substance de ma bénédiction ; comme il est dit là : « de sorte que le Christ habite dans vos cœurs par la foi ». La prière du chap. 1 est en contraste à tous égards avec celle du chapitre 3. Dans cette dernière, l’amour est l’idée-mère, non pas la gloire. Il est bon de toujours garder à l’esprit cette merveilleuse relation entre l’amour et la gloire ; parce que l’un ne va pas sans l’autre. Même si la gloire est l’effet et la manifestation brillante de l’amour, toutefois l’amour est encore plus profond et n’est jamais pleinement connu sinon dans la présence immédiate de notre Père. En ce qui nous concerne, le royaume n’est pas la preuve de l’amour de Dieu ; la preuve de cet amour, quant à nous, c’est que nous devons être avec le Fils dans la maison du Père, et que nous apparaîtrons avec Christ en gloire. Qui nous y amène ? Le monde ne connaît rien sur la maison du Père. C’est une scène en dehors de la terre, où aucun œil d’homme ici-bas ne peut pénétrer. Mais Il nous manifestera aussi devant le monde. C’est pourquoi, vous verrez qu’en Jean 17:22, quant à la gloire que le Père donne au Fils et que le Fils nous donne à cause de Son amour infiniment parfait, — cette gloire est donnée afin que le monde connaisse que le Père a envoyé le Fils, et qu’Il nous a aimés comme Il a aimé le Fils. Pour prouver cet amour, la gloire, là comme ici, est mise en avant. Comme il y a la prière de la gloire en Éph. 1, et la prière de l’amour en Éph. 3, ainsi en Jean 17, la gloire qui est donnée a pour but de prouver ce qui sans cela n’aurait pas été si clairement donné à connaître au monde. Les hommes ici-bas peuvent voir la gloire, mais ils ne peuvent pénétrer l’amour. Le monde pourra conclure du fait que nous serons dans la gloire avec le Seigneur Jésus, que nous étions aimés du même amour dont le Seigneur Jésus a été aimé. La gloire s’exprime extérieurement, mais l’amour va plus profond et introduit dans la scène où le Père se révèle dans Son Fils bien-aimé. C’est ce que je peux appeler une scène d’intimité, une scène de famille hors du monde, le repos et la demeure célestes. Ce n’est pas simplement l’éclat, la gloire, la majesté ou la puissance. Toutes ces choses seront pleinement manifestées ; mais il y a quelque chose de plus profond que tout, et qui est à la racine de tout. C’est l’amour, qui, bien qu’il soit ce qu’on pénètre le moins, n’en est pas moins ce qui était réellement avant tout, et ce vers quoi tout tournera. C’est ce qu’il y a de plus élevé, et il est éternel. Le royaume peut avoir son terme, mais l’amour jamais. La manifestation devant le monde aura un commencement et une fin. De même que l’amour ne finira jamais, ainsi l’amour a toujours été dans le sein de Dieu le Père. 1.10.4 Ch. 1:17b-19a — … dans Sa connaissance Cette prière demande « que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation, dans Sa connaissance » ou plutôt dans la pleine connaissance de Lui. Il pourrait y avoir quelque difficulté, si c’était seulement « dans Sa connaissance ». La vraie signification du mot, c’est « la pleine connaissance de Lui ». Ils Le connaissaient déjà, mais Paul priait qu’ils Le connaissent encore plus. Il désirait qu’ils soient des pères en Christ, et ce qui caractérise un père, c’est une connaissance profonde et croissante de Christ Lui-même. Seul l’Esprit de Dieu pouvait leur donner d’y entrer ; mais c’était dans la pleine connaissance de Lui. « Les yeux de votre cœur étant éclairés, pour que vous sachiez quelle est l’espérance de Son appel, et quelles sont les richesses de la gloire de Son héritage dans les saints ; et quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons ». Nous avons ici trois choses qui nous sont présentées, et qui demandent une considération spéciale. 1.10.5 Ch. 1:18b — L’espérance de Son appel et les richesses de la gloire de Son héritage « L’espérance de Son appel » vient en premier. Je comprends qu’il se réfère dans une mesure, à ce que nous avons déjà trouvé dans la première partie du chapitre. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, selon qu’Il nous a élus en Lui, avant la fondation du monde, afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». Je pense que l’apôtre pense ici au verset 4 dans une mesure. Le verset 5 présente Sa place comme Père. « L’espérance de Son appel » est fondée sur la plénitude de bénédiction qui nous appartient selon ce dessein de Dieu qui est déjà nôtre en Christ, et qui nous a été déjà donné à connaître et a été reçu dans nos cœurs — l’appel de Dieu pour que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour (1:4). Mais alors, si ceci est l’espérance de Son appel (car il faut que tout découle de Dieu Lui-même), il ajoute : « et quelles sont les richesses de la gloire de son héritage dans les saints » (1:18). C’est ici une allusion claire à ce que nous avons trouvé dans le corps du chapitre : l’héritage, et non pas seulement l’appel. L’appel était l’œuvre efficace de la grâce de Dieu, et les richesses de l’héritage étaient plutôt la gloire convenant à un tel appel. Mais, à côté de ce caractère de gloire, il y a d’abord la portion cachée convenant au fait d’être élus pour être saints et irréprochables devant Lui en amour — appelés à être le reflet de Sa propre nature, sainte et pleine d’amour, que, bien sûr, nous possédons dans la vie de Christ, et que nous aurons, dans son plein développement, quand nous serons transformés à Son image, de gloire en gloire. Car Son appel a sa propre espérance de ce dont nous jouirons en Sa présence. 1.10.6 Ch. 1:18b — Son héritage dans les saints. Héritage et héritiers En second lieu, il y a donc l’héritage. L’apôtre désirait qu’ils connaissent les richesses de la gloire de l’héritage, afin de mieux connaître l’héritage. Mais il emploie une expression remarquable : « les richesses de la gloire de son héritage dans les saints ». Il faut être bien en garde contre l’erreur assez générale sur ce sujet, selon laquelle les saints signifient l’héritage. Ce n’est nullement la force de l’expression, et même, je n’hésite pas à dire que ce serait falsifier la principale bénédiction de l’appel de l’Église. Dans l’Ancien Testament, nous trouvons qu’Israël était l’héritage de Dieu et le peuple de Dieu, et que Dieu, par le moyen d’Israël, prenait possession de la terre. Quand le jour viendra pour Dieu d’être roi, et plus que roi, quand Il prendra sous Son gouvernement l’univers entier, comment cela s’accomplira-t-il ? Sera-ce par le moyen d’Israël ? Non, mais par le moyen de Ses saints célestes — l’Église de Dieu. L’expression semble être de portée volontairement large. Incontestablement cela désigne les saints transmués ou ressuscités, pour être semblables à Christ, dans une condition entièrement céleste (1 Cor. 15:52 ; Phil. 3:21). Voilà la manière dont Dieu s’attribuera l’héritage et le prendra bientôt de Sa propre main. Quand Il prit Canaan, Il ne descendit pas pour en prendre possession par une puissance céleste, mais par le moyen de Son peuple. Alors, quand Dieu chassera les esprits méchants des lieux célestes et de toute liaison avec eux, quand Il renversera toutes les puissances sur la terre, tout ce qui Le contredit, et qu’Il amènera l’univers entier à être soumis au nom de Christ, — qui sont ceux qui sont destinés à le prendre en Son nom, comme Israël au pays de Canaan ? Les saints ressuscités. C’est de là que vient l’expression « les richesses de la gloire de Son héritage dans les saints ». L’idée commune que les saints constituent l’héritage n’est pas scripturaire. Car dans tout le Nouveau Testament, les saints sont toujours représentés avec le plus grand soin non pas comme l’héritage, mais comme les héritiers, « héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ » (Rom. 8:17). Ils ne sont traités nulle part comme étant l’héritage, mais au contraire, le sens de ce qui est révélé comme étant l’héritage signifie les choses dans les cieux et les choses sur la terre ; l’Église en est toujours soigneusement distinguée. Je considère que ce point ne peut pas être mis au rang des questions discutables ; le témoignage de la Parole est trop abondant et précis. Ce qui est clairement révélé dans l’Écriture ne devrait jamais être laissé comme sujet à débattre ou incertain : le doute a toujours un effet nuisible sur l’esprit, outre qu’il insulte Dieu et attriste Son Esprit. La certitude qu’un autre possède ne peut nous suffire, mais il ne faut pas hésiter à parler clairement quand nous n’avons aucun doute quant à la pensée de Dieu sur un sujet. En y regardant sous ce point de vue, cela s’accorde bien avec la structure du chapitre. Comme il y a « l’espérance de Son appel » dans le premier membre de phrase (1:18), correspondant à ce qui figurait dans les premiers versets, de même « la gloire de Son héritage » correspond aux versets du milieu du chapitre. Dieu se propose d’avoir tout l’univers béni et heureux sous Christ, et non pas seulement que la gloire Lui soit donnée au ciel, ou qu’un peuple Lui soit assujetti ici-bas. Nous avons ici une vue incomparablement plus vaste des intentions de Dieu. Christ aura la bénédiction et la gloire universelles, toutes choses dans le ciel et sur la terre Lui étant assujetties ; et c’est en Lui que nous avons obtenu cet héritage. 1.10.7 Ch. 1:19-21 — L’excellente grandeur de Sa puissance Le point restant à voir est « l’excellente grandeur de Sa puissance envers nous qui croyons selon l’opération de la puissance de Sa force ; qu’Il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts, et Il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux célestes » (1:20). Pourquoi ne pas attirer l’attention sur la puissance déployée lors de la création du monde ? Lorsque Dieu s’adresse à Israël, Il parle de Lui-même comme l’Éternel-Dieu, qui fendit la mer Rouge et fit sortir Son peuple hors d’Égypte à main forte, et à bras étendu (Deut. 5:15 ; 26:8). Qu’est-ce qui est pour nous la traversée de la mer Rouge ? La résurrection de Christ ; ce n’est ni l’incarnation, ni même la croix de Christ, bien que nous ne puissions nous passer ni de l’une ni de l’autre. Mais la croix, bien qu’absolument essentielle entre tout pour la gloire de Dieu et pour nos besoins, elle ne nous donne pas la puissance de Dieu. Elle nous montre ce que Dieu appelle Sa faiblesse (1 Cor. 1:25), et si je considère Christ à la croix, Il a été « crucifié en infirmité » (2 Cor. 13:4). C’était Celui qui s’est soumis à tout, qui s’est livré au pouvoir de Ses créatures ; qui est descendu sous le jugement de Dieu et s’est abaissé sous la main chétive de l’homme. Mais quand nous considérons la résurrection, toute trace de faiblesse a disparu pour toujours, et on ne voit rien d’autre que la puissance de Dieu la plus triomphante ; une puissance bien au-delà de tout ce qui est en rapport soit avec la loi, soit avec la création. Il s’agissait de la descente dans le tombeau, non pas simplement d’un homme, mais de cet homme-là qui a porté en Sa personne les péchés de toute âme qui croit en Lui. Et Dieu a été si complètement glorifié à l’égard de ces péchés qu’Il a relevé l’homme méprisé, rejeté, abandonné, de dessous ce fardeau inouï, et l’a placé à Sa droite dans les lieux célestes. Il y a là le contraste surprenant entre le tombeau où Christ gisait, et la gloire dans laquelle Il est maintenant haut élevé, toujours comme homme — l’homme glorifié — infiniment au-dessus de toute créature, même les plus élevées et les plus bénies : au-dessus de créatures [anges] qui, en un sens, étaient bien au-dessus de l’homme et n’avaient jamais connu ni corruption ni chute ; au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination (1:21), des puissances en haut et des ordres célestes, et au-dessus de tout nom qui se nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir (1:21). Quand le Fils de l’homme viendra dans Sa gloire, et tous les saints anges avec Lui, il y aura un déploiement des armées angéliques (Matt. 25:31). Mais Il est maintenant élevé au-dessus d’eux tous. Il n’y aurait rien de nouveau à ce qu’Il fût au-dessus d’eux comme Dieu ; Il l’est toujours. Mais Il a porté l’humanité au-dessus d’eux ; Il y est haut élevé en notre nature — ressuscité, sans doute, mais toujours dans la nature de l’homme. Il nous a donné d’être associé présentement avec le trône de Dieu. Car l’application de tout cela nous est donnée ici — « l’excellente grandeur de Sa puissance envers nous qui croyons selon l’opération de la puissance de Sa force, qu’Il a opérée dans le Christ, en Le ressuscitant d’entre les morts » (1:19-20). Ce n’est pas seulement l’excellente grandeur de Sa puissance envers Christ, mais envers nous en Christ. La puissance qui a opéré pour nous délivrer de Satan, qui nous a donné notre place, comme saints devant Dieu, est absolument la même puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts et L’a mis à la place la plus glorieuse dans le ciel. Y a-t-il quelque chose de trop difficile après ceci ? Si nous savions que nous avons à notre disposition la puissance qui a appelé le monde à l’existence, ne nous ririons-nous pas des impossibilités ? 1.10.8 Ch. 1:19 — Sa puissance envers nous qui croyons Or nous avons une énergie plus grande que celle déployée lors de la création — rien moins que celle qui a ressuscité Christ d’entre les morts. La Parole de Dieu nous le dit positivement. Pourquoi donc sommes-nous si faibles ? Parce que nous le croyons si faiblement. La grande masse des enfants de Dieu n’en a jamais entendu un seul mot. Même ceux qui, par la miséricorde de Dieu, l’ont entendu, combien y entrent-ils peu ! C’est une chose de ne pas le nier doctrinalement, c’en est une autre de l’appliquer et de vivre dans cette vérité, non seulement quand il s’agit de grandes détresses ou d’épreuves lourdes, mais aussi en rapport avec le train ordinaire des devoirs journaliers, le train ordinaire de ce qui nous convient en tant que saints soumis à la volonté de Dieu. Si nous sommes dans des circonstances difficiles, au milieu d’ennemis, ayant affaire à des ennemis invisibles, nous oublions l’objet de la prière de l’apôtre pour nous : que nous sachions quelle est l’excellente grandeur de Sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de Sa force, qu’Il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts. Si la puissance du Saint Esprit opérait ainsi dans Paul, ce n’était que la réponse du serviteur au cœur du Maître, qui intercédait en haut, afin que nous connaissions la puissance qui est au-dessus de tous les obstacles. Nul saint ne pouvait le connaître avant que la résurrection soit accomplie. C’est « envers nous qui croyons » — strictement envers les saints du Nouveau Testament, ceux qui ont été appelés et introduits après la mort et la résurrection du Seigneur. Hélas ! comment sont tombés les hommes forts ! (2 Sam. 1:19, 25, 27). Combien les croyants réalisent peu maintenant leurs privilèges ! Supposons qu’on attende un libérateur pour une chose quelconque ; il est parfaitement convenable d’implorer pour avoir ce libérateur, de sentir qu’il tarde à venir. Mais une fois qu’il est venu, pensez-vous qu’il est bon et convenable de le presser de venir ? C’est l’erreur que les gens font maintenant. Ils prennent le langage des Psaumes et l’appliquent à l’expérience chrétienne. Or on ne peut pas avoir dans les Psaumes la révélation de ce qu’on a ici. Sans doute, la miséricorde de Dieu existait avant la résurrection de Christ, mais non pas l’opération de cette puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts. Faire de l’Ancien Testament le langage de notre expérience, c’est une profonde erreur, mais c’est aussi le pervertir. Ce serait péché de ne pas se servir de l’Ancien Testament pour notre profit et pour notre bien ; mais ce dont nous parlons serait en abuser, non pas en user. C’est de l’incrédulité de confondre les choses d’autrefois avec la puissance céleste de la résurrection de Christ. 1.10.9 Ch. 1:17, 19, 20 — Une puissance connue en Christ Voici donc la mesure de la puissance qui opère envers nous, la même puissance qui a opéré en Christ. Comment ces choses sont-elles connues selon Dieu ? « dans la pleine connaissance de Lui » [sens de l’expression « dans Sa connaissance », 1:17]. Vous n’apprendrez jamais aucune vérité correctement sinon dans la connaissance de plus en plus profonde de Christ. C’est le manque de cette connaissance qui est la cause de la faiblesse parmi nous : la doctrine à l’état pur n’est pas une relation avec Christ. Quand la fleur est séparée de ce qui est sa source, sa subsistance, et son soutien, elle est désormais condamnée à dépérir et à mourir. L’amour et la plénitude de bénédictions sont en Christ ; mais pour connaître ces choses elles-mêmes, pour en éprouver la vérité et en jouir toujours, il est nécessaire de les prendre comme liées à Christ. Si je regarde à Christ, je vois en Lui la vie même que Dieu m’a donnée, et aussi l’espérance de cette vie, y compris même l’héritage. Qui oserait dire que c’est de la présomption pour Christ de l’avoir ? Bien au contraire, c’est ce qui Lui est dû. L’amour de Dieu pour Lui et les délices de Dieu en Lui comme homme, sont tels que Dieu ne pourrait priver Christ d’une seule des choses qu’Il a faites pour Lui. Christ est l’héritier de tout ; quant à nous, étant cachés en Christ, nous pouvons entrer dans la plénitude de Son appel, et dans l’héritage, parce que nous sommes en union réelle avec Christ. Vous ne pouvez connaître l’appel et l’héritage que dans la pleine connaissance de Christ, et il en est aussi exactement de même pour « l’excellente grandeur de sa puissance ». La grandeur de cette puissance, Dieu l’a déployée quand Il a ressuscité Christ « d’entre les morts, et l’a fait asseoir à Sa droite dans les lieux célestes », etc. Il lui a donné le siège suprême de gloire. Qu’on imagine tout ce qu’on veut pour l’ange le plus élevé ou l’archange : Christ a reçu une dignité plus élevée encore, avec cette position. Il le détient en association présente avec nous ici-bas. Non seulement Il nous reconnaît, et montre Sa bonté envers nous, et emploie la grandeur de Sa gloire pour notre bien, mais Il fait bien plus encore. Celui qui est à la tête d’un vaste empire peut faire servir le trône pour le bien de ses sujets et à la gloire de ceux qu’il désire honorer, mais sans association positive, immédiate et personnelle avec lui. Or c’est là ce que le chrétien a avec Christ. Ce que nous avons ici, ce n’est rien moins que d’être un avec Christ. 1.10.10 Ch. 1:22-23 — Chef sur toutes choses à l’assemblée C’est pourquoi il est ajouté que ce précieux Sauveur, sous les pieds duquel Dieu a assujetti toutes choses, a été aussi donné pour être chef sur toutes choses à l’Assemblée [ou : Église] ». Il n’est pas dit : « chef sur l’Église », mais « chef sur toutes choses à l’Église » (1:22). L’Église partage Sa place de Chef sur toutes choses ; mais comme elle est Son corps, elle est en union inséparable avec Lui. L’Homme glorifié a une élévation universelle au-dessus de toutes les créatures de Dieu ; or c’est ce qu’Il partage avec nous, et qu’Il manifestera bientôt comme étant notre portion avec Lui. Le chrétien est maintenant un membre du corps de Christ — maintenant : c’est pourquoi, par le Saint Esprit, il est dans l’association la plus intime avec Christ, non seulement comme ayant la vie en Lui, mais comme jouissant du privilège d’être un avec Celui qui est le Chef suprême, élevé au-dessus de tout. Il est un membre de Son corps ; or quoique Dieu n’ait pas donné la domination directement à Ève, elle y a eu part néanmoins, selon Sa volonté. La domination fut donnée à Adam, mais par association Ève la possédait avec Adam. C’est ainsi que l’Église la possède en tant que Ève — dépendante et associée — de l’Homme céleste, du dernier Adam. Cela nous donne immédiatement une vue lumineuse de ce qu’est notre appel, et de la raison pour laquelle Dieu attend de nous une séparation complète du monde. Au temps du Lord-Protecteur en Angleterre [qui avait pris le pouvoir à la place du roi], il aurait été malséant pour ceux qui restaient attachés à la famille royale de rechercher, ou même d’accepter un poste d’honneur. Il en est ainsi du chrétien aujourd’hui. Nous appartenons à Celui qui est caché loin de la terre — et est maintenant haut élevé dans cette place de suprématie universelle. Le monde visible n’est pas encore assujetti à Christ pratiquement, quoique pour la foi, toutes choses soient assujetties. Mais nous savons qu’Il est haut élevé, « le Chef sur toutes choses à l’Église ». 1.10.11 Ch. 1:23 — Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous Nous Lui appartenons, et Il voudrait que nos cœurs s’élèvent en haut, au-dessus de la scène présente. L’Église est « Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (1:23). Elle est le complément, ou ce qui complète Christ envisagé comme homme ressuscité d’entre les morts. Comme Fils de Dieu, sans doute, Il n’a besoin de rien pour compléter Sa gloire ; mais comme Homme, c’est nécessaire. Dans Sa gloire de résurrection, Il ne serait pas plus complet sans l’Église que ne l’était Adam sans Ève. Dieu l’a ainsi ordonné dans les conseils de Sa gloire. De toute éternité, Son intention était que, quand Son Fils deviendrait cet Homme béni et glorifié, toute la gloire qu’Il aurait comme homme ressuscité, Il la partagerait — pour Sa propre gloire et à Sa louange — avec ceux qui par nature étaient de pauvres pécheurs, entièrement morts, mais délivrés maintenant de leurs péchés, et faits un avec Christ en haut. Par l’Esprit qui leur a maintenant été donné, Il leur en communique la connaissance tandis qu’ils sont dans le monde, pour que, dans leur esprit et dans leurs voies, ils soient entièrement au-dessus du monde. 2 Chapitre 2 2.1 Introduction — L’état de l’homme, la nouvelle naissance, le baptême 2.1.1 Différence de genre entre ch. 1 et ch. 2 Nous entrons maintenant dans une nouvelle portion de notre épître ; elle n’est pas d’un ton aussi élevé que celle du chapitre 1, mais elle est aussi importante à sa place, et de la plus grande valeur pour nous. Gardons bien présent à l’esprit que ce qui a de l’intérêt pour nous n’est pas la bonne mesure de référence pour considérer la Parole de Dieu ou bien les voies de Dieu. Dieu n’agit jamais si ce n’est pour Sa propre gloire. Il s’ensuit que, même si nous trouvons bien des parties de la Parole de Dieu en rapport étroit avec notre condition, nos besoins, nos bénédictions et notre gloire, nous restons toujours en dessous de la vraie portée de la vérité de Dieu et de sa valeur comme modèle, si nous nous contentons de penser à ce qui s’applique à nous. Nous n’atteignons jamais la pleine étendue de la portée à notre égard d’une vérité quelconque, si nous ne prenons pas en compte la sphère infiniment plus élevée où elle révèle et déploie la gloire, le caractère et les desseins de Dieu. C’est pourquoi, même si nous trouvons dans l’Écriture la grâce déjà montrée envers nous, et la gloire à laquelle nous allons bientôt participer, néanmoins combien la bénédiction est infinie quand nous ne la regardons plus dans son seul rapport direct avec des créatures aussi limitées et faibles que nous ! Quand nous réalisons qu’il s’agit de la grâce et de la gloire de Dieu, combien tout est changé complètement ! Nous entendons alors et nous découvrons cette grande vérité — Il parle de nous et Il éprouve des sentiments à notre égard selon des manières, des formes, des profondeurs et des hauteurs qui sont dignes de Lui. Il entre dans tous nos petits besoins aussi bien que dans les plus grands. Même dans les moindres choses dont Il s’occupe en nous, la ressource répondant à ce besoin découle de Celui qui ne connaît pas de limites ; si la ressource est adaptée à notre capacité du moment présent, il n’en sera pas toujours ainsi. Dieu ne se reposera jamais dans Son amour, tant qu’Il n’aura pas accompli Son dessein, — et ce dessein est non seulement de nous donner par le Saint Esprit de goûter maintenant, dans une certaine mesure, la douceur du déploiement de Son propre caractère, mais c’est aussi de nous en rendre dignes de toute manière. Il nous a appelés à être ses enfants. Le jour vient où non seulement Son amour n’aura pas honte de nous appeler tels, mais où il n’y aura aucune raison d’avoir honte : au contraire, tout ce qui concerne la famille de Dieu manifestera alors autant la saveur de ce qu’Il est, que maintenant, hélas ! nos pauvres voies, misérables et mondaines, portent souvent la triste empreinte du moi, et non de Dieu. 2.1.2 Rappel du ch. 1 Dans ce chapitre donc, ce n’est pas le développement des conseils de Dieu et de Ses desseins magnifiques, tels qu’ils découlent de Ses pensées, — remontant par conséquent au commencement du temps, avant même que la création ait eu encore aucune place, et qu’il n’y avait rien d’autre que Dieu Lui-même dans l’éternité de Sa propre existence. Même alors, comme le ch. 1 nous l’a appris, avant que Sa main ait formé quoi que ce soit, il y avait cette pensée bénie dans Son cœur : Il voulait avoir un peuple, ou plutôt des fils, en dehors de la scène qui n’était pas encore créée, — des fils rassemblés par Sa propre grâce souveraine, tirés du péché, pour partager Son amour et Sa sainteté, avec Son Fils bien-aimé. C’était là Son conseil. Le ch. 1 nous l’a montré, non seulement ce qui était dans la pensée de Dieu depuis l’éternité, mais ce qui y répond dans le jour de gloire à venir. Deux grandes pensées nous y étaient présentées : d’abord l’appel de Dieu ; ensuite l’héritage qui reste encore à être manifesté dans le déploiement éclatant de la gloire, lorsque Christ prendra tout ce que Dieu a fait et en sera le Chef reconnu et glorifié (toutes choses dans les cieux et sur la terre Lui étant assujetties) et que, nous qui croyons en Lui, serons appelés à partager l’héritage avec Lui, notre Seigneur et notre Époux. En troisième lieu, nous avons vu un point supplémentaire majeur — savoir que la même puissance de Dieu qui a ressuscité Christ d’entre les morts opère maintenant envers les croyants. Ce n’est qu’une allusion en passant dans la prière de l’apôtre à la fin du ch. 1. Ce que nous avons ici en est, dans une mesure, une sorte de développement. Le chapitre 2 est principalement basé sur Sa puissance de résurrection, et plus encore, si l’on peut dire, sur la puissance d’ascension. L’énergie qui a ressuscité Christ et l’a fait asseoir à la droite de Dieu s’exerce maintenant dans et pour ceux qui croient en Lui. Nous en verrons les conséquences. Mais pesons un peu ce que le Saint Esprit présente ici. C’est l’application de la puissance de la force de Dieu au croyant. Ce n’est donc pas simplement Son dessein de grâce, ni l’exécution prochaine de Son dessein de gloire, mais c’est l’exercice de Sa puissance selon le modèle de Christ ressuscité et glorifié, et son application au croyant déjà maintenant. 2.1.3 La condition de mort morale Il était donc nécessaire que nous soit d’abord présentée la condition de ceux en qui cette puissance s’exerce, ce qu’ils étaient quand elle a commencé à opérer en eux. Ce n’est donc qu’au chapitre 2 qu’on commence à trouver un développement de la condition précédente réelle de ceux qui sont liés à Dieu si étroitement. Le chapitre 1 est surtout occupé de ce que Dieu avait dans Ses pensées, et de ce qu’Il doit encore accomplir. La question est maintenant soulevée, et la réponse donnée, de savoir qui sont ces gens, et quel était leur état quand Dieu a pu ainsi agir à leur égard ? Il est bien merveilleux, quand on écoute Sa Parole, de ne trouver dans aucune autre épître rien qui nous donne un tableau si profond, si pénétrant, si humiliant de l’état désespéré et dégradé dans lequel étaient ceux que Dieu a destinés à être cohéritiers avec Christ. L’épître aux Romains met à nu la corruption morale, prouvant pleinement ce qu’est l’homme, s’il se met sur le terrain de ce qui se trouve en lui. Qu’il s’agisse du Juif sous la loi, si favorisé, ou du Gentil suivant sa conscience, tout y est discuté en détail, et toute prétention de l’homme est réduite en poussière. Mais dans l’épître aux Éphésiens, il n’est pas besoin de faire la preuve de sa culpabilité. L’homme y est envisagé comme étant mort si complètement que cela revient à l’enlèvement du linceul d’un cadavre. C’est pourquoi ce que dit l’apôtre au v. 1 revient à dire : « [Il vous a vivifiés,] vous qui étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés » (2:1 + 5 — (*)). Ce n’est pas seulement : « comment un pécheur est-il pardonné et justifié ? », mais « [Il vous a vivifiés,] vous qui étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés ». La pensée du v. 1 n’est complétée qu’au v. 4 et 5, mais il est clair que l’action vivifiante affecte aussi bien ceux qui sont appelés « vous » (2:1) que ceux qui sont appelés « nous » (2:5). J’espère montrer plus loin le sens de la distinction, mais je souligne ici que le lien se fait bien entre les v. 1 et 5. « [Il vous a vivifiés] » est implicite au v. 1 dans le langage du Saint Esprit, au moins quant au sens. (*) Notre Bibliquest : Le texte anglais de W.K. suit ici le texte de la version autorisée du roi Jacques qui donne : Éph. 2:1 « Et Il vous a vivifiés, vous qui étiez morts dans les fautes et les péchés », Éph. 2:5 « même quand nous étions morts dans nos péchés, Il nous a vivifiés ensemble avec le Christ (vous êtes sauvés par la grâce) ». W. Kelly souligne que les mots « Il vous a vivifiés » dans le v. 1 ne sont pas dans le texte grec, mais ont été volontairement ajoutés pour faciliter la compréhension du lecteur anglais. La formulation de ce v. 1 en anglais correspond à combiner des v. 1 et 5 de la traduction française de JND ; WK le confirme quand il souligne le lien de la pensée entre les v. 1 et 5. Le texte du commentaire de WK sur les Éphésiens a été modifié ici pour tenir compte de cette variante de traduction du texte biblique du v. 1. Il reste ce grand fait majeur que l’état moral de l’homme ne relève pas d’une simple question de maladie, mais les hommes sont « morts ». C’est le renversement de toutes les pensées de l’homme, de l’idée qu’il serait dans un stade de mise à l’épreuve, ou qu’il n’aurait qu’une maladie morale ; ou qu’il suffirait de le calmer, de le consoler et de l’éduquer : après tout, il n’est pas si mauvais que ça ! Certains croient qu’il y a une différence entre croyants et incroyants au niveau de leur état d’inconvertis : je suis convaincu du contraire. Quant à l’idée que des gens mériteraient plus la miséricorde que d’autres, elle est en opposition à tous les passages de la Parole de Dieu traitant du sujet. Le Saint Esprit insiste au contraire sur la réalité de la mort et de la ruine qui atteignent tous pareillement. Dans l’épître aux Romains, il est dit que nous étions « sans force », mais ici, que nous étions « morts ». La seule manière dont il soit parlé de la mort dans l’épître aux Romains, c’est comme d’un privilège, l’heureuse condition dans laquelle la foi nous amène quand nous sommes baptisés pour la mort de Christ. Nous sommes ainsi vus comme morts au péché, mais comme vivants à Dieu (Rom. 6:11). Dans l’Épitre aux Éphésiens, au contraire, la mort était notre état de misère. C’est l’expression de la pensée de Dieu sur la ruine extrême où nous gisions. Les Juifs comme les Gentils (non pas seulement les uns ou les autres) — autrement dit, l’homme en tant que tel — sont morts moralement. Il reste donc à savoir ce que Dieu peut faire. Dieu en haut, et l’homme ici-bas, sont en présence l’un de l’autre ; et si l’homme est mort, grâces soient rendues à Dieu ! Il ressuscite les morts et vivifie les âmes (Il peut le faire). Or ce que l’Écriture appelle « vie » n’est pas simplement l’existence, mais une nature spirituelle bénie donnée à l’homme qui, naturellement, n’en avait pas, et qui n’éprouvait des sentiments et n’agissait que d’après une nature dominée par le péché. Telle est la condition de tout homme avant que l’Esprit de Dieu opère cette bonne œuvre dans l’âme. 2.1.4 La nouvelle naissance Notre Seigneur reprochait à Nicodème de ne pas comprendre ces choses. Déjà comme simple Juif, il aurait dû les comprendre ; mais en tant que « docteur d’Israël », n’était-ce pas une honte de ne pas connaître ces choses ? Quand il entendit parler de la nécessité d’être « né de nouveau », ou né sur un principe entièrement nouveau, il s’imaginait que le Sauveur parlait d’une sorte de répétition de la naissance naturelle, ce qui, si tant est que ce fût possible, n’eut été qu’un recommencement de la vieille nature. Mais le mot « de nouveau » (anwqen) est extrêmement fort, tout comme cette découverte de la vérité. Écoutez bien ceci : « Ce qui est né de la chair, est chair, et ce qui est né de l’Esprit, est esprit ». La chair ne peut jamais devenir esprit. Spiritualiser, rénover ou sanctifier la vieille nature, cela n’existe pas. Ce dont l’âme non régénérée a besoin, c’est une nouvelle nature, ou, selon l’explication du Seigneur, elle a besoin d’être « née d’eau et de l’Esprit ». Le sens de ce passage, c’est la Parole de Dieu, présentée sous cette figure, et appliquée à l’âme par la puissance du Saint Esprit. Le baptême peut bien manifester ce dont parle ce passage, mais c’est la figure de la réalité. Notre Seigneur montre qu’il faut la communication d’une nouvelle vie, et comme il est dit ailleurs, « de Sa propre volonté, Il nous a engendrés par la parole de la vérité » (Jacq. 1:18). Or ceci est présenté non seulement par Jacques, mais aussi par Pierre qui déclare que nous sommes « régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible par la vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pierre 1:23). L’apôtre Paul montre positivement que le lavage d’eau par la parole est l’explication de cette figure par Dieu Lui-même. 2.1.5 Le baptême et Jean 3 — « né d’eau » Encore un point : Nicodème pouvait-il savoir quelque chose du baptême chrétien ? Il n’était pas encore institué, et le baptême des disciples n’était qu’une sorte de modification du rite de Jean le Baptiseur, c’est-à-dire la confession d’un Messie vivant, venant ou venu sur la terre. Mais le baptême chrétien proprement dit, est fondé sur la mort et la résurrection de notre Seigneur. « Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été baptisés pour sa mort ? » (Rom. 6:3). Le baptême chrétien est la confession de la mort et de la résurrection de Christ, et a été institué par notre Seigneur après Sa résurrection d’entre les morts. C’est alors, et non pas avant, qu’Il leur a dit d’aller et de baptiser toutes les nations, ou Gentils, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Il établit la grande et pleine révélation de la Déité, et l’introduit dans la confession que le croyant est amené à faire par son baptême. Dans les passages de l’Écriture auxquels il vient d’être fait allusion, nous voyons clairement que, lorsqu’un langage non figuré est employé, le moyen indiqué comme donnant la vie nouvelle est la Parole de Dieu appliquée par le Saint Esprit ; et lorsque des figures sont employées, l’eau est la figure choisie. Mais la somme et la substance de tout l’enseignement, c’est que le témoignage de Dieu est le moyen divin pour communiquer la vie à l’âme quand il est appliqué par le Saint Esprit, c’est-à-dire par la foi. Et si nous désirons savoir plus précisément ce qui, dans la vérité de Dieu, est employé spécialement pour vivifier ceux qui sont morts dans leurs péchés, c’est toujours, plus ou moins, la révélation de Christ. Croire que la créature a été créée par Dieu, ne vivifiera pas mon âme. Je peux croire n’importe quel fait de l’Ancien Testament, être certain de tous les miracles, tous les discours, et toutes les voies de Jésus dans le Nouveau Testament, et pourtant mon âme va rester sans être vivifiée. Mais croire en Christ lui-même, c’est une chose bien différente que de ne pas douter des choses qui Le concernent. Cela suppose que j’en ai plus ou moins fini avec moi-même ; que je me suis incliné devant la sentence humiliante de l’Écriture sur ma nature, et que je reconnais n’être qu’une pauvre créature perdue et morte aux yeux de Dieu. 2.1.6 Dans la chair Tout cela est au-delà de la nature. Certains hommes sont fiers de ce que nous avons des affections qu’on retrouve chez les bêtes brutes, et d’autres vont plus loin en se déifiant à cause de la conscience ; mais la conscience elle-même fut acquise par le péché. Adam, avant la chute, n’aurait pas pu dire ce qu’était le bien ou le mal. Quand il ne mangeait pas du fruit défendu, ce n’était pas parce qu’il savait que c’était mal en soi ; et quand il a mangé du fruit de cet arbre, il n’y avait pas de mal moral dans la nature même de l’acte de manger de cet arbre. Mais le commandement de Dieu en fit un test — un test moral dont Adam n’aurait rien su, si Dieu ne lui avait dit : « Tu n’en mangeras point ». C’est ainsi que, dans le but d’exercer l’obéissance chez un enfant, on pourrait lui dire : tu ne sortiras pas de cette chambre ; alors qu’avant cette défense, il n’y avait pas de mal à le faire. Ce ne fut qu’après avoir mangé du fruit défendu, qu’Adam acquit la connaissance intuitive pour distinguer le bien du mal. Il ne connut donc le mal qu’en tombant sous sa puissance. Si on avait dit à Adam avant la chute : « Tu ne convoiteras point », il aurait pu dire : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne comprends pas ». Mais dès l’instant où il écouta le diable et qu’il eut pris du fruit défendu par Dieu, un autre élément pénétra la nature d’Adam, qui ne s’y trouvait pas auparavant. Avant sa chute, Adam avait corps, âme et esprit ; après la chute, il acquit ce que l’Écriture appelle « la chair ». Ce n’est pas simplement « la chair et le sang » : notre Seigneur les avait (sinon il n’aurait pas été réellement un homme), mais il n’avait pas « la chair » qui est le principe de propre volonté, autrement dit le principe consistant à aimer ses propres voies, et non celles de Dieu. C’est là le péché, — ce que l’Écriture veut dire par le mot péché, — ce désir fort, fiévreux, ardent d’avoir ce qu’on veut, que ce soit ou non selon la volonté de Dieu. Satan aveugle l’âme quant à ce qu’est la volonté de Dieu, la pensée de Dieu. L’amour de sa propre volonté ne faisait pas partie de la nature primitive de l’homme. « La chair » a été acquise par la chute, et elle s’est montrée dans l’amour de notre propre volonté et l’indépendance à l’égard de Dieu. L’apôtre Paul insiste constamment sur ce sujet, et l’apôtre Jean (1 Jean 3:4) l’appelle « l’iniquité », littéralement « une marche sans loi », et non pas comme traduit la version autorisée du roi Jacques : « la transgression de la loi ». C’est le désir de suivre notre propre chemin, malgré la volonté de Dieu et Son chemin, qu’ils soient exprimés positivement ou implicites. C’est là l’essence du péché, le triste héritage des pécheurs, dont le croyant est délivré, grâces à Dieu. Quand donc un homme reçoit Christ, il a encore sa vieille nature, non seulement corps, âme et esprit, mais aussi « la chair » — car il l’a encore, et hélas ! elle peut être encore l’occasion de bien des écarts et des douleurs, s’il n’est pas vigilant. Outre tout cela, il y a pour le croyant une nouvelle nature qu’il n’avait pas auparavant. 2.1.7 Le vieil homme — Ce qui est né de la chair Dieu nous a donné une vie nouvelle, et celle-ci est aussi distincte dans ses œuvres que la vie ancienne l’est dans les siennes. Mais Dieu nous a vivifiés, et nous a donné une vie nouvelle. Prenez un homme : qu’y a-t-il en lui ? De l’amour propre, un peu d’orgueil ici, un peu de vanité là, partout l’amour de sa propre volonté — ce qui caractérise le pécheur en toutes circonstances. Cherchez et voyez, et vous ne serez pas long avant de trouver ce qui trahit Adam, non pas Christ. Regardez l’histoire de l’homme, selon la Genèse, et voyez ce qu’il est. Il peut être attiré à cause de ses affections ; mais pourquoi permettre à ces affections d’opérer au point de l’entraîner à la désobéissance contre Dieu ? Dieu lui avait-Il dit d’écouter sa femme ? Il aurait dû agir en chef, et rappeler à sa femme ce que Dieu leur avait dit. On n’oublie jamais impunément un commandement divin. L’homme ayant donc laissé sa femme prendre la direction, en a vite récolté les conséquences amères. Mais en Christ, je trouve exactement le contraire. Y a-t-il un trait plus remarquable, moralement, que ceci : Quelqu’un qui est tout, et est content de n’être rien ; quelqu’un qui, tandis qu’Il était un homme ici-bas, n’a jamais agi selon un droit à Lui, un droit indépendant ; quelqu’un qui, en toute circonstance, petite ou grande, a toujours cherché la volonté de Son Père et s’y est soumis. « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » dit-Il en Luc 2, alors qu’Il n’était encore qu’un enfant. Ce n’était pas seulement lorsqu’il s’est présenté en public ; mais il a toujours eu conscience des affaires du Père. Si je désire savoir ce qu’était notre Seigneur dans les années où Il grandit jusqu’à la maturité, je trouve encore la même chose. Partout où je Le contemple, en tout temps et en toute circonstance, ce trait se manifeste comme une couronne : Quelqu’un qui n’a jamais cherché ni fait Sa propre volonté. Ne voyez-vous pas qu’il y a là un homme d’une toute autre sorte ? Il n’est pas étonnant que le Saint Esprit dise de Lui, et de Lui seul, « le Second homme » (1 Cor. 15:47). Tous les autres hommes n’étaient que des reproductions d’Adam, tous des fils à sa ressemblance à lui, d’après son image à lui. Étant des hommes, et vus simplement comme tels, ils portaient tous ce caractère commun et unique, celui d’Adam. Mais un autre homme est venu maintenant, et a été manifesté ; de ce tronc et dans ce tronc mort et ressuscité, nous devenons des créatures nouvelles, et Sa vie nous est communiquée par la foi en Lui. Par la naissance naturelle, nous avons la vie d’Adam, et tout ce qui découle naturellement d’un commencement si effrayant : la même volonté propre, la faiblesse, la vanterie, la frayeur de Dieu, le manque de droiture et l’insolence à Son égard, etc. Tel est l’homme : c’est justement ce que je trouve en moi-même. Si je lis la Bible correctement, Dieu me forcera de le reconnaître. Lorsqu’Il vivifie une âme, Il l’oblige toujours à assumer cette image et à dire : c’est moi-même, aussi noire soit-elle. Lorsqu’une personne est alors brisée sous la terrible découverte du péché au-dedans d’elle-même, et qu’elle le juge selon Dieu, c’est là ce que l’Écriture appelle la repentance. C’est reconnaître non seulement ce que nous avons fait, mais aussi ce que nous sommes. Comment y porter remède ? « Ce qui est né de la chair, est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3:6). L’Esprit a donné une nouvelle vie, dans ce monde même, par le moyen de la connaissance de Christ. Ainsi donc, cette vie est par la Parole de Dieu (« la foi est de ce qu’on entend », etc., Rom. 10:17), et non par le baptême, ni par aucune autre institution du Seigneur, aussi précieuse soit-elle. Il nous faut être attentifs à mettre toute chose à sa vraie place. C’est la Parole, appliquée à l’âme par le Saint Esprit, qui produit la foi, non pas en améliorant le premier Adam, mais en révélant le dernier Adam. Dieu est descendu du ciel pour accomplir ce grand dessein : me donner la vie nouvelle, et me délivrer du péché et du moi ; comment cela se fait-il ? C’est le Saint Esprit qui l’opère par la Parole de Dieu, faisant connaître Christ à l’âme. 2.2 Ch. 2:1-10 2.2.1 Ch. 2:1-2a — Avoir affaire à Dieu au sujet de nos péchés ; la repentance Mais ici l’Apôtre n’entre pas dans le détail de cette opération du Saint Esprit ; il ne fait qu’énoncer les grands faits : « Et vous, [il vous a vivifiés] lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés [la pire de toutes les morts] ; dans lesquels vous avez marché autrefois, selon le train de ce monde, selon le prince de l’autorité de l’air, de l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance » (2:1-2). Cela ne montre-t-il pas combien cette sorte de mort était active en mal ? Ceux qui étaient ainsi morts, marchaient en même temps selon le train de ce monde, ce qui était bien la preuve de leur mort morale. Ils n’avaient aucun désir de conformer leur marche à la Parole de Dieu. Comme le dit Job (21:14) : « Ils disent à Dieu : Retire-toi de nous, nous ne prenons pas plaisir à la connaissance de tes voies ». N’était-ce pas là la condition de nos âmes ? N’avons-nous pas le souvenir du temps où c’était une chose pénible de devoir avoir affaire à Dieu au sujet de nos péchés ? Il faut que j’aie à faire à Dieu. Or voici en quoi c’est solennel : Si je n’ai pas affaire à Dieu maintenant au sujet du Sauveur, il faudra que j’aie affaire à Lui au sujet de mes péchés. Si je dédaigne de rencontrer le Sauveur au sujet de mes péchés, il faudra que je rencontre Dieu dans mes péchés, — pour être perdu pour toujours. Vous honorez en quelque sorte un ennemi en faisant attention à lui ; mais vous ne sauriez insulter plus profondément un ami qu’en ne tenant pas compte de lui ni ne faisant attention à lui. Il en est de même de l’indifférence vis-à-vis de Christ. Nous essayons peut-être de régler nos comptes avec Dieu une fois ou deux par jour — c’est un tort contre Dieu, et un tort contre mon âme ! Si des péchés pèsent sur moi — c’est notre condition naturelle à tous, dans le présent et dans le passé — qu’y a-t-il à faire ? Il est facile de dire ce que nous avons fait : nous avons marché « selon le train de ce monde ». Il ne s’agit pas ici seulement de choses grossièrement mauvaises. Supposons que tous les hommes soient aussi aimables et bienveillants que possible — qu’il n’y ait ni prisons, ni juges, ni condamnés — qu’on puisse raisonner les gens pour les dissuader d’être méchants, quelle serait encore la condition des hommes ? « Ce qui est né de la chair, est chair » (Jean 3:6). L’homme, comme tel, ne peut jamais voir le royaume de Dieu (Jean 3:3). Le seul moyen de pouvoir avoir accès à Son royaume, c’est d’être né de nouveau, et d’avoir cette nouvelle nature qui est de Christ, et non d’Adam. Le baptême en est le signe. Paul avait déjà cru au Seigneur, lorsqu’Ananias lui dit : « Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés » (Actes 22:16). C’est la figure du lavage ; mais le seul moyen, ou instrument, efficace aux yeux de Dieu, c’est le sang de Christ. « À lui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang » (Apoc. 1:5). 2.2.2 Ch. 2:2-3a — Les convoitises de notre chair ; enfants de colère par nature La pensée de la vivification conduit alors l’apôtre à exposer la condition dont ils étaient délivrés. Ils marchaient selon le train de ce monde, et non seulement cela, mais ils imitaient l’ennemi en chef. Le titre « prince de l’autorité de l’air » a pour but de montrer son influence qui pénètre tout. Comme l’air environne et pénètre tout, ainsi fait le diable vis-à-vis du règne de la nature — « l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance ». C’était la manière dont ils montraient qu’ils étaient sous sa puissance, à savoir par leur désobéissance. « Parmi lesquels nous aussi avons tous conversé autrefois ». Pourquoi dit-il nous ? Pourquoi ce changement du vous au nous ? Quand il s’adresse aux Éphésiens qui étaient des Gentils, il se sert du mot vous, mais maintenant, dans la sentence morale de morts dans les fautes et dans les péchés, il inclut les Juifs aussi bien que les Gentils. Lorsque Dieu mesurait l’homme par rapport à Christ, c’était là leur état, pas un seul qui ne fût mort. Or il n’y a pas divers degrés dans la mort. Si un homme est mort, c’en est fini avec lui. Pourtant, si on considère les hommes moralement, on peut faire des distinctions, et dire : Voilà un homme qui s’enfonce plus bas et plus vite que d’autres ; mais si vous regardez plus à fond, ces distinctions disparaissent, et tous sont ruinés sans distinction, et même ils sont morts aux yeux de Dieu. Il dit donc, pour le prouver : « parmi lesquels nous aussi avons tous conversé autrefois dans les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et des pensées ». Il importe peu qui nous étions, ou ce que nous étions, il appelle tout cela « les convoitises de notre chair ». Certains d’entre eux pouvaient avoir été des philosophes, d’autres des hommes moraux et bienveillants, d’autres des gens grossiers vivant ouvertement dans la méchanceté la plus affreuse. Mais prenez les meilleurs d’entre eux, et jugez-les selon ce critère : faire la volonté de Dieu, était-ce leur respiration de vie et le motif qui les gouvernait ? Nullement. Il se peut qu’ils aient satisfait les désirs de leur nature aimable, mais Dieu n’était pas dans leurs pensées ; ou bien c’était une manière de soudoyer Dieu pour qu’Il les laisse tranquilles. Car dans le paganisme, un sacrifice est nécessaire par tradition, mais cette tradition est corrompue, affaiblie et pervertie de toutes sortes de manières. Nous avons donc ici la condition commune dans laquelle tous, Juifs et Gentils, se trouvaient par nature. Il distingue pourtant les « volontés [ou : désirs] de la chair et des pensées », désignant par là les tendances plus grossières, et d’autre part l’activité intellectuelle plus raffinée. Supposons qu’un homme se consacre à la science, et qu’il en fasse son objet, est-ce là faire la volonté de Dieu ? Non, bien sûr ; c’est plutôt laisser libre cours aux désirs de l’esprit, ce qui est tout autant le moi que lorsque d’autres cèdent aux appétits plus grossiers de la nature. Le grand point, c’est que je n’ai aucun droit sur moi-même — j’appartiens à un autre. Est-ce que je fais Sa volonté ? Quand nous entrons dans les relations de la foi, nous ne sommes plus simplement des créatures de Dieu, responsables d’accomplir ce qu’Il commande comme un devoir naturel, mais nous sommes achetés par le sang de Christ, et en Lui, nous sommes faits vivants d’entre les morts (Rom. 6:13), afin que nous ne vivions plus désormais pour nous-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous (2 Cor. 5:15). Qu’il s’agisse des meilleurs hommes dont le monde puisse se vanter, voici leur état : « enfants de colère comme aussi les autres » (2:3). Quelle parole ! Même les Juifs avec la lumière de Dieu comme lumière extérieure, étaient « par nature » enfants de colère, autant que les Gentils, dégradés, idolâtres et adorateurs du bois et de la pierre. Ainsi donc, ce verset anéantit complètement tous les privilèges religieux de l’homme, ainsi que l’importance de la créature. Ce n’est pas seulement que les gens ont mal agi, mais ils sont par nature des enfants de colère. Dieu n’avait pas créé l’homme tel : c’est l’homme qui a choisi le sentier de la désobéissance, qui a abandonné Dieu au profit du diable. Sans doute, ce n’était pas son intention ; car Satan s’est présenté comme un ange de justice ; mais quels que soient ses agissements, nous sommes tous ramenés au seul et même résultat, sans exception : « par nature des enfants de colère ». Qu’est-ce que Dieu fait dans ces conditions ? — car il est absolument nécessaire qu’Il agisse pour apporter ne serait-ce qu’un rayon de lumière au milieu de cette scène de naufrage et de ruine irrémédiables. Or les hommes ne veulent pas croire qu’ils sont ruinés ; ils pensent qu’après tout, ce monde est bon, que c’est un état de choses donné par Dieu à l’homme pour le cultiver — oubliant que Dieu « chassa l’homme », et que toutes les inventions de l’homme ne sont que des expédients pour couvrir sa nudité, et le conduire à oublier qu’il est exilé du Paradis. Nous pouvons sans doute faire usage de ces inventions, à condition de ne pas en abuser. Gardons bien à l’esprit que, comme chrétiens, notre vie et notre demeure ne sont point ici ; nous appartenons à un autre domaine, où Christ se trouve. Nous ne sommes pas du monde, nous sommes achetés à prix pour faire la volonté de Dieu (1 Cor. 6:19-20 ; Héb. 13:21), sanctifiés pour l’obéissance, la même sorte d’obéissance que celle de notre Seigneur (1 Pierre 1:2). Pesons-nous ces choses ? les appliquons-nous sérieusement, assidûment, consciencieusement, au sein de la famille de Dieu, ou en tout autre endroit où nous soyons placés ? En notre Seigneur était la vie, et Il était toujours heureux, dans la conscience de l’amour de Son Père. Le croyant aussi, a la vie en Lui, et est aimé comme Lui a été aimé. Dieu peut se servir des dix commandements pour écraser l’homme dans la chair ; mais le croyant chrétien est appelé à obéir comme Christ a obéi, à marcher comme Lui a marché (1 Jean 2:6) ; car Il nous a laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces (1 Pierre 2:21). 2.2.3 Ch. 2:4-7 — Vivifiés avec Christ … la vie en abondance — Jean 10:10 ; 20:22, 23 Nous avons ensuite la puissante intervention de Dieu, qui, étant « riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés avec le Christ (vous êtes sauvés par [la] grâce), et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait, asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus, afin qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus ». Nous ne sommes pas seulement vivifiés —ceci aurait été vrai de tous les saints ayant vécu sur la face de la terre à n’importe quelle époque ; mais peut-on dire que tous aient été ressuscités ensemble avec Christ ? qu’ils étaient assis dans les lieux célestes dans le Christ Jésus ? N’est-ce pas là une déclaration de la bénédiction plus complète qui appartient aux chrétiens maintenant ? — on n’aurait pas pu la faire à l’égard de quiconque avant la résurrection et l’ascension de Christ. Notre Seigneur dit « Moi, je suis venu afin qu’elles [les brebis] aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10:10). Pourquoi fait-Il la distinction entre la vie, et la vie « en abondance » ? Sur quel principe le Seigneur vivifie-t-Il donc ? Parce que le Fils, en Lui-même, est la vie (Jean 1:4), et cette vie devient la portion de ceux qui croient en Lui. « L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jean 5:25). Il a toujours été la source de vie pour l’âme, en tout temps et en tout lieu, mais bien sûr, ce n’était qu’en vertu de la rédemption prévue que des hommes pécheurs pouvaient recevoir la vie. Toutefois, avant Sa mort et Sa résurrection, c’était simplement la vie. Or notre Seigneur ajoute qu’Il la donne « en abondance ». Les disciples qui l’entouraient avaient déjà la vie, parce qu’ils croyaient en Lui. Mais une fois ressuscité d’entre les morts, la première fois que notre Seigneur apparut parmi ses disciples, Il souffla en eux, et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (Jean 20:22). De quoi s’agissait-il ? C’était l’Esprit comme puissance de la vie en abondance (non pas encore comme don). Il leur avait donné la vie pendant qu’Il était ici-bas, et une fois ressuscité, Il la leur donna en abondance, la vie en résurrection. Quelle différence cela fait-il pour nous, demandera-t-on ? Elle est immense. La différence qui compte, c’est celle qui est dans les pensées de Dieu, et sa portée en rapport avec Sa gloire. C’est pourquoi, que je comprenne ou non, je désire m’incliner et bénir Dieu, étant parfaitement assuré qu’il existe une bonne et sage raison pour tout ce qu’Il fait et dit. Nous allons bientôt être ressuscités d’entre les morts : nos corps ne sont pas encore transmués. Le corps du croyant se décompose et tombe en poussière comme celui de l’incrédule, et pourtant il possède la vie de résurrection de Christ, la vie « en abondance ». « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi moi je vous envoie » (Jean 20:21) n’est pas une parole limitée aux douze. Sans doute ils ont eu une mission que nul parmi nous n’a reçue. Mais bien que cela soit vrai, et que nul aujourd’hui ne puisse être mis à leur niveau comme apôtres, toutefois je soutiens en même temps qu’ils avaient aussi des fonctions administratives, distinctes de leur caractère spécialement apostolique, et que dans ces fonctions ils ont des successeurs, — ils n’en ont pas eu dans ce caractère d’apôtre. Notre Seigneur, au jour de Sa résurrection, se présenta au milieu des « disciples », ce qui embrasse une pensée bien plus large. C’était la compagnie chrétienne de ce moment-là, tous ceux qui étaient là, hommes et femmes, dans la mesure où ils étaient disciples. Ce fut en eux qu’Il souffla. Il fallait qu’ils aient tous Sa vie « en abondance ». Cela a pour effet de tous les amener dans la liberté (comparez Rom. 8:1, 2). Je n’entre pas davantage dans ce qui accompagne de manière si bénie cette vie nouvelle, mais je remarquerai seulement que, quant au fait d’être ressuscité et d’être assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus, tout cela est dit comme étant vrai pour le croyant maintenant. Il n’y a pas d’idée mystique là-dedans, comme celle de ne pas être sur terre ici-bas ou d’être décorporé. L’Écriture est en tout point tout à fait à l’opposé de l’extravagance. Le mysticisme est l’imitation par le diable des mystères de Dieu, et n’est que le brouillard des rêveries des hommes. Le mot « mystère » dans l’Écriture, ne signifie pas quelque chose de vague, mais une vérité que l’intelligence humaine ne découvrirait jamais, mais qui est parfaitement intelligible dès lors que le Saint Esprit la présente à la nouvelle nature. Il y a des choses de caractère plus profond que d’autres, et certaines peuvent dépasser toute connaissance, comme, par exemple, la nature du Fils de Dieu. « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (Matt. 11:27). Pour le membre de phrase « si ce n’est le Père » qui concerne la connaissance du Fils, il n’est pas rajouté « et celui à qui le Père voudra le révéler » : Le Père maintient avec une sainte jalousie la gloire inscrutable de la personne de Son Fils. Mais à part ceci, les mystères de l’Écriture sont des vérités autrefois scellées, mais maintenant révélées et destinées à être connues, et qui, de fait, sont la portion et la joie du croyant. 2.2.4 Ch. 2:4 — Dieu intervient dans la situation désespérée de l’homme Nous avons jeté un coup d’œil jusqu’ici sur le contraste si fort entre la condition de l’homme dans les trois premiers versets, et la puissante intervention de la grâce de Dieu qui suit. Nous avons vu le sombre portrait de la corruption morale abjecte des Gentils, et de leur idolâtrie stupide, le Saint Esprit mettant tout à nu en quelques traits puissants. Ils étaient « morts » dans leurs fautes et dans leurs péchés, entièrement assujettis au prince de ce monde. Ils ne faisaient que suivre le train de ce monde, fils de désobéissance, ne tenant aucun compte de Dieu dans leurs voies. Il n’y a pas la pensée de faire ressortir le détail des formes affreuses de l’impiété humaine, et de la dépravation et de la dégradation dans lesquelles l’homme est tombé à l’instigation de Satan. Néanmoins cela nous donne une vue de la condition mauvaise et sans espoir de l’homme bien plus profonde que si l’épître s’appesantissait sur tous les détails de l’impureté, de la superstition et de la rébellion. L’énergie réelle de la Parole de Dieu ne dépend guère de la force apparente du langage ! Nous trouvons cela également chez les hommes qui veulent exprimer quelque chose avec force. L’Écriture ne contient pas d’expressions violentes ou exagérées. Nous avons là simplement Dieu Lui-même sondant la condition de l’homme (quel fait que celui-là !), et ne regardant plus à son cœur comme s’il s’agissait d’en refréner les désirs, — Il l’avait fait sous la loi. Mais maintenant il s’agit de l’état complet de mort de la nature humaine en présence de Dieu — la puissance de Satan substituée à la direction de Dieu — l’homme lui-même étant évidemment ruiné et sans espoir. C’est dans cette scène de ruine que Dieu entre — Dieu riche en miséricorde. Il n’est fait allusion à Son grand amour dont Il nous a aimés que comme la source de tout ce qu’Il a fait. « Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes » — nous, soit Juifs, soit Gentils, quoique cela se rapporte ici plus particulièrement aux Juifs. Dans les versets 2 et 3, l’apôtre avait présenté le contraste entre les deux. Il se peut que dans le verset 5 il les introduise tous les deux ; mais s’il en est un auquel il soit fait particulièrement allusion, c’est le Juif, car il est autant mort que le Gentil — il n’y a point de différence sur ce point. 2.2.5 Ch. 2:5a — La vie en Christ et avec Christ « Alors même que nous étions morts dans nos fautes, [Dieu] nous a vivifiés avec le Christ (vous êtes sauvés par grâce), et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans [le] Christ Jésus ». Étant déjà entré dans le sujet général de la régénération, je désire seulement ajouter le point suivant : maintenant que le christianisme est proclamé, la régénération se poursuit au moins autant que jamais, mais le Saint Esprit imprime en fait un caractère plus profond à la régénération du temps présent. Car il n’y a pas seulement la vie donnée, et des âmes nées de nouveau, mais elles sont vivifiées ensemble avec Christ. Un tel langage n’aurait pas pu être employé avant la mort et la résurrection de Christ. Il ne faut pas hésiter à dire que toute la vie que les saints, quels qu’ils soient, ont jamais reçue depuis le commencement du monde, était de Christ et par Christ. « En lui était la vie » (Jean 1:4). Il est la vie éternelle qui était auprès du Père, et il n’y a pas d’autre vie pour le pécheur. Il y avait un arbre de vie avant la chute de l’homme ; non seulement l’« arbre de la connaissance du bien et du mal », mais un « arbre de vie ». Or ce n’était là qu’une vie de créature, qui aurait pu faire subsister jusqu’à la fin une créature innocente. Qu’advenait-il si la créature tombait ? Qu’arriva-t-il lorsqu’Adam devint un homme pécheur ? L’arbre de vie pouvait-il alors lui profiter ? Pas un instant. Dieu chassa l’homme (Gen. 3:24). Dieu ne voulait pas permettre que l’homme touchât le simple arbre naturel de la vie. À supposer qu’il en ait mangé après avoir péché, qu’en serait-il résulté ? Uniquement le maintien à perpétuité du mal dans une condition de péché misérable et sans remède — une existence éternelle dans une condition d’éloignement de Dieu, sans moyen de s’en soustraire. Ainsi donc, bien que la mort soit intervenue comme sentence sur l’homme coupable, en un certain sens il y a de la miséricorde là-dedans, maintenant que l’homme entre par sa naissance dans un monde pécheur, et où il est sujet à toutes sortes de misères qu’un ennemi a introduites, — elles font partie de la juste sentence de Dieu sur l’iniquité de l’homme, si on considère que la mort en fait partie. Mais Satan s’empare de tout cela, et le fait servir à ses desseins, à quoi se joint une mauvaise conscience sur laquelle Satan opère, en sorte que l’homme est rempli de terreur et d’horreur par rapport à Dieu. C’est de cela que Dieu délivre l’âme en présentant Christ. Ce n’est pas seulement que l’âme trouve une vie qui correspond à tous ses besoins ; ce n’est pas du tout une simple continuation perpétuelle d’une existence misérable ; mais la vie en Christ assure la délivrance du mal et de tous ses effets, et de la malédiction qui s’y rattache, — une délivrance qui découle de Dieu dans Sa grâce, et est fondée sur la sainteté ; et l’on trouve une sainte position de bénédiction en la présence de Dieu dans ce même Christ qui apporte cette vie. Il y a aussi ceci, que l’âme retrouve Dieu, aussi sûrement que Dieu retrouve l’âme pour Lui-même. L’homme, par le péché, ne perdait pas seulement sa vie naturelle, mais il perdait Dieu ; et ce que Christ me donne maintenant n’est pas seulement une vie nouvelle et meilleure que celle que l’arbre de vie pouvait donner, mais Il me donne Dieu ; Il m’amène à Dieu et me met dans la présence de Dieu. Il fait connaître Dieu à mon âme, et me donne d’être assuré de Son amour, de l’intérêt qu’Il prend à moi, de Sa profonde compassion et même de Sa satisfaction ; car Dieu ne se borne pas à aimer d’une manière naturelle, mais il aime d’un amour plein de satisfaction et de relation intime. Voilà donc ce que nous trouvons en Christ ; et quoiqu’on puisse parler de vie en rapport avec tous les saints de l’Ancien Testament avant la mort et la résurrection de Christ, toutefois je doute fort que l’Esprit de Dieu puisse parler de cette vie qu’ils ont reçue comme étant la vie avec Christ. Ce ne pouvait être que la vie par Christ et en Christ, mais la vivification avec Christ va beaucoup plus loin. Or, c’est ce que nous avons maintenant. Car Dieu dirige nos regards vers Christ lorsqu’Il était sous le poids de nos péchés, sous toutes les conséquences de ce que méritait ma nature en raison de son éloignement de Dieu et de son inimitié contre Lui — son esprit de désobéissance et de volonté propre. Tout le mal Lui fut mis à charge, et Il fut traité comme s’Il eût été tout cela ; comme si Lui, souffrant pour nous sur la croix, avait en Sa propre personne toute la somme et la substance du mal de la nature humaine. Bien sûr, s’il y avait eu en Lui la moindre parcelle de ce mal, Il n’aurait pas pu faire l’expiation pour d’autres — le jugement de Dieu aurait dû frapper ce mal ; mais l’absence totale de ce mal en Sa propre personne indiquait qu’Il était parfaitement à même d’être la victime. Dans la personne de Christ sur la croix, Dieu s’est occupé de toute la hauteur, et la longueur, et la profondeur et la largeur du péché. Mais Dieu a ressuscité cette Personne bénie qui est ainsi descendue sous la colère de Dieu, et qui, après avoir goûté ce que c’était que d’être abandonné, et d’avoir Dieu cachant Sa face, n’a pas quitté cette vie, et ne pouvait pas la quitter, sans dire : « Père ! entre tes mains je remets mon esprit », montrant ainsi la parfaite confiance et les parfaites délices de Son cœur en Dieu. « Nos pères se sont confiés en toi… ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés » (Ps. 22:4-5). Mais Il ne pouvait être exaucé avant que l’épreuve complète fût achevée. Il ne fut exaucé que « d’entre les cornes des buffles » (Ps. 22:21). Il a dû traverser tout cela — quelle douleur et quelle angoisse inexprimables, que nul autre que Lui n’aurait pu endurer ; et même pour lui, n’était-ce pas intolérable ? — Il a dû traverser toute la colère de Dieu pour que la délivrance soit complète et selon Dieu. Or Il l’a fait ; et en quittant cette scène, il nous fait savoir que, quoi qu’Il ait souffert, cependant Son cœur s’est reposé en confiance en Dieu, et Il a confessé résolument, non seulement que Dieu restait toujours saint, mais que le Père était plein d’amour. « Père ! entre tes mains je remets mon esprit ». 2.2.6 Ch. 2:5b — Vivifiés ensemble, ressuscités ensemble, assis ensemble, sauvés par grâce Mais il y a encore autre chose avec cela : Dieu est intervenu pour délivrer entièrement. L’apôtre ne pouvait pas dire que Dieu a vivifié Christ d’une manière absolue. L’expression est toujours modifiée d’une manière ou d’une autre, parce que Christ était Lui-même la vie. Il était la vie éternelle auprès du Père, manifesté au temps convenable sur la terre ; comment donc pourrait-on utiliser la moindre expression laissant supposer qu’Il dût Sa vie à un autre ? Il pouvait être dit que, comme homme mis à mort en chair, Il a été vivifié par l’Esprit (1 Pierre 3:18) ; mais Sa gloire intrinsèque et personnelle demeure, et c’est elle en effet qui a donné sa vraie valeur à toute l’immensité de Son humiliation et de Ses souffrances jusqu’à la mort. Le Père aussi lui avait donné, comme homme, d’avoir la vie en Lui-même (Jean 5:26). C’était là la perfection de Christ ici-bas : Il ne voulait pas prendre la vie comme y ayant droit Lui-même (Jean 10:18) ; Il ne voulait pas dire une parole ni faire une œuvre, qu’Il n’eût entendue de la part de Dieu et en Dieu (Jean 5:30 ; 12:49). Il était l’homme parfaitement dépendant. Le même Évangile qui insiste, comme aucun autre sur Sa gloire divine, nous montre aussi Son absolue dépendance de Dieu. D’un autre côté, qu’il est doux de voir dans les Écritures comment Dieu le Père veille sur la gloire de Christ ! Il ne voulait pas dire un seul mot qui pût en aucune manière porter atteinte à la dignité de Son Fils. C’est pourquoi il est dit ici qu’Il nous a « vivifiés ensemble avec le Christ ». C’est nous qui avions besoin de la vie. Christ avait pu descendre jusque dans la mort, mais Dieu nous a vivifiés ensemble avec Lui. Christ était mort d’une manière infiniment plus solennelle qu’aucun homme ordinaire ne le peut. Il était par excellence Le Saint de Dieu, le seul homme saint, et malgré cela Il est mort. Bien sûr, aucun être qui n’eût pas été saint n’aurait pu mourir comme Lui. Il sut ce que c’était de goûter la mort dans toute son amertume, le jugement et la colère de Dieu, comme nul autre ne le pouvait ; et pourtant Il était Celui qui l’a ressenti d’autant plus qu’Il était essentiellement dans le sein du Père (Jean 1:18). Or cette personne bénie est descendue dans toutes les profondeurs de la mort, comme jugement de Dieu sur notre nature et sur nos péchés, et c’est après cela qu’est intervenue la puissance de la force de Dieu pour nous vivifier ensemble avec Christ. En un mot, cette vie est dans l’association la plus intime avec Christ, et nous sommes dans l’union avec Christ Lui-même, mis à mort en chair, mais maintenant vivifié par l’Esprit (1 Pierre 3:18). Quant à la vie qu’Il avait ici-bas, elle fut laissée et quittée ; et maintenant Il ressuscite dans une nouvelle condition de vie, en résurrection. C’est pourquoi il est ajouté immédiatement après, que non seulement Dieu nous a vivifiés ensemble avec Christ, mais nous a aussi ressuscités ensemble ; et plus encore, Il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus. Ainsi la pleine valeur qui appartient à la vie, telle qu’elle est maintenant en Christ, nous est aussi donnée, en sorte qu’il peut être parlé de nous, même durant notre séjour dans ce monde, selon la position parfaite de bénédiction de vie telle qu’elle se voit maintenant en Christ à la droite de Dieu. Considérons ce qu’implique une pensée si merveilleuse, ce avec quoi elle nous met en association. Nous savons ce que notre vieille nature aime, fait et est ; nous ne savons que trop bien dans quelle vie, ou plutôt dans quelle mort, Adam nous a entraînés. Qu’avons-nous reçu de notre premier père, qu’avons-nous mérité et produit nous-mêmes, sinon le péché, la douleur, la souffrance, la maladie, la mort, la mauvaise conscience et une attente terrible de jugement ? Toutes ces choses sont les œuvres et l’effet de cette existence, le triste héritage que nous a laissé le premier homme. Mais maintenant vient la source nouvelle et surnaturelle de vie dans le Second Homme ; où en connaîtrons-nous le mieux le caractère ? Levons les yeux vers Christ. Comment Dieu le Père Le voit-Il ? Trouve-t-Il Ses délices en Lui ? Il les a toujours trouvées, et jamais plus assurément, que lorsqu’Il contemplait les pas de Christ dans Sa marche comme Homme parmi les hommes. Or il restait la terrible question du péché, de notre péché. Cette question n’est-elle pas réglée maintenant ? Christ n’y a-t-Il pas répondu pour toujours à la croix ? Oui, et c’est justement ce qui a fourni à Dieu l’occasion de montrer Son amour comme rien d’autre ne le pouvait. Comment aurais-je pu savoir combien Dieu m’aime, si je ne m’étais trouvé, en tant qu’ennemi de Dieu, dans une telle profondeur de besoin, un abîme sans fond sinon pour Sa grâce en Christ, qui apporte le salut ? Je ne dis pas cela pour atténuer le péché de mon inimitié contre Dieu, ni pour laisser subsister l’idée qu’il y avait ou qu’il pouvait y avoir le moindre droit à la faveur de Dieu. Mais mon mal sans ressource devient la mesure de la profondeur de Son amour ; et il en est ainsi parce qu’il amène Christ sur la scène, Christ comme Rédempteur et Sauveur de la part de Dieu, Christ le don infini de la grâce de Dieu, Christ que rien ne pouvait détourner, Christ qui endura tout de la main de l’homme et de Satan et du juste jugement de Dieu, afin que nous fussions sauvés d’une manière divine ; et nous l’avons bien été en vérité. De quoi ne sommes-nous pas redevables au Sauveur et au Dieu qui L’a donné ? Reste-t-il quelque chose que Christ n’a pas porté ? Notre ruine et notre péché terribles ont précisément manifesté ce que Dieu est dans Son grand amour envers nous, et la valeur de Christ aux yeux de Dieu, et la puissance de la force de la vie dans laquelle Il est ressuscité et monté en haut, et s’est assis — et nous en Lui — dans les lieux célestes. Demandez-vous encore quel est le caractère de la vie que le chrétien possède maintenant ? Regardez Christ, et voyez combien Il est précieux pour Dieu, combien Sa personne bénie, qui est la pleine expression de cette vie, ne saurait être trop près de Dieu ! Dieu L’a ressuscité, et L’a fait asseoir à Sa droite dans les lieux célestes (1:20 ; 2:6). En Éph. 2, c’est simplement « Il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus ». Il n’est pas ajouté ici « à sa droite » comme en Éph. 1:20. De telles paroles ne sont jamais, que je sache, utilisées à propos des enfants de Dieu, et je ne crois pas qu’elles pourraient l’être. Ne semblent-elles pas plutôt indiquer la place personnelle de Christ ? Il est dit : « dans les lieux célestes », parce que c’est à eux que nous appartenons, non pas à la terre. Israël, comme tel, appartenait à la terre dans ses meilleurs jours (nous, c’est dans nos plus mauvais jours que nous y appartenions, quand nous étions loin de Dieu) ; or maintenant, dans l’épître aux Éphésiens, nous avons beaucoup plus que nos « noms écrits dans les cieux » (Luc 10:20 ; Héb. 12:23), alors que cette expression montre déjà l’amour merveilleux de Dieu qui nous destine et nous enregistre pour être en haut, et nous lie avec le ciel pendant que nous sommes sur la terre. Dans l’épître aux Éphésiens, nous trouvons qu’en vertu de notre union avec Christ, nous sommes considérés non seulement comme ressuscités avec Lui, mais comme assis avec Lui dans les lieux célestes. En un mot, tout ce qui est dit de Christ Lui-même, est vrai de nous par grâce, à la seule exception de ce qui Lui est propre comme Dieu le Fils, ou de ce qui est exprimé à Son propos au suprême degré. Car après tout, il y a une distinction entre la tête et le corps, même comme tels ; quoique d’un autre côté, cette différence elle-même montre leur association extrêmement étroite : nous sommes Sa plénitude ou Son complément. De ceci nous apprenons donc que nous possédons le même droit que Christ, pendant que nous sommes dans ce monde — et même plus que cela : la vie même de Christ est la nôtre, en vertu de ce que nous sommes vivifiés avec Lui, et même ressuscités, et assis dans les lieux célestes en Lui. Gardons bien à l’esprit que tout cela n’est jamais dit de quiconque en rapport avec le dessein de Dieu ni avec l’élection, mais seulement là où la foi existe. Cela ne nous est pas applicable avant que nous croyions : cela ne serait vrai de personne, avant qu’il y ait une association positive et vivante avec Christ. Ce qu’on appelle habituellement la théologie calviniste est totalement fausse sur ce point, quoiqu’elle renferme bien des vérités par ailleurs. Un de ses traits principaux réside dans son effort pour établir que l’amour de Dieu demeurant d’éternité en éternité, notre relation reste toujours exactement la même ; que Dieu nous regarde toujours comme ses enfants, parce qu’Il a le dessein de faire de nous Ses enfants ; que si un homme est un élu, et qu’il soit encore incrédule ou blasphémateur, il est tout autant un enfant de Dieu que quand le Saint Esprit le régénère et qu’il marche dans les voies de Dieu. Cette théologie soutient que Dieu l’aime exactement du même amour avant (au temps où il est, par exemple, un ivrogne ou un jureur) qu’après. Peut-on imaginer, parmi les croyants, une doctrine plus déshonorante pour Dieu et plus destructrice pour l’homme ? Il est évident que l’apôtre parle ici, non pas de personnes simplement élues, bien que naturellement elles le soient, mais de personnes vivifiées. Autrement dit, ce sont des personnes ayant effectivement la vie. Non seulement il y avait un dessein de Dieu à leur égard, mais elles étaient vivantes à Dieu en tant qu’ayant foi en Christ. Vous ne pouvez pas dire qu’un homme a la vie, avant qu’il ait la foi. C’est la réception de Christ par le Saint Esprit, qui d’un côté est appelée la foi, et de l’autre la vie. Vous ne pouvez pas mettre l’une avant l’autre sans commettre d’erreur. Vous ne pouvez guère dire que la foi existe avant la vie, et en tout cas pas que la vie existe avant la foi. Le premier exercice de la foi, est aussi le premier exercice de la vie. C’est la puissance de l’Esprit de Dieu présentant Christ à l’âme ; c’est pourquoi il est dit : L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jean 5:25). Si tant est qu’il y ait une différence, le fait de vivre est ici le résultat de ce qu’on a entendu, plutôt que le fait d’entendre proviendrait de ce qu’on a la vie. C’est très important, parce que nul ne peut affirmer que des personnes sont vivifiées avec Christ avant d’être ici-bas pour être appelées ; et il est impossible de dire qu’elles ont la vie avant d’avoir entendu la voix du Fils de Dieu. La première preuve qu’un homme est une brebis, c’est qu’il entend la voix du bon Berger. Il n’est pas abandonné à l’observation de certains indices (ou plutôt à des indices incertains) de la vie au-dedans de lui-même, mais il a le grand critère objectif, la preuve que Dieu requiert : non pas simplement ce que je fais ou ne fais pas (c’était ce que la loi demandait), mais ai-je reçu le Fils de Dieu pour m’appuyer sur lui ? Suis-je arraché à tous les bruits du monde ? La voix du Fils de Dieu attire-t-elle mon âme ? S’il en est réellement ainsi, vous avez la vie. « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3:36). « Celui qui a le Fils a la vie » (1 Jean 5:12). Je prouve que j’ai la vie par le fait bien simple, sûr et béni, que j’entends la voix du Fils de Dieu. Ce n’est qu’ainsi que j’ai la vie, et ce n’est qu’alors que je suis assuré d’être vivifié et ressuscité avec Christ. Remarquez-le bien : ce qui constitue le caractère chrétien d’être vivifié, c’est l’association avec Christ après qu’il soit entré dans la mort pour nos péchés. Il est dit aussi que nous sommes assis dans les lieux célestes, parce que nous avons la vie de Christ qui y est, et il est parlé de nous selon la place où est entré Celui qui est notre vie. Aussi, quand l’Écriture dit que Dieu nous a ressuscités et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, elle ne veut pas dire seulement que nous sommes tels dans le décret ou la pensée de Dieu. Elle ne se réfère pas à notre résurrection future, mais elle présente expressément l’association présente du croyant en vertu de son union avec Christ, qui est en la présence de Dieu. Et en faisant allusion à la première chose, le fait d’être vivifiés, l’apôtre dit : « Vous êtes sauvés par [la] grâce ». C’est la source de toute la bénédiction. C’est pourquoi l’expression est très forte. Ce qu’implique la forme de l’expression, c’est en effet que le salut est complet, et que les sauvés jouissent maintenant de son résultat actuel. Il n’est pas toujours parlé ainsi du salut dans l’Écriture : il y a des épîtres entières où le sujet n’est jamais traité de cette manière. Ainsi, particulièrement dans l’épître aux Philippiens, le salut est envisagé comme une chose future — comme n’étant pas complet jusqu’à ce que nous voyions Christ en gloire. Dans cette épître le salut est une chose solennelle (non pas un processus précaire) qui se poursuit maintenant, parce qu’il est clair que nous ne sommes pas avec Christ dans la gloire, mais dans nos corps naturels. En conséquence, dans cette épître aux Philippiens, Christ est vu comme Sauveur, non pas simplement parce qu’Il est mort et ressuscité, mais parce qu’Il va revenir pour ma pleine délivrance et pour ma parfaite joie. C’est ce qui explique le sens du texte qui rend bien des personnes si perplexes : « Travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement » (Phil. 2:12). Dans le sens que la Parole a en vue dans ce passage, nous ne posséderons le salut que lorsque nous serons dans la gloire avec Christ. En attendant, nous y travaillons avec crainte et tremblement, nous rappelant que Satan nous hait parce que nous allons être dans la gloire avec Christ. Nous sommes vus comme des personnes dans ce monde, qui savent sans le moindre doute qu’elles auront le prix, mais qui ont à combattre et à courir pour l’avoir, quoique nous devions retenir ferme l’assurance que nous l’aurons, quand nous verrons Christ venir d’en haut pour nous, 2.2.7 Sur le sens du mot salut en Éphésiens, Philippiens et Hébreux [note Bibliquest : Voir aussi le paragraphe précédent pour le salut dans les Philippiens] Quand nous examinons le langage de l’épître aux Éphésiens, c’est tout différent. Là, le salut est regardé comme une chose absolument passée : « Vous êtes sauvés par [la] grâce » — ce n’est pas simplement que le salut se poursuit, et doit bientôt être achevé ; mais nous sommes sauvés et, en Christ, nous ne pouvons pas être plus sauvés que nous ne le sommes. Tandis que selon l’épître aux Philippiens, Paul lui-même ne possédait pas encore son salut : « Non que j’aie déjà reçu le prix, ou que je sois déjà parvenu à la perfection » (3:12). La perfection dont il est parlé là, se rapporte entièrement et uniquement au temps où nous serons transformés en la glorieuse ressemblance de Christ. C’est alors que nous serons sauvés, non pas avant. Si vous appliquez le même sens au mot salut dans les deux épîtres, vous rendez la doctrine contradictoire. Prenez encore l’épître aux Hébreux. Là aussi, le salut est toujours représenté comme une chose future. « C’est pourquoi Il peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui » (Héb. 7:25). Ceux dont il est dit qu’ils s’approchent de Dieu par Christ, c’est du peuple de Dieu qu’il s’agit, non pas des inconvertis. Pour qui est-Il sacrificateur ? Pour le croyant seulement. Ainsi donc, c’est le saint qui a besoin d’être sauvé dans l’épître aux Hébreux, parce que le salut dans cette épître s’applique à toutes les difficultés de notre voyage à travers le désert. Toute la doctrine est fondée sur ce type, que nous, maintenant, comme Israël autrefois, nous traversons le désert et ne sommes pas encore entrés en Canaan. À l’inverse, l’enseignement caractéristique de l’épître aux Éphésiens, c’est que Christ est entré en Canaan, et que nous y sommes en Lui. Quand on est occupé d’une portion de la Parole de Dieu et non de l’ensemble, parce qu’on s’attache fortement à une certaine vérité, au lieu de l’ensemble de la vérité, c’est ainsi qu’on se trouve entraîné dans des vues confuses et fautives, lesquelles à leur tour conduisent à des fautes dans la pratique. La raison de ces différences est extrêmement intéressante. Vous avez dans chaque épître ce qui convient exactement à son caractère propre. Dans les Éphésiens, la révélation ne porte pas sur Christ comme celui qui intercède pour nous devant Dieu (Héb. 7:25) : c’est ce que nous avons dans les Hébreux. Pourquoi est-Il Sacrificateur ? Afin qu’Il ait « de l’indulgence pour les ignorants et les errants » (Héb. 5:2). C’est justement le danger auquel nous sommes exposés du fait de notre voyage ici-bas : nous sommes ignorants, et toujours exposés à la tentation de glisser de côté à cause de notre méchant cœur d’incrédulité (Héb. 3:12). Voilà pourquoi nous avons besoin de l’épître aux Hébreux. La doctrine de l’épître aux Éphésiens ne suffirait pas à elle seule pour répondre à ma faiblesse, à mes difficultés, à mes douleurs. Supposons que je me sois égaré, qu’y a-t-il dans les Éphésiens pour faire souvenir mon âme et la consoler ? J’y lis : « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour » (1:4). Étant égaré, ceci ne donne aucun soulagement à mon angoisse. Je peux essayer de fixer mon cœur sur l’élection de Dieu et sur Ses conseils si élevés, mais, si ma conscience est sensible, ce passage tout seul ne fait que me rendre plus misérable. Mon cœur raisonnera même pour dire : Si Dieu m’a réellement tant aimé, comment se fait-il que j’en arrive à le déshonorer pareillement ? Dans l’épître aux Hébreux, il n’y a pas un mot sur le fait que je suis assis dans les lieux célestes, mais par contre j’y trouve Christ à la droite de Dieu, plaidant pour moi après avoir fait par Lui-même la purification de mes péchés (Héb. 1:3 ; 7:25). Le premier chapitre commence même sur cette glorieuse vérité, que Christ ne s’est assis dans les hauts lieux que lorsqu’il a pu prendre cette place sur le fondement de cette œuvre par laquelle Il avait complètement effacé nos péchés, — et cela « par Lui-même » (Héb. 1:3), c’est-à-dire à l’exclusion de tout autre aide. C’était Son œuvre à Lui, et Il l’a accomplie, ne voulant même prendre aucun repos dans cette gloire qui Lui était familière, sinon sur ce fondement-là. C’est bien là le fondement le plus certain. Mais tout en ayant la purification de nos péchés par Christ, nous sommes dans un lieu de tentation, où nous sommes constamment en danger de nous écarter et de glisser, à cause de l’ignorance, de la faiblesse, et de mille autres causes qui peuvent survenir. Qu’allons-nous donc devenir ? Qu’est-ce qui va nous soutenir et nous porter jusqu’au bout ? Dieu révèle le précieux Sacrificateur qui prend soin de l’âme, — Celui qui possède la pleine confiance de Dieu le Père, — Celui qui Lui a donné la plus entière satisfaction — Celui qui est assis à la droite de Dieu, occupé sans cesse de nos besoins, sur le fondement que nous appartenons à Dieu, étant déjà rachetés, et n’ayant plus aucune conscience de péché. Il se peut que nous ne puissions comprendre comment il se fait que des personnes si bénies de Dieu, soient si faibles, si misérables, si peu semblables à Celui qui, à ses propres dépens, nous a acquis la bénédiction et l’a rendue assurée. La foi reçoit de Dieu et Lui demande ce qu’Il destine à être notre force et notre consolation au milieu de notre faiblesse et de nos dangers. Sa réponse est que Christ est là pour plaider notre cause, aussi certainement que l’Esprit est ici pour nous en donner la conscience. Et c’est par le moyen de l’intercession de Christ à la droite de Dieu, que nous sommes amenés à sentir nos besoins et nos manquements. Nous ne jugeons jamais ces manquements sans recevoir une bénédiction morale au moyen de ce jugement. Toute la puissance de Christ reposant sur nous est proportionnelle à la profondeur de l’appréciation morale produite dans notre âme par l’Esprit de Dieu en réponse à l’intercession de Christ ; cela fait partie de l’effet de l’intercession de Christ pour nous que nous soyons amenés à sentir quand nous nous sommes égarés dans nos pensées et dans nos actes. Dans l’épître aux Hébreux, il ne pouvait pas être parlé du salut comme d’une chose passée. Nous savons que nous serons pleinement sauvés, et que Christ va venir pour cela. Quoiqu’il soit réservé aux hommes de mourir, il n’en est pas nécessairement ainsi pour les saints. Nous savons qu’il peut se faire que certains ne s’endorment jamais, et que les saints ne viendront certainement pas en jugement, même si tout ce qu’ils ont fait doive assurément être manifesté devant le tribunal de Christ. Mais Il est passé par la mort pour eux, et par conséquent, il n’est pas nécessaire qu’ils meurent ; Il a enduré le jugement comme nul autre ne le pouvait, et nous avons Sa propre parole pour nous assurer qu’en aucun cas nous ne viendrons jamais en jugement. Celui qui croit au Fils de Dieu « a la vie éternelle et ne viendra pas en jugement » (Jean 5:24). La conséquence en est, que, tandis que nous attendons Sa venue, nous savons que quand Il apparaîtra une seconde fois, ce sera sans péché et à salut (Héb. 9:28). Il a si parfaitement ôté le péché par le sacrifice de Lui-même, que, quand Il sera ainsi vu une seconde fois par ceux qui L’attendent, ce sera « sans péché » (à part toute question de péché, du moins pour ce qui les concerne), et « à salut », non pas pour le jugement. Le salut et le jugement sont deux choses qui, par dessus tout, présentent le contraste le plus complet. Vous ne pouvez avoir le jugement et le salut appliqués au même individu. Ainsi donc dans l’épître aux Hébreux, vous avez le salut en relation avec l’apparition de notre Seigneur la seconde fois. Dans l’épître aux Éphésiens, au contraire, nous sommes déjà sauvés, et il n’y est jamais fait allusion au retour de Christ pour recevoir Son peuple. Dans les épîtres où le salut est présenté comme devant être achevé bientôt, nous y trouvons la venue de Christ pour l’accomplir. Dans l’épître aux Philippiens, il est dit : « notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendrons le Seigneur Jésus-Christ comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité de Son corps de sa gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’Il a de s’assujettir même toutes choses » (Phil. 3:20-21). Nous avons donc là notre Seigneur transformant ce corps d’abaissement pour le rendre conforme au corps de Sa gloire, prouvant ainsi qu’Il est le Sauveur ; car ce n’est pas une délivrance partielle, mais un salut complet pour l’homme tout entier. Mais dans l’épître aux Éphésiens, où la venue de notre Seigneur n’apparaît jamais, ceci se lie au fait que le salut est vu comme un fait déjà accompli, et dont nous jouissons dès maintenant. Cette manière d’envisager le salut est rare dans l’Écriture : il est généralement envisagé comme quelque chose qui est encore devant nous. Les gens confondent le salut avec la justification ou la réconciliation avec Dieu ; or dans l’épître aux Romains la distinction est faite de manière évidente : « Si étant ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de Son Fils, beaucoup plutôt, ayant été réconciliés, serons-nous sauvés par Sa vie » (Rom. 5:10). Ainsi nous avons la réconciliation, mais non pas le salut au sens de ce passage. « Nous serons sauvés ». Il est vivant pour nous ; et en conséquence, nous allons être sauvés. Le salut se poursuit, et quand Christ reviendra en gloire, alors le salut sera complet. C’est pourquoi, en Rom. 13:11, cette doctrine est encore appliquée : « Maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru ». Nous ne l’avons pas encore, mais il est plus près, et nous l’aurons bientôt entièrement et parfaitement. Avant d’avoir cru, nous étions ennemis et perdus ; puis, ayant cru, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de Son Fils. Maintenant Il vit pour nous, et Il va bientôt revenir pour nous, et alors tout sera complet. Prenez maintenant les épîtres aux Corinthiens, et vous y trouverez le même enseignement. Le salut n’y est pas envisagé comme complet. C’est pourquoi l’apôtre dit qu’il mortifie son corps et l’asservit (1 Cor. 9:27). Il ne veut pas permettre qu’une convoitise mauvaise ait de l’emprise sur lui. Il pouvait prêcher au monde entier, mais si le mal avait le dessus sur lui, comment pourrait-il lui-même être sauvé ? Il présente la chose de la manière la plus forte possible, en rapport avec son propre cas, et il montre que prêcher (ce qui, pour quelques-uns, était plus important que Christ), n’a rien à faire avec le fait d’être sauvé : c’est la vie en Christ qui se lie au fait d’être sauvé ; car la grâce de Christ se manifeste dans une sainte soumission à Dieu et dans le jugement de soi-même quant au mal. Ce sont là deux conséquences inséparables du fait d’avoir la vie de Christ par la puissance du Saint Esprit dans l’âme. « Je mortifie mon corps », dit-il, « et je l’asservis, de peur qu’après avoir prêché à d’autres, je ne sois moi-même réprouvé ». Je prends ce mot de « réprouvé » dans le sens le plus fort, ce qui est même le seul sens scripturaire. Ce mot, dans le langage du Nouveau Testament, ne signifie pas simplement qu’un homme va perdre quelque chose, mais qu’il va perdre et son âme et Christ. Il n’y a aucun cas où ce mot soit employé dans les épîtres avec un sens modifié — il signifie invariablement « perdu pour toujours » ; modifier la force de ce mot n’est ni de la foi ni de l’intelligence. Ce n’est pas que Paul eût aucune crainte d’être perdu, mais il s’applique ce cas à lui-même, pour le rendre plus percutant, en faisant la supposition qu’il en vînt à renoncer à Christ et à la sainteté. Quelle est la conséquence ? Il aurait pu être alors prédicateur, et pourtant être un réprouvé. Personne de régénéré ne peut devenir un réprouvé ; aussi ne dit-il pas : Bien que je sois né de Dieu, je pourrais être un réprouvé. On ne peut pas, ni ne doit supposer pareille chose. Mais il donne cet exemple si sérieux de ce qui n’est que trop banal, hélas ! qu’un homme puisse prêcher à d’autres et être un réprouvé. Nous savons que l’un des apôtres a prêché et fait des miracles ; mais le Seigneur ne l’a jamais connu (Matt. 7:22-23). 2.2.8 Ch. 2:6-7 — Encore le salut — Dieu montrant les immenses richesses de Sa grâce Ceci montrera l’importance qu’il y a à laisser au salut la place que l’Écriture lui donne, selon toutes les manières dont elle l’envisage. Dans la plupart des passages de l’Écriture, il n’est pas envisagé de la même manière que dans l’épître aux Éphésiens, mais de la manière que je viens de décrire dans l’épître aux Romains, etc. On ne peut légitimement soulever la question de tomber loin, quand l’apôtre parle du salut dans ce sens, mais le fait est que nous n’avons pas encore comme notre portion actuelle tout le résultat de la bénédiction, ni toute la plénitude de délivrance. Qui pourrait dire que nous avons cette portion ? Ici, nous souffrons encore : alors nous serons entièrement en dehors de la scène de tentation. Dans l’épître aux Éphésiens, lorsque l’apôtre considère le caractère de notre vie, il dit qu’elle est entièrement hors de tout danger, de toute tentation, et de toute chose de ce genre. « Vous êtes sauvés par [la] grâce ». Il veut dire par là que nous avons été sauvés et que nous sommes sauvés ; c’est-à-dire que nous avons la jouissance présente de ce qui est déjà réalisé dans le passé et complet devant Dieu. C’est un fait accompli, parce que c’est en Christ, et dans les Éphésiens tout est considéré comme étant en Christ, notre paix entre autres. C’est pourquoi Christ lui-même est appelé plus loin « notre paix ». C’est pourquoi aussi, il est si vrai que le salut est envisagé comme étant en Christ, que, le Sauveur étant assis dans les lieux célestes, il est dit de nous que nous sommes complètement sauvés, non pas en voie de l’être, au point de ne plus avoir besoin de rien d’autre à cet égard. Et il est ajouté, en parfaite harmonie avec ce que nous venons de voir, que Dieu « nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans [le] Christ Jésus ; afin qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans [le] Christ Jésus ». Qu’y a-t-il de plus clair que le caractère complet de ce salut ? Combien il est manifeste qu’il se caractérise par une association avec Christ qui est au-delà de toute conception humaine ! Il est facile de concevoir que nous aurons bientôt une telle position de bénédiction, mais ce qui est merveilleux, c’est que cela puisse être annoncé comme étant la portion présente de pauvres et faible chrétiens, maintenant dans ce monde. Si nous nous arrêtons beaucoup sur des choses humaines, elles deviennent banales et sans valeur, et nous cessons de nous émerveiller ; mais quand il s’agit de cette œuvre glorieuse de Dieu dans Son Fils Bien-Aimé, plus nous y pensons, plus nous demeurons frappés d’étonnement devant elle ! Remarquez que le but est justement « qu’Il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans [le] Christ Jésus ». Autrement dit, ce n’est pas seulement que Dieu nous a regardés et nous donne ce dont nous avons besoin, mais Dieu a agi pour satisfaire Ses propres affections, par le moyen de Son Fils. C’est comme si Dieu disait : Je désire montrer ce que Je suis, et non pas simplement pourvoir à vos besoins. Ainsi, c’est Dieu s’élevant à la hauteur de Sa propre bonté, et agissant d’après ce qu’Il est, d’une manière complètement indépendante de ce que nous sommes, sauf que nous devenons l’occasion pour Dieu de montrer Son amour sans pareil ; et cela, non pas simplement maintenant, mais « dans les siècles à venir », ou, comme je le pense, pour un temps illimité. 2.2.9 Ch. 2:8 à 10 — Sauvés par la grâce et par la foi ; manifestation de la foi Mais ce n’est pas tout. L’apôtre nous met à nouveau en garde contre certaines conceptions erronées, en reprenant ou répétant l’expression : « Car vous êtes sauvés par [la] grâce » et y ajoutant « par la foi », ce qui confirme fortement ce qui a été déjà dit. Nous ne sommes pas sauvés par le dessein d’élection de Dieu, aussi vrai et béni soit-il, mais par le moyen de la foi dans nos cœurs, par le moyen de cette persuasion divine que le Saint Esprit opère dans le cœur de l’homme autrefois incrédule. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). Dieu n’introduit pas quelqu’un dans la relation d’enfant sans que son cœur et sa conscience n’aient été mis en action. Le Saint Esprit donne à un tel homme de sentir sa propre condition telle que Dieu la voit, et de connaître, malgré tout, ce que Dieu est pour lui en Christ. Il ne s’agit pas d’un simple acte notarial et froid, d’un salut mécanique, ni non plus d’un changement de la vieille nature pouvant servir de fondement à une espérance en Dieu. On ne peut pas plus se fier au sentiment humain, qu’à une simple acceptation des décrets de Dieu, fût-elle parfaitement orthodoxe. Quand Dieu parle dans Son Fils, et de son Fils, c’est une chose réelle, et d’une solennité dont celui qui écoute doit avoir la conscience plus ou moins profonde. Il n’a plus de mauvaise volonté ou d’indifférence quant à Christ. Il peut sentir le péché et se haïr lui-même comme jamais auparavant, justement parce qu’il est sous la main de Dieu et devant l’enseignement de Dieu. Ce que précisément vous alléguez pour prouver que vous n’êtes pas de ceux qui appartiennent à Dieu, est ainsi plutôt la preuve que vous en êtes. Si vous étiez mort quant à Dieu, sentiriez-vous ce qui L’attriste ? C’est quand Christ a commencé à reluire sur votre âme, que vous commencez à réaliser que vous gisiez dans tout ce qui est ténébreux et dégoûtant, quoiqu’une lueur d’espérance perce à travers les nuages. Vous avez sérieusement la conscience des choses mauvaises auxquelles vous étiez insensibles auparavant. C’est là un effet de la puissante opération de Dieu en grâce ; or la vie sans la foi ou la vie dans l’inconscience, cela n’existe pas. Il y aura toujours quelque chose qui éveille de nouvelles pensées et de nouveaux sentiments à l’égard de Dieu, une crainte et un désir à l’égard de Dieu, une horreur du péché, et une haine de soi-même. Toutes ces choses, et d’autres encore, traversent l’esprit de celui qui est né de Dieu ; et ce qui produit tous ces sentiments par l’Esprit de Dieu, c’est Christ — rien d’autre ne le fera. Autrement, il ne sert à rien de fréquenter une église ou une chapelle — de se joindre au meilleur ou au pire des témoignages : le principe sur lequel on y va, c’est de se croire obligé d’y assister, peut-être chaque jour — c’est de se croire obligé de rendre à Dieu un service religieux, et que, si on le fait diligemment, Dieu devrait se souvenir de nous sur le lit de mort et au jour du jugement. Voilà une partie des devoirs que l’homme accomplit dans l’espoir d’échapper à l’enfer. Or tout ceci se fonde sur une sorte d’obligation que l’homme ferait reposer sur Dieu. L’homme fait quelque chose, et il pense qu’à cause de cela Dieu doit user de grâce envers lui. Or ceci n’est rien moins que nier de manière flagrante à la fois le péché de l’homme et la grâce de Dieu. Car il est dit : « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). L’expression « être sauvé par la grâce » veut dire qu’on est sauvé par ce que Dieu est pour moi dans Son Fils, en dehors de la moindre chose en moi qui le mériterait. Consentez-vous à vous confier en Dieu seul pour votre salut, — en son Fils Bien-Aimé ? C’est là la foi. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi ». Si j’y mêle un brin de ce qui vient de moi, ce n’est à proprement parler ni la grâce ni la foi ; car la foi renonce à soi-même pour Christ, et la grâce est la pure faveur de Dieu envers moi, pécheur, à la croix. Quand j’écoute Christ, alors la parole de Dieu commence à agir à l’égard de tout ce qui, en moi, est égoïste et opposé à Dieu ; il ne faut pas que j’essaie de modifier la Parole de Dieu, ni de l’accommoder à mes propres pensées, ménageant ainsi un moyen d’accorder un peu d’indulgence à la chair. Je maintiens donc que le salut dont il est parlé dans l’épître aux Éphésiens est déjà complet pour celui qui croit — si absolu même, que nul ne peut rien y ajouter, parce que ce serait ajouter quelque chose à Christ, et à l’œuvre de Christ. Or ceci est impossible, vu que ce salut vient entièrement de la grâce gratuite de Dieu, imméritée et sans mélange. C’est là le grand point pour l’âme. Suis-je capable de me confier en Lui maintenant, en dehors de toute question de ce que je suis ou de ce que j’espère être, ou de ce que je devrais faire pour Dieu ? Puis-je me reposer sur Christ, quant à tout ce que j’ai été et tout ce que je suis, sans aucune promesse ni aucun gage de ma part — sans aucune espérance ni aucune pensée quant à ce que je puis faire, parce que Dieu pourrait m’enlever en un instant ? Puis-je me reposer en Lui entièrement et aveuglément ? Pensez au cas du brigand mourant, qui est un témoignage vivant et notoire du salut par grâce dans tous les âges. D’autres peuvent avoir une œuvre à accomplir ensuite, mais nous avons là un homme qui a été l’objet de la grâce dans les dernières heures de sa vie. Or il n’y a pas d’autre chemin. S’il avait même vécu mille ans de plus, il n’aurait pas été d’un millimètre plus en sécurité par grâce, qu’il ne l’était alors. Il est d’une grande importance de soumettre nos âmes à la pierre de touche de temps en temps, pour vérifier si nous nous reposons uniquement sur la grâce de Dieu envers nous, et non sur ce que les gens appellent la grâce en nous, c’est-à-dire notre fidélité envers Lui. Car c’est là l’idée de la grâce qui court partout. On veut parler d’un grand changement qui a eu lieu dans le cœur par rapport à Dieu. Ce que Dieu appelle la grâce, ce n’est pourtant pas ce changement, mais c’est ce qu’Il nous a donné gratuitement dans l’œuvre que Christ a accomplie pour le péché. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). L’Esprit exclut toute pensée selon laquelle l’homme contribuerait à la foi, ou se procurerait un crédit quelconque en venant à Christ, car Il dit immédiatement après : « Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (2:8). Ceci se rapporte probablement non seulement au salut, mais aussi à la foi ; c’était tout le don de Dieu, et non le fruit de l’homme : « Non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie » (2:9). Bien loin que ce soit une question de nos œuvres, c’est nous, qui sommes l’ouvrage de Dieu, la nouvelle création à Sa propre louange. « Car nous sommes Son ouvrage, ayant été créés dans [le] Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles » (2:10). Vous avez là une preuve claire qu’aucune négligence n’est admissible dans la marche du croyant ; et le même verset enlève toute pensée que l’œuvre de l’homme puisse être le fondement ou le moyen de salut. Nous voyons donc ici le croyant comme l’ouvrage de Dieu en Christ, et cela « pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles ». C’est une expression très remarquable, que nous ne saurions trop peser. Il ne s’agit pas des bonnes œuvres de la loi — ni de celles qui pourraient paraître telles au jugement de l’homme, mais d’un sacrifice [ou : offrande] d’un caractère nouveau, céleste et de grâce, qui était dans les pensées de Dieu et entièrement déterminé à notre égard avant qu’existât la scène où nous sommes maintenant. Le même Dieu qui, avant que le monde fût, avait le dessein de nous sauver et de nous bénir avec Christ, avait aussi devant Lui une certaine ligne de marche, un courant d’action spécial, dans lesquels Il avait la pensée que ceux qui auraient reçu une telle faveur, marcheraient. Ce n’est pas la pensée du bien que nous devrions faire en tant qu’hommes, comme moyen de montrer que nous désirons obéir à Dieu sous la loi. Ce n’est pas simplement aimer Dieu, et son prochain comme soi-même ; mais c’est un genre et une manifestation de l’amour tout différents. C’est un amour qui découle de nos nouvelles relations, et s’il doit s’exercer en aimant Dieu et en aimant ceux qui sont autour de nous, c’est selon l’amour si riche que Dieu nous a montré en Christ. Ce n’est pas un simple devoir, même dans la forme la plus élevée d’obligation. Si un homme marchait simplement de cette manière là, même tout le temps, il demeurerait en dessous de ce que le chrétien devrait être, et de toute façon, ce ne sont pas là « les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles ». La loi a été introduite par suite de la présomption et de l’auto-suffisance d’Israël ; elle n’est pas quelque chose que Dieu avait préparé à l’avance pour que Son peuple y marche. C’est pourquoi il est dit en Romains que la loi est intervenue (pareishlqen). C’était quelque chose arrivé incidemment, comme une sorte de parenthèse introduite dans un but spécial, mais très important. Or la loi a achevé ce qu’elle avait à faire, et le croyant, même s’il avait été sous la loi, est amené hors de sa sphère, et est fait vivant pour Dieu. Il a un nouveau mari, et est mort vis-à-vis du premier (Rom. 7:1-6). Mais la vérité est présentée ici sous une forme très belle, en harmonie avec le caractère de toute l’épître. Comme l’appel de Dieu, et Son dessein, et toutes Ses pensées à notre égard, existaient avant que le monde fût, ainsi aussi le caractère même de la marche du croyant était préparé avant que nous venions dans le monde, et il est, dans sa nature même, entièrement au-dessus de ce monde. Il s’agit que nous manifestions Dieu correctement, selon qu’Il se manifeste Lui-même maintenant. « Soyez imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants » (5:1). Quelle place merveilleuse que celle où nous sommes mis ! Nous avons été « créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles ». Nous avons un caractère de vie entièrement nouveau, jamais envisagé par la loi, et il y correspond un caractère de bonnes œuvres tout nouveau. 2.3 Ch. 2:11-22 2.3.1 Rappel de ce qui précède et rapport avec 2:11-22 Ici s’ouvre une section à part dans l’épître. Ce n’est pas le déploiement des pensées de grâce de Dieu, pensées qui, dès avant la fondation du monde, s’étendent jusqu’à l’héritage de gloire quand toutes choses seront assujetties à Christ — l’Église étant une avec Lui dans Sa suprématie sur tout (ch. 1). Ce n’est pas non plus le moyen par lequel Dieu relève des âmes qui, les unes autant que les autres, étaient mortes sous la puissance de Satan, et par nature enfants de colère, — les vivifiant avec Christ, et les ressuscitant, et les faisant asseoir ensemble en Lui dans les lieux célestes. Nous avons vu cela dans la première partie du chapitre 2. Mais, maintenant nous avons la mise à exécution actuelle des plans de Dieu dans le monde. Le ch. 1 nous a donné les conseils de Dieu à l’égard de ces âmes-là ; le ch. 2:1-10, présente la manière dont Il a opéré en elles ; et maintenant nous avons la manière dont Il a exécuté Ses plans sur la terre. Ceci fait ressortir d’une manière bien distincte la condition dans laquelle l’homme avait été auparavant. Il y avait déjà eu des voies de Dieu ici-bas. Après le déluge, quand le monde entier s’était éloigné de Dieu, et avait établi une forme de mal particulièrement pernicieuse — le culte de faux dieux, le vrai Dieu appela un homme pour le mettre à part des autres, et Il fit de lui le dépositaire de Ses promesses et de Son témoignage sur la terre. Ce fut Abraham et sa semence. À partir de cet appel d’Abraham, nous trouvons donc la scène des opérations de la puissance de Dieu, de Sa bonté et de Son gouvernement, quoique Son gouvernement en fût dissocié ensuite, puis remis aux Gentils, à cause du mal invétéré d’Israël. Mais la croix de Christ a mis fin à toutes ces épreuves. Dieu a bien tardé un bon nombre d’années après, dans Sa patience, comme nous le savons, mais le sort de la nation juive était scellé à la croix de Christ ; et dès ce moment-là, Dieu commença à manifester les desseins beaucoup plus profonds de Son amour. En ce qui concerne le peuple Juif, dans le meilleur des cas, en supposant qu’il eût été converti et qu’il eût reçu le Messie, il n’aurait pu être mieux ici-bas qu’un peuple terrestre. Ils auraient été régénérés, mais seraient restés terrestres. Les promesses qui leur étaient si pleinement et si richement accordées dans l’Ancien Testament se rapportaient à la terre. Je ne dis pas que la foi n’avait pas quelque chose de plus profond ; je ne dis pas qu’il n’y avait pas quelque chose hors de cette scène présente, dans la pensée cachée de Dieu. Mais, qu’il me soit permis de le répéter : ils étaient un peuple terrestre, et le don spécial de Dieu leur attribuait les « choses terrestres » du royaume ; et c’est par rapport à cette condition que Dieu déclare que Ses dons et son appel sont sans repentir (Rom. 11:29). Il avait donné des bénédictions terrestres aux Juifs, et les avait appelés à part pour jouir du pays. Ce sera réalisé dans une condition de gloire sous leur Messie. Dieu ne se repentira jamais de Ses desseins, et ne retirera pas Son don. Mais en attendant, toute l’histoire du rejet de Dieu par Israël est survenue, leur culte des idoles, et finalement la crucifixion de leur propre Messie ; pour le temps présent ils sont dépossédés de leur pays, et dispersés sur la face de la terre. 2.3.2 Ch. 2:11-12 — Succession de diverses dispensations — privilèges de l’Église par rapport à Israel Pendant, et même avant le temps de la dispersion d’Israël, dès le moment où leur culpabilité a été consommée, ce dessein céleste de Dieu a été manifesté progressivement sur la terre. Il faut nous rappeler en effet que l’Église a aussi une existence sur la terre et qu’elle entre dans les voies de Dieu ici-bas, outre le fait qu’elle est l’objet des conseils éternels de Dieu, et qu’elle a une part glorieuse dans le ciel avec Christ (c’est cette portion que nous attendons). C’est là le point auquel nous sommes arrivés dans cette épître. Nous avons vu les pensées plus profondes de Dieu, mais comme l’épître touche aux voies de Dieu sur la terre, nous n’aurions pas eu une vue complète de la place de l’Église, si la succession des dispensations ici-bas ne nous avait pas été donnée. C’est pour cela que les éléments qui composent l’Église nous sont présentés : « C’est pourquoi souvenez-vous qu’autrefois vous, les nations dans la chair, qui étiez appelés incirconcision par ce qui est appelé la circoncision, faite de main, dans la chair » (2:11). Nous sommes ici sur un terrain totalement différent. Il ne s’agit plus d’« enfants de colère », de personnes par nature aussi mauvaises et aussi mortes les unes que les autres, mais ici ce sont des hommes distingués par rapport à d’autres sur la terre — la circoncision d’un côté, et l’incirconcision de l’autre. Nous sommes donc sur un terrain terrestre, le terrain des voies de Dieu selon les dispensations, où Dieu sépare une partie du genre humain d’avec une autre, de Sa propre volonté ; ce n’est pas parce que l’une était meilleure que l’autre, mais c’était en vue de la manifestation de Sa sagesse et de Son dessein. La grande masse des Juifs était tout aussi mauvaise que les Gentils aux yeux de Dieu ; et certains Gentils étaient convertis, comme Job, tandis que beaucoup de Juifs périrent dans leurs péchés. Malgré tout cela, Dieu établit une différence entre Juif et Gentil, et Il dit : « Souvenez-vous qu’autrefois vous, les nations dans la chair ». Vous étiez parmi le reste du genre humain, laissés hors de l’appel de Dieu ; vous n’aviez pas été placés dans une position à part, de témoignage pour Dieu, comme le fut Abraham ; vous êtes appelés incirconcision par ce qui est appelé la circoncision. « Vous étiez en ce temps-là sans Christ, sans droit de cité en Israël » (2:12). Ils n’avaient aucune part à l’ordre établi de Dieu en Israël ; et ils étaient « étrangers aux alliances de la promesse ». Dieu donna de glorieuses promesses en forme d’alliance, et s’engagea à les accomplir. Les Gentils n’y avaient ni part ni portion. Il y avait des promesses au sujet des Gentils, mais aucune faite aux Gentils. Israël était la partie concernée par les promesses, eux et eux seuls. Or il faut nous rappeler soigneusement ce que signifient ces promesses. Elles ne furent faites ni à Abel, ni à Énoch, encore moins à Adam et Ève, bien qu’il soit courant de parler de la promesse faite au jardin d’Eden. Mais là, l’Écriture ne parle jamais de promesse. Si vous examinez Gen. 3, vous verrez la sagesse de Dieu qu’il y a en cela ; car ce ne pouvait en aucun sens être une promesse. À qui promettre ? À qui cela fut-il prononcé ? Au serpent ancien. Aucun croyant ne va imaginer qu’il y ait des promesses pour lui. C’était une menace de l’extinction de sa puissance. Dieu jugeait le péché qui venait d’entrer dans le monde : est-ce le temps convenable pour faire des promesses ? Au sens strict, c’est une révélation de Dieu, nullement en forme de promesse, mais une déclaration faite sous forme de jugement accusant publiquement le serpent, et montrant que la Semence de la femme lui briserait la tête. « Les promesses », donc, ne remontent pas avant Abraham : elles se rattachent aux dispensations de Dieu. On pourra demander : N’avons-nous pas des promesses ? Je réponds : Nous avons toutes les promesses de Dieu, mais où et comment ? Elles sont oui et amen dans le Christ Jésus (2 Cor. 1:20). Si nous avons Christ, nous sommes semence d’Abraham, et héritiers des promesses (Gal. 3:29), mais d’une manière totalement différente de celle dont les Juifs les ont eues autrefois, ou les auront bientôt. Nous entrons sur le terrain de la grâce pure, et comme entièrement en dehors de toute alliance. Il n’y a pas d’alliance avec l’Église, ni avec nous les Gentils. Je ne veux pas dire que nous ne recevons pas les bénédictions renfermées dans la nouvelle alliance : nous avons tout qui s’y trouve de béni, et mieux encore, mais nous ne l’avons pas comme Israël. Ils y ont part comme objets des promesses de Dieu, tandis que c’est la grâce souveraine qui nous a cherchés, trouvés, et bénis — nous n’avions droit à rien, et pourtant le meilleur nous est réservé. Nous entrons comme remplissant l’intervalle entre la réjection du Messie et Sa réception par Israël bientôt ; nous faisons partie de cette parenthèse, plutôt que des voies de Dieu ici-bas, et cela d’une manière fort intéressante, comme j’espère le montrer. Ici donc, c’est la différence qui est présentée en premier. Dieu veut que nous sachions quelle était notre condition. Nous n’avons droit à rien ; nous n’avons pas le moindre titre à faire valoir auprès de Dieu ; aucune place ne nous était spécialement attribuée, comme pour Israël par les promesses. Ceux d’Israël avaient une certaine place, même comme hommes inconvertis dans le monde ; et le jour approche où, après avoir été convertis, ils auront dans le monde une position très en vue — une distinction et une gloire terrestres qui n’ont jamais été et ne seront jamais notre portion. N’allez pas supposer que nous n’aurons pas bien mieux ; mais nous n’aurons jamais ce genre de place sur la terre. Nous aurons une place avec Christ dominant sur toutes choses, mais ce ne sera pas au temps de notre vie naturelle ici-bas. Vis-à-vis du monde, c’est dans l’état de résurrection que la gloire de l’Église doit être manifestée, dans toute sa plénitude. Ainsi l’Apôtre rappelle ici aux saints d’Éphèse ce qu’avait été leur condition comme Gentils. « Vous étiez en ce temps-là sans Christ, sans droit de cité en Israël, et étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance, et sans Dieu dans le monde » (2:12). Ils n’avaient point d’espérance. Ils n’attendaient aucune intervention divine pour les délivrer sur la terre : ils pouvaient rêver à ce à quoi les gens rêvent encore, — un perfectionnement de l’homme sur la terre. Ils n’avaient aucune relation avec Dieu dans le monde, tandis que les Juifs avaient Dieu pour diriger tous leurs mouvements, leur manière de vivre et la manière d’établir leur héritage. Dieu entrait dans toutes leurs affaires domestiques aussi bien que dans leur culte : tout faisait l’objet d’ordonnances spéciales de Dieu. S’ils avaient ainsi Dieu dans ce monde, les Gentils ne connaissaient rien de semblable. En dehors de cette condition misérable, dans quoi sommes-nous introduits ? Est-ce dans la position d’Israël ? Cela est traité ailleurs. Le grand point de Rom. 11, est de montrer que les branches naturelles de l’olivier ont été arrachées, afin que nous, qui étions des branches sauvages, nous soyons greffés dessus. Le sujet ici n’est pas l’Église, mais simplement la possession des promesses, et la place de témoignage pour Dieu ici-bas. Ce sont des choses distinctes. Toute personne baptisée — c’est-à-dire toute personne qui professe Christ extérieurement — appartient à l’olivier. Tous ceux qui sont tels ont une responsabilité spéciale, n’étant pas des païens (ni des Juifs non plus), mais parce qu’ils sont en possession des oracles de Dieu, et qu’ils portent le nom de Christ extérieurement. Mais en Éph. 2, il y a une ligne de pensée bien plus profonde : l’apôtre parle du corps de Christ et de l’assemblée de Dieu. Rappelons-nous qu’au commencement du christianisme, ces deux choses étaient très proches : en d’autres termes, l’assemblée ne se composait guère que de membres du corps de Christ, de vrais croyants unis à Christ par le Saint Esprit. Assez tôt des individus s’y glissèrent, qui n’étaient pas nés de Dieu, et bien sûr pas non plus membres de Christ, et ils entrèrent pourtant dans l’assemblée de Dieu. Ainsi le terme « chrétien » aujourd’hui, désigne quelqu’un qui n’est ni païen, ni Juif. C’est pourquoi en Rom. 11, il est parlé de branches arrachées ; et c’est pourquoi les branches qui sont greffées dessus sont maintenues en place par la bonté de Dieu, et sont averties d’y persévérer, de peur d’être arrachées à leur tour. Il est question de la profession, de ses dangers, et du sort qui l’attend immanquablement si elle n’est pas fidèle. Mais en Éphésiens il n’est pas question d’être coupé, parce que le sujet principal, c’est la condition de membres du corps de Christ. Certains parlent maintenant de ne pas déchirer le corps de Christ ; mais on ne trouve pas cela dans l’Écriture ni dans la lettre ni dans l’idée. Vous trouverez des passages qui insistent beaucoup sur la position solide des vrais croyants, et d’autres qui avertissent les professants qu’ils vont être réduits à rien ou bien jugés par Dieu. L’idée de retrancher un membre du corps de Christ n’existe pas. Il y a des avertissements solennels pour les chrétiens pour les préserver du mal, mais rien qui ressemble à de l’insécurité. 2.3.3 Ch. 2:13-14 2.3.3.1 Approchés par le sang de Christ En poursuivant le chapitre, le côté positif de la question apparaît. Les Gentils ne possédaient pas par nature les privilèges des Juifs. « Mais maintenant dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix, qui des deux en a fait un », — les Juifs et les Gentils, — « ayant détruit le mur mitoyen de clôture » (2:13-14). C’est ici la déclaration bien claire que les institutions mêmes établies par Dieu dans Ses voies avec les Juifs sont renversées maintenant. Dieu lui-même a détruit le mur mitoyen de clôture. Lui seul avait le droit de le faire. C’eût été un péché pour tout autre d’essayer de le faire. D’un autre côté, vous trouverez des personnes ignorantes de l’Écriture, qui soutiendront que, parce que Dieu a commandé ces choses autrefois, Il doit toujours les approuver. Rien n’est moins fondé. C’est limiter Dieu à des bornes, et fermer les yeux sur les déclarations les plus claires de Sa Parole. Dans toute une partie importante du Nouveau Testament, Dieu met de côté les institutions juives, dans tous leurs éléments. Sans doute il y a des principes moraux qui étaient vrais avant la loi — des voies révélées de Dieu depuis le commencement, qui doivent toujours régler la conduite de l’homme en rapport avec Dieu ; mais ces choses n’ont pas nécessairement rapport avec la loi. Sous le système de la loi, elles pouvaient se trouver plus ou moins incorporées dans la loi et prendre la forme de commandements ; mais leur racine est bien plus profonde que la loi donnée à Moïse. Les idées dont je parle sont fondées sur la notion fausse que, si l’on parle de délivrance du chrétien de la loi, certains pensent que vous êtes en train de détruire toute moralité et de renverser la sainte mesure divine du bien et du mal. Mais il ne nous convient pas de juger ce qui est le plus à la gloire de Dieu. L’humilité se trouve dans l’obéissance, et se prouve par elle ; et l’obéissance dépend de la soumission à la parole de Dieu. Le même acte, selon les circonstances, peut être un devoir ou un crime : le seul test infaillible pour le croyant, c’est la Parole de Dieu. C’était un péché pour les Juifs de ne pas détruire tous les Cananéens : Dieu leur avait commandé de le faire — Il est seul compétent pour juger, et le seul à avoir le droit de commander par Sa volonté souveraine. Si un chrétien faisait maintenant la même chose, ce serait se tromper sur la pensée de Dieu. Le monde est tenu d’agir à l’égard des meurtriers aussi rigoureusement aujourd’hui que jamais : Dieu n’a nullement révoqué la parole prononcée sur le caractère sacré de la vie humaine. Dieu l’a établi longtemps avant la loi de Moïse, et longtemps avant qu’existe la distinction entre Juifs et Gentils, et elle n’est annulée ni par la loi donnée à Israël, ni par l’Évangile qui répand aujourd’hui la grâce dans le monde. Le gouvernement parmi les hommes repose sur son fondement propre, et était compris dans la délégation d’autorité donnée à Noé (Gen. 9:6) ; mais le chrétien est en dehors et au-dessus de tout cela. Il est appelé d’un appel nouveau, et c’est ce que nous avons ici. « Mais maintenant dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ » (2:13). Notre tâche n’est pas le maintien de l’ordre dans le monde ni le châtiment de ses désordres ; mais un nouvel édifice s’élève et croit, sur le fondement béni, saint et divin du sang de Christ, par lequel nous sommes approchés de Dieu. Il ne s’agit pas de ce que nous allons être bientôt, mais de ce que nous sommes maintenant. Nous avons « été approchés par le sang du Christ ». 2.3.3.2 Christ notre paix Rien ne saurait être plus clair et positif, « car c’est Lui qui est notre paix » (2:14) — expression bien merveilleuse ! Notre paix n’est pas seulement quelque chose dont nous jouissons intérieurement, mais c’est Christ en dehors de nous. Si les âmes ne se reposaient que sur cela, y aurait-il de l’anxiété quant à la plénitude de la paix ? C’est entièrement ma faute si je ne me repose pas sur cela, et si je n’en jouis pas. Or ceci étant admis … dois-je douter que Christ soit ma paix ? Je le déshonore si je le fais. Si j’avais une personne se portant caution pour moi, et dont la richesse soit inépuisable, pourquoi douterais-je de ma situation et de mon crédit ? Ils ne dépendent ni de ma richesse, ni de ma pauvreté : tout dépend des ressources de celui qui s’est rendu responsable pour moi. Il en est ainsi avec Christ. C’est Lui qui est notre paix, et il est tout à fait impossible qu’Il vienne à manquer. Lorsque le cœur a confiance à cet égard, quel en est l’effet ? Nous pouvons alors trouver le repos et la jouissance. Comment jouir d’une bénédiction avant d’y croire ? Il faut commencer par croire avant de jouir des bénédictions ou privilèges. Dans Sa grâce, le Seigneur donne très tôt à Son peuple des transports de joie, mais la joie peut être fluctuante. La paix est, ou devrait être quelque chose de permanent : le chrétien y a toujours droit, pour la raison que Christ est notre paix. Il n’est pas appelé notre joie, et Dieu n’est pas appelé le Dieu de joie, mais de paix, parce qu’Il L’a accomplie lui-même : et elle repose entièrement sur Christ. « C’est lui qui est notre paix, qui de deux en a fait un, ayant détruit le mur mitoyen de clôture » (2:14). 2.3.3.3 Comment Christ est notre justice Il y a une notion très répandue, mais inconnue dans la Bible, selon laquelle Christ a accompli notre justice quand Il était ici-bas. Or je ne mets pas en doute que la vie de Christ était nécessaire pour répondre à ce que demandaient Dieu lui-même et Sa loi sainte, aussi bien que pour Le manifester Lui-même et Son amour ; mais la justice que nous sommes devenus en Christ est une tout autre pensée — non pas la loi accomplie par Lui, mais la justice justifiante de Dieu, fondée sur la mort de Christ, manifestée dans Sa résurrection, et couronnée par Sa gloire dans le ciel. Ce n’est pas simplement Christ accomplissant notre devoir pour nous, mais Dieu pardonnant mes fautes, jugeant mon péché, et trouvant même une telle satisfaction dans le sang de Christ, que maintenant Il ne saurait trop faire pour nous ; cela devient, si je puis m’exprimer ainsi, une dette positive envers Christ, à cause de ce que Christ a souffert. On ne réalise pas que la loi est la puissance du péché (1 Cor. 15:56), et non pas de la justice. Si Christ n’avait fait que garder la loi, ni votre âme ni la mienne n’auraient pu être sauvées, encore moins bénies, comme nous le sommes. Quel que fût celui qui aurait gardé la loi, ce n’aurait été que la justice de la loi, et non pas la justice de Dieu, laquelle n’a aucun rapport avec l’obéissance rendue à la loi. Il n’en est jamais parlé ainsi dans la Parole de Dieu. Parce que Christ a obéi jusqu’à la mort, Dieu a introduit une nouvelle sorte de justice, — non pas la nôtre, mais la Sienne, à Lui, en notre faveur. Christ est devenu malédiction pour nous sur le bois (Gal. 3:13) ; Dieu L’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). Si la doctrine courante sur ce sujet était vraie, nous pourrions nous attendre à ce qu’il fût dit : « Il a obéi à la loi pour nous, afin que la justice légale nous fût imputée ou transférée ». Or la vérité est en contraste à tous égards avec de telles idées. Assurément l’obéissance de Christ à la loi n’est pas la même chose que Dieu faisant Christ péché. Il en est de même du passage dont on se sert si souvent : « Par l’obéissance d’un seul, plusieurs seront constitués justes » (Rom. 5:19). Comment Son obéissance est-elle liée ici à la loi ? L’apôtre, il est vrai, introduit la loi dans le verset suivant, mais comme une chose nouvelle et additionnelle, introduite incidemment. De plus, Adam ne connaissait pas le sens de l’expression « la loi » bien que sans aucun doute il fût sous une loi qu’il a enfreinte. Qu’est-ce que les mots « tu ne convoiteras point » auraient pu signifier pour Adam dans l’innocence ? Son expérience ne comportait aucun sentiment de ce genre. Nous voyons donc que ce ne fut qu’après la chute de l’homme que la loi fut donnée, au temps convenable, pour condamner la manifestation du péché. Or Christ est mort pour le péché et sous le péché — notre péché. Quelle en est la conséquence ? Tous les croyants maintenant, Juifs ou Gentils, dans le Christ Jésus, sont introduits dans une position entièrement nouvelle. Le Gentil est retiré de sa position d’éloignement de Dieu ; le Juif est retiré de la proximité où le mettait la dispensation judaïque ; les uns et les autres jouissent d’une bénédiction commune dans la présence de Dieu, qu’ils n’avaient jamais eue auparavant. L’ancienne séparation disparaît et fait place, par la grâce, à l’union dans le Christ Jésus. Quand cela a-t-il commencé ? Question importante, car c’est réellement la réponse à la question : — Qu’est-ce que l’Église, selon les Écritures ? Demandez à beaucoup d’enfants de Dieu. Ne vont-ils pas dire : L’ensemble de tous les croyants ? Mais est-ce là le corps de Christ qui nous est montré ici ? Il y avait des saints depuis le commencement, tous ceux qui étaient nés de Dieu ; mais furent-ils constitués en une assemblée unie sur la terre ? Y a-t-il jamais eu dans l’Ancien Testament quelque chose qui corresponde au « seul corps » ? Jusqu’au jour de la Pentecôte, on n’en avait jamais entendu parler, sinon comme une chose promise. Il fallait attendre la croix de Christ. C’est en elle que Dieu a aboli l’inimitié. Auparavant Dieu avait commandé aux Juifs de rester séparés des Gentils, et notre Seigneur a maintenu fortement cette séparation quand Il était sur la terre. Il enjoignit à ses disciples de n’entrer dans aucune ville des Gentils (Matt. 10:5). Il dit à la femme Syro-phénicienne qu’il n’était envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (Matt. 15:24). Elle s’était placée sur le terrain des promesses, et Il lui montrait qu’elle n’avait ni part ni portion dans les promesses. Si elle s’était adressée à Lui comme Fils de Dieu, notre Seigneur l’aurait-Il fait attendre ? Elle faisait appel à Lui comme Fils de David ; or en cette qualité, Sa relation était avec Israël. Il fallait qu’elle apprenne l’erreur de se placer sur le terrain de promesses auxquelles elle n’avait pas droit. C’est souvent là la raison pour laquelle les gens ne jouissent pas de la paix. Ils plaident les promesses de Dieu ; mais à quoi servent-elles si elles ne sont pas pour moi ? Rien d’étonnant que la réponse tarde ! C’est aussi la raison pour laquelle il y a en général si peu de paix solide. Qu’il était bon pour la pauvre femme, qu’il est bon pour nous, de connaître et de confesser ce que nous sommes réellement. Elle reconnaît qu’elle n’était ni un enfant, ni une brebis. « Cependant les chiens mangent ! » Elle voit bien pourquoi elle ne pouvait obtenir ce qu’elle désirait sur le fondement erroné de privilèges qu’elle ne possédait pas. Elle est amenée à se reconnaître dénuée de toute promesse ; alors il n’y a pas de limite à la bénédiction dans la grâce de Christ. « Ô femme ! ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux ». Les deux cas où le Seigneur a admiré la foi de ceux qui venaient à lui sont des Gentils — le centurion et la Syrophénicienne. Notre Seigneur ne peut démentir Son amour, et ils le savaient. C’est pourquoi ils insistent sur ce qu’ils demandent. C’était au milieu d’une profonde ignorance, mais au fond, l’œil était simple, et l’objet sur lequel cet œil se reposait, c’était Celui qui pouvait bénir au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer. En conséquence la bénédiction ne pouvait être perdue, et même si elle était retardée, elle était infinie. 2.3.4 Ch. 2:15-16 — Ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements — un seul homme nouveau Ainsi dans cette épître nous avons les Gentils dans la condition la plus déplorable d’éloignement de Dieu et de séparation de tout ce que Dieu avait choisi sur la terre. Mais la croix de Christ a anéanti toutes les distinctions de ce genre. Elle a prouvé que les Juifs si favorisés étaient encore plus iniques que les pauvres Gentils, pour autant que cela soit possible. Ils avaient rejeté et crucifié leur propre Messie ; et ceux d’entre eux qui insistaient le plus pour Sa mort, c’était les prêtres : il en est toujours ainsi. Ce qui est le plus sans cœur, c’est la religion de ce monde ; s’il en était déjà ainsi à l’époque, c’est encore pire aujourd’hui. Qu’est-ce qui est pire sous le soleil que la contrefaçon du christianisme ? Elle peut employer un beau langage, et être mélangée à une bonne proportion de vérité ; mais la conscience n’y est pas purifiée, ni les affections divines ; le plus terrible sera sa fin. Nous avons besoin de prendre garde à ce que nous approuvons dans le temps présent, car le temps est court. Le Seigneur a mis en lumière ce qu’est Son Église. La volonté de l’homme a ramené du tombeau de Christ la loi des commandements, et cherche à la remettre en vigueur. On trouve cela partout dans la chrétienté. Pourtant devant un chapitre comme le notre, où nous trouvons que toutes les institutions spéciales de Dieu en rapport avec Son peuple terrestre, y compris les malédictions et tout le reste, sont mises de côté par l’autorité de Dieu, même pour les Juifs croyants, il est inimaginable, si on ne réalise pas la puissance de Satan, à quel point les chrétiens peuvent les relever et les récupérer. C’est une négation pratique du sang et de la croix de Christ. Quelle preuve solennelle de l’état de ruine de l’Église de Dieu ! La vérité est pourtant claire : « Ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements, qui consiste en ordonnances ; afin qu’il créât les deux en lui-même pour être un seul homme nouveau, en faisant la paix ; et qu’il les réconciliât tous les deux en un corps à Dieu par la croix, ayant tué en elle l’inimitié » (2:15-16). C’est à cette figure d’un seul homme nouveau, que correspondent les chrétiens. Un tel état de choses n’a jamais été connu pendant tout le temps de l’Ancien Testament, et même pendant la vie de notre Seigneur sur la terre. Ce ne fut qu’après l’ascension que les Juifs et les Gentils ont été unis sur la terre, et ont adoré Dieu sur un pied d’égalité. C’est là l’Église. Ce n’est pas simplement qu’ils sont tous des croyants, mais ils sont membres de Christ et membres l’un de l’autre sur la terre (1 Cor. 12:27 ; Rom. 12:5). Sans doute, lorsque nous irons au ciel, ce sera encore l’Église ; mais elle commence ici-bas, avec Christ crucifié et monté au ciel. Une fois qu’Il y a ainsi pris Sa place, alors commence l’œuvre de formation du corps en union avec la Tête. Toutes les distinctions ont disparu dans la sphère de l’Église. La nature de l’Église ressort à l’évidence des paroles suivantes : Afin « qu’il les réconciliât tous les deux en un seul corps à Dieu sur la croix, ayant tué en elle l’inimitié » (2:16) — or cette inimitié était inhérente aux commandements de la loi, qui séparaient rigoureusement et totalement l’un de l’autre. 2.3.5 Ch. 2:17 — Christ source de l’évangile, et non pas la loi Mais Christ « étant venu, il a annoncé la bonne nouvelle de la paix à vous qui étiez loin, et à ceux qui étaient près ». Tout est attribué à Christ, parce que tout est fondé sur la croix ; et c’est Christ, par le Saint Esprit, qui proclame maintenant cette paix céleste aux Gentils autrefois si éloignés, aussi bien qu’à Israël jusqu’alors si favorisé. Lorsque cette vérité est inconnue, on peut plus ou moins prêcher Christ, et discourir longuement en généralités sur les promesses de Dieu ; mais un Juif le ferait tout aussi bien ; et c’est spécialement à eux qu’il sera bientôt donné de chanter le cantique que « la bonté de l’Éternel demeure à toujours » — c’est le grand thème des Psaumes en rapport avec le millénium. La position pratiquement juive que prennent la plupart des chrétiens, les conduit à se servir des Psaumes de David comme la substance principale de la communion chrétienne, et comme l’expression de leur propre condition devant Dieu. Toute l’Écriture a bien sûr été donnée par Dieu pour le profit et la bénédiction du chrétien. Mais dois-je offrir un taureau et un bouc au motif que tel était le commandement autrefois ? Imiter le Lévitique est une chose, le comprendre en est une autre, bien différente. « Par la foi nous établissons la loi » (Rom. 3:31), mais nous ne sommes pas sous la loi. C’est ainsi qu’en parlant de ma marche comme chrétien, l’apôtre Paul dit que le péché ne dominera pas sur moi, parce que je ne suis pas sous la loi, mais sous la grâce (Rom. 6:14). Qu’il est triste de voir l’ensemble des Évangéliques prêcher le contraire avec zèle ! Ils peuvent prêcher une certaine mesure de vérité sur d’autres sujets, mais ils ne peuvent pas prêcher l’évangile, et ils nient l’Église de Dieu. Le chrétien n’est en rien du tout sous la loi, parce qu’il est sous Christ mort et ressuscité. Christ a été autrefois sous la loi, mais je n’avais alors aucun contact avec Lui. Il est sorti de cette position à la croix, et c’est là que mon association avec Christ a son point de départ. Je suis uni à Christ dans le ciel, non pas sur la terre. Christ dans le ciel a-t-Il affaire avec la loi ? C’est pourquoi il est dit que nous sommes sous la grâce et non pas sous la loi. De plus, cette doctrine est tout à fait pratique. Le niveau de la marche est incroyablement abaissé lorsqu’on se trompe sur ce sujet. Après qu’une âme a cru, Satan s’efforce de ramener la loi, s’il n’arrive pas à pervertir la loi pour l’empêcher de croire. 2.3.6 Ch. 2:18 — Unis par l’Esprit — accès au Père par l’Esprit Ici c’est donc la paix qui est prêchée « à vous qui étiez loin, et à ceux qui étaient près ; car par lui nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit » (2:18). Au lieu de la loi qui établissait une distinction entre le Juif et le Gentil, le Saint Esprit les unit sur un terrain commun, et les place dans une relation commune comme fils ayant à faire au Père. C’est là notre position. Lorsque Dieu agissait comme gouverneur, Il choisit une nation ; Il avait Ses propres serviteurs. Maintenant qu’il a une famille, tout cet ordre de choses précédent disparaît. Il a Ses enfants, et veut les avoir près de Lui. C’est à la croix de Christ que prennent fin toutes les formes juives quant aux lieux saints, aux jours consacrés, à la sacrificature et aux sacrifices. Dieu a essayé jusqu’au bout, et abandonné, toute transformation des hommes par une religion visible, ou par la vue ou les sons qui frappent les sens. Le Saint Esprit envoyé du ciel conduit les enfants de Dieu pour les approcher du Père. Comment un chrétien peut-il reconnaître que c’est là ce que Dieu lui a donné pour le guider, et néanmoins prendre part, ne fût-ce que par sa présence, à ce qui est positivement juif ? Ce que Dieu a disposé pour les Juifs, et ce qu’Il enjoint au chrétien, sont des choses bien différentes. Nous ne sommes pas des Juifs, mais des chrétiens. Ce sur quoi Il insiste auprès des chrétiens, est bien plus tranchant à l’égard de la nature, et honore beaucoup plus Christ, que tout ce qu’Il a pu faire ou donner à Israël. Il nous a amenés à Lui comme Sa famille, et par Christ nous avons « accès auprès du Père par un seul Esprit » (2:18) — nous, c’est les Juifs et les Gentils. Jusqu’à quel point le réalisons-nous en pratique ? Allons-nous accepter l’incrédulité qui retourne aux faibles et misérables éléments du monde (Gal. 4:9) ? ou bien allons-nous rester attachés à Christ seul, rendant culte à Dieu dans l’Esprit ? Nous pourrons avoir à souffrir, si nous demeurons fidèles à la grâce et à la vérité ; mais bienheureux sommes-nous, s’il en est ainsi. 2.3.7 Ch. 2:19-22 — La maison de Dieu Il ajoute encore : « Ainsi donc vous [les Gentils] n’êtes plus étrangers, ni forains, mais concitoyens des saints, et gens de la maison de Dieu » (2:19). Ils avaient été retirés de cette condition d’éloignement, et appartenaient désormais à la maison (*) de Dieu, « ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes » (2:20) — non pas sur le fondement de la loi. Quels prophètes ? Ceux du Nouveau Testament uniquement. Dieu ne s’est pas servi d’un ancien fondement, mais en a posé un nouveau ; et Il a commencé ce nouveau fondement en Christ mort et ressuscité. C’est le fondement non pas des prophètes et des apôtres, mais « des apôtres et prophètes ». La phrase, en Grec, signifie que ces deux classes, les apôtres et prophètes, ont été unies dans ce travail commun. Ils étaient employés ensemble à poser cette base commune. Il est parlé au ch. 3:5 du mystère du Christ, « lequel, dans d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes comme il a été révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit ». Ces paroles écartent toute controverse, car elles prouvent qu’il n’est question que du temps présent. De même au ch. 4:11 : « Et lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes ». Certains écrivains du Nouveau Testament n’étaient pas apôtres, et ils étaient pourtant tout autant inspirés. Il est donc dit de nous, que nous sommes édifiés sur ce « fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin » (2:20). Ce n’est pas seulement la prophétie ou la promesse, mais « Jésus-Christ Lui-même » — Sa Personne. C’est ce que l’apôtre Pierre avait appris des lèvres de notre Seigneur : « Sur ce roc, je bâtirai mon assemblée », c’est-à-dire sur la confession de Christ comme le Fils du Dieu vivant. De même ici, vous avez Jésus Christ comme la maîtresse pierre du coin. Or ici, ce n’est pas Christ qui bâtit, comme en Matthieu ; mais ces apôtres et prophètes sont employés (d’une manière subordonnée bien sûr), parce qu’ils ont été les instruments pour révéler l’Église. Ainsi l’Écriture limite l’Église à ce qui a suivi la mort et la résurrection de Christ, et la fait dépendre du Saint Esprit envoyé du ciel pour les former en un seul corps sur la terre. « En qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croit pour être un temple saint dans le Seigneur » (2:21). La chose n’est pas encore complète. « En qui aussi vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). Dieu avait autrefois une habitation sur la terre, le temple ; Il y habitait, non par l’Esprit, mais de manière visible. Maintenant Dieu habite sur la terre d’une manière encore plus bénie, savoir par l’Esprit. Le Saint Esprit constitue les saints en habitation divine, et les unit comme un seul corps. Il habite dans l’Église, faisant d’elle le temple de Dieu. Ce n’est pas Son habitation dans les individus que nous avons ici. Cette dernière vérité est absolument vraie et importante ; mais en outre, Il habite dans l’Église : Il fait de l’Église l’habitation de Dieu. Quelle vérité ! Il est clair que ce que Dieu demande, c’est que nous marchions fidèlement dans la vérité, et selon Christ. (*) note de Bibliquest : les versions anglaises (JND, WK, version autorisée du roi Jacques) traduisent « gens de la maison » par un seul mot : « household ». Le texte grec ne comprend pareillement qu’un seul mot pour cette expression. 3 Chapitre 3 3.1 Généralités 3.1.1 Structure de l’épître en parenthèses Nous avons ici un exemple remarquable du style de l’épître marqué par des parenthèses : le chapitre 3 dans son entier en est une. Nous trouverons des parenthèses emboîtées à l’intérieur de parenthèses. Si on ne le voit pas, on augmente les sources d’incompréhension de l’épître ; mais une fois qu’on s’en rend compte, tout est facile. Notons à cette occasion combien il est approprié moralement de se servir de cette manière d’écrire par parenthèses pour décrire ce qui est justement en soi une sorte de parenthèse dans les voies de Dieu. Nous pouvons chercher, par la grâce de Dieu, à apprendre et à considérer la raison de ces digressions, en forme de tiroirs de longueur peu ordinaire. Tout le chapitre 3 s’intercale entre la doctrine de la fin du chapitre 2 et l’exhortation du début du chapitre 4, qui est fondée sur cette doctrine du ch. 2. Quel est le sens de cette diversion ? Le Saint Esprit s’arrête tout à coup au milieu du développement de la doctrine : où veut-Il nous conduire ? La réponse, je crois, est très claire. Il vient juste de commencer à parler de ce qui a dû paraître une grande pierre d’achoppement pour les Juifs, savoir la formation par Dieu d’un seul corps dans lequel il n’y a ni Juif ni Gentil. Je suis au regret de dire que bien des chrétiens aujourd’hui ne sentent même pas la difficulté, ni ne comprennent cette vérité. La raison en est qu’ils ont fort peu saisi la fidélité et les desseins de Dieu. Or c’est une épreuve réelle pour la foi d’un esprit pieux, lorsqu’une partie de la vérité de Dieu semble en contredire une autre. Il ne peut y avoir de désaccord réel ; tout est nécessairement d’une harmonie et d’un accord parfaits. Mais nous ne sommes pas toujours capables de comprendre comment les différentes parties de la vérité se lient ensemble. Quand nous sommes ainsi dans l’ignorance, nous devrions attendre avec foi, sans avoir ni doute ni indifférence. 3.1.2 La part de l’Église était une grande nouveauté Cherchons un instant à nous mettre à la place des croyants juifs, avec tout leur héritage de pensées, de sentiments et de préjugés en tant que saints de l’Ancien Testament. Imaginez qu’on leur présente avec clarté et insistance des paroles du genre : un seul corps, — ni Juif ni Gentil, — l’inimitié tuée, — le mur mitoyen de clôture détruit. Quelles vérités pour un Juif ! N’était-il pas extraordinaire que Dieu détruise ce qu’Il avait édifié, et si longtemps approuvé ? N’était-il pas extraordinaire que Dieu, après avoir créé la distinction entre Juifs et Gentils, et avoir insisté dessus, sous peine même de mort pour ceux qui n’y avaient pas égard, — que Dieu Lui-même le réduise à néant et introduise quelque chose d’entièrement différent de l’ordre ancien, et incompatible avec lui ? Il n’est pas étonnant que ce soit une difficulté si on amalgame tout cela pour en faire la pensée de Dieu pour la même période de temps. Mais il y a une clef à toute cette énigme : c’est que Dieu ne les a pas instituées pour la même époque. Ainsi toute la difficulté se réduit à ceci, que Dieu, à une époque, a établit la distinction entre Israël et les Gentils, puis maintenant et pour un temps, Il trouve bon de l’abolir et d’introduire quelque chose d’entièrement nouveau. La première partie du chapitre 3 est consacrée à l’explication de ce côté spécial du mystère de Christ, selon lequel les Gentils sont mis en avant et exactement au même niveau que les Juifs croyants qui reçoivent Christ maintenant, en sorte que dans ce monde ils ne forment qu’un seul et même corps. Or plus un homme s’attachait à la vérité de la loi et des prophètes, plus ce côté du mystère de Christ devenait insurmontable, parce que l’Ancien Testament ne parle jamais d’un tel état de choses. De fait, si l’on ne connaissait que les anciennes révélations hébreues, c’était un renversement sans précédent devant lequel on se retrouvait sans préparation. Il y avait même la difficulté apparente d’aller à l’encontre de la parole de Dieu exprimée clairement. C’est donc justement l’obstacle que le Saint Esprit enlève ici. Remarquez tout d’abord la sagesse de Dieu qui pose un fondement admirable avant d’introduire la nouvelle doctrine. Nous avons ainsi vu (ch. 1) les conseils de Dieu, de toute éternité, centrés sur Christ, et embrassant la pensée glorieuse d’âmes tirées du monde et rassemblées pour partager le même amour et la même gloire, dans lesquels Christ se trouve maintenant en la présence de Dieu. Ensuite (ch. 2), nous avons les moyens employés pour répondre au besoin d’âmes dont la condition sur la terre est la ruine. Enfin, au ch 3, nous avons une digression dont le but est d’expliquer pleinement la nature de cette partie du mystère qui a trait plus particulièrement aux Gentils. 3.1.3 Mystères Il faut se garder de la notion selon laquelle le « mystère », ou secret, signifie l’évangile. L’évangile en lui-même ne signifie pas, et ne peut jamais signifier un mystère. À sa base, l’évangile a toujours été devant les pensées du peuple de Dieu, sous forme de promesse, ou sous forme d’une révélation de grâce non encore accomplie. Mais nulle part, dans l’Écriture, l’évangile est appelé un mystère. Il peut être en relation avec un mystère, mais sans être le mystère lui-même. Ce n’était pas un mystère, qu’un Sauveur allait être donné : c’était même la première révélation de grâce, après que l’homme soit devenu pécheur. La Semence de la femme devait briser la tête du serpent. Un mystère est quelque chose qui n’était pas révélé autrefois, et qui ne pouvait être connu sans révélation. Dans les prophètes aussi, on a une pleine déclaration que la justice de Dieu allait bientôt venir, et l’affirmation aussi claire que possible que Dieu allait se manifester Lui-même comme Dieu-Sauveur. On y trouve aussi qu’Il allait en finir avec les péchés, et introduire la réconciliation et la justice éternelle (cf. Dan. 9:24). Toutes ces choses n’étaient, en aucun sens, « le mystère ». Le mystère signifie ce qui était gardé secret, — non pas ce qui ne pouvait être compris, ce qui n’est qu’une idée humaine du mystère. Le mystère est un secret qui n’avait point été révélé, — un secret que l’Ancien Testament n’avait pas encore dévoilé, mais que le Nouveau révèle pleinement. 3.1.4 Le mystère de Christ et l’Église Qu’est-ce donc que ce mystère ? C’est d’abord que Christ, au lieu de prendre le royaume prédit par les prophètes, allait disparaître complètement de la scène de ce monde, et que Dieu Le ferait asseoir à Sa droite dans le ciel, comme Chef de toute gloire, céleste et terrestre, et qu’Il remettrait tout l’univers entre les mains de Christ pour administrer le royaume et y maintenir la gloire de Dieu le Père. C’est là la première partie du mystère, la partie la plus essentielle. La seconde partie, qui a trait à l’Église, n’en est que la conséquence. La suprématie universelle de Christ n’est pas un thème de l’Ancien Testament. On l’y voit comme Fils de David, Fils de l’homme, Fils de Dieu, le Roi ; mais on ne voit nulle part l’univers entier de Dieu Lui être assujetti (ce serait plutôt le royaume sous tous les cieux). Dans cette suprématie sur toutes choses, Christ partagera tout avec Son épouse. Christ veut avoir Son Église partageant Sa domination sans limite, quand le jour de gloire commencera à briller sur le monde. Le mystère se compose donc de deux grandes parties, résumées ainsi en Éph. 5:32 : « Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’assemblée ». Ainsi le mystère ne signifie ni Christ seul, ni l’Église seule, mais Christ et l’Église unis dans une condition céleste de bénédiction et de domination sur tout ce que Dieu a fait. C’est pourquoi, comme nous l’avons vu au ch. 1, quand Christ a été ressuscité d’entre les morts, Dieu l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, bien au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination, et « Il a mis toutes choses sous ses pieds, et L’a donné pour être chef sur toutes choses à l’Assemblée » (1:20-22). Il n’est pas dit « sur l’Église », ce qui renverserait le mystère, au lieu de l’enseigner. Il sera chef sur Israël et sur les Gentils, mais il n’est jamais dit qu’Il règne sur l’Église. L’Église est Son corps. J’admets que c’est une figure, mais une figure qui donne l’idée d’une profonde intimité, pleine d’une très riche consolation, et de l’espérance la plus élevée. Les saints que Dieu appelle maintenant, partageront toutes choses avec Christ dans ce jour de gloire. Savoir ce qu’est la nature de l’Église devient donc un sujet du plus grand intérêt. Quand son appel a-t-il commencé ? quel est le caractère de cet appel ? et quelles sont les responsabilités qui en découlent ? 3.1.5 Des idées courantes à l’encontre du mystère de Christ L’épître aux Éphésiens est l’assise principale de la doctrine de l’Église ; or si l’Esprit de Dieu s’écarte ici de l’exposé proprement dit de cette doctrine, c’est pour donner un aperçu d’une des difficultés majeures qui s’y rattache, savoir que les croyants Gentils étaient réunis aux croyants Juifs dans l’unité du corps de Christ. Un Juif n’aurait pas trouvé trop étrange l’idée que Dieu bénisse un Gentil, mais il aurait pensé que sa bénédiction devrait être inférieure à celle d’un Juif, réservant la place de rang supérieur à Israël, et la place inférieure aux Gentils. La doctrine développée maintenant renversait tout cela. Pour un esprit nourri de l’Ancien Testament, cela revenait à saper la parole de Dieu exprimée clairement. Comment surmonter une objection si naturelle et si forte ? C’était une chose nouvelle, en vue du ciel, pendant le temps du rejet d’Israël sur la terre. En outre, c’est pour n’avoir pas compris ce qu’est « le mystère », ni ce qu’est réellement l’Église, qu’a surgi le système papiste ou anti-église. Mais ce n’est pas tout : les protestants se sont aussi écartés de la Parole de Dieu sur ce sujet par incrédulité vis-à-vis de notre relation céleste avec Christ, et par amour du monde — l’amour des honneurs présents et de la grandeur mondaine. Ils n’ont ni la foi ni la patience pour attendre le jour de Christ. Un chrétien est appelé à souffrir maintenant, à être rejeté comme mauvais (Luc 6:22), à attendre d’être glorifié avec Christ, — non pas seulement par Christ, mais avec Christ, — pour être avec Christ Lui-même là où Il est. Ceci suppose que notre place est « hors du camp », c’est-à-dire hors de toute forme de la religion mondaine (Héb. 13:13). Le monde ne se met-il pas maintenant à la place de l’Église de Dieu ? C’est la part de Babylone ; et même si l’expression la plus forte de Babylone — et son centre, si vous voulez — se trouvent dans le papisme, ce système de confusion n’est pas limité à Rome. Nous ferions bien de regarder plus près de chez nous et d’examiner à quoi nous en sommes, de voir si nous ne sommes pas entraînés dans une grave incompréhension de ce pour quoi Dieu nous a sauvés. Les chrétiens en général réalisent-ils seulement qu’ils sont sauvés ? Sont-ils pénétrés simplement du bonheur de demeurer dans l’heureuse conscience d’avoir part au salut de Dieu ? Regardez les hymnes qu’on chante, pensez aux prières offertes. Ce sont les aspirations d’âmes inquiètes et troublées, qui se nomment pécheurs misérables, parce qu’elles n’ont pas la conscience de posséder la bénédiction, mais se bornent à la désirer. Est-il possible d’en arriver à ce que les âmes mettent au rang de l’humilité leurs doutes au sujet de Dieu ? qu’on vante comme faisant bien partie du culte de Dieu l’expression de la misère et de l’esclavage des âmes rachetées, au jour même qui proclame que leurs péchés sont effacés et que leur paix a été faite ? Où est, dans tout ceci, le simple repos du cœur dans la connaissance d’une rédemption accomplie, dans la connaissance que le chrétien en a entièrement fini avec ses péchés en ce qui concerne le jugement de Dieu ? Assurément il reste toujours pour nous la nécessité de reconnaître nos péchés, et de nous juger nous-mêmes ; mais c’est une toute autre sorte de jugement et de confession ; c’est la confession d’âmes qui se condamnent d’autant plus qu’elles n’ont aucun doute d’être fils de Dieu — de cœurs qui sont parfaitement en paix, et qui expriment leur bonheur dans des chants de louanges et des actions de grâces au Dieu qui les a sauvés pour toujours. 3.2 Ch. 3:1-2 3.2.1 Ch. 3:1 C’est sur la base d’un salut achevé que le Saint Esprit amène à comprendre l’Église. Si vous ne connaissez pas la rédemption de Christ comme une chose accomplie, et même comme une chose acceptée par Dieu en notre faveur, et si vous ne vous reposez pas sur cette rédemption, vous ne pouvez pas avoir la moindre idée vraie de l’Église. Ceci montre l’extrême sagesse de l’Esprit de Dieu qui introduit ici la doctrine de l’Église après avoir pleinement traité et réglé toute la question du salut. « C’est pour cela que moi, Paul, le prisonnier du Christ Jésus pour vous, les nations » (3:1). Il souffrait même jusqu’à être lié de chaînes à cause des Gentils. Partout où une personne prend vraiment sa place comme membre du corps du Christ, lui est-il encore possible de recevoir de l’honneur dans le monde, ou d’échapper à l’opprobre et à l’épreuve ? La vraie demeure de l’Église est dans le ciel, mais lui qui présentait cette vérité bénie sur la terre, était content d’être prisonnier. 3.2.2 Ch. 3:2 « Si du moins vous avez entendu parler de l’administration [ou : dispensation] de la grâce de Dieu qui m’a été donnée envers vous ». Ici le mot « dispensation » signifie « administration » ou « intendance » — ce dont il était responsable devant Dieu. L’apôtre Paul était l’instrument choisi de Dieu pour faire connaître la nature, l’appel, le caractère et les espérances de l’Église. Remarquez bien les voies de Dieu. Il ne voulait pas développer cela parmi les Juifs, ni le révéler par Pierre ou par Jacques. Cela leur fut révélé sans doute, mais ce ne l’a pas été par eux. L’apôtre Paul a été le seul des écrivains inspirés, par lequel Dieu l’a fait connaître. C’est pourquoi, s’il y avait la moindre vérité dans la succession apostolique, Paul devrait être la racine et le canal de transmission de la succession, et non pas Pierre, dont il est dit expressément qu’il était l’apôtre de la circoncision. L’apostolat de Paul venait directement du Seigneur, et son domaine était l’incirconcision. C’est lui qui a été le grand témoin de cette vérité que tout vrai ministère doit provenir directement de Christ. Le Seigneur peut se servir de moyens. Il peut appeler une personne à prêcher, et il peut y avoir des personnes dont le don soit développé par le moyen de l’enseignement. Le même apôtre qui avait reçu son don du Seigneur, et qui insistait là-dessus si fortement, avait l’habitude d’enseigner les autres. Il communiqua la vérité à Timothée, et lui donna l’ordre d’enseigner à son tour aux autres ce qu’il avait lui-même reçu (2 Tim. 2:2). Le Seigneur opère par ceux qui comprennent bien la vérité, pour la communiquer à ceux qui la comprennent moins. Mais le principe reste que tout don vient immédiatement de Christ, et ne dérive pas de l’homme. Il y avait des charges attribuées, extérieures et locales, comme celles d’anciens et de diacres (serviteurs), mais c’était une tout autre chose. L’ancien pouvait enseigner ou non, éventuellement formellement et publiquement, s’il était docteur [maître qui enseigne] ; mais sa position d’ancien était simplement une certaine charge communiquée par l’autorité des apôtres, et distincte de la question du don. Je ne parle que du caractère direct du don proprement dit, que l’Esprit distribue dans l’Église. Il vient directement de Christ qui est en haut (Éph. 4), et non pas par un canal humain, sauf cas exceptionnel et miraculeux, comme lorsque l’apôtre imposa les mains à Timothée, et lui donna un carisma (*) selon la prophétie. (*) note Bibliquest : carisma = « charisma » = don [de grâce]. Comparer le mot français « charisme ». 3.3 Ch. 3:3-5 L’apôtre Paul continue en disant : « Comment, par révélation, le mystère m’a été donné à connaître (ainsi que je l’ai déjà écrit en peu de mots ; d’après quoi, en le lisant, vous pouvez comprendre quelle est mon intelligence dans le mystère du Christ) » (3:3-4). Il avait déjà touché ce sujet au ch. 2, mais il y entre maintenant plus à fond. « Lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes » (3:5). On a ici une déclaration positive que le secret n’avait pas été révélé dans d’autres époques — non pas qu’il fût indiqué obscurément, ou mal compris, mais il n’avait pas été révélé du tout. 3.3.1 Rom. 16:25-26 C’était un secret à l’égard duquel le silence avait été gardé, comme l’apôtre nous le fait savoir en Romains 16 : « Or, à celui qui est puissant pour vous affermir … et la prédication de Jésus-Christ, selon la révélation du mystère à l’égard duquel le silence a été gardé dès les temps éternels, mais qui a été manifesté maintenant » (Rom. 16:25-26). Il n’était dévoilé que maintenant. Ce n’était pas que les prophètes l’avaient prédit, et qu’il n’était saisi par la foi que maintenant. En vérité, c’est maintenant qu’il était manifesté, publié et enseigné, alors qu’il ne l’avait jamais été auparavant. « Mais qui a été manifesté maintenant, et qui, par des écrits prophétiques, a été donné à connaître à toutes les nations, selon le commandement du Dieu éternel pour l’obéissance de la foi » (Rom. 16:26). Il ne fait pas de doute que les « écrits prophétiques » mentionnés ici, sont les Écritures du Nouveau Testament. Si la version autorisée du Roi Jacques dit « par les écrits des prophètes », le sens est, à proprement parler, par « des écrits prophétiques » ce qui ne se réfère pas du tout aux prophètes de l’Ancien Testament. La raison est donnée : « maintenant [le mystère] a été manifesté, et par des écrits prophétiques… [il] a été donné à connaître à toutes les nations ». Si la signification avait été les prophètes de l’Ancien Testament, cette expression aurait été vraiment bien extraordinaire. L’apôtre aurait pu dire que le mystère avait été révélé aux prophètes, mais compris maintenant. Or il dit qu’il a été manifesté maintenant. « Lequel n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes dans d’autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit à ses saints apôtres et prophètes » (Éph. 3:5). Il y avait des hommes inspirés, hormis les apôtres, qui étaient prophètes. Cela était maintenant révélé à ces deux classes de personnes ; mais nous ne pouvons pas dire que les « écrits prophétiques » de Romains 16, s’étendent au-delà des écrits de Paul qui dévoilent ce précieux secret de Dieu. 3.3.2 L’Église n’a commencé qu’à la Pentecôte Le développement de l’Église eut lieu lorsque le Saint Esprit fut donné d’une manière nouvelle. « L’Esprit Saint n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7:39). Le Saint Esprit avait opéré auparavant, mais il fallait qu’il soit répandu personnellement ; et cela s’identifie avec l’appel de l’Église. À la Pentecôte, pour la première fois, nous avons une assemblée qui est appelée l’Église de Dieu. « Le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (Actes 2:47). Nous trouvons là ce qui est appelé l’Église ou l’assemblée : un corps dans lequel Dieu s’est proposé d’avoir indistinctement Juifs et Gentils ; or un tel état de choses n’a jamais existé avant le jour de la Pentecôte. Juifs et Gentils sont donc introduits maintenant dans ce nouvel ordre de choses, — un ordre nouveau pour tous les deux et auquel les révélations de Dieu antérieures ne s’appliquaient plus comme une description directe de leurs privilèges. 3.3.3 L’Église ne comprend pas les saints de l’Ancien Testament Je saisis l’occasion, si vous le permettez, de vous mettre en garde contre le fait de prendre tout ce que Dieu dit dans les Écritures, comme si c’était dit de vous, de moi, ou de l’Église. L’Église est une chose relativement nouvelle sur la terre ; c’est un sujet qu’on trouve exclusivement dans le Nouveau Testament. Si je disais que les saints sont une chose nouvelle, ce serait faux ; mais si vous dites que l’Église englobe les saints de l’Ancien Testament, vous négligez la Parole de Dieu et vous allez à son encontre, car elle limite l’Église de Dieu à ce qui a commencé avec Christ assis à la droite de Dieu, et avec le Saint Esprit envoyé du ciel, pour baptiser en ce seul corps tous ceux qui croient maintenant (1 Cor. 12:13). Que signifie « l’Église » ? C’est l’assemblée des âmes rassemblées par la connaissance de Christ mort et ressuscité, et unies à Christ par le Saint Esprit, — Christ en Sa qualité d’homme glorifié à la droite de Dieu. Un tel état de choses n’existait point avant la Pentecôte. Il n’y avait pas de rédemption accomplie avant la croix. Christ est seul à avoir été Fils de Dieu de toute éternité — une personne divine égale au Père. Mais Il devint homme afin de mourir pour les hommes sur la croix ; et une fois ressuscité d’entre les morts, Il prend Sa nouvelle place de Chef pour l’Église, qui est Son corps ; Il est l’Époux de l’Épouse. L’expiation a été faite, et le péché a été ôté par le sacrifice de Lui-même. Devenir membre du corps de Christ ne pouvait exister, jusqu’à ce que ceci soit accompli. L’Église est fondée sur la rémission des péchés par le sang de Christ déjà répandu, et elle se compose de ceux qui sont unis à Christ pour partager toute Sa gloire, sauf celle qui est Sienne essentiellement et éternellement, en sa qualité de Fils unique du Père. 3.3.4 Les promesses faites à Abraham et Israël ne sont pas l’espérance de l’Église Alors vient cette partie spéciale du mystère — « que les nations seraient cohéritières, et d’un même corps, et coparticipantes de sa promesse dans le christ Jésus par l’évangile ». Les promesses de Dieu à Abraham, et cette promesse de Dieu dans le Christ, sont deux choses non seulement différentes, mais qui sont en contraste. Car si je considère la promesse à Abraham en Genèse 12 : « Je te ferai devenir une grande nation », est-ce l’attente de l’Église ? Quand les chrétiens deviennent grands sur la terre, c’est qu’ils ont glissé hors de leur place de bénédiction en communion avec Christ. Mais quand Israël sera fait une grande nation, dans le vrai sens du terme, ils seront alors bénis, et une bénédiction pour d’autres, comme jamais auparavant. La promesse a été donnée à Abraham, et va être bientôt accomplie dans sa semence sur la terre : « Je te ferai devenir une grande nation, … et en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gen. 12:2-3). Ceci laisse place pour une bénédiction s’étendant aux Gentils ; mais notez bien, ceux-ci seront bénis d’abord en Abraham, et ensuite en sa semence [ou : postérité]. En Genèse 22, la promesse est renouvelée à Isaac, et c’est à cela que se réfère l’épître aux Hébreux. « J’ai juré par moi-même, dit l’Éternel… certainement je te bénirai, et je multiplierai abondamment ta semence comme les étoiles des cieux et comme le sable qui est sur le bord de la mer ; et ta semence possédera la porte de ses ennemis » (Gen. 12:16-17). Est-ce là ce que nous attendons ? Je ne crois pas. Nous désirons être au ciel avec Christ, et nous y serons par le moyen de Son amour et de la faveur de notre Dieu. Mais Israël doit posséder la porte de ses ennemis, et être élevé au-dessus de tous les peuples de la terre. On a dans les psaumes une sorte de commentaire sur cette attente des hommes pieux en Israël. Ainsi dans le psaume 67 nous avons la prière : « Que Dieu use de grâce envers nous, et nous bénisse, qu’Il fasse lever la lumière de sa face sur nous ! Sélah. Pour que ta voie soit connue sur la terre, ton salut parmi toutes les nations » (67:1-2). Le préliminaire à la bénédiction des autres nations, c’est la réponse au cri d’Israël : « Que Dieu use de grâce envers nous, et nous bénisse ». Toute espérance pour le monde, comme monde, dépend de la bénédiction des Juifs. Il n’en est pas ainsi quant à l’Église, que Dieu appelle maintenant hors du monde. Sa bénédiction ne dépend pas des promesses ni de la bénédiction d’aucun peuple. C’est pourquoi ces psaumes ne s’appliquent pas à elle. Certains persistent pourtant à les détourner pour les appliquer aux circonstances présentes. Rien d’étonnant qu’ils s’égarent. La faute vient de ce qu’ils pervertissent la Parole de Dieu. « Que les peuples te célèbrent, ô Dieu ! que tous les peuples te célèbrent » (Ps. 67:3). La bénédiction s’étend maintenant à d’autres. « Que les peuplades se réjouissent, et chantent de joie ; car tu jugeras les peuples avec droiture, et tu conduiras les peuplades sur la terre » (Ps. 67:4). Quand ce jour-là poindra, au lieu que la terre soupire et soit en travail comme jusqu’à maintenant (Rom. 8:22), « la terre donnera son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénira » (Ps. 67:6). C’est bien loin d’être le cas maintenant. C’est l’état millénaire qui est attendu dans ce psaume, quand la puissance de Dieu sera exercée triomphalement, et que Dieu reconnaîtra Son peuple Israël, et que les autres nations seront bénies en eux. Maintenant les nations sont « cohéritières et d’un même corps » (Éph. 3:6) — cohéritières avec qui ? Avec Christ, et avec tous ceux qui sont en Christ. Qu’ils soient Juifs ou Gentils, ils sont cohéritiers. La grâce les a mis sur le même terrain. Mais les Juifs ne sont pas élevés maintenant au sommet de la bénédiction terrestre. Au contraire, comme nation, ils sont dispersés, et Dieu les juge, sans montrer Sa miséricorde envers eux : leurs limites d’autrefois sont entièrement effacées. La raison en est que les Juifs ont été vraiment les meneurs de l’inimitié du monde contre Christ, et de la crucifixion de leur propre Messie. 3.3.5 La croix de Christ à la base de l’Église — L’Église, une vérité mal comprise La croix de Christ a mis fin aux distinctions entre Juif et Gentils, et c’est sur le fondement de cette croix que Dieu édifie l’Église. Les pires des pécheurs sur la face de la terre, qu’ils soient Juifs ou Gentils, Dieu les relève ; et en les sortant de leur condition de péché, et d’éloignement de Dieu, Il les met au même niveau, — un niveau céleste comme membres du corps de Christ. C’est ce que Dieu fait maintenant, et il est très important de le comprendre, afin d’avoir communion avec les voies de Dieu. En outre, quand on le comprend, toute la Bible devient pratiquement un livre nouveau et encore plus précieux. La vérité n’admet pas de compromis, même si nous cherchons à juste titre à être patients. Du fait que Dieu révèle Sa pensée, cela exclut nécessairement l’idée qu’on puisse avoir son propre jugement particulier. Ni vous, ni moi, n’avons droit à avoir notre opinion en matières de foi. Dieu est seul à avoir le droit de parler sur ces choses ; et Il en a parlé si clairement, que c’est péché de ne pas l’écouter. Mais vous ne pouvez pas séparer la vérité d’avec les affections spirituelles. C’est pourquoi si l’on ne garde pas la vérité de l’Église sur le plan pratique, on la perd et on s’aigrit contre elle. La pensée de Dieu à l’égard de l’Église attire toujours l’inimitié du monde contre celui qui la connaît, et spécialement l’inimitié des chrétiens qui ne la comprennent pas. Il en a été ainsi par dessus tout avec Paul, et la même histoire s’est toujours répétée depuis, chaque fois que des âmes se sont emparé de son témoignage ; il ne peut en être autrement. La doctrine tenue par Paul, si elle est enseignée par l’Esprit de Dieu, ne peut jamais admettre l’existence de partis, parce qu’elle a pour centre Christ dans le ciel. 3.4 Ch. 3:6-10 L’apôtre poursuit ses déclarations. Voici la phase particulière du mystère qu’il dévoile ici : « Que les nations seraient cohéritières et d’un même corps, et coparticipantes de sa promesse dans le Christ par l’évangile ; duquel je suis devenu serviteur, selon le don de la grâce de Dieu, qui m’a été donné selon l’opération de sa puissance » (3:6-7). Quel est l’effet de cette vérité ? Il est le plus humiliant possible. « À moi qui suis moins que le moindre de tous les saints, cette grâce a été donnée d’annoncer parmi les nations les richesses insondables du Christ » (3:8). Cela fait ressortir la valeur de Christ, comme rien d’autre ne pourrait le faire. Il ajoute encore : « et de mettre en lumière devant tous quelle est l’administration [non pas la communion (*)] du mystère » (3:9). Il montre ainsi qu’outre l’aspect du mystère à l’égard des saints, il a aussi son application à tous les hommes, sans distinction — à ceux qui sont en dehors de l’Église. Les personnes qui prêchent l’évangile, prêchent nécessairement Christ, mais peu nombreuses sont celles qui comprennent le caractère de la grâce qui unit les âmes à Christ dans la relation de membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. Or c’était là une partie majeure du travail de Paul ; c’est pourquoi il ajoute : l’administration du mystère « qui était, caché dès les siècles en Dieu, qui a créé toutes choses » (3:9). Remarquez bien qu’il n’est pas dit « caché dans les Écritures », mais « caché en Dieu ». « Afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée » (3:10). (*) note Bibliquest : La version autorisée du Roi Jacques, comme le Texte Reçu traduisent « communion », avec seulement l’appui de quelques manuscrits postérieurs au 10° siècle 3.4.1 Dieu fait connaître Sa sagesse aux anges par le moyen de l’Église Considérons quelle place merveilleuse est celle-ci : savoir, que Dieu fait maintenant connaître aux anges en haut, une nouvelle sorte de sagesse, par le moyen de Ses voies envers nous. Et quand je dis nous, j’entends tous les saints de Dieu maintenant sur la terre. Car quel que soit le nom qu’on lui donne, tout saint de Dieu est un membre du corps de Christ. Tous appartiennent véritablement et pareillement à l’Église de Dieu. On ne peut qu’être affligé que si peu de gens comprennent ce qu’est l’Église de Dieu, ni se soucient de le savoir ou d’agir en conséquence. Nous devrions connaître l’intention de Dieu se propose, et quelle est Sa pensée quant à la marche de l’Église. Tous possèdent Christ pareillement, mais tous ne comprennent pas pareillement quelle est la volonté de Dieu à l’égard de Son Église ; ni comment Il voudrait que nous l’adorions, et que nous agissions ensemble selon Sa Parole ; ni comment Il voudrait que nous nous aidions l’un l’autre à manifester pratiquement cette vérité glorieuse, savoir que Dieu donne maintenant à connaître Sa sagesse si diverse par le moyen de l’Église. Marchons-nous selon la volonté de Dieu pour Son Église, en sorte qu’Il puisse nous signaler aux anges de Dieu comme une leçon pour eux ? Telle est l’intention de Dieu, et rien moins que cela. Vous ne pouvez assurément pas échapper à la responsabilité qui y est attachée en refusant d’agir selon cette intention ! Ce n’est pas dans un avenir proche, ni quand nous arriverons au ciel, que Dieu fera connaître Sa sagesse si diverse aux multitudes célestes par le moyen de l’Église, mais c’est maintenant sur la terre, pendant que les membres de l’Église sont appelés. « Afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée » (3:10). Cela ne nous fait-il pas réfléchir bien sérieusement ? Il n’est pas question de ce que les hommes pensent de nous, ni si on nous aime ou non, ici-bas. Je suis bien sûr que, si nous marchons selon Christ, nous ne pouvons qu’être haïs par le monde ; et si nous voulons qu’il en soit autrement, cela montre que nous aimons le monde. Il est douloureux de sentir que c’est inévitable, mais, si je crois Christ, il faut que je croie cela, et je dois me réjouir d’être estimé digne de souffrir même à un faible degré. En outre, l’Église est appelée à être comme un livre d’enseignement pour les anges de Dieu. Quand nous réfléchissons que Dieu a l’œil sur nous avec les anges qui L’entourent ; qu’Il s’occupe d’objets tels que nous ; qu’Il voit là les objets les plus chers de ses affections ; qu’Il leur a donné Christ pour être leur vie ; et qu’Il a envoyé le Saint Esprit, cette Personne bénie de la Trinité, pour faire Sa demeure en eux, et faire d’eux Son temple, pendant qu’ils sont dans ce monde, — quel appel que celui-là ! Si un ange veut savoir où est Son grand amour, il n’a qu’à regarder en bas, dans ce monde, et c’est ainsi qu’il le voit. Vous ne pouvez pas séparer Christ de l’Église. 3.4.2 Une leçon qui se poursuit malgré les faiblesses des croyants Mais la chose merveilleuse, c’est que, devant les anges de Dieu, le conflit étonnant se poursuit — Satan et toutes ses armées s’efforçant d’égarer ces objets des affections de Dieu en les mettant sur une fausse base, en prêchant mille formes différentes de justice pour les détourner de la grâce et de la croix de Christ. D’un autre côté, Dieu opère par Sa Parole et Son Esprit pour amener les Siens à la conscience de leurs privilèges. Que les enfants de Dieu soient fidèles ou non, l’amour parfait repose sur eux et agit envers eux (éventuellement en discipline) ; Dieu s’occupe d’eux, en prend soin, gardant toujours devant Lui la pensée qu’il veut les avoir parfaitement semblables à Christ. Rien ne peut jeter un nuage là-dessus. La faiblesse peut pour un temps déshonorer le Seigneur, détruire notre propre consolation, et aider le monde à tromper. Tout cela est possible. Mais le dessein de Dieu reste immuable : ce que Dieu a dit doit s’accomplir. Notre faiblesse peut être manifestée, mais Dieu, dans la puissance de Son amour achèvera Son dessein. Or c’est par ce moyen qu’il enseigne une nouvelle sorte de sagesse aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, — une sagesse qu’on n’avait jamais vue auparavant dans le monde. On avait vu les voies de Dieu en création, au déluge, et en Israël. Mais voici quelque chose maintenant dont il n’y avait même pas trace dans les Écritures données de Dieu, une chose qui n’avait pas été promise à l’homme — une chose gardée entièrement secrète entre le Père et le Fils. 3.4.3 Responsabilité d’être témoins Maintenant cela est dévoilé. Le Saint Esprit est Celui qui développe cette vérité glorieuse de l’Église de Dieu, et qui la réalise. Jusqu’à quel point nos âmes y sont-elles entrées ? Jusqu’à quel point nous contentons-nous de vagues suppositions sur ce sujet, l’estimant de peu d’importance ? Une ignorance volontaire de cette vérité provient d’un amour caché pour le monde. Chez celui qui laisse cette vérité de côté, il y a ce sentiment qu’on ne peut pas à la fois la saisir dans son cœur et marcher avec le monde. Il faut rompre entièrement avec tout ce que la chair estime sous le soleil. Vous avez une place au-dessus du soleil avec Christ, et la conséquence en est que vous êtes appelés à vous soumettre à la sentence de mort qui frappe tout ici-bas, à glorifier le nom de Christ, à vous réjouir en Lui, quelle que soit la volonté de Dieu à notre égard. Aucune circonstance ne peut nous soustraire à la responsabilité d’être les témoins d’une gloire qui est au-dessus de ce monde. Le monde devrait voir dans l’Église le reflet de Christ. Vous pouvez trouver un moine ou une religieuse agréables moralement, mais ce peut n’être que l’expression de la nature, sans être Christ. Je ne dis pas que Christ ne puisse pas s’y trouver également, dans des cas isolés, en dépit du système extrêmement mauvais. Cependant pour la foi, il s’agit de faire la volonté de Dieu et de glorifier Christ dans le lieu de l’opprobre sur la terre. Dieu attend de nous la confession du nom de Son Fils au prix de tout ce qui nous est cher. Même si le monde n’en tient pas compte, cette confession est-elle inutile vis-à-vis des principautés et des autorités dans les lieux célestes ? 3.5 Ch. 3:11-13 Quelques mots maintenant sur les versets 12 et 13. Après une allusion à Christ, comme Celui qui est exalté en haut, et en qui le propos éternel de Dieu a été maintenant révélé par l’Esprit (3:11), l’apôtre ajoute, que dans cette même personne « nous avons hardiesse et accès en confiance, par la foi en Lui. C’est pourquoi je vous prie de ne pas perdre courage à cause de mes afflictions pour vous, ce qui est votre gloire » (3:12-13). 3.5.1 Ch. 3:12 — Hardiesse et confiance Il est très doux de trouver comment, même dans le sujet si vaste qui occupait le cœur de l’apôtre, et sur lequel il désirait insister auprès des saints, il peut faire un lien entre d’une part les conseils de Dieu les plus élevés et les plus profonds, et d’autre part les plus simples vérités fondamentales sur laquelle le croyant se repose. Cela est très instructif : en effet, d’un côté, nous avons déjà vu qu’il est tout à fait vain de chercher à entrer dans la nature de l’Église si l’on n’a pas une compréhension simple, claire et entière, de la paix que Christ a faite, et de ce qu’Il est pour nous dans la présence de Dieu ; d’un autre côté, quand nous saisissons en quelque mesure le caractère de l’Église, et que nous voyons les privilèges étonnants qui sont les nôtres, comme étant faits un avec Christ, nous regardons les premiers éléments avec une jouissance plus intense, et nous réalisons la stabilité stupéfiante des fondements sur lesquels nos âmes ont le privilège d’être établies. On voit ainsi que Dieu voulait prendre soin de ce que la paix de la conscience et la paix du cœur soient maintenues en pratique. Rien ne nous est donné simplement dans le but d’étonner notre esprit. Je ne dis pas qu’il n’y ait pas un sujet perpétuel d’admiration, ni qu’il n’y ait pas un infini à apprendre ; mais chaque pas que nous faisons, et même les plus grands progrès dans la connaissance des desseins de Dieu en Christ, sont intimement liés à la confiance de nos âmes dans Son amour. Ainsi donc, alors que nous ne pouvons pas saisir correctement la nature de l’Église avant de connaître la simple paix avec Dieu, une fois que nous y entrons, cette paix est illuminée de la lumière céleste des privilèges dans lesquels le Saint Esprit a conduit nos âmes. Nous revenons avec une intelligence renouvelée et une jouissance plus profonde de la grâce illimitée qui est à nous en Christ. C’est pourquoi après avoir annoncé l’étendue merveilleuse de l’amour et des desseins de Dieu, l’apôtre jette un coup d’œil sur certaines conséquences pratiques en nous. « En qui », dit-il, « nous avons hardiesse et accès en confiance, par la foi en Lui » (3:12). Nous n’avons pas seulement la paix, mais « nous avons hardiesse », ce qui se rapporte plus particulièrement au langage avec lequel nous nous adressons à Dieu : nous pouvons en quelque sorte tout Lui dire, à cause de la confiance que nous avons en Son amour. Et il s’agit d’un accès « en confiance », qui n’est pas limité à ce que nous exprimons, mais nous nous approchons de Lui, même sans qu’il y ait d’expression positive du cœur sous forme de prière formelle ; mais il y a la jouissance de la proximité, l’« accès en confiance par la foi en Lui ». 3.5.2 Ch. 3:13 — Ne pas perdre courage dans les afflictions « C’est pourquoi je vous prie de ne pas perdre courage à cause de mes afflictions pour vous, ce qui est votre gloire » (3:13). C’est là un autre fruit pratique de cette vérité bénie. Nous avons vu plus haut comment il introduit la révélation de l’Église en même temps que le fait d’être prisonnier de Jésus-Christ. Au moment même où il était sous la main de la puissance de ce monde, avec la peine de mort comme suite éventuelle, le Seigneur se plait à dévoiler par le moyen de l’apôtre, l’appel glorieux de l’Église. Il le leur rappelle encore une fois. Ils avaient pu être découragés par ses afflictions ; il dit, au contraire, vous ne devez pas perdre courage. La tribulation devrait plutôt être ce qui exerce et fortifie votre foi. En 2 Corinthiens 1, l’apôtre parle d’être « chargés excessivement, au-delà de notre force, de sorte que nous avons désespéré même de vivre ». Mais les Corinthiens avaient besoin de consolation, et alors lui la recevait de Dieu, et pouvait la leur communiquer. Maintenant c’était lui qui était sous la puissance du monde et en prison, et c’est là que Dieu révèle la gloire de l’Église. Ils seraient, sans doute, appelés aussi à souffrir, et ils auraient à apprendre ce qu’était la tribulation. Ainsi donc, dans la plénitude de sa propre jouissance de la vérité qui le rendait capable de se réjouir même dans ses afflictions, l’apôtre les exhorte à ne pas perdre courage. L’Esprit de Dieu a uni les saints si complètement ensemble, non seulement avec Christ, mais aussi l’un avec l’autre, que ce que Paul souffrait, était leur gloire, non pas la sienne seulement. Ils avaient un intérêt commun en tant que membres du même corps. 3.6 Ch. 3:14-15 3.6.1 Dans la même place que Christ, mais en toute révérence « C’est pour cela que je fléchis mes genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, duquel est nommée toute famille dans les cieux et sur la terre ; afin que, selon les richesses de Sa gloire, Il vous donne d’être fortifiés en puissance par Son Esprit, quant à l’homme intérieur » (3:14-16). Nous sommes ici sur un terrain notablement différent de celui du ch. 1, et je peux dire plus élevé. C’est l’une des deux grandes relations dans lesquelles Dieu est vis-à-vis de Christ, et par conséquent vis-à-vis de nous. Car Dieu agit maintenant envers Christ, non seulement au vu de Sa personne, mais aussi au vu de Son œuvre. La conséquence en est que l’œuvre nous met effectivement dans la même place devant Dieu que celle qui appartient à Christ comme homme, — oui, à Christ comme homme ressuscité d’entre les morts et dans le ciel. Je me garde soigneusement de dire que nous sommes tout ce que Christ est, car cela n’est pas vrai. Nous ne pourrons jamais partager ce qui Lui appartient comme le Fils du Père, de toute éternité. Ce serait impossible, et simplement en avoir l’idée, c’est déjà manquer de révérence. Aucune créature ne peut outrepasser les limites qui la séparent de Dieu, et une créature renouvelée ne le désirerait même pas. Car en vérité, c’est la joie de la créature la plus élevée de rendre l’hommage le plus humble à Celui qui est au-dessus d’elle. C’est pourquoi je ne doute guère que, parmi les anges de Dieu dans le ciel, le plus élevé est celui qui montre la révérence la plus profonde. De même, dans les choses terrestres, c’est le devoir évident de chacun de marquer son respect vis-à-vis du souverain ; mais celui qui a la place la plus proche du souverain, a beaucoup plus d’occasions et d’obligation de faire preuve de ce qu’est le souverain à ses yeux. Il en est ainsi de nous maintenant dans les choses spirituelles. 3.6.2 Partager l’amour est plus précieux que la gloire Dans cette portion donc, nous avons le second des deux grands titres de Dieu en relation avec Christ et avec nous. Ce n’est pas ici, comme au ch. 1, le Dieu, mais le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Le Dieu de Christ présente davantage Christ comme l’homme glorieux, ce qu’Il est, — l’homme glorifié dans la présence de Dieu, le centre de tous les conseils de la puissance de Dieu, qui est déjà maintenant élevé au trône le plus élevé dans le ciel, toutes choses étant mises sous ses pieds. Mais il est clair que Christ a ce qui est plus précieux pour Lui que tout ce qui est mis sous Sa domination — Il a l’amour et les délices de Son Père en Lui. Nos cœurs eux-mêmes sont capables de le comprendre, et d’en jouir dans le Saint Esprit. En effet dans l’histoire de la plupart des hommes, même quand le monde les a considérés comme les plus grands et les plus heureux, il arrive un moment où ils sont devant un vide que rien ne peut satisfaire. Mais dans le cas de Christ, la gloire ne sera pas comme une plante qui se flétrit par les manipulations de l’homme. Nous savons que dans Ses mains la gloire sera éclatante autant que sainte, parce que Dieu en sera entièrement l’objet ; et par conséquent tout tournera à Sa louange ; comme il est dit, « tout genou se ploiera et toute langue confessera que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2:10-11). Ni la possession de l’univers, ni l’expulsion du mal, ni le juste jugement, ni le gouvernement béni de toute la création pour la gloire de Dieu, rien de tout cela ne pourrait satisfaire le cœur. Certes il y aura en cela quelque chose du sel de l’alliance éternelle de Dieu : le maintien continuel de la volonté et de la gloire de Dieu sera senti. Mais il y a quelque chose de plus doux que toute la puissance, aussi glorieuse et bien administrée soit-elle, et c’est ce que nous avons ici : L’amour du Père, il est au-dessus de tout. L’effet de la première prière (ch. 1) est de vous faire regarder en bas vers la scène immense assujettie à Christ, et le faire est bien ce que Dieu veut. Mais l’effet de la seconde prière (ch. 3) est plutôt de faire regarder en haut dans la jouissance de l’amour qui est le secret de la gloire : la gloire est l’effet et le fruit de l’amour, et elle démontre ce que l’amour a dû être pour avoir donné une telle gloire. Même aussi bénie que soit la gloire, l’amour qui donne la gloire est encore meilleur et plus profond. C’est pourquoi, quand notre Seigneur prie pour les saints en Jean 17, et qu’il dit : « La gloire que Tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée » (17:22), quel en est le but ? « Afin que le monde connaisse que Toi, tu m’as envoyé, et que Tu les as aimés comme Tu m’as aimé » (17:23). C’est là le but de la demande. Tous sont consommés [rendus parfaits] en un dans cette gloire (Jean 17:23), mais le résultat final de cette manifestation de gloire, c’est que le monde connaisse combien le Père les a aimés. Ainsi la gloire qui est vue, aussi bénie soit-elle, n’est pas la fin de tout. L’amour existait avant la gloire. Je ne dirai donc pas qu’il y a de l’amour après qu’il y ait de la gloire, mais je dis néanmoins que ce qui produit, donne, et maintient la gloire, est meilleur que la gloire elle-même. De plus, il n’y a rien dans les pensées de Dieu de plus merveilleux que ceci, que Dieu puisse aimer des êtres tels que nous du même amour dont Il aime Son Fils. C’est ainsi, en effet, qu’Il nous aime ; je le sais pour moi-même, et je déshonore Sa Parole si je ne le sais pas. S’Il le dit, n’est-ce pas pour que je le croie, que je le reçoive dans mon cœur, et que j’en jouisse maintenant dans ce monde ? — pour que je m’en serve constamment de bouclier contre tout ce que la chair, le monde et Satan peuvent insinuer contre moi ? Il nous aime comme Il L’a aimé. Ne dites pas que c’est là une pensée trop élevée. Je ne connais rien de si humiliant — rien qui nous convainque autant que nous ne sommes rien — que ce fait, qu’étant tellement aimés, nous le sentions si peu ; qu’étant tellement aimés, nous le rendions si peu ; qu’étant tellement aimés, nous cédions aux soucis, aux vanités, aux pensées, aux recherches, en bref à tout ce qui n’est pas selon un tel amour. C’est le délice, et si l’on peut dire, le désir de Dieu que les Siens entrent dans la grandeur de Son amour. Car ni la gloire, ni le sentiment de la gloire, ni la confiance en la gloire, ni l’attente de cette gloire, ne devraient suffire même pour des cœurs comme les nôtres. C’est une chose merveilleuse de penser que nous allons partager la gloire de Christ, mais c’est encore plus merveilleux que nous bénéficions du même amour. Le même Dieu qui nous donne la gloire de Christ, veut que nos âmes entrent déjà maintenant par le Saint Esprit, dans le partage en commun de ce même amour — telle est la grande pensée centrale de cette prière. « C’est pour cela que je fléchis mes genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». 3.6.3 Aspects de l’amour du Père pour Son Fils et pour nous L’expression le Père de Christ correspond à cette relation qui manifeste l’amour, tout comme le royaume de Christ est liée à Sa gloire, qu’elle soit conférée ou humaine. Comme Père de Christ, Il va manifester Son amour pour nous. Si nous considérons ce que Dieu fit pour Adam, ce qu’était Son dessein à l’égard de l’homme, que ne fera-t-Il pas pour le dernier Adam, savoir Christ ? Or tout ce qu’Il fait pour Lui, l’homme béni et glorieux, Il veut nous le faire partager. Mais il y a plus encore. L’amour que le Père de notre Seigneur Jésus Christ Lui porte, Il nous le porte aussi. Nous savons comment Il l’a exprimé lorsque Son Fils était ici-bas — dans quels moments frappants Il a manifesté Son amour — combien Il prenait soin que l’homme ne pût s’imaginer qu’Il était indifférent à l’égard de Son Fils bien-aimé. Qu’Il ait permis la souffrance ne prouve pas qu’Il ne l’aimait pas, bien au contraire : cela prouve non seulement combien Il compte sur notre amour, mais combien aussi Il voudrait que nous ayons confiance en Son amour, — ayant cette confiance en Lui, que, malgré toutes les apparences, Il nous aime comme Il aime Son Fils. Nous pouvons être exposés à tout ce que Satan peut disposer contre nous, mais ce n’est rien d’autre qu’être dans la même scène que celle que le Fils de Son amour a foulé de Ses pieds avant nous. Quand les hommes auraient pu déduire de ceci ou cela, que Jésus n’était rien de plus qu’un autre homme, voyez comment Dieu Le justifie. C’est ainsi qu’au baptême de Jésus par Jean le Baptiseur, il y a eu quelque chose de plus que la tentative de Jean d’empêcher le Seigneur Jésus d’être baptisé, comme s’Il avait eu besoin de confesser quelque chose, — car ce baptême était en lui-même une confession de péchés ; Jean a donc été surpris qu’il puisse y avoir même l’apparence d’une confession de la part de quelqu’un comme Jésus ; or Dieu avait des pensées plus profondes, et Il permit qu’il se produise ce que l’incrédulité pouvait dénaturer en une insinuation de mal, mais que la foi saisit, et qui nous fait adorer encore plus Dieu et l’Agneau ; ainsi donc, lorsque le Fils bien-aimé du Père sortit du Jourdain où tous les autres confessaient leurs injustices, et où Lui accomplissait toute justice — où Lui, qui n’avait aucune iniquité à confesser, ne voulait pas être séparé de ceux qui faisaient ce qui était convenable à l’égard de leurs injustices, et reconnaissaient le Dieu dont les droits avaient été oubliés — lorsque, sympathisant avec le sentiment de sainteté qui les y conduisait, ce Fils bien-aimé voulut se trouver là avec eux — alors le Père déclara : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matt. 3:17). C’était juste au moment convenable, et avec la sagesse la plus parfaite ; mais avec quel amour le Père prononça ces paroles ! Celui qui Le servait comme Il n’avait jamais été servi auparavant — Celui qui Le glorifiait comme jamais Dieu n’avait été glorifié sur cette terre — Celui qui acheva l’œuvre que Dieu Lui avait donnée à faire — Dieu allait-Il laisser paraître la moindre chose pouvant laisser supposer qu’Il détournait Son cœur de Lui ? Nous savons pourtant qu’au moment même où Il en a eu le plus besoin, quand tout était contre Lui, alors, pour couronner le tout, Dieu L’abandonna. Si le péché devait être jugé et ôté pour toujours, il fallait qu’il fût jugé dans toute sa réalité. Dans la colère de Dieu contre le péché, il ne fallait aucun ménagement ni atténuation. Tout le jugement de Dieu tomba sur Lui. L’œuvre était accomplie : le péché était ôté par le sacrifice de Lui-même. 3.6.4 Toute famille dans les cieux et sur la terre — Relations avec le Père de notre Seigneur Jésus Christ Et maintenant, tout l’amour que le Père avait pour cette Personne bénie, peut découler vers nous sur la base de cette œuvre. C’est là que l’Apôtre nous met, étant introduits dans la position de fils avec le Père ; et il fléchit les genoux devant « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, duquel est nommée toute famille dans les cieux et sur la terre ». L’expression « toute la famille » [de la version autorisée du Roi Jacques] est embrouillée avec des notions populaires sur l’Église, comme si on supposait qu’une partie était dans le ciel, et une partie sur la terre. Mais la vraie force du texte de Éph. 3:15 est « toute famille ». Ce n’est pas une allusion à l’unité de l’Église. Au contraire, l’apôtre veut dire que, quand nous regardons au Père de notre Seigneur Jésus Christ, nous nous élevons assez haut pour embrasser toutes les classes des créatures que Dieu a faites. Supposons que vous considériez Dieu comme Il se faisait connaître anciennement, c’est-à-dire comme l’Éternel en rapport avec Israël. Est-ce que « toute famille dans les cieux et sur la terre » était comprise sous ce titre ? Aucune famille dans les cieux, et une seule famille sur la terre ! Sous ce titre de l’Éternel, il y a une relation spéciale dans laquelle Dieu se révèle aux Juifs. Il était leur Dieu dans un sens où Il n’était le Dieu d’aucun autre peuple. Comme Créateur, Il est le Dieu de tous ; ainsi, dans certains passages de l’Écriture, c’est le terme « Dieu » qui est employé, et non pas « l’Éternel », parce qu’il est traité de certains affaires avec les Gentils. Mais quand il s’agit de l’ancien peuple de Dieu, il emploie le terme « l’Éternel ». Il y a plus : dans le second livre des Psaumes, quand le Saint Esprit contemple les Juifs pieux qui restent attachés à Dieu loin de Son temple, le mot saillant n’est plus « l’Éternel », mais « Dieu », car ils ne sont pas en mesure de jouir de ce qui est donné spécialement à Israël. Il ne cessera jamais d’être Dieu ; et ils trouvent leur bénédiction en ce que, quoiqu’il arrive, Dieu ne peut se renier Lui-même. Ils sont en dehors du lieu spécial où Il a promis de les bénir, mais Dieu est Dieu partout. De sorte que, s’ils étaient chassés de la Terre Sainte, et empêchés d’aller au temple pour adorer selon la loi, Dieu ne pourrait jamais cesser d’être Dieu. C’est le même principe de grâce, que Christ voulut apporter à la pauvre femme Syrophénicienne ; car il nous faut toujours en venir à notre vraie position ; c’est d’ailleurs ce qui, en substance, se vérifie dans toute vraie conversion. Il me faut toujours être abaissé jusqu’à la vérité de ce que je suis, aussi bien que recevoir la vérité de ce que Dieu est : alors il n’y a pas de limite à la bénédiction. J’ai parlé de ce sujet seulement en passant, pour illustrer, par contraste, la phrase « toute famille dans les cieux et sur la terre ». Lorsque Dieu se révélait dans une relation spéciale avec Israël, c’était comme l’Éternel. En Daniel, nous n’entendons pas parler de l’Éternel, mais du Dieu des cieux, évidemment par opposition à Dieu se révélant sur la terre à un peuple particulier auquel Il avait donné une terre et des privilèges particuliers, qu’aucune autre nation ne partageait avec eux. Ils s’en vont après de faux dieux : Il prend Sa place dans les cieux, et recourt à ce qui ne pouvait jamais être nié ; comme « le Dieu des cieux », Il dit qu’Il choisirait désormais qui Il voudrait ; Je prendrai justement le pire peuple dans le monde entier, et je lui donnerai l’empire de la terre. C’est ainsi qu’Il choisit l’ennemi des Juifs — les Babyloniens. Si Dieu agit ainsi d’une manière souveraine, comme le Dieu des cieux, les plus vils peuvent posséder le pouvoir ici-bas. Mais « il y a un Dieu qui juge la terre » (Ps. 58:11) ; et lorsqu’arrive le jour de le constater, c’est au milieu de Son peuple qu’il agit comme l’Éternel. Vu de cette manière, Dieu n’a qu’une seule famille, qui soit en relation d’alliance avec Lui-même : « Je vous ai connus, vous seuls, d’entre toutes les familles de la terre » (Amos 3:2). Mais ici nous avons le contraste. Il n’est pas révélé simplement comme l’Éternel, qui a Israël comme peuple sur la terre, mais comme « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Du moment qu’Il parle selon une pareille relation, c’est expressément en association avec Celui qui a fait toutes choses, comme il est dit auparavant : « qui a créé toutes choses par Jésus-Christ » (*). C’est donc toutes les créatures qui sont considérées, et qui trouvent leur vraie place avec Lui comme le Père, parce que le Seigneur Jésus est Celui qui a créé toutes choses, et pour la gloire duquel tout a été créé. Ainsi « toute famille dans les cieux et sur la terre », qu’il s’agisse de principautés et d’autorités, d’anges, de Juifs ou de Gentils, aussi bien que de l’Église de Dieu, — toutes sont placées sous « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Le titre de l’Éternel est restreint à une race particulière ; celui de Père de notre Seigneur Jésus Christ est sans limite dans sa portée, et embrasse toutes les classes d’êtres que Dieu a faites. (*) note Bibliquest : citation de Éph. 3:9, selon le Texte Reçu et la version autorisée du Roi Jacques. Cela place l’Église dans une position bien remarquable, nous détachant de tout ce qui est local ou temporaire. Nous-mêmes pouvons avoir la place la plus spéciale dans ce déploiement de la gloire divine, tout en continuant à avoir à faire à un Dieu et Père qui est proclamé comme la source suprême de tout. Nous pouvons être, et nous sommes — si nous comprenons l’appel de l’Église — près de Lui, dans une place que nul autre ne peut partager, dans une proximité dont aucun des anges ne jouit. J’entends par « nous », tous les membres de l’Église de Dieu. Par grâce, nous avons une place d’association avec Christ devant Dieu dans laquelle n’entre personne d’autre. Mais comme Il se révèle en relation avec Christ comme le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, de même Il introduit d’autres classes d’êtres qu’Il a créés dans le dessein de leur donner des bénédictions selon la mesure qui leur convient. Il a manifesté l’Héritier et le Centre de tous Ses desseins, et il n’y a pas une seule classe d’êtres faits pour Sa louange, qui ne soit mise à sa place propre devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est en contraste avec la spécificité des Juifs, seuls possesseurs des privilèges que Dieu leur avait donnés en tant qu’Éternel. Le Père est l’Éternel, et Jésus l’est aussi ; mais ce n’est pas ainsi que nous avons à faire à Lui, et utiliser ce nom n’est pas la manière intelligente de s’adresser à Lui. C’est devant le Père de notre Seigneur Jésus Christ que l’apôtre fléchit les genoux ici. Nous devrions avoir la conscience que nous nous approchons de Lui dans toute la proximité qu’un tel titre implique. De Son œil et de Son cœur, Il embrasse toute la création comme l’objet qu’Il veut bénir avec Christ. Mais il y a ceux qui ont rejeté Christ ; et souvenez-vous que ce même amour de Dieu pour Christ, qui se propose de bénir la création par Christ, maintiendra Sa gloire contre ceux qui Le méprisent. C’est une vérité solennelle. Il n’y a rien de plus intolérant vis-à-vis du mal que l’amour ; et en arrière-plan de l’évangile de Dieu, il y a la condamnation éternelle de toute âme qui méprise Jésus, le Fils de Dieu. Il doit en être ainsi. Le même disciple qui a reçu de Dieu le privilège spécial de présenter l’amour comme nul autre ne l’a fait, c’est lui qui présente la mort éternelle de ceux qui refusent Son amour. C’est pourquoi il y a la relation la plus étroite possible entre la révélation de la ruine sans fin de ceux qui méprisent Christ, avec l’amour qui présente la bénédiction éternelle de ceux qui s’attachent à Lui. Cette universalité est ainsi introduite : « Duquel toute famille dans les cieux et sur la terre est nommée ». 3.7 Ch. 3:16-18 Mais, par grâce, il y a ceux qui auront ce qui est le plus spécial, le plus proche de Son cœur, au milieu de cette scène d’amour et de gloire. Pour eux, la prière est « que selon les richesses de sa gloire, il vous donne d’être fortifiés en puissance par son Esprit quant à l’homme intérieur ; de sorte que le Christ habite, par la foi, dans vos cœurs, et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, afin que vous soyez capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur ». La prière du ch. 1 demandait une compréhension profonde et vraie de leur position devant Dieu ; ici c’est plutôt en vue d’une puissance pratique intérieure par le Saint Esprit. Au ch. 1 c’était, pour qu’ils puissent mieux connaître leur place en Christ, quant à l’appel de la grâce et l’héritage de la gloire ; au ch. 3 c’est pour que Christ ait Sa place dans leurs cœurs par la foi. En un mot, il est ici question d’un état présent, et d’affections occupées de Christ au dedans, et d’être enracinés et fondés dans l’amour, pour être parfaitement capables (car c’est là le sens) de comprendre ce qui est en réalité sans mesure. L’apôtre ne dit pas à quoi se rapportent la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur ; il vous laisse là sans terminer la phrase. Il vous amène dans l’infini. Je ne crois pas que cela veuille dire la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de l’amour de Christ. Le passage est souvent cité de cette manière, et la plupart du temps c’est ainsi qu’on le comprend. Mais le « et » du verset suivant indique nettement un autre sens : — « et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ». L’amour du Christ est évidemment une pensée additionnelle. Quel est alors le sens ? Si ce n’était pas trop hardi de compléter une esquisse que l’apôtre a laissée ainsi dans le vague, j’oserais penser que ce qu’il met ici devant nous, — avec des marques si particulières de grandeur indéfinie, — c’est le mystère dont il a parlé plus haut, et certainement pas l’amour de Christ, qu’il rajoute aussitôt après. Il avait montré comment toute famille dans les cieux et sur la terre est rangée sous Celui qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. En relation avec cela, il prie qu’ils soient capables de comprendre avec tous les saints « quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur ». C’est en relation avec le dessein céleste de Dieu le Père, autrefois un secret, mais maintenant dévoilé. Toutes choses ont été faites pour la gloire de Son Fils — toute la création, céleste et terrestre ; et les saints auront la place la plus élevée avec Lui, au-dessus de tout le reste. 3.8 Ch. 3:19 3.8.1 Ch. 3:19a Mais il y avait encore quelque chose de plus profond que cela, et qui devait nécessairement être connu avec. C’est pourquoi il ajoute : « et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ; afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». Aussi glorieuses que soient toutes ces perspectives, qu’y a-t-il de comparable à son amour ? Le meilleur vin est gardé pour la fin. « Connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ». L’expression peut paraître paradoxale, mais c’est un paradoxe béni. L’apôtre ne veut pas dire que nous arriverons à connaître cet amour parfaitement ; mais il peut y avoir progrès dans la connaissance de ce qui surpasse toute connaissance. Il suppose que nous sommes lancés sur cette mer sans rivage : nous ne pouvons jamais atteindre l’extrémité de Son amour. Cependant il parle de connaître l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance « afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». On ne peut pas plus arriver à la fin de l’amour, qu’à la fin de Dieu Lui-même. 3.8.2 Ch. 3:19b Rien n’est plus merveilleux qu’un tel désir pour nous, faibles créatures que nous sommes, « afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». Or c’est bien pour les saints maintenant, que l’apôtre priait. Il ne priait pas que nous sachions que nous sommes le corps de Christ, la plénitude de celui qui remplit tout en tous, mais il priait pour un élargissement pratique de notre entrée par la puissance de l’Esprit dans la plénitude de Dieu. Ce qui est ici devant nous, c’est la condition du cœur, et une croissance réelle dans la communion avec Dieu. Combien cela est particulièrement approprié après l’exposé de la position, et avant les exhortations quant à la marche et à la conduite. 3.9 Ch. 3:20-21 3.9.1 Ch. 3:20a C’est pourquoi il poursuit ainsi : « Or à Celui qui peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons ». Il ne dit pas « infiniment plus que nous pouvons demander ou penser ». Le Saint Esprit prend bien soin de ne pas le dire. Il y a quelque différence entre ce que nous demandons ou pensons effectivement, et ce que nous pouvons demander et penser. Il n’y a pas de limite à ce que nous pouvons demander, sauf que Dieu est au-dessus de tout ce qui peut Lui être demandé ; cependant Il aime nous entendre demander toujours plus. Il voudrait nous exercer à demander plus abondamment. 3.9.2 Ch. 3:20b Par ailleurs, il y a la dépendance de Dieu, « selon la puissance qui opère en nous ». De quelle puissance s’agit-il ? C’est celle de Dieu, qui demeure Lui-même en chaque chrétien. C’est Dieu Lui-même qui, de tout saint, de tout chrétien, fait maintenant Son temple. Aussi faible et pauvre que soit le croyant, envisagé comme il est, quel est l’état dans lequel Dieu ne puisse pourtant pas l’amener ? Il est le temple de Dieu. Dieu sera toujours au-dessus de lui, plus haut que tout ce que l’homme attend de Son amour ; mais ce que dit l’apôtre tient compte de ce qu’il y a une puissance qui opère en nous maintenant, aussi bien qu’une puissance qui a opéré pour nous, et à laquelle nous ne pouvons fixer aucune limite. Quant à la puissance qui a opéré pour nous, nous l’avons vu au ch. 1. C’est la puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts. Oui, c’est la même puissance qui a opéré envers nous, qui nous a ressuscités de notre état de mort, et qui a ressuscité Christ d’entre les morts. Mais maintenant Il va plus loin, et nous signale la puissance qui opère en nous, pour nous faire entrer dans Son amour et dans la plénitude de Dieu. Nous souvenons-nous que ceci est justement ce en quoi nous manquons le plus ? Car il y a bien des âmes qui prouvent constamment combien elles pensent peu à cette puissance — combien elles sont enclines à murmurer, et à être affligées par ce dont elles devraient justement bénir Dieu, si elles avaient seulement le sentiment de Son amour. 3.9.3 Ch. 3:21 « Or à Celui qui peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et pensons, selon la puissance qui opère en nous, à Lui gloire dans l’assemblée, dans le christ Jésus, pour toutes les générations du siècle des siècles ! Amen ! » Quel point de vue spécial sur l’Église ici ! Il donne à entendre qu’il n’y aura jamais de temps où l’Église n’aura pas sa propre place particulière. Non seulement il est vrai que les saints doivent être merveilleusement introduits dans l’amour de Christ et la plénitude de Dieu, par Sa puissance qui opère en nous maintenant ; mais il apparaît aussi, que dans tous les âges à venir, il n’y aura jamais de période de temps sans un caractère de relation unique et béni entre l’Église comme telle, et Dieu Lui-même — « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Ceci est confirmé par la belle scène d’Apocalypse 21, où nous n’avons plus ni nations, ni rois, mais Dieu avec les hommes. Il n’y est pas simplement dit : « Voici, Dieu est venu demeurer avec les hommes », mais il est parlé de Son habitation [ou : Son tabernacle]. Ce n’est pas seulement que Dieu daignera alors demeurer avec les hommes, mais il est dit que « l’habitation [le tabernacle] de Dieu est avec les hommes » (Apoc. 21:3). Il semble que c’est exactement la même chose qui est appelée ici l’Église. Dieu habitant dans l’Église, prendra Sa place avec les hommes ; de sorte que la demeure particulière de Dieu dans l’Église se poursuivra, même quand la scène sera devenue la scène éternelle. Quand les cieux et la terre s’en seront allés, après le grand trône blanc, et lorsque tous les saints auront leur corps de résurrection, alors non seulement Dieu sera en face des hommes, mais « l’habitation de Dieu » [ou : le tabernacle de Dieu] descendra pour être avec les hommes — Dieu demeurant avec eux dans Sa propre habitation [Son propre tabernacle], laquelle ne peut guère être autre chose que ce qui est ici appelé l’Église. De sorte que l’Église, même dans l’éternité, quand tous les ennemis et toutes choses seront assujettis, jouira du doux et merveilleux privilège d’être l’habitation ou la demeure de Dieu. Quelles gens devrions-nous donc être en sainte conduite et en piété ! (2 Pier. 3:11). Ainsi il y a dépendance à l’égard de Dieu, mais il s’agit de Celui qui peut nous bénir sans limite, « selon la puissance qui opère en nous ».

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